Aline et Valcour

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Aline et Valcour
ou le Roman philosophique
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Auteur D.-A.-F. de Sade
Pays Drapeau de la France France
Genre roman épistolaire
Éditeur Girouard, Paris
Date de parution 1793

Aline et Valcour, ou le Roman philosophique est un roman épistolaire de D.-A.-F de Sade, publié en 1793.

Sade a écrit cette œuvre de 1786 à 1789, alors qu’il était incarcéré à la Bastille. Ce roman est le premier des ouvrages de Sade à avoir été publiés sous son vrai nom.

Après l'avoir écrit, il soumet le manuscrit à sa femme, et celle-ci lui répond par une série de remarques sur le manuscrit. Bien que défendant son point de vue de créateur, Sade le corrige. Après sa libération, Il tente de réaliser le rêve qui l'a animé durant toute sa détention. Il se veut en effet plus fortement que jamais homme de lettres. Il annonce la parution prochaine d'Aline et Valcour., mais le roman n'est toujours pas paru en 1793, date à laquelle Sade est à nouveau incarcéré. Il est en effet à ce moment-là en train d'en corriger certaines feuilles, et souhaite "mettre à l'ordre du jour" son manuscrit. Le propos ici n'est pas d'ordre esthétique ou littéraire, mais bien politique et idéologique. Dans une période de République, la chasse aux monarchiste est en effet ouverte et Sade doit chercher à montrer son adhésion au nouveau régime. Il s'obstinera pourtant à remanier son texte, comme si l'enjeu littéraire était pour lui bien plus important. Les corrections de Sade s'affirmeront finalement comme littéraires, mais seront aussi à visée commerciales puisqu'elles visent au succès auprès des lecteurs.

Le 15 octobre 1794, Sade est à nouveau libéré. Une de ses premières démarches concerne les feuilles déjà imprimées de son roman, placées sous séquestre. Sade avance plusieurs arguments: le premier, "que cet ouvrage, livré à l'impression depuis cinq ans, quoique dans d’excellents principes, ne porte pourtant pas encore le caractère que doit lui assurer le genre de notre gouvernement actuel. Très peu de changements lui donneront cette physionomie mâle et sévère qui convient à une nation libre, et je désire faire des changements". Le plus important, et le plus fort de ces arguments tient à l'amour-propre de l'auteur: "Cet ouvrage volumineux est le fruit de plusieurs années de veilles; je n'en jouirai jamais si on ne me met pas, en le rendant, en état de le faire paraitre."

Le roman paraitra finalement en 1795, au prix de la persévérance de son auteur et modifié au gré des événements qu'on pourrait définir, dans le cas de Sade, comme le désir de plaire à un public en satisfaisant par ses corrections les autorités.

Résumé[modifier | modifier le code]

Aline et Valcour est un roman de forme hybride, qui combine la technique du roman épistolaire avec celle du récit rétrospectif. Le récit principal est raconté sous forme d'échange de lettres entre les différents personnages ; son objet est l'amour vertueux entre Aline et Valcour que la mère d'Aline, sensible et vertueuse, approuve mais que le père d'Aline, libertin et matérialiste, poursuit de la manière la plus cruelle. Deux longs récits d'aventure se trouvent enchâssés dans cet échange de lettres ; ce sont les récits que Sainville et sa compagne Léonore font de leurs années d'errances à travers l'Europe du sud et la plus grande partie de l'Afrique.

Au centre du roman se trouve la description de deux royaumes en contraste complet l’un avec l’autre, opposant un brutal royaume africain anthropophage, celui de Butua à l’île de Tamoé, paradis utopique du Pacifique Sud dirigé par le roi-philosophe Zamé. À Butua, tout est vil et dégradant, les crimes les plus atroces s’y commettent au grand jour et ne trouvent que des encouragements tandis qu’à Tamoé la vertu, le bonheur, la prospérité fleurissent, au contraire, sans obstacle.

Édition[modifier | modifier le code]

L’édition d’Aline et Valcour a connu d’innombrables vicissitudes ; le manuscrit était prêt dès 1789 et le roman prêt à paraître dès 1791. En mars, Sade en annonce la parution pour Pâques, mais à la fin de 1792, il se plaint que les circonstances empêchent son imprimeur de lui livrer son ouvrage. L’ouvrage est finalement imprimé en 1793, mais la même année, Sade et son éditeur Girouard sont arrêtés et l’ouvrage placé sous scellés. Le 8 janvier 1794, Girouard est guillotiné. Plus chanceux, Sade, libéré en novembre de la même année, entreprendra des démarches immédiates pour récupérer son ouvrage. En août 1793, la veuve Girouard a repris les affaires de son mari et met en circulation l’édition originale, bientôt suivie d’une seconde, portant la mention « chez la Veuve Girouard, libraire au Palais Égalité », puis d’une troisième comportant seize planches au lieu de quatorze. Chacune de ces trois éditions sont, en réalité, le même tirage dont seule la page de titre a été changée. L’édition authentique originale de 1793 d’Aline et Valcour est, de ce fait, extrêmement rare.

Éditions du texte[modifier | modifier le code]

Édition princeps[modifier | modifier le code]

  • Aline et Valcour, ou le Roman Philosophique. Écrit à la Bastille un an avant la Révolution de France. Orné de quatorze gravures. Par le citoyen S... À Paris, chez Girouard, libraire, rue du Bout-du-Monde, no 47, 1793. Huit volumes in-18 (environ 80 mm x 130 mm) ; pagination ininterrompue de deux en deux volumes formant par couples quatre tomes de XIV-316, 504, 576, et 374 pages.

Édition moderne[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Michel Delon et Catriona Seth (éd.), Sade en toutes lettres. Autour d'Aline et Valcour, Paris, Desjonquières, 2004. (ISBN 9782843210679).
  • (en) John C. Dolan, « Source and Strategy in Sade: Creation of 'Natural' Landscapes in Aline et Valcour », French Forum, Sept. 1986, no 11 (3), p. 301-316.
  • Jean Ehrard, « Pour une lecture non sadienne de Sade : Mariage et démographie dans ‘Aline et Valcour’ », Éd. et intro. Michel Camus, Philippe Roger, Sade : Écrire la crise, Paris, Éditions Belfond, 1983, p. 241-257.
  • Pierre Favre, « Sade utopiste : sexualité, pouvoir et état dans le roman Aline et Valcour », Paris, PUF, 1967.
  • Patrick L.-M. Fein, « Aline et Valcour de Sade : auto-censure de ce roman féministe », French Studies in Southern Africa, 1992, no 21, p. 40-47.
  • Béatrice Fink, « Lecture alimentaire de l'utopie sadienne », Éd. et intro. Michel Camus, Philippe Roger, Sade : Écrire la crise, Paris, Belfond, 1983, p. 175-191.
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  • Cerstin Bauer-Funke, « Aline et Léonore ou les effets de la violence : Violence et progrès dans Aline et Valcour ou le Roman philosophique du marquis de Sade », Éd. et préf. Valérie Cossy, Deidre Dawson, Michel Delon, Jochen Schlobach, Progrès et violence au XVIIIe siècle, Paris, Champion, 2001, p. 167-86.
  • Catherine Gallouet, « Sade, noir et blanc : Afrique et Africains dans ‘Aline et Valcour’ », Éd. et préf. Alex J. Dick, Jo-Ann McEachern, Rép. Nicholas Hudson, Indigènes et exotisme, Kelowna, Canadian Society for Eighteenth-Century Studies, 2005. xi, p. 65-78.
  • Jean Garagnon, « Sur une annotation marginale de Sade », Studi Francesi, 1980 mai-août, 24 (2 [71]), no 288-289..
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  • Jean Roussel, « L’‘Exotisme’ et la violence chez Sade », Éd. et intro. Martine Debaisieux, Gabrielle Verdier, Violence et fiction jusqu'à la Révolution, Tübingen, Narr, 1998, p. 411-20.
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Liens externes[modifier | modifier le code]

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