Ambigatos

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Dans la mythologie celtique gauloise, Ambigatos (latinisé en Ambigatus), est un roi légendaire du peuple celte des Bituriges. Tite-Live date son existence vers 600 av. J.-C. mais aucune documentation archéologique n’accrédite son historicité. Le sens de son nom est « celui qui combat dans les deux sens ».

Mythologie[modifier | modifier le code]

Selon la légende, le roi Ambigatos (ou Ambigat) a deux neveux Bellovesos (ou Bellovèse) et Segovesos (ou Sigovèse) qu’il envoie à la conquête de nouveaux territoires. Bellovesos prend la direction du sud-est et, dans l’actuelle Italie fonde la cité de Mediolanum (Milan), dont le nom signifie le centre de la plaine. Segovesos, quant à lui, part vers le nord-est et la grande forêt hercynienne.

« Pour ce qui est du passage des Gaulois en Italie, voici ce qu'on en raconte : à l'époque où Tarquin l'Ancien régnait à Rome, la Celtique, une des trois parties de la Gaule, obéissait aux Bituriges, qui lui donnaient un roi. Sous le gouvernement d'Ambigatus, que ses vertus, ses richesses et la prospérité de son peuple avaient rendu tout-puissant, la Gaule reçut un tel développement par la fertilité de son sol et le nombre de ses habitants, qu'il sembla impossible de contenir le débordement de sa population. Le roi, déjà vieux, voulant débarrasser son royaume de cette multitude qui l'écrasait, invita Bellovèse et Ségovèse, fils de sa sœur, jeunes hommes entreprenants, à aller chercher un autre séjour dans les contrées que les dieux leur indiqueraient par les augures : ils seraient libres d'emmener avec eux autant d'hommes qu'ils voudraient, afin que nulle nation ne pût repousser les nouveaux venus. Le sort assigna à Ségovèse les forêts Hercyniennes ; à Bellovèse, les dieux montrèrent un plus beau chemin, celui de l'Italie. Il appela à lui, du milieu de ses surabondantes populations, des Bituriges, des Arvernes, des Éduens, des Ambarres, des Carnutes, des Aulerques ; et, partant avec de nombreuses troupes de gens à pied et à cheval, il arriva chez les Tricastins. Là, devant lui, s'élevaient les Alpes [...]

Pour eux, ils franchirent les Alpes par des gorges inaccessibles, traversèrent le pays des Taurins, et, après avoir vaincu les Étrusques, près du fleuve Tessin, ils se fixèrent dans un canton qu'on nommait la terre des Insubres. Ce nom, qui rappelait aux Éduens les Insubres de leur pays, leur parut d'un heureux augure, et ils fondèrent là une ville qu'ils appelèrent Mediolanum. »

— Tite-Live, Histoire romaine - Livre V, 34.

Interprétation[modifier | modifier le code]

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, les historiens ont considéré que le récit de Tite-Live n'avait aucune base historique et que la première invasion celtique en Italie n'était pas antérieure à celle qui est bien attestée au début du IVe siècle av. J.-C.[1] Depuis les années 1970, on a pris conscience de la relative abondance des vestiges archéologiques antérieurs d'origine transalpine en Italie du Nord et les historiens ont aujourd'hui tendance à admettre une date nettement plus haute, pouvant aller jusqu'à la fin du VIIe siècle ou au tout début du VIe siècle[2], pour les premières arrivées de Celtes dans la plaine du Pô, ce qui redonne beaucoup d'intérêt au texte de Tite-Live.

Le récit livien pourrait trouver sa source dans un mythe fondateur, dont l’origine proviendrait d’un autre peuple celtique, les Insubres, qui occupaient les territoires de l’actuelle Lombardie. Cependant, la recherche a montré l'existence à la charnière du Ve et du IVe siècle av. J.-C. de vastes déplacements de populations gauloises d'ouest en est ayant causé la création de nouveaux établissements dans la péninsule italienne[3]. De plus, l'archéologue Olivier Buchsenschutz a démontré que l'antique Avaricum (Bourges) avait été une ville beaucoup plus importante qu'on ne le croyait, à une époque nettement plus ancienne qu'on ne le supposait, son apogée se situant au Ve siècle av. J.-C. et que brusquement, en un laps de temps très court, la ville se réduisit considérablement et abandonna sa périphérie à l'agriculture[4]. Cet événement est peut-être à rapprocher des faits rapportés par Tite-Live, bien que cet auteur les situe sous Tarquin l'Ancien[5].

Un rapprochement explicite a été fait avec la pratique migratoire italique du ver sacrum par l'historien gallo-romain Trogue-Pompée[6].

Wikisource[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Verger, « Le bouclier de Diviciac. À propos de Liv. V, 34 », in L'immagine tra mondo celtico e mondo etrusco-italico. Aspetti della cultura figurativa nell'antichità, a cura di Daniele Vitali, Bologne, 2003, p. 333-369 (en ligne).
  • Albert Grenier, Les Gaulois, Paris, Petite bibliothèque Payot, 1994. (ISBN 2-228-88838-9)
  • Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, La Civilisation celtique (coll. « De mémoire d’homme : l’histoire »), Rennes, Ouest-France Université, 1990. (ISBN 2-7373-0297-8)
  • Venceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et dictionnaire (coll. « Bouquins »), Paris, Robert Laffont, 2000. (ISBN 2-7028-6261-6)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alexandre Bertrand et Salomon Reinach, Les Celtes dans les vallées du Pô et du Danube, Paris, 1894, p. 20-27 ; Camille Jullian, Histoire de la Gaule, I, Paris, 1908, p. 286-289.
  2. Massimo Pallottino, « Riflessioni conclusive : Italia e Gallia », in I Galli e l'Italia, Roma, 1978, p. 270-273.
  3. Fabien Régnier, Jean-Pierre Drouin, préface de Venceslas Kruta, Les peuples fondateurs à l'origine de la Gaule, éd. Yoran Embanner, page 83.
  4. Communication du 12 novembre 2009 à l'École Normale supérieure, sous le titre « Les Princes et la ville de Bourges à Heuneburg ».
  5. Fabien Régnier, Jean-Pierre Drouin, préface de Venceslas Kruta, Les peuples fondateurs à l'origine de la Gaule, éd. Yoran Embanner, page 84.
  6. Histoires philippiques, abrégé de Justin, XXIV, 4, 1.