Alekseï Stakhanov

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Alekseï Stakhanov
Stakhanov.JPG

Le mineur soviétique Alekseï Stakhanov vers 1935.

Fonction
Parlementaire du Soviet suprême de l'Union soviétique
Biographie
Naissance
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Voir et modifier les données sur Wikidata (à 71 ans)
DonetskVoir et modifier les données sur Wikidata
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Ordre du Héros du Travail socialiste (en)
Miner's Glory Medal (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Alekseï Grigorievitch Stakhanov (en russe : Алексей Григорьевич Стаханов), né le à Lougovaïa près d'Orel et mort le à Torez dans l'oblast de Donetsk, est un célèbre mineur soviétique dont le nom fut largement exploité par la propagande stalinienne[1],[2].

Selon l'information publiée dans le journal russe RIA Novosti, son véritable prénom n'était pas Alekseï, mais Andreï. À l'époque, l'erreur de frappe dans l'article de La Pravda relatant son exploit l'aurait rebaptisé. À ce propos, selon une version, Stakhanov aurait écrit une lettre à Staline demandant la rectification, à quoi ce dernier aurait répondu que La Pravda ne commettait pas d'erreurs. Selon l'autre version, c'était Poskrebytchev, le secrétaire particulier de Staline, qui aurait évoqué le sujet et, là aussi, Staline aurait dit « Alekseï... un beau prénom russe, il me plaît tout autant », après quoi Stakhanov serait devenu officiellement Alekseï[3].

Lors d'un concours organisé par le Komsomol, Alekseï Stakhanov, haveur du Donbass aurait accompli quatorze fois la norme d'extraction du charbon, le , soit 102 tonnes en six heures de travail pour une norme de sept tonnes d’après les services de propagande, un chiffre en partie contesté[4]. La propagande soviétique en a fait par la suite un exemple pour tous les ouvriers de l'URSS[5]. Cette promotion du sacrifice personnel et de l'émulation entre travailleurs pour le bien du Parti a reçu le nom de stakhanovisme[6],[2],[7].

Carrière[modifier | modifier le code]

En 1927, il débute à la mine de « Tsentralnaïa-Irmino », dans la ville de Kadievka (Donbass). Sous le système communiste, toutes les mines de charbon sont gérées par l'État et ont des objectifs précis à atteindre chaque mois. La mine de Tsentralnaïa-Irmino a toujours des performances plus basses que le reste de la région quand Stakhanov y est affecté[8].

En 1933, Stakhanov est affecté à l'équipe des perforateurs. Les mineurs utilisent des piolets pour détacher le charbon, puis le mettent dans des wagons et le font sortir de la mine par des chevaux. Allongé sur le côté ou sur le dos, le mineur perfore le charbon et s'occupe de surélever le plafond de la mine quand il n'a plus la place de passer. Stakhanov propose d'avoir un mineur chargé de la perforation, un autre du chargement du charbon sur les wagons, un autre de surélever le plafond de la mine quand c'est nécessaire et un dernier menant le poney, plutôt qu'un seul mineur enchaînant toutes ces tâches. Plutôt qu'un piolet, Stakhanov utilise une perceuse minière, qui pèse très lourd et exige une formation préalable[8].

Le directeur de la mine accepte de tenter l'expérience. Le 30 août 1935, on rapporte que Stakhanov et ses trois collègues ont extrait 102 tonnes de charbon, un record, en 5 heures 45 minutes de travail, soit 14 fois son quota[8].

Son exemple est d'abord publié dans le journal local Kadievsky Proletary, puis repris par La Pravda à l'initiative de Grigory Ordjonikidze[9]. Il apparaît même sur la couverture du magazine Time[10]. L'héroïsme des ouvriers, à l'époque, est souvent valorisé, et Stakhanov en est un exemple criant[11].

La véracité de ce record est contestée. Selon l'historien expert en mouvement stakhanoviste Igor Avramenko, le travail du mineur à l'époque relevait aussi bien de l'extraction du charbon que de la consolidation des parois de la galerie au fur et à mesure de son avancement. Toutefois, Stakhanov a été déchargé de cette dernière tâche qui fut partagée entre deux de ses collègues : Borisenko et Tchigolev. Les supérieurs de Stakhanov ont omis d'en parler pour amplifier l'effet de l’exploit de leur héros en devenir [9].

Entre 1936 et 1941, Stakhanov étudie à l'Académie industrielle de Moscou. Entre 1941 et 1942, il est directeur de la mine no 31 de Karaganda. Entre 1943 et 1957, Stakhanov travaille au ministère de l'Industrie du charbon de l'Union soviétique. Entre 1957 et 1959, il est nommé directeur adjoint du combinat Chistiakovantratsit, puis devient ingénieur-chef assistant de la gestion de la mine no 2/43 du combinat de Torezantratsit jusqu'à sa retraite, en 1974.

En 1977, il meurt d'une crise cardiaque[8].

Récompenses et distinctions[modifier | modifier le code]

Stakhanov est député du premier Soviet suprême.

Il devient Héros du travail socialiste, reçoit l'Ordre de Lénine deux fois, l'Ordre du Drapeau rouge du Travail et de nombreuses médailles. Le dernier dimanche d'août est déclaré « Journée du mineur de charbon », vraisemblablement en son honneur.

En 1978, la ville de Kadievka, où il avait accompli ses exploits, est rebaptisée Stakhanov. Le concept de stakhanovisme porte son nom[12].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Éric Vigne, Stakhanov, ce héros normatif, Vingtième Siècle. Revue d'histoire, vol.1, n°1, 1984, p. 23-30.article en ligne
  2. a et b (en)Bernard Wasserstein, Barbarism and Civilization: A History of Europe in our Time, OUP Oxford, (ISBN 9780191622519, lire en ligne)
  3. (ru) Николай Троицкий, « Подвиг Стаханова. Мифы и реальность. », sur РИА Новости,‎ (consulté le 19 décembre 2014)
  4. Jean-Paul Depretto, « Le réalité du stakhanovisme ou Staxanov par lui-même », Études slaves, vol. LIV, no 3,‎ , p. 339-340 (lire en ligne), d’après Albert Pasquier, Le Stakhanovisme : l’organisation du travail en URSS (thèse de doctorat en droit), Caen, J. Robert, , 122 p., p. 28-29.
  5. (en)American Council of Learned Societies. Planning Group on Comparative Communist Studies, Stalinism: Essays in Historical Interpretation, Transaction Publishers, (ISBN 9781412835022, lire en ligne), p. 186-187
  6. « Le "stakhanovisme" et la mobilisation des classes ouvrières dans le cadre de la planification industrielle en URSS », sur ina.fr (consulté le 5 janvier 2017)
  7. (en) Serge Schmemann, « In Soviet, Eager Beaver's Legend Works Overtime », sur nytimes.com, (consulté le 5 janvier 2017)
  8. a, b, c et d (en) Dina Newman, « Alexei Stakhanov: The USSR's superstar miner », BBC News,‎ (lire en ligne)
  9. a et b (ru) Сергей Плотников, « Забойная сила », sur flb.ru,‎ (consulté le 5 janvier 2017)
  10. (en) « Heroes of Labor », Time Magazine, .
    (en) « 'Soviet leaders' gifts go on show », BBC News, 15 novembre 2006.
  11. « L’ouvrier soviétique, héros et victime du 01 mai 2013 - France Inter », France Inter,‎ (lire en ligne)
  12. Christine Masuy, Curieuses histoires des noms propres devenus communs: De Marcel à poubelle, Primento, (ISBN 9782390090892, lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]