Amélie M. Chelly

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Amélie M. Chelly
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Directeur de thèse

Amélie Myriam Chelly (Setâre Enayatzadeh), née le à Marseille, est une sociologue française, spécialiste de l'Iran et des idéologies islamistes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Amélie Chelly commence des études à l'université d'Aix-en-Provence en histoire et en philosophie, avant de ne se consacrer qu'à cette deuxième science humaine, une fois à la Sorbonne. Elle se spécialise en philosophie politique, plus précisément sur la question du rapport entre religieux et politique. C'est à cette même époque, qu'elle commence à enseigner dans le secondaire et à apprendre la langue persane pour laquelle elle se passionne à l'INALCO. Elle trouve le moyen de marier ses deux centres d'intérêt - la culture iranienne et la problématique théologico-politique - dans le cadre d'une thèse doctorale dirigée par le sociologue Farhad Khosrokhavar. La thèse intitulée La Sécularisation du chiisme et la République islamique d'Iran (qui se trouvera publiée en mai 2017 sous le titre Iran, autopsie du chiisme politique[1]) est novatrice en ce qu'elle refuse de se restreindre au seul domaine sociologique, préférant une interdisciplinarité ("salutaire pour éviter le delirium" comme l'auteure l'affirme au cours d'émissions de promotion de son ouvrage) liant approches sociologique, théologique, philosophique et historique. Ce dernier ouvrage a d'ailleurs été retenu à l'unanimité par le comité international de la Fondation des Arts et Métiers des sessions de 2017. Après s'être consacrée à l'enseignement de la philosophie et à la publication de manuels de philosophie et culture générale pour le secondaire et le supérieur[2] (ainsi que de romans[3]), Amélie M. Chelly s'investit dans la recherche en tant que chercheure associée au CADIS (EHESS-CNRS)[4] et, proche de l'écrivain Pierre Conesa, à l'observatoire des radicalisations. Elle se concentre désormais sur la question du djihadisme en Europe.

Objets d'étude et investigation[modifier | modifier le code]

La sociologue redéfinit le concept occidental de "sécularisation" de sorte qu'il puisse s'adapter à des aires culturelles orientales, et dépassant la querelle entre Blumemberg et Schmitt[5], dessine trois acceptions, là où Farhad Khosrokhavar en distinguait deux (la sécularisation comme distinction entre religion et politique, et la sécularisation comme inscription des notions religieuses dans le siècle) : la sécularisation/effacement de la religion de la sphère publique, la sécularisation/immanentisation, et la sécularisation "à l'iranienne", celle visant une désacralisation des normes islamiques en les comparant aux normes rationnelles. Ainsi la sécularisation ne consisterait pas en l'importation du modèle occidental inapplicable à la culture iranienne.

Toujours fascinée par les travaux du sociologue franco-iranien Farhad Khosrokhavar, elle développe son concept de martyropathie[6] et explique que la dénaturation du phénomène de martyre en lequel il consiste, doit irréversiblement passer par l'étape de la martyrophilie. En d'autres termes, le martyrophile est celui qui signe de sa mort sa sincère croyance en un idéal idéologique, à l'heure révolutionnaire, le martyropathe, celui qui meurt de désespoir institutionnel (une fois la fièvre révolutionnaire retombée et le désenchantement populaire installé)[7].

L'observation de l'islam chiite politique en Iran lui permet une approche pertinente des phénomène dits de "radicalisation" c'est-à-dire de fanatisation moderne à des courants islamistes. Dans le cadre de rapports sur l'état des radicalisations djihadistes en France, elle dresse une typologie des radicalisés et s'intéresse plus particulièrement à la radicalisation féminine, reposant sur deux éléments fondamentaux : la "dévirilisation" de l'agent masculin par la société occidentale (poussant la femme désireuse de virilité à la chercher chez son incarnation armée : le djihadiste) et les deux échecs du féminisme (la femme occidentale est toujours inférieure à l'homme, mais la sacralisation de la procréation la rendrait supérieure).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. CHELLY A.M., Iran, autopsie du chiisme politique, éd. du Cerf, Paris, 19 mai 2017.
  2. CHELLY A.M., Les Huit thèmes fondamentaux de la culture générale, Ellipses, 2016.
  3. Elle publie Cette étoile à mon bras chez l'Harmattan en 2010, et Hava en 2015
  4. Site CADIS [1].
  5. Pour Hans Blumemberg, « d’un point de vue pragmatique, un Dieu caché vaut un Dieu mort » (BLUMENBERG Hans, Die Legitimität der Neuzeit, Frankfurt a. M., Suhrkamp, 1966, 2e éd., trad. fr. La légitimité des Temps Modernes, Paris, Gallimard, 1999, p. 399). Le retrait de la religion engage une reconstruction des systèmes de pensées politiques et des institutions sur des fondements rationnels. A l’opposé, la réflexion de Carl Schmitt engage le monde moderne dans une sécularisation de la théologie. La sécularisation, loin de se construire contre la théologie, se construit par la théologie.
  6. « Martyrophilie, martyropathie : l’égoïsme idéologique moderne », sur Analyse des Islams Politiques et des Radicalisations,
  7. CHELLY A.M., Iran, autopsie du chiisme politique, Paris, Ed. du Cerf, , "Martyre, martyrophilie, martyropathie"

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographies[modifier | modifier le code]

  • Amélie-Myriam Chelly, Les 8 Thèmes Fondamentaux de la Culture Générale, Ellipses Marketing, coll. « Optimum », (ISBN 978-2340013803)
  • Amélie-Myriam Chelly et Farhad Khosrokhavar, Iran, autopsie du chiisme politique, Cerf, coll. « Religions », (ISBN 978-2204117753)

Publications universitaires[modifier | modifier le code]

  •  « Sécularisation contre sécularisation : une compréhension du système de la République islamique d’Iran » [2] in Raison publique.fr, 14 juin 2015.
  •  « Les dessous du pouvoir iranien : l’influence néo-hojjatieh » in Eurorient n° 40-2013.*
  •  Co-direction du numéro « IRAN » de la revue BUILDING (Armand Colin) à paraître en janvier 2012*
  •  "Démocratie à l'iranienne : quelle place pour l'islam ?" in Building, n°2, Iran mode d'emploi pour la démocratie, avril 2012
  •  « L’Imâm chiite et son détournement politique contemporain » in Cité 44, Genres et Sexe 2010*
  •  « Les Élections iraniennes critiquées par les Mollahs » in Cités, Hors-Série "Retour sur Evénements" 2010*
  •  « Quand le Messie était kafkaïen » article publié dans le numéro « Les Juifs et l'Europe » des cahiers du CERIJ sous la direction du professeur Claude-Raphael Samama (deuxième semestre 2005 - premier semestre 2006).

Articles de presse[modifier | modifier le code]

  •  Orient XXI, « Et si la crise du Qatar profitait à l’Iran », 5 juillet 2017.
  •  El Watan, « Le Moyen-Orient peut s’embraser si Riyad est animé par une logique de fuite en avant », 11 juin 2017.
  •  20Minutes, « Attentats de Téhéran : Daesh a voulu faire tomber les symboles de l’Iran », 8 juin 2017.
  •  Le Figaro, « Elections présidentielles en Iran : une politique en voie de sécularisation ? », 19 mai 2017.
  •  Causeur, « Le système instauré par Khomeyni est un échec », 19 mai 2017.
  •  Le Temps, Entretien, « Donald Trump dans les pas d’Abraham », 18 mai 2017.
  •  Le Monde, « La société iranienne n’a plus peur de Dieu, mercredi 17 mai 2017.
  •  Causeur, « Si l’adversaire de Rohani est élu, beaucoup d’Iraniens croiront à une fraude », 16 mai 2017.
  •  L’Orient le jour, Entretien, « Les conservateurs iraniens misent sur l’unité pour battre Rohani », 11 avril 2017.
  •  El Watan, « En Iran, le choix des électeurs sera plus motivé par les questions économiques », 2 avril 2017
  •  Causeur, « Daech s’engouffre dans la brèche des aspirations féminines déçues », 13 février 2017.

Infographies[modifier | modifier le code]

  • «L'Iran est en train de se séculariser à partir de ses propres racines culturelles», 2 janvier 2018 Le Figaro, [3], consulté le 3 janvier 2018.
  • Iran : les manifestations exacerbent les tensions politiques, 3 janvier 2018, Le Monde, [4], consulté le 3 janvier 2018.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • LE MONDE IRANIEN. Etudes sur le monde iranien et observations sociologiques sur les islams politiques [5], consulté le 3 janvier 2018.
  • ANALYSES DES ISLAMS POLITIQUES ET DES RADICALISATIONS. Amélie M. Chelly [6], consulté le 2 janvier 2018.
  • IFRI (Institut français de recherches en Iran)