Alice Ozy

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Alice Ozy
Alice Ozy par Théodore Chassériau en 1848.jpg
Alice Ozy par Théodore Chassériau en 1848.
Naissance
Décès
Nom de naissance
Julie-Justine PilloyVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Autres activités

Julie Justine Pilloy, au théâtre « Alice Ozy », ( à Paris - à Paris) est une comédienne française du XIXe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et enfance[modifier | modifier le code]

Son père Jean Baptiste Pilloy, (1792 Paris - 6 décembre 1844 Paris ancien 5e) était le fils de Nicolas Pilloy, marchand à Sainte-Menehould (Marne) et Marie Cabalaudre. Il était fabricant et négociant en bijoux et joaillerie, domicilié dans les années 1815 à 1820 au 43, rue aux Ours à Paris, ayant une boutique rue Saint-Denis qu'il transféra au 9, passage de l'Industrie. En 1833, il habitait 41, rue du Faubourg Saint-Martin et en 1840 au 50 bis, rue des Marais.

Sa mère Charlotte Amédée (et non Caroline qui était un surnom) Ozi, (né le , dans une section du nord-ouest de Paris, proche du lieu où plus tard sera construite l'église Notre-Dame-de-Lorette - morte le dans l'ancienne commune de Batignolles-Monceau) est domiciliée en 1840 au 10, rue Saint-Louis dans cette commune. Elle est la fille d'Étienne Ozi (né le à Nîmes - mort le à Paris, ancien 2e), directeur du Conservatoire, Premier basson de la Chapelle du Roi et maître de chapelle de l'Empereur, dernière célébrité pour le basson et de Marie Josephine Adélaïde Dupont, dame d'honneur de la reine de Portugal. Les Dupont descendaient du chancelier Maupeou et se trouvaient par conséquent, alliés aux Montmorency par les femmes. Mais Alice Ozy eut trop d'esprit et de bon sens pour s'enorgueillir de ces origines[1].

Jean Baptiste Pilloy et Charlotte Ozi se sont mariés le 18 janvier 1814 à la paroisse Saint-Denys-du-Saint-Sacrement (actuelle rue de Turenne à Paris). Ils se sont officiellement séparés peu de temps après la naissance de Julie Justine en 1820. Son père devait légalement apporter une petite somme d'argent pour l'entretien de sa fille ce qu'il ne fit pas, ayant par ailleurs deux enfants avec une concubine qu'il élevait avec son fils, Charles Auguste, né le de son mariage avec Charlotte Ozi. Celle-ci avait la garde légale de sa fille ; mais, d'une part elle aussi entretenait une liaison, d'autre part, elle courait le cachet ce qui la conduisait à suivre des troupes itinérantes où elle jouait de petits rôles de duègne et de choriste.

En conséquence Julie Pilloy a une enfance chaotique. Elle est mise en nourrice et/ou en garde à Belleville dans sa prime enfance, suit sa mère dans des tournées en province vers 1828-1830, est en pension au moment de sa communion solennelle (vraisemblablement à Sainte-Menehould dans la famille Pilloy), est placée en pension-apprentissage dans la banlieue parisienne dans l'atelier de broderie de la maison Cariat (la boutique étant, elle, rue Vivienne), emploi qu'elle doit quitter brusquement alors qu'elle a à peine douze ans, après avoir subi les assauts inconvenants du patron, est ensuite conduite à Lyon chez la sœur de sa mère, Rose Justine Ozi, seconde épouse à Paris de Augustin Stanislas Machabée Générelly, pour retrouver un autre atelier de broderie sur or et argent. Assez rapidement, compte tenu de son bon travail, elle quitte l'atelier pour le magasin. Après trois années à Lyon, où son charme ne laisse pas indifférents les clients et les passants, elle revient à Paris. Elle comprend vite être une gêne pour sa mère. Aussi s'installe-t-elle dans une petite chambre du « haut de Belleville », dans la maison de sa nourrice pour faire des « broderies brochées », alors à la mode.

Comédienne[modifier | modifier le code]

À seize ans, Julie Pilloy rencontre à la Grande-Chaumière ou à La Chartreuse, lieux où l'on danse sur le boulevard du Montparnasse, Louis Paul Edouard Brindeau, jeune comédien de vingt-deux ans, qui la convainc de devenir comédienne, lui donne quelques cours et lui obtient des "utilités", voire de tout-petits rôles. Au patronyme de sa mère, elle ajoute un prénom « qui sonne bien » et devient « Alice Ozy ».

Elle joue son premier vrai rôle, Marianne la cuisinière, le 14 novembre 1837 au Théâtre du Palais-Royal dans Absent ou présent ou Ma maison du Pec, un vaudeville écrit par Mélesville et Varner à l'occasion de l'inauguration de la première ligne de chemin de fer au départ de Paris, reliant Paris-Saint-Lazare au Pecq, le 24 août 1837. Elle continue de travailler avec Brindeau, fait des apparitions sur la scène de la Salle Chantereine, en octobre 1839, aux côtés de Bernard-Léon, puis, le , participe au théâtre de la Renaissance à la création de l'opéra-comique La Chaste Suzanne de Carmouche et de Courcy, musique de Monpou. Sa piètre prestation dans Lo Zingaro, opéra de Sauvage, sur une musique de Fontana, confirme qu'Alice Ozy n'est pas faite pour l'opéra. Vraisemblablement aidée par Brindeau, Alice Ozy est engagée au Théâtre des Variétés, où elle débute dans la reprise des Enragés de Brazier et d'Artois, puis crée, le 9 septembre 1840, le rôle de Louise dans Le Chevalier du guet de Lockroy, pièce qui a un long succès. Elle enchaine ensuite créations et reprises. Le public et la critique lui fait un bon accueil. Villemessant rapporte que sa naïveté était extrême, proverbiale, et les charges de coulisses, comme "des pierres tombant dans un lac pur", étaient impuissantes à l'altérer. On lui fit croire, un jour, que le gouvernement venait de découvrir à Montmartre une carrière de fromage de Gruyère, dont l'exploitation serait la fortune des pauvres ménages. Mue par son bon cœur et avec cet instinct de l'agiotage dont elle devait, un peu plus tard, comprendre si admirablement le mécanisme, elle demandait à tous ses camarades où l'on souscrivait des actions ! Lorsque Hyacinthe voulait la faire fondre en larmes, il n'avait qu'à prendre une figure sérieuse, longue d'une aune, et à lui prédire qu'elle finirait par devenir une femme entretenue.

C'est à l'époque, début 1841, où elle sent le besoin d'exercer l'esprit qui lui est si merveilleusement poussé que le baron César Lecat de Bazancourt est présenté à la jeune Alice. Bazancourt met dans sa causerie tout l'intérêt qu'on trouve dans ses romans. Bazancourt est généreux mais il n'est pas seul à Paris à admirer Alice Ozy. Maintenant qu'elle est lancée, elle va trouver des soupirants aux quatre coins du café de Paris et de Tortoni. Lors de son aventure avec Bazancourt, elle rencontre un jeune aristocrate polonais Wieloposki qui reçoit également ses faveurs. Bazancourt et Wielopolski conviennent qu’il serait courtois de sa partager la Belle, convention qui dure peu de temps puisque Wieloposki meurt jeune, après avoir, durant son séjour en France, gagné au whist une somme de 140 000 ou 150 000 francs. Alice Ozy hérite pour sa part de 70 000 à 80 000 francs. Telle est l'origine de sa fortune. Le , meurt la mère d'Alice Ozy qui ne joue pas pendant quelques mois, entre ses rôles dans Le Chevalier du Guet (17 janvier), La Descente de la Courtille de Dumersan et Dupeuty (20 janvier) et Job et Jean de Lockroy (21 octobre), précédant quatre rôles au cours de l'automne 1841.

En 1842, Alice Ozy joue dans une quinzaine de comédies, soit près de la moitié des pièces mises au programme du Théâtre des Variétés par Nestor Roqueplan. Elle est Carlotta dans La nuit aux soufflets de Dumanoir et Adolphe d'Ennery le 23 mars 1842. Il est vrai que les critiques commencent à lui trouver du talent, apprécient ses qualités et progrès de comédienne, maintenant plus que ses atouts de charmante jeune femme. En 1843, elle continue à jouer environ une nouvelle pièce par mois. L'année 1843 est aussi celle de sa rencontre avec Théophile Gautier dont elle crée le aux Variétés Un Voyage en Espagne, vaudeville en trois actes écrit avec Siraudin. Théophile Gautier devient ami et conseiller d'Alice Ozy, qu'il soutient dans ses critiques. À partir du mois de mai 1843, les relations entre Alice Ozy et Nestor Roqueplan se tendent, allant jusqu'à un procès en avril 1844. Elle est moins présente sur les planches du Théâtre des Variétés, ne tenant qu'une douzaine de rôles en 1844, où elle apparaît amaigrie aux yeux des journalistes qui font moins de critiques élogieuses. Au printemps 1845, elle cesse de jouer aux Variétés. En juin-juillet 1845 on la retrouve au Théâtre Saint-James de Londres. Le , elle débute au Théâtre du Vaudeville pour une reprise du Bal des Ouvriers de Varin, après un prologue Le Français né malin de Jaime et Dupeuty. Jusqu'en décembre, Alice Ozy joue une huitaine de pièces, plutôt bien accueillies.

Tout début 1846, Alice Ozy est la première des fées en maillot moulant de couleur chair, jouant l'Avenir dans V'là c'qui vient d'paraître de Dennery et Clairville. Puis, elle enchaîne les créations au rythme d'une par mois. Alice Ozy est à la mode et vit la plus belle époque de sa carrière de comédienne. En août 1846, elle part donner quelques représentations à Bade où la cour est nombreuse et riche. À la rentrée d'automne, ses prestations se font rares et médiocres. Après avoir motivé une centaine de mentions par an dans les journaux, on n'y lit plus rien pendant des mois. Son contrat avec le Théâtre du Vaudeville n'est pas renouvelé en avril 1847, comme pour une quinzaine de comédiens de la troupe. D'après ses échanges de courrier avec Théophile Gautier, elle songe à quitter le Vaudeville pour le Théâtre du Palais Royal avant mars 1847.

Alice Ozy débute au Palais-Royal, le 14 mai 1847, dans Le Trottin de la Modiste de Clairville (et peut-être Siraudin) ; cette bouffonnerie amuse jusqu'à Louis-Philippe et tient l'affiche trois mois. Alors que cette pièce rencontre un succès durable, L'Argus attaque la claque orchestrée par Alice Ozy et la réalité de son talent. Menacé d'un procès en diffamation, L'Argus publie un démenti moqueur ; confraternels, les journaux ne parlent plus de la comédienne pendant un trimestre. C'est au cours de ce début d'été 1847 que Victor Hugo tente de séduire Alice Ozy, allant jusqu'à lui offrir de la faire entrer à La Comédie-Française pour jouer Maguelonne dans Le roi s'amuse. Alice Ozy n'apprécie guère le quatrain que Victor Hugo lui adresse le , terminé par « Madame, montrez moi Vénus entrant au lit ». À défaut du père, elle entretient une relation de trois mois avec son fils Charles. Alice Ozy remonte sur la scène du Palais Royal, au début de septembre 1847, pour Le Bonheur est sous la Main, de Léonce et Eugène Nus, qui rencontre suffisamment de succès pour être représenté jusqu'à la mi-octobre. Seule publication parlant de Alice Ozy, L'Argus critique son jeu. Il en est de même pour ses prestations suivantes.

Alice Ozy joue trois rôles dans Le Banc à Huitres, revue de fin d'année de Dumanoir et Clairville, qui attire la foule chaque soir, encore à l'affiche le , quand éclate la Révolution. Alice s'enfuit en Angleterre. Après quelques représentations au Théâtre Saint James de Londres en mai 1848, Alice Ozy reprend ses prestations parisiennes, le , au théâtre de la Porte-Saint-Martin dans l'Ile au Tohu-Bohu des frères Cogniard, pièce qui est encore au programme le . Le , elle se montre pour la dernière fois dans un rôle d'Ève très dévêtue dans Les Marrons d'Inde des frères Cogniart et Muret. Après une période de silence jusqu'en mai 1849, Alice Ozy retourne au Théâtre des Variétés. Au cours de cette année 1849, Alice Ozy et le peintre Chassériau qui la prend comme modèle, débutent une idylle de deux années. Alice Ozy enchaîne aux Variétés, les pièces, de 1849 au , date où le théâtre ferme pour travaux jusqu'au . Alice Ozy reprend encore quelques représentations.

Retraite[modifier | modifier le code]

Le 6 juillet 1855, le rideau tombe une dernière fois sur Alice Ozy. En pleine gloire, elle renonce au théâtre, au boulevard, redevient Julie Pilloy, s'installe dans sa maison d'Enghien acquise à l'hiver précédent. Julie Pilloy devient une femme d'affaires. Disposant de liquidités et placements importants, sachant s'entourer de conseillers avisés, elle boursicote, entretient des relations privilégiées avec des banquiers, avec le duc de Morny. Elle prétend être entretenue par un monsieur Groening, qui disparaît de sa vie en 1867, à la même période où elle vend à l'hôtel Drouot meubles, garde-robes et bijoux. Elle remonte, entre 1864 et 1867, sur des scènes de province, d'Allemagne et de Belgique pour jouer les duègnes.

Après 1867, elle partage sa vie entre Enghien et son appartement du 91 boulevard Haussmann, musée de son passé et magasin des antiquités qu'elle achète aux enchères de Drouot. Le , Julie Pilloy institue pour sa légataire universelle la Société de secours mutuel des Arts Dramatiques, fondée en 1840 par le baron Taylor. De fin 1888 à février 1889, elle est hospitalisée dans un établissement hydrothérapeutique de Passy après une sévère dépression. Julie Pilloy meurt en son domicile du 91 boulevard Haussmann, le . Selon ses volontés, l'architecte Constant Moyaux éleve, au Père-Lachaise (89e division), un monument de style temple grec. Sur le fronton devait figurer « Famille Pilloy » et non « Alice Ozy » (c'est cette dernière inscription qui figure aujourd'hui). Une haute statue de Vierge à l'enfant en marbre blanc, copie d'un bronze du sculpteur Léon Fagel, d'après Gustave Doré, orne le monument.

Liaisons notables[modifier | modifier le code]

Parmi les nombreux amants d’Alice Ozy ont figuré le futur empereur Louis-Napoléon Bonaparte[2], Thomas Couture, Edmond About, ou encore Gustave Doré.

À l'été 1843, Madame Adélaïde, sœur de Louis-Philippe, fait représenter aux Tuileries Les Chevaliers du Guet de Lockroy, par la troupe du Théâtre des Variétés, pour distraire son jeune neveu, le duc d'Aumale, revenu récemment de sa campagne militaire en Algérie. Alice Ozy tourne la tête du jeune Henri, c'est le début d'une idylle marquante dans la vie d'Alice Ozy et le premier amour du prince. À cette époque, la comédienne loge à la Maison dorée, d'où on la voit sortir au bras du prince, vêtue en homme, on la prend souvent pour le jeune duc de Montpensier[3].. Ses relations avec le comte de Édouard de Perrégaux puis le duc d'Aumale l'introduisent dans le « demi-monde ».

La reine Marie-Amélie, chez laquelle les scrupules de la sainte sont tempérés par l'indulgence de la mère, se contente de dire avec un soupir : « Ce n'est pas bien, mais c'est plus moral que de déranger un ménage ».

Le roi Louis-Philippe ne souffle mot puisqu'on ne lui demande pas d'argent. Les jeunes princes et princesses s'en amusent et quand ils rencontrent Henri d'Orléans, ils chantent le grand air de Robert le Diable : Alice, Alice, mes amours....

Alice prend goût au luxe et, un jour, Édouard de Perregaux, fils du banquier Alphonse de Perregaux, lui offre une calèche et un attelage magnifiques, elle ne sait pas refuser un pareil présent. Le prince, l'ayant appris, lui écrit : « ne trouvez-vous pas que je suis un peu Des Grieux ? Je vous aime davantage depuis que vous ne m'aimez plus ». C'est la rupture.

Quatre ans plus tard en 1846, le duc d’Aumale se marie. Alice Ozy a le bon goût de lui renvoyer toutes ses lettres, sans en avoir été priée. Le prince veut reconnaître cet acte de délicatesse par un envoi de 2,000 francs. L'actrice, un peu humiliée, refuse de les recevoir et lui écrit : « Je ne suis pas dans la misère, j'aurais préféré un souvenir ».

Lorsqu'il peut rentrer en France, le duc d’Aumale revient la voir : que de souvenirs lointains ne pouvaient-ils évoquer ! Il revient souvent. Chaque année, il lui envoie, en guise d'étrennes, une caisse de vin de Zucco, de ses propriétés de Sicile. De prince royal à poète, il n'y a de différence que dans la forme de la couronne le cœur peut donc passer de l'un à l'autre sans déchoir ni se mésallier.

Victor Hugo, qui a quarante-cinq ans lui fait une cour assidue. Bien que marié et entretenant une maîtresse, Juliette Drouet, Hugo convoite la belle Alice et lui fait entrevoir qu'elle pourrait avoir le rôle de Maguelonne dans la reprise de Le roi s'amuse à la Comédie française. Cependant malgré les assiduités du poète, elle ne promet rien et se dérobe sans cesse. Au même moment le fils Charles Hugo, âgé de vingt ans tombe sous son charme. Pour mettre à l'épreuve ce nouveau soupirant Alice Ozy lui fait faire "antichambre", par deux fois et à une heure indue[4], avant de lui céder.

Sa liaison avec Charles Hugo prend fin pendant la révolution de 1848, où elle se réfugie à Londres et y joue au théâtre Saint-James.

À son retour à Paris, elle vit une nouvelle aventure avec le peintre Théodore Chassériau, grâce à l’entremise de Théophile Gautier. Elle a alors vingt-huit ans et lui vingt-neuf. Il n’est pas beau, mais il a beaucoup de distinction.

Leur liaison dure deux ans. Elle pose pour lui, habillée ou dévêtue. Chassériau fait d’après elle La nymphe endormie qui se trouve aujourd’hui au Musée Calvet à Avignon[5]. Capricieux l’un et l’autre, ne sachant pas résister à leurs fantaisies, ils se heurtent, se brouillent pour se raccommoder ensuite. Chassériau a son atelier avenue Frochot, au pied de la butte Montmartre, tout près des barrières, atelier meublé à l’orientale, comme il convient, avec un moulage grandeur nature de la Vénus de Milo. Pour y accéder, il faut passer par la fenêtre, garnie de solides barreaux, qui tourne sur ses gonds pour livrer passage au visiteur, une plaisante invention, qui amuse fort Alice Ozy. Laissant son coupé dans les environs, elle va surprendre son amant, qu’elle trouve toujours en plein travail.

Un jour Alice Ozy remarque dans l’atelier un tableau représentant La fille du Gréco. Enthousiasmée, elle demande à l’artiste qu’il lui offre. Il refuse, disant qu’il le destine à sa famille. Elle insiste alors tant et tant que, de guerre lasse, il cède. Quelques jours plus tard, il déjeune chez Alice lorsqu’elle annonce que l’encadreur vient de rapporter la toile. Ils se lèvent de table, mais à la vue de son œuvre, il est pris d’un tel remords de sa faiblesse, il entre dans une telle colère contre lui-même que se saisissant d’un couteau, il lacère le tableau et s’enfuit pour ne plus remettre les pieds chez sa maîtresse[6],[7],[8].

Cette rupture leur est douloureuse à tous les deux, ils s’aiment toujours.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alice Ozy par Louis Loviot, Paris, 1910
  2. O dieux hospitaliers, que vois-je ici apparaitre ? s’était en effet écrié Louis-Napoléon après avoir aperçu Alice Ozy. La liaison est courte, au plus trois nuits au palais de l'Élysée. Louis-Napoléon a même voulu faire l’acquisition d’une toile de Chassériau, La Nymphe endormie, sur laquelle Alice ne cache absolument rien de ses appas. « Mais pourquoi se mettre dans la dépense ? lui a alors fait observer Persigny. Pourquoi, puisque vous pouvez vous procurer l’original ? » dans Napoléon III ou l'empire des sens par Michel de Decker, Place des éditeurs, Paris 2010
  3. Secrets d’un siècle par Jules Bertaut - édition Pierre Amiot - page 182-191
  4. Alice Ozy qui a retenu Charles Hugo à dîner avec plusieurs autres de ses amis. Le soir on donne la reprise d'Angelo, tyran de Padoue et les convives doivent quitter la table un peu précipitamment, avant d'avoir pu attaquer un rôti de pigeons. En sortant du théâtre, soit que Charles Hugo prit sa course et vint carillonner à la porte d’Alice Ozy. Elle entrouvre un vasistas et lance un qui va là ? d'un son de voix qui annonçait un peu de mauvaise humeur d'être dérangée si tard. C'est moi, mademoiselle fit le poète tout essoufflé; je viens vous aider à manger les pigeons. « Vous êtes fou! mon jeune ami, reprit la spirituelle comédienne, à cette heure, on ne mange, pas les pigeons, on les plume ! ». La chronique s'arrête là pour cette première nuit mais pour la seconde, elle est beaucoup plus explicite, et voici sa version : À la suite d'une brouille momentanée, survenue entre l'actrice et le poète, la première avait défendu sa porte au second. Mais, fidèle comme un caniche maltraité, et après avoir gratté vainement, Charles Hugo, prenant héroïquement son parti, fit son lit du paillasson et coucha sur le carré. Le lendemain, la bonne d'Ozy étant venue prévenir sa maîtresse de ce que l'amour avait déposé à sa porte, Alexandre Dumas fils prétend qu'elle aurait répondu : « Comme c'est agréable. Un paillasson tout neuf ! ».
  5. Alice Ozy par Jean-Louis Vaudoyer, Paris, 1930
  6. Secrets d’un siècle par Jules Bertaut - édition Pierre Amiot - page 182-191
  7. Stéphane Guégan et Louis-Antoine Prat, Chassériau (1819-1856) : un autre romantisme, Louvre : conférences et colloques, 2002
  8. Jean-Baptiste Nouvion, Chassériau, Correspondance oubliée, Les Amis de Chassériau, Paris, 2015

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Alice Ozy ou L'Aspasie Moderne, La Galerie des Grandes Courtisanes. vol. 8, Jean-Louis Vaudoyer, édition Trémois, Paris, 1930
  • Une muse romantique, Alice Ozy et Théodore Chassériau, Lucy Auge, Paris, 1925
  • Alice Ozy, Louis Loviot, Paris 1910.