Alphabet géorgien

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Géorgien
Image illustrative de l’article Alphabet géorgien
Le mot « écriture », en alphabet géorgien actuel.
Caractéristiques
Langue(s) Langues kartvéliennes, géorgien, batsba, laze, mingrèle, svane.
Historique
Époque 412 av. J.-C. à aujourd’hui[1]
Système(s) apparenté(s) Alphabet sumérien
Codage
ISO 15924 Geor

La culture vivante des trois systèmes d'écriture de l'alphabet géorgien *
Pays Drapeau de la Géorgie Géorgie
Liste Liste représentative
Fiche 01205
Année d’inscription 2016
* Descriptif officiel UNESCO

L’alphabet géorgien (nommé localement მხედრული, mkhedruli) est l’écriture actuellement utilisée pour écrire le géorgien et quelques autres langues du Caucase, dont le batsba, langue du groupe vainakh, qui y ajoute des signes diacritiques.

C’est normalement une écriture unicamérale dans sa forme ronde moderne mkhedruli actuelle (comportant 33 lettres : 28 consonnes et 5 voyelles), soit militaire, comme dans sa forme ronde classique originelle mrgvlovani (მრგვლოვანი, soit onciale, dont les lettres asomtavruli, c'est-à-dire majuscules, étaient différentes des lettres rondes modernes), mais elle fut temporairement une écriture bicamérale dans son ancienne forme ecclésiastique khutsuri (ხუცური, « ecclésiastique », grâce à l’ajout d’un autre alphabet carré nuskhuri (ნუსხური, « minuscules ») ou kutkhovani (კუთხოვანი) pour les minuscules, alphabet aujourd’hui totalement abandonné). Certains auteurs utilisent toutefois les lettres rondes classiques asomtavruli comme majuscules dans les textes modernes, les titres de journaux, les logos, etc., pour lesquelles une forme classique et des fontes modernes coexistent.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines légendaires[modifier | modifier le code]

Le plus vieil alphabet géorgien connu est l’asomtavruli, aussi appelé mrgvlovani, utilisé encore assez rarement aujourd’hui pour noter les capitales dans certains textes, et qui, d'après un texte médiéval géorgien[2], aurait été inventé en 412 av. J.-C. par des prêtres géorgiens qui suivaient le culte de Matra (c’est-à-dire Mithra)[1].

En 284 av. J.-C., le roi Pharnavaz Ier d'Ibérie aurait réformé l’alphabet[3].

Inscriptions antiques et évolution[modifier | modifier le code]

La création de l'alphabet coïncide avec la diffusion du christianisme en Géorgie, le rôle joué par des moines arméniens est cependant disputé[2].

On retrouve des inscriptions mrgvlovani sur certains bâtiments, tels que l’église géorgienne de Bethléem. L'inscription la plus ancienne connue, celle de Bir el Qutt, remonte à l'an 430 de notre ère.

L’alphabet nuskhuri, aussi appelé kutkhovani (« carré »), utilisé pour noter les minuscules, est apparu vers le IXe siècle. Les alphabets asomtavruli et nuskhuri de l’écriture khutsuri (ხუცური, ou « écriture liturgique », parfois transcrite « Xucuri »), ont été utilisées ensemble pour écrire les textes religieux, utilisant l’asomtavruli pour noter les capitales.

L’alphabet moderne, appelé mkhedruli (მხედრული, « séculaire » ou « écriture militaire », parfois transcrit « mxedruli »), fit son apparition au XIe siècle. Il fut d’abord utilisé pour les textes non religieux puis il remplaça complètement le nuskhuri de l’ancienne écriture ecclésiastique. Les linguistes géorgiens décrivent son orthographe comme phonétique.

Composition[modifier | modifier le code]

Sous sa forme moderne, l’alphabet géorgien mkhedruli comporte 33 lettres :

an
[ɑ]
ban
[b]
gan
[g]
don
[d̪]
en
[ɛ]
vin
[v]
zen
[z]
than
[t̪ʰ]
in
[ɪ]
kan
[k']
las
[l]
man
[m]
nar
[n]
on
[ɔ]
par
[p']
zhan
[ʒ]
rae
[ɾ]
san
[s]
tar
[t̪']
un
[ʊ]
phar
[pʰ]
khar
[kʰ]
ghan
[ɣ]
qar
[q']
shin
[ʃ]
chin
[t͡ʃʰ]
can
[tsʰ]
jil
[dz]
cil
[ts']
char
[t͡ʃ']
xan
[x]
jhan
[d͡ʒ]
hae
[h]

À l’origine, l’alphabet comportait six lettres supplémentaires, qui sont depuis tombées en désuétude. L’alphabet comprend aussi deux autres lettres utilisées pour transcrire les langues mingrélienne et svane, et trois autres lettres rares ainsi qu’une ancienne ponctuation traditionnelle :

he
[e]
hie
[j]
we
[wi]
har
[q]
hoe
[ow]
fi
[f]
yn
[ə]
elifi
[ʔ]
gan retourné
[ɢ]
ain
[ʕ]
petit nar
nasalisation
séparateur de
paragraphes

Avec l’alphabet géorgien mkhedruli, il n’existe ni majuscule ni minuscule. Cependant, certains auteurs géorgiens ont tenté d’utiliser les lettres rondes de l’alphabet classique assomtavrouli comme capitales (comme l’ont fait temporairement les religieux pour l’ancienne écriture ecclésiastique khutsuri où, cependant, les lettres minuscules formaient un second alphabet nuskhuri, les lettres classiques étant réservées aux majuscules) :

an
[ɑ]
ban
[b]
gan
[g]
don
[d̪]
en
[ɛ]
vin
[v]
zen
[z]
tan
[t̪ʰ]
in
[ɪ]
kan
[k']
las
[l]
man
[m]
nar
[n]
on
[ɔ]
par
[p']
zhan
[ʒ]
rae
[ɾ]
san
[s]
tar
[t̪']
un
[ʊ]
phar
[pʰ]
khar
[kʰ]
ghan
[ɣ]
qar
[q']
shin
[ʃ]
chin
[t͡ʃʰ]
can
[tsʰ]
jil
[dz]
cil
[ts']
char
[t͡ʃ']
xan
[x]
jhan
[d͡ʒ]
hae
[h]
he
[e]
hie
[j]
we
[wi]
har
[qʰ]
hoe
[ow]

Variantes graphiques[modifier | modifier le code]

Variantes graphiques des lettres რ et ლ sur une plaque de l’avenue Roustavéli, le nom Roustavéli, უსთავეის ressemblant à hუსთავეის.
Mkhedruli en « lettres capitales[4] » sur une voiture de police.

De nombreuses lettres connaissent des variantes graphiques. Par exemple la boucle supérieure de (zeni) et le trait supérieur de (rae) peuvent être représentés dans le sens inverse de celui présenté habituellement. D'autres variantes communes sont :

  • , , et (zeni, oni, khani) sont généralement représentés sans la petite langue.
  • (gani) peut être écrit comme (vini) avec une boucle fermée en bas.
  • (doni) se rencontre souvent avec une simple boucle en haut, Doni (other form).svg.
  • , , et (k'ani, tsani, dzili) sont souvent notés avec une hampe droite, (tsani) ressemblant alors à un U avec une indentation dans la verticale droite.
  • (lasi) est souvent noté avec un arc unique, Lasi (other form).svg.
  • Plus rarement (oni) peut être écrit comme un angle droit, Oni (other form).svg.
  • (rae) est souvent écrit avec une hampe droite et un arc unique, Rae (other form).svg, comme un h latin.
  • (t'ari) est souvent simplifié en une petite boucle avec un long crochet en dessous ou comme un O avec un trait vertical au sommet.
  • (ts'ili) se rencontre fréquemment avec une boucle arrondie, Ts'ili (other form).svg.
  • (ch'ari) peut s'écrire sans crochet au sommet ou avec une hampe verticale droite.
  • (djani) peut être écrit soit comme un X latin avec des crochets ou comme un ჯ (other form).png.

Représentation informatique[modifier | modifier le code]

Les alphabets géorgiens sont représentés par les caractères Unicode U+10A0 à U+10FC et U+2D00 à U+2D25.

Écriture moderne mkhedruli[modifier | modifier le code]

  • Les lettres rondes de l'écriture alphabétique moderne mkhedruli (dont l’alphabet est plus réduit et sans distinction de casses) sont codées de U+10D0 à U+10F0.
  • S’y ajoutent les lettres aujourd’hui archaïques U+10F1 à U+10F5, utilisées pour transcrire les lettres de l’ancienne écriture carrée khutsuri ou les inscriptions classiques en majuscules rondes asomtavruli, et une autre lettre archaïque minuscule U+10F6.
  • Des lettres sans casse supplémentaire sont utilisées pour la transcription des langues mingrélienne et svane sont codées en U+10F7 et U+10F8.
  • D’autres lettres sans casse plus rares sont codées en U+10F9 et U+10FA, ainsi qu’une lettre modificative en U+10FC.
  • Le caractère U+10FB est une ponctuation géorgienne marquant la fin d’un paragraphe.
Le code ISO 15924 de l’écriture géorgienne moderne ronde mkhedruli est Geor.

Inscriptions classiques ou ancienne écriture ecclésiastique khutsuri[modifier | modifier le code]

  • Les lettres capitales rondes asomtavruli de l’ancienne écriture khutsuri sont codées de U+10A0 à U+10C5. (Elles sont parfois utilisées aussi pour apporter une distinction de casse dans l'écriture moderne mkhedruli ; toutefois le risque de confusion de ces « capitales » est grand avec certaines lettres différentes de la casse moderne mkhedruli, assez différente des anciennes minuscules carrées nushkuri).
  • Les lettres minuscules carrées nuskhuri de l’ancienne écriture ecclésiastique cursive khutsuri ont été auparavant unifiées avec les lettres rondes (sans casse) de l'alphabet moderne mkhedruli précédent. (Toutefois cela pose problème car les lettres sont très peu ressemblantes entre les deux alphabets, et il existe un risque de confusion avec les lettres de l’alphabet mkhedruli moderne, dont certaines ont été permutées par rapport aux lettres capitales asomtavruli de l’ancienne écriture.) Depuis, Unicode les a désunifiées et réencodées séparément de U+2D00 à U+2D25, d'autant plus que ces anciennes minuscules carrées sont en fait plus proches des plus anciennes capitales rondes et n'avaient pas encore intégré les transformations importante de l'alphabet moderne mkhedruli qui s'est également enrichi plus tard de lettres supplémentaires (mais parfois devenues ensuite archaïques) pour d'autres langues.
Le code ISO 15924 de l’ancienne écriture géorgienne ecclésiastique khutsuri (c’est-à-dire d'une part les capitales rondes classiques asomtavruli, et d'autre part les minuscules carrées cursives nuskhuri, qui sont des variantes médiévales des capitales inspirées par l'onciale latine pour l'écriture à la plume) est Geok. Pour les inscriptions classiques en capitales rondes asomtavruli uniquement, on peut utiliser indifféremment le code Geok (dans les textes ecclésiastiques à écriture bicamérale) ou le code moderne Geor (le second code est toutefois préférable pour les citations dans les textes modernes de citations anciennes non-ecclésiastiques telles les inscriptions monumentales monocamérales).

Table des caractères Unicode[modifier | modifier le code]

PDF : en
 v · d · m 
0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
A
B
C
D
E
F
U+10A0
U+10B0
U+10C0
     
U+10D0
U+10E0
U+10F0
PDF : en
 v · d · m 
0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
A
B
C
D
E
F
U+2D00
U+2D10
U+2D20
     

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Parlons géorgien d'Irène Assatiani et Michel Malherbe, p. 21.
  2. a et b (en) Werner Seibt, « The Creation of the Caucasian Alphabets as Phenomenon of Cultural History », sur academia.edu (consulté le 19 février 2018).
  3. Claude Hagège (ill. Alain Bouldouyre), Dictionnaire amoureux des langues, Paris, Éditions Plon-Odile Jacob, coll. « Dictionnaire amoureux », , 732 p. (ISBN 9782259204095 et 2259204090, OCLC 458764164)
  4. Les lettres sont ici toutes de la même hauteur, sans jambes vers le haut ou le bas.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]