Allah n'est pas obligé

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Allah n'est pas obligé
Auteur Ahmadou Kourouma
Pays Drapeau de la Côte d'Ivoire Côte d'Ivoire
Genre Roman
Éditeur Éditions du Seuil
Collection Cadre Rouge
Date de parution
Nombre de pages 232
ISBN 978-2-020-42787-6

Allah n'est pas obligé est un roman d'Ahmadou Kourouma publié le aux éditions du Seuil et ayant reçu le prix Renaudot la même année.

Titre[modifier | modifier le code]

Le titre est un raccourci de l'affirmation qui rappelle qu'«Allah n'est pas obligé d'être juste dans toutes ses choses ici-bas».

Résumé[modifier | modifier le code]

Birahima a une douzaine d’années et vit à Togobala, en Côte d'Ivoire. C’est un enfant des rues comme il le dit lui-même, « un enfant de la rue sans peur ni reproche ». Après la mort de sa mère, on lui conseille d’aller retrouver sa tante au Liberia. Personne ne se dévoue pour l’accompagner mis à part Yacouba « le bandit boiteux, le multiplicateur des billets de banque, le féticheur musulman ». Les voilà donc sur la route du Liberia. Très vite, ils se font enrôler dans différentes factions, où Birahima devient enfant soldat avec tout ce que cela entraîne : drogue, meurtres, viols… Yacouba arrive facilement à se faire une place de féticheur auprès des bandits, très croyants. D'aventures en aventures, Birahima et Yacouba vont traverser la Guinée, la Sierra Leone, le Liberia et enfin la Côte d'Ivoire.

Origine du livre[modifier | modifier le code]

« Ahmadou Kourouma a écrit son livre Allah n’est pas obligé à la demande d’enfants des écoles de Djibouti, ce petit État d’Afrique de l’Est, situé au fond du golfe d'Aden au débouché de la mer Rouge, une position stratégique de premier ordre, s’il en est. En fin pédagogue, Ahmadou Kourouma leur a délivré un message hautement politique[1] » : “Quand on dit qu’il y a guerre tribale dans un pays, ça signifie que des bandits de grand chemin se sont partagé le pays. Ils se sont partagé la richesse ; ils se sont partagé le territoire ; ils se sont partagé les hommes. Ils se sont partagé tout et tout et tout le monde entier les laisse faire. Tout le monde les laisse tuer librement les innocents, les enfants et les femmes.”

Citations[modifier | modifier le code]

  • A Zorzor, le colonel Papa le bon avait le droit de vie et de mort sur tous les habitants. Il était le chef de la ville et de la région et surtout le coq de la ville. A faforo! Walahé (au nom d'Allah)! (chapitre II)
  • On releva les morts. Beaucoup de morts. Malgré les fétiches musulmans et chrétiens, quatre enfants-soldats furent disloqués, dispersés par les obus. Ils étaient plus que morts, deux fois morts. Leurs restes furent enfouis dans la fosse commune avec les morts. Au moment de fermer la fosse commune, Johnson a pleuré. C'était marrant de voir un bandit de grand chemin, un criminel comme Johnson, pleurer à chaudes larmes tellement, tellement il était en colère contre ECOMOG. Il a revêtu l'habit de moine pour l'occasion et il a prié et il a parlé. Il a dit comme la sainte Marie-Béatrice que les enfants-soldats étaient les enfants du bon Dieu. Dieu les avait donnés, Dieu les a repris. Dieu n'est pas obligé d'être toujours juste. Merci bon Dieu. Cela valait une oraison funèbre, cela me dispensait de faire une oraison funèbre dont je n'ai pas envie. Oui, merci bon Dieu. (chapitre IV)
  • C'est pourquoi on dit, tout le monde dit que le cœur de sœur Aminata Gabrielle, colonel de l'armée sierraléonaise, a servi comme dessert délicat et délicieux d'une fin de fête bien arrosée. (Repas bien arrosé signifie repas au cours duquel on a bu beaucoup de bière de mil.) Faforo! Gnamokodé! (chapitre V)

Style[modifier | modifier le code]

Face à l'indicible, à l'incapacité des discours à expliquer le sort inhumain réservé aux enfants soldats, Ahmadou Kourouma associe une « poétique de l’explication », le « blablabla » de Birahima qui recourt constamment aux dictionnaires, à une dénonciation des tentatives de manipulation des discours visant à rendre sensé l'insensé, une stratégie de dévoilement des rhétoriques fallacieuses destinées à occulter l'inadmissible[2].

Prix littéraires[modifier | modifier le code]

Le livre paraît en 2000. La même année, il reçoit le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens. C’est une œuvre qui a touché le public aussi bien adolescent qu’adulte. Cela s’explique par un thème fort, les enfants-soldats, et une écriture simple mais puissante, celle d’un enfant, Birahima. Il reçoit également le prix Amerigo-Vespucci au Festival international de géographie de Saint-Dié-des-Vosges.

Éditions[modifier | modifier le code]

Allah n'est pas obligé est publié aux éditions du Seuil en 2000[3]. Il est traduit en arabe en 2005 par Touria Ikbal et publié aux éditions du Conseil suprême de la culture du Caire.

Suite[modifier | modifier le code]

Quand on refuse on dit non, roman posthume d'Ahmadou Kourouma publié en 2004, raconte le retour en Côte d'Ivoire de Birahima[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Le Personnage, de la « Grande » histoire à la fiction, Paris, Nouveau Monde, , 436 p. (ISBN 978-2-36583-837-5), p. 158-159
  2. « La mémoire discursive dans Allah n'est pas obligé ou la poétique de l'explication du « blablabla » de Birahima », Christiane Ndiaye, Études françaises, volume 42, numéro 3, 2006, p. 77–96 (lire en ligne)
  3. Allah n'est pas obligé, Ahmadou Kourouma, Paris, éditions du Seuil, 2000 (ISBN 2-02-042787-7) (notice BnF no FRBNF37198948)
  4. « Quand on refuse on dit non, d'Ahmadou Kourouma », Boniface Mongo-Mboussa, Africultures, 23 décembre 2004 (lire en ligne)