Ambrosius Aurelianus

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Ambrosius Aurelianus, Ambroise Aurélien en français moderne (Emrys Wledic en gallois moderne), est un chef de guerre breton du Haut Moyen Âge sur lequel nous ne possédons que peu d'éléments, tous proches de la légende.

Ambrosius Aurelianus
Image illustrative de l’article Ambrosius Aurelianus
Représentation imaginaire d'Emrys Wledig dans un ouvrage de Geoffrey de Monmouth, copie du XVe siècle.

Autres noms Emrys Wledig
Riothamus
Prédécesseur Vortigern
Successeur Uther Pendragon
Allégeance Empire Romain d'Occident
Grade militaire Général
Commandement Armée romaine de Bretagne
Conflits Colonisation de la Grande-Bretagne par les Anglo-Saxons
Faits d'armes bataille du Mont Badon
Biographie
Dynastie Aurelii
Naissance
Bretagne (province romaine)
Famille Saint Pol Aurélien
Aurelius Conanus
Uther Pendragon
Roi Arthur
Vassaux Grande-Bretagne post-romaine
Alliés roi Arthur
Adversaires Vortigern, Hengist et Horsa

Image illustrative de l’article Ambrosius Aurelianus

Il apparaît dans les sources comme actif de 435 à plus de 460[1]. Il galvanise et organise la défense des troupes bretonnes face à l'invasion saxonne à partir des années 450. Cet officier, issu de l'aristocratie bretonne romanisée et formé aux techniques militaires romaines, entame une guerre marquante contre les Saxons, conflit qui donne à son successeur, Uther Pendragon (père du roi Arthur), la notoriété qu'il a aujourd'hui. Ambrosius Aurelianus ne connaît pas une telle reconnaissance, bien qu'il ait grandement contribué à la défense de l'île de Bretagne, ainsi qu'à de nombreux événements sur le continent lors de son repli stratégique en Armorique et dans son domaine gallo-romain.

Il aurait été parent d'Aurelius Conanus et de Pol Aurélien, l'évangélisateur du Léon en Bretagne armoricaine. Il pourrait aussi être à l'origine du personnage d'Arthur par son titre théorique de Riothamus, roi des rois. Ce sont les chroniqueurs latins de la Bretagne qui, les premiers, mentionneront l’individu entre le VIe et le XIe siècle. D’un récit à l’autre, le rôle et les caractéristiques du personnage évolueront et il sera, tour à tour, chef de guerre, prophète et prince romain.

Hypothèses historiques[modifier | modifier le code]

Ascendance[modifier | modifier le code]

Deux Ambrosii ?[modifier | modifier le code]

Dans le texte de Gildas le Sage ou de Nennius, on ne trouve qu'une seule mention de son ascendance, sur ses parents, « qui avaient aussi porté la pourpre pour leur mérite, et avaient sans doute été tués dans ces mêmes querelles »[2]. Ici, le personnage combattant les Saxons en 460 serait trop vieux pour être l'adversaire redouté de Vortigern des années 430 cité par Nennius : une théorie répandue soutient qu'il se peut donc, à l'instar d'autres personnages contemporains, qu'il y ait deux Ambrosius père et fils, ou au moins de la même famille, qui se seraient succédé dans la lutte contre les Saxons.

  • Ambrosius Aurelianus l'aîné (vers 380-vers 440), identifié anonymement par Gildas, aurait peut être un rapport lointain avec Owain Ddantgwyn, figure composite du roi Arthur selon certains historiens. Cet Ambrosius, romain de souche, serait connu des gallois sous le nom de "Emrys Wledig", c'est-à-dire "Ambroise l'empereur", titre honorifique également donné au roi Cunneda[3]. On le rapproche parfois de l'ancien propriétaire du Trésor de Hoxne, Aurelius Ursicinus.
  • Le second, Ambrosius Aurelianus le jeune (vers 430-vers 480), serait celui qui aurait éventuellement vaincu les envahisseurs à la bataille du mont Badon et aidé les Bretons à vaincre les Saxons : c'est une source d'inspiration non négligeable pour le roi Arthur[4].

Plusieurs suppositions ont été émises concernant la famille du Romain par l'historien Frank D. Reno ou Alex Wolf[5]. Pour certains chercheurs[Lesquels ?], est elle originaire d'Italie, fraîchement venue en Bretagne, ce qui expliquerait le curieux manque de généalogie à son sujet. Le père d'Ambroise de Milan se nommait dans certaines sources Aurelius Ambrosius, et fut préfet du prétoire des Gaules dans les années 340 ; il n'est pas absurde de penser que ce magistrat avait un lien de parenté avec le chef de guerre breton[6].

Sur le statut des parents[modifier | modifier le code]

Concernant ses parents honorés de la pourpre, la liste des consuls romains est disponible et nul Ambrosius concordant avec le personnage ne se trouve là à la basse Antiquité[7]. Mais la liste des gouverneurs et des vicaires de l'île de Bretagne est presque totalement inconnue à cette époque. Il est donc possible, bien qu'hypothétique, qu'un envoyé du Sénat — plus de deux mille personnes à l'époque — soit devenu gouverneur de Maxime Césarienne[8] (la tradition, l'étymologie et les noms relatif au personnage le situent que dans la moitié sud du Royaume-Uni, cette région était traditionnellement attribuée à un gouverneur de rang consulaire selon la Notitia dignitatum) pour tenter de calmer les tensions politiques de la province après le passage de Constantin III, ou simplement pour réaffirmer l'autorité romaine, les bretons se considérant encore comme romains. Cela expliquerait le fait que cet envoyé porte la "pourpre" (bande de couleur rouge sur la toge des hauts fonctionnaires romains). Gildas fait mention d'un "roi vertueux" ayant été démis de ses fonctions de manière légale, dans les chapitres évoquant le chaos politique post-romain ; quelques historiens y ont vu le père d'Ambrosius.

Il a été supposé qu'Ambrosius l'aîné puisse être un des trois généraux dirigeant l'île à la période romaine : Dux Britanniarum (commandant des forces du mur d'Hadrien), Comes littoris Saxonici per Britanniam (commandant des défenses littorales) ou Comes Britanniarum (commandant des forces mobiles). Toutefois, certaines preuves montrent que le dernier Dux Britanniarum fut le roi Cole Hen, ancien allié de Rome. De même, le dernier Comes Britanniarum fut sans doute Constantin lll et le dernier Comes Litoris fut Eudaf Hen : Cela exclut à l'heure actuelle Ambrosius l'ancien de ces hautes dignités militaires, et renvoie à l'administration civile.

En Est-Anglie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Trésor de Hoxne.

Ce père pourrait également être le Aurelius Ursicinus dont on a retrouvé les possessions, possessions composant le trésor de Hoxne[9],[10]. En effet, la présence d'un noble chrétien du bas-empire du nom d'Aurelius, de surcroît dans la région de Maxime Césarienne, peut interroger. Le nom d'Ursicinus, ou Ursicin, connaît une certaine popularité durant le haut moyen âge ; venant du latin Ursus, ours, on peut rapprocher cette étymologie d'Arthur, du brittonique Arz, l'ours. Dans le cas où Ambrosius Aurelianus aurait un lien avéré avec cet Aurelius Ursicinus, ce serait un argument notable pour son identification avec le roi Arthur[11],[12].

Au pays de Galles méridionnal[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pol Aurélien.

Dans plusieurs légendes et traditions à son sujet, Ambroise apparaît lié, voire originaire, de la région du Dyfed ; c'est une région romanisée, où les chefs déisis latinisent leur noms et s'intègrent sans heurts. La légende de l'enfant sans père de Nennius prend place à Camarthen, et saint Pol Aurélien, considéré comme un membre de sa famille, naît dans l'actuel Boverton, dans le Glamorgan du Dyfed. On ignore pourquoi le personnage d'Ambroise est aussi présent dans la région sud du pays de Galles, bien que plusieurs théories aient été construites.

Pol Aurélien, évêque gallois du VIe siècle, est le fils d'un chevalier nommé "Porphius" ou "Porphino", c'est à dire le pourpre[13] en latin. La relation entre ce nom inhabituel et la noblesse romaine des parents d'Ambroise n'est pas clairement définie, mais la coïncidence reste signalable.

Descendance[modifier | modifier le code]

Pour ce qui est de son épouse ou de ses descendants, les sources restent muettes. Le contexte local nous donne néanmoins certains indices ; on peut facilement imaginer le ou les Ambrosii épouser des femmes issues de l'aristocratie britto-romaine/brittonique. Quant aux noms des descendants dégénérés cités par Gildas dans son œuvre, ils sont purement et simplement absents des documents de l'époque, du moins en tant que descendants clairement admis comme tel. La seule indication fournie est que les descendants du grand Ambrosius « ont beaucoup dégénéré de la vertu de leurs aïeux » [14]. Pour l'écrivain Mike Ashley, ces descendants dégénérés concernent la lignée d'Aurelius Conanus, un des cinq tyrans critiqués par le moine, qui aurait régné dans la région des marches galloise contrôlée, entre autres, par son ancêtre, le Gloucestershire[15]. Cette région, consituées des villes britto-romaines de Gloucester (Caer Gloui), Bath (Caer Baddan) et Cirencester (Caer Ceri), est appelée Guenet par Nennius, et reste fortement romanisée au moins jusqu'au VIe siècle[16].

Implications des Tria Nomina[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Tria nomina.

Son nom peut également donner quelques indices sur son identité. En effet, un citoyen romain avait le droit à un nom en trois parties, les tria nomina: praenomen, nomen, cognomen. Le patronyme d'Aurelianus indique une appartenance à la gens Aurelii, une riche et ancienne famille romaine commune à Ambroise de Milan et Jules César. Aurelianus serait en fait un deuxième cognomen, permettant de différencier le père et le fils ou indiquer une adoption par le suffixe -anus. Ambrosius, lui, serait donc un cognomen. Quant à son praenomen, aujourd'hui inconnu, il est souvent abrégé par son initiale dans l'épigraphie latine. Selon certaines hypothèses, cette unique lettre aurait été perdue au fil du temps, à cause de son insignifiance. Les Aurelii avait pour habitude de nommer leurs membres par des praenomen comme Lucius ou Marcus, ce qui pourrait donner une vague idée du praenomen d'Ambrosius. Pour les grands personnages romains, on pouvait également ajouter un troisième cognomen plus personnel, évocateur de succès militaires ou civils. Dans le cas d'un général victorieux comme Ambrosius Aurelianus, les noms honorifiques avérés comme "Britannicus" ou "Saxonicus" seraient plutôt appropriés. L'historien Léon Fleuriotlui supposa un cognomen de type Riothamus.

Ambroise en tant que chef de guerre[modifier | modifier le code]

Selon Gildas[modifier | modifier le code]

Dans De Excidio[modifier | modifier le code]

Tout d’abord, l’œuvre de Gildas le Sage (504-570), De Excidio et Conquestu Britanniae, jette les bases d’un récit qui entoure le personnage d’Ambroise. Les Bretons, aux prises avec les Pictes et les Scots suivront les conseils de Gurthrigern (Vortigern) et s’allieront à des mercenaires Saxons. Ceux-ci les trahirent et plusieurs Bretons s’enfuirent dans les montagnes galloises où ils se rallieront autour d’un chef de nationalité romaine qui mènera alors la résistance. Cet homme sera victorieux à la bataille du mont Badon. Plus précisément, Gildas affirme qu'Ambroise Aurélien est le dernier homme de nationalité romaine encore vivant en Bretagne[17], et qu'il est très probablement chrétien. Il précise que ses parents auraient mérité de porter la pourpre, c’est-à-dire qu’ils avaient des charges importantes au sein de la société romaine (consul, sénateur ou magistrat). Le général, voire généralissime Ambroise, défenseur des valeurs (et de la culture) romaines traditionnelles et catholiques, aurait fait un excellent point de ralliement pour les bretons de toutes origines, qui auraient pu se rassembler autour de lui comme d'un symbole de pouvoir apte à leur redonner foi.

Contre Vortigern[modifier | modifier le code]

Dans les années 420 jusque dans les années 450, le roi Vortigern organise selon Gildas un conseil des cités bretonnes pour assurer une cohésion centralisée du pouvoir. Il en prend le commandement, bien qu'Ambrosius l'ancien semble être son principal opposant comme leader de la faction pro-romaine et catholique, comme le sous-entendrait Nennius. Pour JNL Myres, le statut du Pélagianisme serait une des causes de la grande discorde entre Vortigern et Ambrosius, ce qui aurait mené à la bataille de Guoloph, décrite dans l'ouvrage de Nennius, l'Historia Brittonum.

Le destin d'Ambrosius l'ancien, au pouvoir remarquable, est connu : il serait mort dans la terreur saxonne, soit la rébellion des mercenaires germains contre leurs employeurs suivie de la peste. La date de cet événement est confuse, mais elle est traditionnellement datée dans les années 440 à 450. Le passage d'une comète est mentionné à l'époque ; ce signe aurait sûrement contribué à faire des Ambrosii des personnages hors du commun aux yeux de leurs pairs[18]. Par la suite, le règne de Vortigern évoluant de Charybde en Sylla face aux Saxons, Ambrosius le jeune, réfugié traditionnellement en Armorique, aurait pris le relais.

Certains historiens pensent qu'il serait le commanditaire du Wansdyke, tout comme l'établissement de ses quartiers supposés à Amesbury, qui aurait fait, comme la forteresse de Cadbury Hill en Dumnonie, un point de fortification important pour stopper les Saxons à l'Est (selon Geoffrey de Monmouth, il y serait même enterré, dans un monastère nommé Ambrius).


Des années plus tard, Bède le vénérable reprendra l'épisode du décès des parents dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais, écrite en 731. Seul l’origine de ces derniers a changé, ils sont maintenant de statut royal[19], faisant ainsi d'Ambroise un chef légitime.

Selon certaines interprétations, Ambrosius Aurelianus aurait pu obtenir le titre de Dux tractus Armoricanus et Nervicanus, ce qui expliquerait une certaines influence en Armorique et son titre de "roi des deux côtés de la mer".

Le Rex Francorum et Britannorum selon Fleuriot[modifier | modifier le code]

L'historien Léon Fleuriot faisant encore aujourd'hui autorité dans le domaine du haut moyen âge breton, plusieurs hypothèses, parfois contestées, qu'il a formulées sont reprises par divers chercheurs.

La Bretagne insulaire ne serait qu'une partie de sa vaste zone d'influence, puisqu'il serait à l'origine de la stabilisation des royaumes d'Armorique, sur le continent. Il est intéressant qu'il soit en effet le seul personnage à intervenir des deux côtés de la Manche. Il est même cité comme un roi des Francs et des Bretons armoricains aussi bien dans l'Historia Brittonum attribuée à Nennius que dans le Lebor Bretnach irlandais. Son autorité déborderait en effet un peu partout dans le monde celtique, et il serait très lié aux dynasties locales, à priori à celles du Gloucestershire, du Dyfed (Triffyn Farfog, Agricola, Vortiporius...) et d'Armorique, curieusement romanisés à cette époque. dans cette éventualité, il aurait probablement été le commandant des troupes gallo-romaines stationnées sur les bords de la Loire, allié à Saint Germain d'Auxerre et à Syagrius. Son pouvoir aurait été si grand qu'il aurait fondé les dynasties armoricaines sous des noms obscurs, comme Ambros, Iahan Reith ou Regula[20] ; il aurait également été parent des rois de Cornouaille, comme Gradlon, Budic de Cornouaille ou Saint Miliau. Protégeant ce qui serait la "Grande Cornouaille" territoire possible au fil de la Loire, allant du Finistère à Tours, le chef de guerre serait tout bonnement le personnage le plus important dans l'horizon celtique du très haut moyen âge.

Il aurait été législateur, en tant que créateur (ou remanieur) de l'Excerpta de Libris Romanorum et Francorum, un ouvrage juridique breton datant vraisembablement du Ve ou du VIe siècle. L'étymologie rapproche Aurélien du lieu-dit de Mangolérian, dans le Vannetais ; "Mangolérian" signifierait en effet "Muraille d'Aurélien", sans identification satisfaisante avec l'empereur romain du même nom[21]. Dans le cas où il serait le Rigothamos ou Riothamus, c'est à dire "roi suprême" ou "roi des rois de Bretagne" (ce qui expliquerait la déférence que lui marque Sidoine Apollinaire dans une de ses lettres) et bien que cette hypothèse fasse encore largement débat, il aurait eu sous son autorité tous les bretons, et douze mille soldats (bien que ce chiffre soit certainement apocryphe) dans l'alliance romano-franque contre les Wisigoths d'Euric, cette alliance étant toutefois défaite en 469/470. Trouvant refuge chez les Burgondes, selon Jordanès, Riothamus serait tombé au combat avant 475 et la prise de Clermont-Ferrand par les Wisigoths. La proximité relative de la ville d'Avallon, en Bourgogne, a alimenté la théorie d'un Ambroise en tant qu'identité véritable du roi Arthur. Pour Louis Goulpeau, la désastreuse bataille de Déols ne serait que les prémices d'une alliance fructueuse avec le royaume de Soissons, suivie de la victoire finale à Badon dans les années 490.

Ambroise en tant que prophète[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Merlin l'enchanteur et Vortigern.

L’historien Nennius fut le suivant à discuter de l’histoire de l’île de la Bretagne (la Grande-Bretagne) dans son œuvre Historia Brittonum écrite au IXe siècle. Les événements qui étaient relatés dans les deux premières œuvres sont encore présents, mais cette fois-ci, la victoire du mont Badon qui s’était faite sous le commandement d’Ambroise est attribuée au personnage d’Arthur, alors un simple chef de guerre (dux bellorum)[22].

Dans son œuvre, il existe alors un autre personnage se nommant Ambroise, et qui affirme être le fils d’un consul romain[23]. Ce terme étonnant pourrait être la réminiscence de la province de Maxime Césarienne en tant que province consulaire.

Le roi Guortigirn (Vortigern) cherche à construire une place forte mais celle-ci est toujours détruite la nuit venue. Guortigirn demande alors à ses conseillers ce qu’il doit faire pour que le phénomène cesse. Ceux-ci lui disent qu’il doit faire trouver un enfant né sans père, le tuer et asperger de son sang le sol sur lequel la forteresse doit être construite. Mais, une fois trouvé et amené devant lui, Ambrosius, l’enfant sans père, ridiculisera les conseillers de Guortigirn et lui fera découvrir un lac souterrain où deux dragon, un blanc et un rouge, se livrent bataille. Ambrosius en fait, alors, une interprétation. Le lac représente la Bretagne et les deux dragons, l’un les Bretons, l’autre les Saxons. Le dragon des Bretons étant victorieux, cela signifie que ceux-ci se lèveront et repousseront les Saxons par delà l’océan d’où ils sont venus[24]. Guortigirn, alors impressionné par ses prédictions, lui fait cadeau de la province de la Bretagne occidentale[25]. Cet exploit est aussi attribué à Merlin dans certaines versions de la légende arthurienne.

Bien que Nennius soit en accord avec les autres auteurs sur le fait qu’Ambroise soit de sang romain, précisément d’un consul romain, le reste de son récit doit être attribué à un siècle d’influence de légendes[1].

Ambroise en tant que prince romain[modifier | modifier le code]

Le roi Vortigern devant le dragon blanc et le dragon rouge.

Bien des années plus tard, soit en 1135, William de Malmesbury reprendra l’idée d’Ambroise en tant que guerrier, mais cette fois-ci en rajoutant qu’il régna sur la Bretagne après Vortigern. Le nommant « dernier survivant des romains », celui-ci explique comment il a mis les Saxons en déroute avec l’aide de son général Arthur. Malmesbury est le premier auteur qui place les personnages d’Ambroise et d’Arthur à une même époque et cette idée, d’ailleurs, ne sera plus reprise jusqu’en 1801[1].

Le nouveau personnage qui avait été présenté par Nennius sera plus tard repris par Geoffroy de Monmouth et l’épisode sera la fondation du personnage énigmatique de Merlin. En effet, Geoffroy reprend l’histoire de la rencontre entre Vortigern et Ambroise mais renomme ce personnage Merlin, lui attribuant, dès lors, une tout autre vie influencée par des légendes de son pays. Dans son récit, écrit en 1138, Ambroise devient, encore une fois, un autre individu. De tous les auteurs, c’est Monmouth qui lui donnera la biographie la plus complète. Faisant de lui le fils du roi Constantin, il retient toutefois la figure du guerrier romain de Gildas et de William[26]. Selon cette histoire, Ambroise et son frère Uther auraient fui la Bretagne après l’assassinat de leur père et la prise de pouvoir de Vortigern aux dépens de leur frère Constant. À leur majorité, ils seraient revenus avec une armée et Ambroise aurait été nommé roi. Il serait alors parvenu à défaire Vortigern et les Saxons et entrepris de reconstruire la Bretagne. Il fut assassiné par un espion du fils de Vortigern et son frère Uther devint alors roi.

Après le récit de Geoffroy de Monmouth, le personnage d’Ambroise disparut de la légende pendant quelque temps. Il apparaît parfois dans les récits sous le nouveau nom de Pendragon[26].

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

C'est un des personnages principaux du livre de Valerio Manfredi, La Dernière Légion, adapté au cinéma en 2007 par le réalisateur Doug Lefler. Le personnage du livre se confond avec le personnage de légende Ambrosius Aurelianus, le dernier empereur de l'Empire romain d'Occident, Romulus Augustule et avec celui de Uther Pendragon, père du Roi Arthur.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Bruce, Christopher W. « Ambrosius Aurelianus » in The arthurian name dictionary. New York, Garland Publishing, Inc. 1999, p. 19
  2. Christiane M.J. Kerboul-Vilhon Gildas Le Sage. Vies et oeuvres Editions du Pontig Sautron (1997) (ISBN 9782951031029)p. 38
  3. (en) Mike Ashley The Mammoth Book of British Kings & Queens Robinson (Londres 1998) (ISBN 1-84119-096-9) « Ambrosius » p. 110-111
  4. (en) Gildas, De Excidio et Conquestu Britanniae, section 26
  5. Ambrosius Aurelianus
  6. Ambroise de Milan
  7. Liste des consuls romains du Bas-Empire.
  8. (en) Peter Salway, A History of Roman Britain, p.251
  9. (en) Howard Wiseman, Then Arthur Fought, , p. 45
  10. (en) John Matthews, Caitlín Matthews, The Complete King Arthur: Many Faces, One Hero, , 424 p.
  11. (en) « Aurelius Ursicinus at Hoxne », sur http://www.facesofarthur.org.uk
  12. (en) Graham Philips, Merlin and the Discovery of Avalon in the New World, , 256 p. (lire en ligne)
  13. (en) Chris Barber, King Arthur: The Mystery Unravelled, p.96
  14. Christiane M.J. Kerboul-Vilhon Gildas le Sage op.cit p. 38.
  15. (en) Nennius, Historia Brittonum
  16. (en) « Celtic Kingdoms of the British Isles Celts of Britain - Dobunni (Britons) », sur https://www.historyfiles.co.uk
  17. Internet Medieval Sourcebook. « Gildas - De Excidio et conquestu Britanniae », chap. 25, [En ligne] fordham.edu( consulté le 7 octobre 2007)
  18. (en) « Ambrosius Aurelianus, the Elder », sur Vortigern Studies,
  19. Internet Medieval Sourcebook. « Bède - Histoire ecclésiastique de la nation bretonne », chap. 16, [En ligne] fordham.edu( consulté le 7 octobre 2007)
  20. Christian Y. M. Kerboul, Les royaumes brittoniques au très haut moyen-âge,
  21. « à propos de Mangolérian », sur http://www.sahpl.asso.fr/
  22. Zumthor, Paul. Merlin le prophète : un thème de la littérature polémique de l'historiographie et des romans. Slatkine Reprints, Genève, 1973, p. 11
  23. Internet Medieval Sourcebook. « Nennius – Historia Brittonum », chap. 42, [En ligne] fordham.edu( consulté le 30 septembre 2007)
  24. Idem. Chap. 42
  25. Lacy, Norris J. « Ambrosius Aurelianus » The new Arthurian Encyclopaedia. New York, Garland Pub, 1991, p. 7
  26. a et b Idem

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Mike Ashley The Mammoth Book of British Kings & Queens Robinson (Londres 1998) (ISBN 1-84119-096-9) « Ambrosius » p. 110-111
  • (en) Christopher W. Bruce « Ambrosius Aurelianus » in The arthurian name dictionary. New York, Garland Publishing, Inc. 1999, p. 19
  • (en) Robert M. Vermaat, « Vortigern Studies », 2008
  • (en) Frank D. Reno, « The historic King Arthur », 1996
  • (en) Richard Fletcher, « Who's Who in Roman Britain and Anglo-Saxon England», 1989
  • (en) Christopher Gidlow (2004). «The Reign of Arthur: From History to Legend», 2004
  • Bède. « Histoire ecclésiastique de la nation bretonne » dans : Bède le Vénérable, Histoire ecclésiastique du peuple anglais (les 5 livres de l’H.E. en un seul volume), trad. du latin et présenté par Philippe Delaveau. L'aube des peuples. Gallimard, 1995. (ISBN 2-07-073015-8)
  • (en) Norris J. Lacy, « Ambrosius Aurelianus » The new Arthurian Encyclopaedia. New York, Garland Pub, 1991, p. 7-8
  • Paul Zumthor Merlin le prophète : un thème de la littérature polémique de l'historiographie et des romans. Slatkine Reprints, Genève, 1973, 302p.
  • Christian Y. M. Kerboul, Les royaumes brittoniques au très haut moyen-âge, éditions du Pontig, Sautron, 1997.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]