Ambrosius Aurelianus

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Ambrosius Aurelianus, Ambroise Aurélien en français moderne (Emrys Wledic en gallois moderne), est un chef de guerre breton du Haut Moyen Âge sur lequel nous ne possédons que peu d'éléments, tous proches de la légende.

Ambrosius Aurelianus
Image illustrative de l'article Ambrosius Aurelianus
l'île de Bretagne dans la Notitia Dignitatum, dirigée administrativement par le vicaire de Britannia.

Autres noms Emrys Wledic, empereur Ambrose
Prédécesseur Vortigern
Successeur Uther Pendragon
Grade militaire Dux Bellorum, Magister Militum
Commandement légions romaines de Bretagne
Conflits invasion anglo-saxonne de Bretagne
Faits d'armes bataille de Mons Badonicus (?)
Biographie
Naissance vers 430
probablement Maxima Césarienne, Grande Bretagne
Décès vers 480
Grande Bretagne
Père Ambrosius Aurelianus l'ancien
Mère inconnu (issue de l'aristocratie britto-romaine)
Conjoint inconnu (probablement d'ascendance bretonne)
Enfants rois du Gwent, dans la vallée du Severn (?)
Famille Saint Pol Aurélien (?)
Alliés roi Arthur ?
Adversaires Vortigern, Hengist et Horsa

Il apparaît dans les sources comme actif de 435 à 460[1]. Il galvanise et organise la défense des troupes bretonnes face à l'invasion saxonne en 455. Ce soldat issu de l'aristocratie bretonne romanisée et formé aux techniques militaires romaines, commence la guerre contre les Anglo-Saxons en 460, conflit qui donne à son successeur, Uther Pendragon (père du roi Arthur), la notoriété qu'il a aujourd'hui. Ambrosius Aurelianus ne connaît pas une telle reconnaissance, bien qu'il ait grandement contribué à la défense de l'île de Bretagne, ainsi qu'à de nombreux événements sur le continent lors de son repli stratégique en Armorique et dans le domaine gallo-romain.

Il aurait été parent de saint Pol Aurélien, l'évangélisateur du Léon en Bretagne armoricaine. Il pourrait aussi être à l'origine du personnage d'Arthur. Ce sont les chroniqueurs latins de la Bretagne qui, les premiers, mentionneront l’individu entre le VIe et le XIe siècle. D’un récit à l’autre, le rôle et les caractéristiques du personnage évolueront et il sera, tour à tour, chef de guerre, prophète et prince romain.

Famille et ascendance[modifier | modifier le code]

Dans le texte de Gildas ou de Nennius, nul mention de l'ascendance d'Ambrosius ne peut se trouver, mise à part celle, intéressante sur ses parents, qui ont portés la pourpre. Comme expliqué, le personnage combattant les Saxons en 460 serait trop vieux pour être l'adversaire redouté de Vortigern des années 430: il se peut donc qu'il y ai deux Ambrosius, père et fils ou au moins de la même famille. Certains historiens pensent donc qu'il y aurait non pas un, mais deux Ambrosius, qui se seraient succédé dans la lutte contre les Saxons. Le premier Ambrosius serait un ancien gouverneur consulaire de Maxime Césarienne, et aurait trouvé la mort dans une attaque saxonne en 442. Le fils serait celui qui aurait éventuellement vaincu ces derniers à la bataille du mont Badon et aidé les bretons à vaincre les Saxons.

Plusieurs suppositions ont été émises concernant le reste de la famille du romain. Peut être est elle originaire d'Italie, fraîchement venue de Rome, ce qui expliquerait le manque de généalogie à son sujet. Peut être Pol Aurélien (490-594) est il un cousin du général (Pol, de son vrai nom Paulus Aurelianus, est un évêque gallois et breton du VIe siècle fils d'un chevalier du Dyfed, "Porphius") et peut être même que l'illustre Ambroise de Milan (340-397) faisait aussi partie de ses oncles. d'ailleurs, le père d'Ambroise se nomme Ambrosius Aurelius, et fut préfet du prétoire des Gaules dans les années 340; peut être ce magistrat avait-il un lien de parenté avec le chef de guerre Breton.

Pour ce qui est de son épouse et de ses descendants, les sources restent muettes. Il est possible d'imaginer les deux Ambrosius épouser des femmes issues de l'aristocratie britto-romaine ou celte, bien plus jeunes que les intéressés. Quant aux noms des descendants cités par Gildas dans son oeuvre, il sont purement et simplement absents des livres et documents de l'époque. La seule indication fournie est que les descendants du grand Ambrosius furent "bien inférieurs à l'excellence de leur grand-père". Peut être que le(s) descendant(s) dégénéré(s) sous entendu(s) ici concerne Aurelius Conanus, un des cinq tyrans critiqués par le moine.

Ambroise en tant que chef de guerre[modifier | modifier le code]

Tout d’abord, l’œuvre de Gildas le Sage (504-570), De Excidio et Conquestu Britanniae, jette les bases d’un récit qui entoure le personnage d’Ambroise. Les Bretons, aux prises avec les Pictes et les Scots suivront les conseils de Gurthrigern (Vortigern) et s’allieront aux Scots. Ceux-ci les trahirent et plusieurs bretons s’enfuirent dans les montagnes galloises où ils se rallieront autour d’un chef de nationalité romaine qui mènera alors la résistance. Cet homme sera victorieux à la bataille du Mont Badon. Plus précisément, Gildas affirme que Ambroise Aurélien est le dernier homme de nationalité romaine encore vivant en Bretagne[2]. Il précise que ses parents auraient mérité de porter la pourpre, c’est-à-dire, qu’ils avaient des charges importantes au sein de la société romaine (consul, sénateur ou magistrat). La liste des consuls romains est disponible, et nul Ambrosius concordant avec le personnage ne se trouve là à la basse antiquité. Mais la liste des gouverneurs de l'île de Bretagne est incomplète, voir totalement tronquée. Il est très possible qu'un envoyé du sénat soit devenu gouverneur de Maxime Césarienne pour tenter de calmer les tensions politiques de la province après le passage de Constantin III ou simplement pour réaffirmer l'autorité romaine; en vain. De plus, cela expliquerait le fait que cet envoyé porte la "poupre" (bande de pourpre sur la toge des magistrats romains). Ambrosius "l'ancien" aurait aussi pu être un des trois généraux dirigeant l'île à la période romaine: Dux Britanniarum (commandant des forces du mur d'Hadrien), comes littoris Saxonici per Britanniam (commandant des défenses littorales) ou Comes Britanniarum (commandant des forces mobiles).

Bouclier des Taifals, mercenaires germains engagés auprès du Comes Britanniarum.

Toutefois, certains indices montrent que le dernier Dux Britanniarum serait peut être le roi Cole Hen. Il n'est également pas exclus que Ambrosius, de haute naissance, revendique le pouvoir militaire et administratif de l'île de Bretagne. Des années plus tard, Bède le vénérable reprendra l'épisode du décès des parents dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais, écrite en 731. Seul l’origine de ces derniers a changé, ils sont maintenant de statut royal[3] faisant ainsi de Ambroise un chef légitime.

Ambroise en tant que prophète[modifier | modifier le code]

L’historien Nennius fut le suivant à discuter de l’histoire de l’île de la Bretagne (la Grande-Bretagne) dans son œuvre Historia Brittonum écrite au IXe siècle. Les événements qui étaient relatés dans les deux premières œuvres sont encore présents, mais cette fois-ci, la victoire du mont Badon qui s’était faite sous le commandement d’Ambroise est attribuée au personnage d’Arthur, alors un simple chef de guerre (dux bellorum)[4]. Dans son œuvre, il existe alors un autre personnage se nommant Ambroise et qui affirme être le fils d’un consul romain[5]. Le roi Guortigirn (Vortigern) cherche à construire une place forte mais celle-ci est toujours détruite la nuit venue. Guortigirn demande alors à ses conseillers ce qu’il doit faire pour que le phénomène cesse. Ceux-ci lui disent qu’il doit faire trouver un enfant né sans père, le tuer et asperger de son sang le sol sur lequel la forteresse doit être construite. Mais, une fois trouvé et amené devant lui, Ambrosius, l’enfant sans père, ridiculisera les conseillers de Guortigirn et lui fera découvrir un lac souterrain où deux dragon, un blanc et un rouge, se livrent bataille. Ambrosius en fait, alors, une interprétation. Le lac représente la Bretagne et les deux dragons, l’un les Bretons, l’autre les Saxons. Le dragon des Bretons étant victorieux, cela signifie que ceux-ci se lèveront et repousseront les Saxons par delà l’océan d’où ils sont venus[6]. Guortigirn, alors impressionné par ses prédictions, lui fait cadeau de la province de la Bretagne occidentale[7]. Cet exploit est aussi attribué à Merlin dans certaines versions de la légende arthurienne.

Bien que Nennius soit en accord avec les autres auteurs sur le fait qu’Ambroise soit de sang romain, précisément, d’un consul romain, le reste de son récit doit être attribué à un siècle d’influence de légendes[1].

Ambroise en tant que prince romain[modifier | modifier le code]

Bien des années plus tard, soit en 1135, William de Malmesbury reprendra l’idée d’Ambroise en tant que guerrier, mais cette fois-ci en rajoutant qu’il régna sur la Bretagne après Vortigern. Le nommant « dernier survivant des romains », celui-ci explique comment il a mis les Saxons en déroute avec l’aide de son général Arthur. Malmesbury est le premier auteur qui place les personnages d’Ambroise et d’Arthur à une même époque et cette idée, d’ailleurs, ne sera plus reprise jusqu’en 1801[1].

Le nouveau personnage qui avait été présenté par Nennius sera plus tard repris par Geoffroy de Monmouth et l’épisode sera la fondation du personnage énigmatique de Merlin. En effet, Geoffroy reprend l’histoire de la rencontre entre Vortigern et Ambroise mais renomme ce personnage Merlin, lui attribuant, dès lors, une toute autre vie influencée par des légendes de son pays. Dans son récit, écrit en 1138, Ambroise devient, encore une fois, un autre individu. De tous les auteurs, c’est Monmouth qui lui donnera la biographie la plus complète. Faisant de lui le fils du roi Constantin, il retient toutefois la figure du guerrier romain de Gildas et de William[8]. Selon cette histoire, Ambroise et son frère Uther auraient fui la Bretagne après l’assassinat de leur père et la prise de pouvoir de Vortigern aux dépens de leur frère Constant. À leur majorité, ils seraient revenus avec une armée et Ambroise aurait été nommé roi. Il serait alors parvenu à défaire Vortigern et les Saxons et entrepris de reconstruire la Bretagne. Il fut assassiné par un espion du fils de Vortigern et son frère Uther devint alors roi.

Après le récit de Geoffroy de Monmouth, le personnage d’Ambroise disparut de la légende pendant quelque temps. Il apparaît parfois dans les récits sous le nouveau nom de Pendragon[8].

Il est intéressant qu'il soit le seul personnage à intervenir (ou à exercer une autorité ?) des deux côtés de la Manche. Il est même cité comme un roi des Francs et des Bretons armoricains aussi bien dans l'Historia Brittonum attribuée à Nennius que dans le Lebor Bretnach irlandais.
Léon Fleuriot pense qu'il est même Riothamus, personnage qui aurait été battu près de Déols en 469 par les Wisigoths, mais aurait régné sur des Francs. Riothamus n'est, en effet, pas un nom, mais le titre de « Roi suprême », ce qui explique la déférence que lui marque Sidoine Apollinaire dans une de ses lettres.

Le roi Vortigern devant le dragon blanc et le dragon rouge.

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

C'est un des personnages principaux du livre de Valerio Manfredi, La Dernière Légion, adapté au cinéma en 2007 par le réalisateur Doug Lefler. Le personnage du livre se confond avec le personnage de légende Ambrosius Aurelianus, le dernier empereur de l'Empire Romain d'Occident, Romulus Augustule et avec celui de Uther Pendragon, père du Roi Arthur.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Bruce, Christopher W. « Ambrosius Aurelianus » in The arthurian name dictionary. New York, Garland Publishing, Inc. 1999, p.19
  2. Internet Medieval Sourcebook. « Gildas - De Excidio et conquestu Britanniae  », chap. 25, [En ligne] fordham.edu( consulté le 7 octobre 2007)
  3. Internet Medieval Sourcebook. « Bède - Histoire ecclésiastique de la nation bretonne  », chap. 16, [En ligne] fordham.edu( consulté le 7 octobre 2007)
  4. Zumthor, Paul. Merlin le prophète : un thème de la littérature polémique de l'historiographie et des romans. Slatkine Reprints, Genève, 1973, p.11
  5. Internet Medieval Sourcebook. « Nennius – Historia Brittonum », chap. 42, [En ligne] fordham.edu( consulté le 30 septembre 2007)
  6. Idem. Chap. 42
  7. Lacy,Norris J. « Ambrosius Aurelianus » The new Arthurian Encyclopaedia. New York, Garland Pub, 1991, p.7
  8. a et b Idem

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Christopher W. Bruce « Ambrosius Aurelianus » in The arthurian name dictionary. New York, Garland Publishing, Inc. 1999, p. 19
  • Bède. « Histoire ecclésiastique de la nation bretonne » dans : Bède le Vénérable, Histoire ecclésiastique du peuple anglais (les 5 livres de l’H.E. en un seul volume), trad. du latin et présenté par Philippe Delaveau. L'aube des peuples. Gallimard, 1995. (ISBN 2-07-073015-8)
  • Gildas le Sage. « De Excidio et conquestu Britanniae », traduction dans Christiane M.J. Kerboul-Vilhon Gildas le Sage. Vies et œuvres Editions du Pontig (1997) (ISBN 2951031025).
  • (en) Norris J. Lacy, « Ambrosius Aurelianus » The new Arthurian Encyclopaedia. New York, Garland Pub, 1991, p. 7-8
  • Paul Zumthor Merlin le prophète : un thème de la littérature polémique de l'historiographie et des romans. Slatkine Reprints, Genève, 1973, 302p.

Liens externes[modifier | modifier le code]