Alphasyllabaire khmer

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L'alphasyllabaire khmer (អក្ខរក្រមខេមរភាសា; âkkhârâkrâm khémârâ phéasa, couramment aksar Khmer; អក្សរខ្មែរ) est un alphasyllabaire utilisé pour écrire le khmer, langue officielle du Cambodge.

Comme la plupart des écritures du Sud-Est asiatique, il dérive du Vatteluttu, originaire du sud de l'Inde ou du Sri Lanka et apparu au début de notre ère[1].(Tamoul)

Description[modifier | modifier le code]

L'alphabet khmer possède 33 consonnes et 24 voyelles. Mais la langue parlée possède beaucoup plus de voyelles (au sens khmer). Pour remédier à cela et sans augmenter le nombre de caractères les créateurs ont eu recours à une astuce.

Chaque consonne appartient à l'une des deux séries : légères ou lourdes. Si une voyelle est associée à la première série (dite légère), elle produit un certain son et si elle est associée à la deuxième série (lourde) elle produit un autre son. Ainsi les voyelles ont deux prononciations possibles (sauf 3 qui conservent la même sonorité dans les deux cas et 1 qui a trois sonorités).

Douze consonnes sont doublées et permettent donc aux voyelles de représenter leurs deux possibilités. Mais neuf ne le sont pas et quand c'est nécessaire des signes diacritiques sont utilisés pour changer de registre (de série), permettant ainsi de représenter toutes les voyelles avec toutes les consonnes dans ce système d'écriture.

Quand aucune voyelle n'est associée à la consonne, le son produit est celui de la voyelle inhérente (par définition non-écrite). Les consonnes légères ont leur voyelle inhérente prononcée "ɑ" et les lourdes prononcée "ɔ".

Une voyelle ne peut pas être utilisée seule, elle est obligatoirement associée à une consonne.

Cas particulier le support de voyelle, qui est en dernière position des consonnes et se prononce « a », c'est donc une voyelle. Il est utilisé lorsqu'une voyelle n'est pas associée à une consonne sonnante.

La plupart des voyelles ayant deux sonorités cela donne plus d'une quarantaine de voyelles, ce qui peut paraître énorme. Le sens de voyelles chez les Khmers n'est pas tout à fait celui des linguistes. Par exemple : o court, o long, o suivi de m, o suivi de h, o suivi d'un arrêt glottal constituent 5 voyelles différentes. La langue possède aussi de nombreuses diphtongues.

En plus l'écriture possède aussi des voyelles dites indépendantes, dans le sens qu'elles n'ont pas besoin d'être associées à une consonne, elles ont un son syllabique propre et ne font pas partie de l'alphabet. Il est quelquefois question de les supprimer, certaines ont déjà été remplacées. Techniquement elles pourraient l'être, mais elles ont un intérêt étymologique et historique.

La plupart des consonnes (à part une le ng) se retrouvent aussi en français bien qu'elles ne soient pas absolument identiques ; par contre le français en possède certaines qui sont inconnues, ou pas encore transcrites officiellement académiquement, en khmer : le f, le g (le son g', comme dans galette ou gâteau), le j et le z (le son z, comme dans zèbre ou bisou ; les personnes qui parlent uniquement le khmer ont un peu de mal à prononcer distinctement bijou et bisou) et à prononcer le u seul (un s sifflant est souvent ajouté). Le son ch, comme dans chapeau ou chocolat, est transcrit avec le son t'ch.

Lorsqu'une syllabe contient deux consonnes, la deuxième apparaît sous une forme naine qui est appelée pieds puisqu'elle se trouve sous la première (ou commence en dessous pour se terminer à côté, comme le « r » ou le « s »). Dans ce cas la question est de savoir quelle consonne va imposer son registre à la voyelle. Généralement la consonne en « pied » se prononce après la consonne principale et avant la voyelle (par exemple « PSA » s'écrira « P », « s » en pied et « a » (prononcer alors le « Ps » comme « psy » en français).

Ce système peut paraître difficile. Les Français ont au milieu du XXe siècle essayé de latiniser cette écriture, sans réussir à l'imposer peut-être à cause du grand nombre de voyelles. Les enfants arrivent à maîtriser ce système qui malgré ses doublons et ses lacunes est adapté à cette langue.

Alphabet[modifier | modifier le code]

Consonnes[modifier | modifier le code]

La manière dont elle se prononce permet de connaître la série :

-terminaison en "ɑ" série légère

-terminaison en "ɔ" série lourde.

Une forme inférieure, appelée pied de consonne, est utilisé pour les consonnes doubles.

La dernière lettre "អ" est particulière, elle est classée parmi les consonnes, mais c'est une voyelle qui sert de support aux voyelles dépendantes lorsqu'elles ne sont associées à aucune autre consonne. Elle est également considérée comme une voyelle indépendante.

Consonne Pied de consonne Translittération IPA Notes
្ក kâ
្ខ khâ kʰɑ
្គ
្ឃ khô kʰɔ
្ង ngô ŋɔ
្ច châ tçɑ
្ឆ chhâ tʃʰɑ
្ជ chô tçɔ
្ឈ chhô tʃʰɔ
្ញ nhô ɲɔ Le pied de consonne ញ្ញ peut aussi être utilisé
្ដ ɗɑ Le pied de consonne est identique à celui de la lettre ត
្ឋ thâ tʰɑ
្ឌ ɗɔ
្ឍ thô tʰɔ
្ណ
្ត
្ថ thâ tʰɑ
្ទ
្ធ thô tʰɔ
្ន
្ប ɓɑ
្ផ phâ pʰɑ
្ព
្ភ phô pʰɔ
្ម
្យ
្រ
្ល
្វ
្ឝ shâ - Lettre archaïque habituellement supprimée.
្ឞ ssô - Lettre archaïque habituellement supprimée.
្ស
្ហ
(aucune) Le pied de consonne de la lettre ល est utilisé, bien que la fonte ្ឡ existe .
្អ ʔɑ

Consonnes digraphiques[modifier | modifier le code]

Afin de restituer certains sons absents de la langue khmer, des consonnes digraphiques ont été créées.

Consonne digraphique Translittération IPA
ហ្គ
ហ្ន
ប៉
ហ្ម
ហ្ល
ហ្វ fâ, wâ ,
ហ្ស žâ ʒɑ

Voyelles dépendantes[modifier | modifier le code]

Chaque voyelle possède, en général, deux prononciations possibles, suivant qu'elle est associée à une consonne de la série a (légère) ou de la série o (lourde). La prononciation peut aussi être modifiée par l'ajout de certains signes.

Le nombre de voyelles est habituellement de 24, les huit dernières possèdent des symboles diacritiques.

Les voyelles dépendantes (ou ordinaires) sont appelées srăk nissăy (ស្រៈនិស្ស័យ) ou srăk phsâm (ស្រៈផ្សំ) en khmer. Les voyelles dépendantes ne peuvent pas s'écrire seule, elles doivent toujours être combinées avec une consonne dans l'orthographe khmer. Le symbole circulaire en pointillé indique la position de la consonne.

Dans le tableau, la toute première consonne, indiquée par (aucune) et qui a deux sonorités différentes, comme les autres, est la voyelles inhérente, c'est-à-dire que la consonne n'a pas de voyelle écrite.

Voyelle
dépendante
Translittération IPA
série a série o série a série o
(aucune) ar or ar or
a éa iːə
ĕ ĭ e i
ei i əj
ŏe ə ɨ
œ əːɨ ɨː
ŏ ŭ o u
o u oːu
  uːə  
aeu eu aːə əː
eua ɨːə
iːə
é eːi
ê aːe ɛː
ai ey aj ɨj
aːo
au ŏu aw ɨw
ុំ om ŭm om um
âm um ɑm um
ាំ ăm ŏâm am oəm
ăh eăh eəʰ
ិះ
ុះ ŏh uh
េះ éh eiʰ
េាះ aŏh uŏh ɑʰ ʊəʰ

Voyelles indépendantes[modifier | modifier le code]

Les voyelles indépendantes sont les voyelles qui ne sont liées à aucune consonne; elles sont appelées en Khmer srăk penhtuŏ (ស្រៈពេញតួ, signifiant voyelles complètes).

Voyelles
indépendantes
Translittération IPA
â ʔɑʔ
a ʔa
ĕ ʔe
ei ʔəj
ŏ ʔ
ŭ ʔu
ŏu ʔɨw
rŏe ʔrɨ
ʔrɨː
lŏe ʔlɨ
ʔlɨː
é ʔeː
ai ʔaj
ឱ, ឲ ʔaːo
âu ʔaw

Ressemblance avec d'autres alphasyllabaires[modifier | modifier le code]

Consonne khmère

Son

Consonne tamoul

Consonne birmane

Consonne thaï

Ka က
Kha கா
Ga
Gha ஙா
NGa ங்
Ca
Cha ச்ச
Ja
Jha யா
Ña
ṭa
ṭha த்த
ḍa
ḍha டா
ṇa
Ta
Tha தா
Da
Dha டா
Na
Pa
Pha பா
Ba பா
Bha பா
Ma
Ya
Ra
La
Va
śa சா
ṣa
Sa
Ha
ḷa
'A

Ainsi, un mot Tamouls se retranscrivent de cette façon en Khmer:

  1. [Shi-va] > សិវា [Se-va] > သေဝါ [θe-va]
  2. பிரம்மா [Prah-ma] > ព្រហ្ម [Prah-m]
  3. [Vi-shnu] > វិស្ណុ [Vi-sno] > ဗိဿနိး [Vi-θno]

Notes et références[modifier | modifier le code]