Alice Neel

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Neel.
Alice Neel
Alice Neel portrait by ©Lynn Gilbert 1976.jpg
Naissance
Décès
(à 84 ans)
New York
Nationalité
Activité
Formation
Conjoint
Distinction
Women's Caucus for Art Lifetime Achievement Award (en) ()Voir et modifier les données sur Wikidata

Alice Neel, née à Merion Square, à Gladwyne (en) (Pennsylvanie) le et morte à New York le , est une artiste visuelle américaine, particulièrement connue pour sa peinture à l'huile et pour ses portraits, une peinture sans fard, qui ne cède pas à la tentation des mouvements picturaux en vogue (l'impressionnisme lors dans ses années de formation, le surréalisme dans l'entre-deux-guerres, etc.), et qui se démarque aussi des canons habituels sur la représentation de la féminité.

Biographie[modifier | modifier le code]

Alice Neel est née le 28 janvier 1900[1] à Merion Square, en Pennsylvanie, de George Washington Neel, un comptable travaillant pour le chemin de fer de Pennsylvanie, et d’Alice Concross Hartley Neel. Elle est la quatrième d’une fratrie de cinq enfants, avec trois frères et une sœur. Son frère aîné, Hartley, meurt de diphtérie peu après sa naissance. Il n'a que huit ans[2]. Sa mère lui aurait dit: « Je ne sais pas ce que tu comptes faire dans le monde, tu n’es qu'une fille »[3].

En 1918, après ses études secondaires, elle passe un examen de la fonction publique et obtient un poste de secrétaire[4] . Après trois années de travail, elle s'inscrit au programme de beaux-arts de l'École de Philadelphie de design pour les Femmes (maintenant Moore Collège d'Art et Conception) en 1921. Dans ses œuvres étudiantes, elle rejete l'impressionnisme, le style populaire à l'époque, et s’intéresse à l'Ash Can School, au style réalisme. Il est possible d’y voir l’ influence d'une des figures les plus proéminentes de l'Ash Can School, Robert Henri, qui enseigne également à l'école de Philadelphie. En 1924, elle rencontre un peintre cubain nommé Carlos Enríquez Gómez. Elle est diplômée de son École de Philadelphie en 1925[1].

Ils se marient et s’installent à La Havane. Ils vivent confortablement dans la demeure des parents de son mari[1]. Elle rencontre sur l'île l'avant-garde cubaine naissante, un ensemble de jeunes écrivains, artistes et musiciens. En mars de 1927, elle expose avec son mari au 12e Salon des Bellas Artes[5]. La fille de Neel, Santillana, naît le 26 décembre 1926 à La Havane, mais meurt en bas âge. En 1927, le couple retourne habiter à New York[1]. Le traumatisme causé par la mort de Santillana imprègne le contenu de ses peintures. Peu de temps après, elle tombe enceinte de son deuxième enfant. Le 24 novembre 1928, Isabella Lillian (appelée Isabetta) naît à New York. Au printemps 1930, son mari revient à Cuba, en prenant Isabetta avec lui[6].

Elle sombre dans la dépression, est hospitalisée et tente de se suicider[1]. Elle est placée en hôpital psychiatrique. Elle en sort en 1931, retourne chez ses parents, puis revient s’installer à New York. Elle bénéficie de travaux commandés par la Work Projects Administration, pendant la période de la Grande Dépression, a une vie agitée, mais commence à se faire connaître comme artiste. Ses peintures reflètent ses engagements[7]. et mettent en question le rôle traditionnel des femmes, qu’elle fait sortir des « sphères de la féminité », en rupture avec le regard habituel des artistes masculins[6]. L'un de ses premiers portraits nus féminins est celui d'Ethel Ashton en 1930 (aujourd’hui conservé au Tate Modern Museum, à Londres). Elle y décrit une amie d'école. Le corps d'Ethel est exposé dans une position assise, accroupie, regardant le spectateur. Elle peint son amie à travers une échelle déformée qui accentue l'idée de vulnérabilité et de crainte. Alice Neel indique à ce propos : « Elle s'excuse presque de vivre. Et regardez tous les meubles qu'elle doit porter tout le temps. ». Par cette expression, l'artiste se réfère à ses lourdes cuisses, son estomac gonflé et ses seins pendants[8]. Les éléments formels de la peinture, la lumière et l'ombre, les coups de pinceau, et les couleurs sombres renforcent le pathos et l'humour de l'œuvre. La peinture est sévèrement critiquée par de nombreux critiques d'art et le grand public.

Elle se lie avec le cinéaste, photographe et critique Sam Brody, qui est aussi communiste. Son deuxième fils, Hartley, naît en 1941 suite à cette relation[9]. Pendant les années 1940, elle réalise des illustrations pour une publication communiste, Masses & Mainstream, tout en continuant à peindre. Cependant, en 1943, la Work Projects Administration cesse de travailler avec elle, ce qui lui réduit ses revenus. Elle en viet à voler à l’étalage[10]. Dans les années 1950, l'amitié de l’acteur Mike Gold et son admiration pour son travail lui valent un spectacle au New Playwrights Theatre d'inspiration communiste. En 1959, elle fait une apparition avec le jeune Allen Ginsberg dans un film beatnik, Pull My Daisy, de Robert Frank. L'année suivante, son travail est présenté dans le magazine ARTnews.

Mais c’est essentiellement dans les années 1960 que sa notoriété se renforce. Son portait de Kate Millet pour la une du Time Magazine le contribue aussi à la faire connaître. En 1974, le Whitney Museum of American Art lui consacre une rétrospective. Elle meurt le dans son appartement à New York, d’un cancer du colon[9].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Les peintures d'Alice Neel sont remarquables pour leur utilisation expressionniste de la ligne et de la couleur, la perspicacité psychologique et l'intensité émotionnelle. Elle a été appelée « un des plus grands portraitistes du XXe siècle » par Barry Walker, conservatrice d'art moderne et contemporain au musée des beaux-arts de Houston, organisatrice d'une rétrospective de l'artiste en 2010.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e (en) Suzie Mackenzie, « Heroes and wretches », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  2. (en) « Alice Neel: American Painter », sur The Art Story
  3. (en) M. Therese Southgate, The Art of JAMA: Covers and Essays from The Journal of the American Medical Association, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-975383-3, lire en ligne), p. 96
  4. (en) Eleanor Munor, Originals : American women artists, Boulder, Colo., Da Capo Press, (ISBN 0-306-80955-9), p. 123
  5. (en) Jeremy Lewison, Alice Neel : Painted Truths, , p. 259
  6. a et b Judicaêl Lavrador, « Alice Neel, portraits torturés », Libération,‎ (lire en ligne)
  7. Magali Lesauvage, « Supports de l’angoisse », Libération,‎ (lire en ligne)
  8. (en) Mira Schor, A decade of negative thinking : Essays on art, politics and daily life, Duke University Press, , p. 104
  9. a et b Bernard Marcadé, « Neel, Alice [Merion Square 1900 – New York 1984] », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque et Mireille Calle-Gruber (dir.), Le dictionnaire universel des créatrices, Éditions des femmes, (lire en ligne), p. 3141-3142
  10. (en) Deborah Solomon, « The Nonconformist », The New York Times,‎ (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]