America First

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Charles Lindbergh lors d'une réunion publique du comité America First (AFC rally)

L'America First Committee (« Le comité pour l'Amérique d'abord »), ou AFC, fut le principal groupe de pression isolationniste américain à s'opposer, au début des années 1940, à l'entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale. Il fut fondé en 1940 et dissous en 1941.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'AFC fut fondé le 4 septembre 1940 par R. Douglas Stuart, Jr. un étudiant en droit de l'université Yale, avec la participation d'autres étudiants, dont le futur président Gerald Ford. Le comité était présidé par le général Robert E. Wood (en). Bien que ce dernier n'ait accepté ce poste qu'à titre intérimaire, il occupa cette fonction jusqu'à la dissolution du comité, quelques jours après l'attaque de Pearl Harbor.

America First aurait eu jusqu'à 800 000 membres, regroupés en 650 cellules principalement situées à Chicago et dans les États voisins. L'AFC revendiquait 135 000 membres dans l'Illinois, son principal bastion. Il était, en revanche, peu développé dans le Sud des États-Unis. Le comité réussit à collecter environ 370 000 dollars de 25 000 donateurs.

Doctrine[modifier | modifier le code]

L'AFC lança une pétition enjoignant le gouvernement américain à appliquer le Neutrality Act de 1939 et exigeant du président Franklin D. Roosevelt qu'il tienne son engagement à laisser les États-Unis à l'écart de la guerre. L'organisation accusait en effet Roosevelt de mentir au peuple américain.

L'AFC s'opposait à toute forme d'intervention américaine dans la guerre en Europe et militait pour une stricte neutralité des États-Unis. Elle dénonçait l'aide matérielle fournie au Royaume-Uni pour son effort de guerre à laquelle elle reprochait son coût et le risque qu'elle présentait de voir le pays glisser dans la guerre. Parallèlement, l'AFC prônait le réarmement des États-Unis afin de les prémunir contre tout risque d'attaque étrangère.

L'aviateur Charles Lindbergh commença à mettre en cause la politique étrangère de Roosevelt bien avant la formation de l'AFC. Il se prononça, avant même le début de la bataille d'Angleterre, contre toute intervention militaire américaine en Europe. En 1940 et en 1941, Lindbergh devint le plus prééminent des militants d'America First, qui profita de sa grande notoriété. Le 11 septembre 1941, à Des Moines, Iowa, lors d'un meeting America First, C. Lindbergh pose une question dans un discours radiodiffusé : « Qui sont les agitateurs bellicistes ? », à quoi il répond, en substance : les Britanniques, les Juifs et l'administration Roosevelt[1],[2]. Cette intervention, perturbée par des cris et des huées du public, suscitera une ovation d'une partie de l'audience et la stupéfaction et l'indignation d'une autre partie[2].

Le mouvement emploie une rhétorique pacifiste mais s'avère noyauté par les antisémites : Charles Lindbergh, connu pour ses sympathies nazies, fustige la « race juive » qui tente « d’impliquer la patrie pour des raisons non-américaines »[3].

Autres usages de l'expression[modifier | modifier le code]

L'expression « America First » a également été le nom d’un parti nationaliste créé en 1943 et mené par le pasteur pro-nazi Gerald L.K. Smith (en)[4]. Elle a ainsi longtemps été réprouvée dans la vie politique américaine car associée à la neutralité envers le nazisme[4].

L'expression a ensuite refait surface à partir des années 2000 : en 2000, Pat Buchanan, « héritier assumé du comité America First des années 40 et auteur d’un livre intitulé Churchill, Hitler et la guerre inutile », remporte l'investiture du Parti de la réforme face à Donald Trump en en faisant son slogan de campagne[3]. Un nouveau parti est baptisé « America First » en 2002[4],[5]. Lors de sa campagne présidentielle, Donald Trump en fait un slogan pour son programme isolationniste[4],[6]. Celui-ci utilise deux fois l'expression lors de son discours d'investiture[7]. Interrogé sur les origines du slogan, Donald Trump indique qu'il « sonne neuf et moderne » et qu'il « ne [se] rapporte jamais au passé »[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « The three most important groups who have been pressing this country toward war are the British, the Jewish and the Roosevelt administration » ((en) This week in history: Lindbergh gives infamous 'Who are the war agitators?' speech - Cody Carlson, Deseret News, 12 septembre 2013).
  2. a et b (en) Charles Lindbergh's - September 11, 1941 Des Moines Speech - YouTube [radio].
  3. a, b et c Guillaume Gendron, « L’hydre idéologique du populiste Trump », sur liberation.fr, (consulté le 26 février 2017).
  4. a, b, c et d Claire Levenson, « Le slogan de politique étrangère de Trump, «l'Amérique d'abord», a un passé pro-nazi », sur Slate, (consulté le 22 juillet 2016).
  5. America First Party (2002) (en).
  6. (en) Michael Klare (en), « Trump’s Foreign Policy Puts America Third; China first, Russia second », sur WarIsBoring.com, (consulté le 15 février 2017).
  7. Thomas Cantaloube, «L’Amérique d’abord!» de Trump investie à la Maison Blanche, sur Mediapart, (consulté le 22 janvier 2017).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]