Amaro Rodríguez Felipe

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Amaro Rodríguez Felipe
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Portrait d'Amaro Pargo.

Nom de naissance Amaro Rodríguez Phelipe de Varrios Machado Lorenzo de Castro y Núñez de Villavicencio[1]
Alias
Amaro Pargo
Naissance ou 1695
San Cristóbal de La Laguna, Tenerife
Décès
San Cristóbal de La Laguna
Nationalité Espagnole
Profession
Corsaire, commerçant

Amaro Rodríguez Felipe (San Cristóbal de La Laguna, ou 1695 – San Cristóbal de La Laguna, ), plus connu sous le nom d'Amaro Pargo, est un corsaire[3] espagnol né sur l'île de Tenerife (Canaries). Tout en faisant fortune en investissant en terrains principalement viticoles sur l'île de Tenerife les bénéfices de sa participation à la flotte des Indes, il prend également part à des actions corsaires et destine à la vente certains des navires saisis. Il a une forte dévotion envers la religieuse Maria de León Bello y Delgado, dont il finance le tombeau, et fait des donations pour améliorer le sort des pauvres de Tenerife, notamment des détenus de la prison de San Cristóbal de La Laguna.

Son personnage est entouré d'une auréole de romantisme qui le relie à la piraterie, à des trésors cachés et à des amours illicites, et qui est exploitée dans plusieurs romans. L'entreprise de jeux vidéo Ubisoft a ainsi fait réaliser des recherches sur Amaro Pargo centrées sur sa physionomie et comprenant l'exhumation de ses restes.

Pargo[modifier | modifier le code]

Pargo interprété comme surnom a donné lieu à de nombreuses spéculations, basées sur un sens de « rapide » ou « insaisissable » en lien avec l'un des noms pargo du poisson pagre commun[4], ou sur une tradition populaire selon laquelle certaines caractéristiques de son visage ressembleraient à ce poisson. Cependant, des études plus récentes estiment qu'il s'agit d'un surnom au sein de sa famille[5], et simplement de l'un des noms de son grand-père maternel et du père de celui-ci[6].

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Les navires qui se consacrent au commerce transatlantique doivent à l'époque être convenablement armés, en raison des conflits entre l'Espagne et la Grande-Bretagne (guerre de Succession d'Espagne, guerre anglo-espagnole de 1727-1729, guerre de l’oreille de Jenkins), et aussi de la persistance à cette période des attaques de corsaires barbaresques. Une autre raison de les armer est l'achat et la vente de navires arraisonnés pendant les périodes de conflit, activité à laquelle s'adonnent Amaro Pargo ainsi que son frère José Rodríguez Felipe. Certains documents[2] indiquent qu'Amaro Pargo a réalisé des actions corsaires, seul ou en collaboration avec d'autres capitaines de navires de la flotte des Indes[6].

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Il naît à La Laguna sur l'île de Tenerife (Canaries), le 3 mai[7] 1678[6] (d'autres sources indiquent 1695[1],[8]), de Juan Rodríguez Felipe de Barrios et de Beatriz Tejera Machado. Il a sept frères et sœurs, dont trois sœurs qui entrent plus tard au couvent dominicain Santa Catalina de Siena à La Laguna[1].

Sa famille possède plusieurs propriétés à La Laguna autour de la place San Cristóbal (ou plaza Tanque de Abajo), mais ses « maisons principales » sont autour de la plaza de Abajo (aujourd'hui Plaza del Adelantado) près du centre du pouvoir économique, politique et religieux[1]. Le testament de sa mère montre, outre les biens typiques de la bourgeoisie agricole, une comptabilité de marchandises vendues qui donne une place importante aux produits américains comme le cacao, et qui témoigne ainsi d'un réseau commercial auquel participaient différents membres de la famille[6].

La flotte des Indes[modifier | modifier le code]

Il commence sa participation à la flotte des Indes en 1703-1705 comme capitaine de la frégate El Ave María y las Ánimas naviguant entre Santa Cruz de Tenerife et La Havane, trajet qu'il réalise ensuite à différentes occasions avec d'autres navires. Ses connaissances des moyens de transport et des marchandises exportées des Canaries vers les Indes occidentales lui assurent de grands bénéfices, qu'il réinvestit dans ses propriétés principalement viticoles dont la production était envoyée en Amérique[1].

Il existe peu d'indications de sa présence dans les Caraïbes, à part un procès de reconnaissance en filiation concernant un fils illégitime qu'il aurait eu à La Havane d'une certaine Josefa María del Valdespino y Vitrián, et qu'il n'a jamais reconnu[6].

Son testament témoigne d'une fortune considérable, comprenant 773 propriétés et 42 maisons, dont la grande majorité, à part quelques propriétés acquises par héritage ou par voie de procès, avait été achetée à partir de 1714[1].

Ferveur religieuse[modifier | modifier le code]

Amaro Pargo, catholique fervent, « est lié à un très grand nombre de fondations, dotations et institutions de mémoriaux et de fonds en faveur des institutions religieuses et du peuple ». Il contribue à l'amélioration du sort des pauvres de la ville de La Laguna, faisant des dons pour les pauvres de la prison, et mettant « en circulation des monnaies de « quart » et de « huitième » pour améliorer la situation financière et de liquidité préoccupante qui affectait tant l'économie de subsistance des habitants des îles ». Il finance aussi entre autres à La Laguna des travaux d'amélioration de l'église Santo Domingo de Guzmán, ainsi que du couvent dominicain Santa Catalina de Siena où se trouvaient trois de ses sœurs[6].

Il a une grande dévotion personnelle pour sœur María de Jesús (Maria de León Bello y Delgado), religieuse de ce même couvent, dont il finance les funérailles, puis trois ans plus tard le mausolée. En 1734, le prieur provincial de l'ordre dominicain intervient dans la remise des trois clés de ce tombeau, offrant l'une d'elles à Amaro Pargo en reconnaissance de son affection pour la sœur, de ses bonnes œuvres et de la vénération qu'il montre pour l'ordre dominicain[6].

Mort[modifier | modifier le code]

Tombeau d'Amaro Pargo (crâne et tibias croisés non comme symbole pirate mais synonyme et annonce de la mort[6]).

Il meurt le 14 octobre 1747 à San Cristóbal de La Laguna, et y est enterré au couvent (maintenant église) Santo Domingo de Guzmán[9], dans la chapelle San Vicente Ferrer dont il était propriétaire[1].

Exhumation[modifier | modifier le code]

En 2013, l'exhumation de ses restes a été menée par une équipe d'archéologues de l'Université autonome de Madrid en vue de tests ADN et de reconstruction de son visage[10]. L'exhumation a été financée par la société Ubisoft pour le jeu vidéo Assassin's Creed IV: Black Flag, l'idée étant de faire d'Amaro Pargo l'un des personnages principaux du jeu[11],[12],[13] ; le brand manager d'Ubisoft Espagne déclare en effet qu'à son époque « il avait la même réputation et la même popularité que Barbe Noire ou Francis Drake »[14],[15],[16].

Selon les registres historiques, ses parents et un serviteur noir sont enterrés avec lui. En plus de ceux-ci, il y avait dans le tombeau six autres personnes, dont certaines pourraient être ses neveux ou petits-neveux, ainsi que des restes incomplets de bébés sans lien de parenté avec lui, ce qui pourrait correspondre à la coutume ancienne de l'Espagne et des Canaries d'enterrer les enfants morts sans baptême à côté d'un adulte, pour qu'il puisse les guider vers le ciel[11].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

« Amaro Pargo et sa fausse auréole de piraterie, aventures, assistance aux pauvres et trésors » ont souvent servi de trame au mythe et à la légende[17].

Le trésor d'Amaro Pargo[modifier | modifier le code]

Selon la légende, le trésor du corsaire comprenait « de l'argent ouvragé, des bijoux en or, des perles et des pierres précieuses de grande valeur, de la porcelaine de Chine, des tissus luxueux et des peintures[18] », dans un coffre dont le contenu était « répertorié dans un livre à couverture de parchemin et marqué de la lettre D »[19].

Sa maison dans le village de Machado (commune d'El Rosario, Tenerife) a été saccagée au fil des ans par les chercheurs de trésor. D'autres histoires situent ce trésor autour de la grotte dite Cueva de San Mateo à Punta del Hidalgo au nord-est de Tenerife[19], ou des îlots Roques de Anaga à la pointe nord-est de l'île[13].

Littérature[modifier | modifier le code]

Les activités de marchand et de corsaire d'Amaro Pargo ont inspiré plusieurs romanciers intéressés par le mystère entourant sa personne. On peut citer Amaro Pargo, el pirata de Tenerife (« Amaro Pargo, le pirate de Tenerife ») de Balbina Rivero[4], El Sarcófago de las Tres Llaves (« Le sarcophage aux trois clés ») de Pompeyo Reina[20],[21], et aussi la référence à Amaro Pargo dans Más allá del legado pirata (« Au-delà de l'héritage pirate ») de l'écrivain argentin Ernesto Frers[22].

Amitié avec sœur María de Jesús[modifier | modifier le code]

Avec le passage des siècles et le romantisme, l'amitié entre le corsaire et la religieuse devient souvent un sentiment amoureux. C'est le point de vue de Balbina Rivero dans Amaro Pargo, el pirata de Tenerife[4], mais d'autres comme Pompeyo Reina dans El Sarcófago de las Tres Llaves n'attribuent le lien entre ces deux personnages qu'à la piété religieuse[21].

Autres[modifier | modifier le code]

La tradition populaire lui attribue de nombreux autres faits dont on ne retrouve pas de fondements historiques. Ainsi, il aurait combattu Barbe Noire[18],[23]. Il aurait été anobli (hidalgo) en 1725, avec certification royale de noblesse et d'armes en 1727[7],[24], et aurait eu droit de châtiment[25].

Dans un autre domaine et toujours sans fondement historique, il aurait transporté des esclaves dans des conditions inhumaines dans les cales de ses navires, ou selon une autre représentation, aurait été leur bienfaiteur en exigeant de leurs futurs propriétaires qu'ils les traitent bien[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

(es) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en espagnol intitulé « Amaro Pargo » (voir la liste des auteurs).

  1. a, b, c, d, e, f et g (es) Manuel A. Fariña González, « La evolución de una fortuna indiana: D. Amaro Rodríguez Felipe (Amaro Pargo) [L'évolution d'une fortune des Indes : Don Amaro Rodríguez Felipe (Amaro Pargo)] », dans IX Coloquio de historia canario-americano [« 9e colloque historique américano-canarien »], t. 2, Las Palmas de Gran Canaria, Cabildo insulaire de Grande Canarie, , 1126 p. (ISBN 9788486127954, lire en ligne), p. 634-643.
  2. a et b Notamment Poder otorgado por Amaro Rodríguez Felipe a Bartolomé Farraz y Baltasar García Calzada, para que le representen en los trámites de declaración de buena presa de una embarcación enemiga capturada (« Pouvoir octroyé par Amaro Rodríguez Felipe à Bartolomé Farraz et à Baltasar García Calzada pour qu'ils le représentent dans les procédures de déclaration de bonne prise d'une embarcation ennemie capturée »), document transcrit dans de Paz Sánchez et García Pulido 2015, p. 413 d'après l'original de Archivo Histórico Provincial de Santa Cruz de Tenerife, Sección Histórica, Protocolos Notariales, cote 1.107, folios 31 r.–31 v. : una enbarcazion enemiga qu’este otorgante apressó con su navio (…) en virtud de patente que tiene de capitan de corsso (« une embarcation ennemie que ledit octroyeur a saisie avec son navire (…) en vertu d'une lettre de capitaine de course qu'il possède »).
  3. Même si sa lettre de course n'a pas été retrouvée, elle est mentionnée par lui-même[2], et plusieurs documents font allusion à ses prises ou au soutien donné par des notables à ses activités de course : de Paz Sánchez et García Pulido 2015.
  4. a, b et c (es) « Amaro Pargo, el pirata canario que se enamoró de una monja » [« Amaro Pargo, le pirate des Canaries qui est tombé amoureux d'une nonne »], ABC,‎ (lire en ligne) : sur le livre de Balbina Rivero, Amaro Pargo. El pirata de Tenerife.
  5. (es) Sergio Lojendio, « Amaro Pargo, la patente de un corso » [« Amaro Pargo, lettre d'une course »], El Día,‎ (lire en ligne) : sur de Paz Sánchez et García Pulido 2015.
  6. a, b, c, d, e, f, g et h (es) Manuel de Paz Sánchez et Daniel García Pulido, El corsario de Dios : Documentos sobre Amaro Rodríguez Felipe (1678-1747) [« Le corsaire de Dieu : Documents sur Amaro Rodríguez Felipe (1678-1747) »], Santa Cruz de Tenerife, Archivo Histórico Provincial, coll. « Documentos para la Historia de Canarias » (no XIV), , 416 p. (ISBN 978-84-7947-637-3, lire en ligne) : explications et conclusions sur dix documents d'époque, avec à partir de la p. 33 fac-similés et retranscriptions (dont son testament, et une procuration où il se déclare capitaine corsaire).
  7. a et b (es) Domingo Barbuzano, « El corsario Amaro Pargo » [« Le corsaire Amaro Pargo »], sur El Día,‎ .
  8. (es) « Ciudadanos propone crear un museo dedicado al corsario Amaro Pargo en su casa » [« Ciudadanos propose de créer un musée dédié au corsaire Amaro Pargo dans sa maison »],‎ .
  9. a et b (es) « El corsario Amaro Pargo » [« Le corsaire Amaro Pargo »], sur phistoria.net.
  10. (es) Almudena Cruz, « Una empresa de videojuegos exhuma los huesos del corsario Amaro Pargo » [« Une entreprise de jeux vidéo exhume les ossements du corsaire Amaro Pargo »], La Opinión de Tenerife,‎ (lire en ligne).
  11. a et b (es) Laura Docampo, « Amaro Pargo medía 1,66 de estatura, era delgado y de joven había sido apuñalado » [« Amaro Pargo faisait 1 m 66, était mince et dans sa jeunesse avait été poignardé »], La Opinión de Tenerife,‎ (lire en ligne).
  12. (es) « ¡Exhumación de los restos de Amaro Pargo! » [« Exhumation des restes d'Amaro Pargo ! »], La Laguna Ahora,‎ (lire en ligne).
  13. a et b (es) Domingo Ramos, « Amaro Pargo: un corsario tinerfeño e internacional » [« Amaro Pargo : un corsaire ténérifain et international »], sur eldiario.es / Canarias Ahora,‎ .
  14. (es) « El pirata canario Amaro Pargo revive con Assassin's Creed » [« Le pirate des Canaries Amaro Pargo revit avec Assassin's Creed »], La Provincia, Las Palmas de Gran Canaria,‎ (lire en ligne).
  15. (es) Almudena Cruz, « Amaro Pargo cobra fama internacional » [« Amaro Pargo gagne une réputation internationale »], La Opinión de Tenerife,‎ (lire en ligne).
  16. (es) « Amaro Pargo, una de piratas… » [« Amaro Pargo, une histoire de pirates… »], Discover Tenerife, Santa Cruz de Tenerife,‎ (OCLC 913152904, lire en ligne).
  17. (es) Manuel Hernández González, Fiestas y creencias en Canarias en la edad moderna [« Fêtes et croyances aux Canaries à l'époque moderne »], Santa Cruz de Tenerife, Las Palmas de Gran Canaria, Idea, , 576 p. (ISBN 978-84-8382-107-7, lire en ligne), p. 210.
  18. a et b (es) Almudena Sánchez, « La ruta del pirata Amaro » [« L'itinéraire du pirate Amaro »], sur Canarias7.
  19. a et b (es) Otilio Pérez, « Amaro Pargo, corsario de las Canarias » [« Amaro Pargo, corsaire des Canaries »].
  20. (es) « Presentación del "El sarcófago de las tres llaves", de Pompeyo Reina » [« Présentation de El sarcófago de las tres llaves, de Pompeyo Reina »], sur Isla de lecturas, Cabildo insulaire de Grande Canarie,‎ .
  21. a et b (es) Juanca Romero Martín, « Las tres llaves de Amaro Pargo » [« Les trois clés d'Amaro Pargo »], sur Angulo13,‎ .
  22. (es) Ernesto Frers, Más allá del legado pirata [« Au-delà de l'héritage pirate »], Barcelona, Robinbook, (ISBN 978-84-7927-963-9, lire en ligne), p. 99.
  23. (es) Ana Sharife, « Amaro Pargo, el pirata bueno » [« Amaro Pargo, le bon pirate »], sur canariasenhora.com,‎ .
  24. (es) Carlos García García, « Amaro Pargo: La tradición histórica de un corsario lagunero (III) » [« Amaro Pargo : La tradition historique d'un corsaire de La Laguna (partie 3) »], La Laguna Ahora,‎ (lire en ligne) — extrait de : (es) Carlos García, La ciudad : relatos históricos y tradicionales de La Laguna [« La ville : récits historiques et traditionnels de La Laguna »], La Laguna, Centro de la Cultura Popular Canaria, , 203 p. (ISBN 8479262036).
  25. (es) Daniel Álvarez, Rumbullion, Pallejà (Barcelona), megustaescribir, (ISBN 978-8-4911-2321-7, lire en ligne), p. 97, citant La Voz de Andalucía, 12 mai 1930 : señor de soga y cuchillo « seigneur de corde et couteau » — déformation fictive du terme existant señor de horca y cuchillo « seigneur de potence et couteau ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]