Alphabet étrusque

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Étrusque
Image illustrative de l'article Alphabet étrusque
Inscriptions étrusques sur la tête d'une statue
Caractéristiques
Type Alphabet
Langue(s) Langues italiques, étrusque
Historique
Époque VIIIe siècle av. J.-C. - Ie siècle av. J.-C.
Système(s) parent(s) Protocananéen

 Phénicien
  Cumes
   Étrusque

Système(s) dérivé(s) latin, runique
Codage
ISO 15924 Ital

L’alphabet étrusque était l'alphabet utilisé par les Étrusques pour noter leur langue. Il comporte 26 lettres (dans le modèle d'alphabet) dont quatre ne sont jamais utilisées en étrusque (B C D O).

Historique[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

L'abécédaire de Marsiliana, vers 700 av. J.-C.

L'alphabet étrusque tire son origine de l'alphabet grec, mais on ignore si l'adaptation a eu lieu dans les colonies grecques d'Italie ou en Grèce, voire en Asie Mineure. Il est vraisemblable qu'il s'agit de la colonie grecque d'Ischia (alors Pithékuses), en face de Cumes, au milieu du VIIe siècle av. J.-C.[1]. Dans tous les cas, il s'agissait d'un alphabet grec occidental, où « X » était prononcé [ks] et « Ψ » [kʰ] ; en étrusque, « X » était prononcé [s], « Ψ » [kʰ] ou [kχ]. On peut noter, toutefois, une forte ressemblance de la plupart des consonnes, de cet alphabet, avec des consonnes équivalentes de l'alphabet phénicien. De plus on note une similarité très proche avec l'alphabet eubéen.

Les textes étrusques les plus anciens sont des abécédaires. L'exemple le plus connu est l'alphabet de Marsiliana d'Albegna (près de Grosseto, VIIe siècle av. J.-C.), comportant 26 lettres dont 5 voyelles, 22 lettres grecques d'origine phénicienne et 4 lettres propres à l'alphabet grec. Le san et la koppa sont conservés, mais l'oméga n'y apparaît pas encore. L'abécédaire est écrit de droite à gauche et fait apparaître les lettres suivantes :

Ψ Φ Χ Υ Τ Σ Ρ ϟ Ϻ Π Ο Ξ Ν Μ Λ Κ Ι Θ Η Ζ Ϝ Ε Δ Γ Β Α

Étrusque classique[modifier | modifier le code]

Jusque vers 600 av. J.-C., la forme archaïque de l'alphabet étrusque demeura pratiquement inchangée et le sens d'écriture était libre. À partir du VIe siècle av. J.-C., des évolutions apparurent, guidées par la phonologie de l'étrusque, et les lettres représentant des phonèmes inexistants en étrusque furent abandonnées.

En 400 av. J.-C., il semble que toute l'Étrurie utilisait un alphabet étrusque classique de 20 lettres, écrit principalement de gauche à droite :

ACEVZHΘILMNPŚRSTUΦΨF

Les modifications suivantes furent apportées :

  • B et D furent délaissées, les sons correspondants n'existant pas en étrusque qui ignorait les consonnes sonores (elles seront réutilisées par les Romains qui en avaient besoin pour transcrire les sons du latin) ;
  • K fut également délaissé, sauf devant A, comme dans le latin « KALENDAE » (calendes), et dans les cités septentrionales de l'Étrurie ;
  • O disparaît, remplacé par U/Y (prononcé ou) ;
  • les lettres Χ et Ϻ ne sont plus utilisées ;
  • un graphème additionnel, dont la forme ressemble au chiffre 8 actuel, est utilisé pour la consonne F.

Cet alphabet classique resta d'actualité jusque vers le IIe siècle av. J.-C. où il commença à être concurrencé par l'alphabet latin. L'étrusque s'éteignit peu après.

Alphabet[modifier | modifier le code]

Le tableau ci-dessous présente les alphabets étrusques archaïque et classique, et la prononciation reconstituée des lettres étrusques (et non des lettres grecques ou latines), ainsi que les lettres à peu près équivalentes (quand elles existent) dans les alphabets grec ancien (à l'origine de l'alphabet étrusque), italique (dernier stade d'évolution de l'aphabet étrusque avant l'alphabet latin) et latin :

origine
grec ancien
étrusque
archaïque
étrusque
classique
prononciation
reconstituée
équivalent
italique
équivalent
latin
Alpha A A [a] 𐌀 (a) A
Bêta B   [b] 𐌁 (bé) B
Gamma C, Gimel C, Gimel [ɡ], [ɣ], [k] 𐌂 (ké) C, (G)
Delta D   [d], [l̪], [r] 𐌃 (dé) D
Epsilon E E, E [e] 𐌄 (é) E
Digamma V   [v], [w], [u] 𐌅 (vé) V, (W)
Zêta Z Z, Z [z], [d͡z], [t͡s] 𐌆 (zé) Z, (DZ)
Êta H EtruscanH-01.svg, H [h] 𐌇 (hé) H, (CH)
Thêta TH, TH TH, TH [tʰ] 𐌈 (thé) TH
Iota I I [i] 𐌉 (i) I
Kappa K (K) [k] 𐌊 (ka) K
Lambda L L [l] 𐌋 (elle) L
Mu M M [m] 𐌌 (emme) M
Nu N N [n] 𐌍 (enne) N
Xi (N)   [ks]    
Omicron O   [u], [o] 𐌏 (o) O
Pi EtruscanP-01.svg EtruscanP-01.svg [p] 𐌐 (pé) P
San SAN, SAN, SAN   [ʃ], [ʒ], [d͡ʒ] 𐌑 (ché) SH, (ZH, J)
Koppa Q Q, Phoenician qof.png [q] 𐌒 (ku) Q
Rhô R R, R [r] 𐌓 (erre) R
Sigma S S [s] 𐌔 (esse) S
Tau T T [t] 𐌕 (té) T
Upsilon V V, V [β], [u] 𐌖 (u) U, (V, Y)
Chi X   [ks], [ɡz] 𐌗 (iks) X, (KS, CZ)
Phi PH PH [ɸ] 𐌘 (phé) PH
Psi KH KH, KH [kʰ] 𐌙 (khé) KH
    F [f] 𐌚 (effe) F

En étrusque archaïque, l'écriture se faisait de droite à gauche ou parfois en boustrophédon, les lettres étant alors réorientées en miroir selon la direction de lecture. En étrusque classique l'écriture ne se fait plus en boustrophédon, mais encore parfois de droite à gauche et l'orientation de certaines lettres devient hésitante (comme c'est aussi le cas des lettres grecques archaïques) selon les régions. Avant d'adopter la direction de gauche à droite. Les lettres étrusques ci-dessus dont montrées dans leur orientation de droite à gauche, alors que les lettres grecques anciennes et italiques sont dans leur orientation de gauche à droite (comme en grec classique et moderne et latin).

Ponctuation[modifier | modifier le code]

L'alphabet étrusque utilisait deux sortes de ponctuations :

  • la ponctuation externe : elle sert à séparer les phrases et les mots ;
  • la ponctuation interne se trouvant, comme son nom l'indique, à l'intérieur des mots. Sa signification n'a pas encore été clairement définie.

Traces dans les arts[modifier | modifier le code]

De petits vases (encriers ?) comportent l'alphabet entier ordonné, sur leur pourtour[2].

Codage informatique[modifier | modifier le code]

Unicode inclut un bloc « ancien italique » — U+10300 à U+1033F — qui, bien que n'étant pas proprement étrusque, contient des caractères qui en proviennent directement. Les créateurs de polices de caractères s'inspirent donc principalement des inscriptions latines archaïques, qui utilisent le dernier stade des lettres étrusques. Codés en dehors du plan multilingue de base, ces caractères ne sont pas facilement affichables.


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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. point de vue différent sur la question du "quand" et "d'où" cette origine grecque, qui ne fait pas de doute, dans la synthèse pourtant déjà ancienne mais toujours d'actualité A.Grenier, « L’alphabet de Marsiliana et les origines de l’écriture à Rome », Mélanges d’archéologie et d’histoire, 1924, vol 41, pp 3-41
  2. Les Etrusques et l'Italie avant Rome : De la Protohistoire à la guerre sociale de Ranuccio Bianchi bandinelli, Antonio Giuliano, et Jean-Paul Thuillier, p. 165

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]