Alea jacta est

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À Rimini, une stèle marque l'endroit où selon la tradition César harangue son armée et prononce Alea jacta est.

Alea jacta est est une locution latine signifiant « le sort en est jeté », ou « les dés sont jetés ». Selon les historiens Plutarque[1], Suétone[2] et Appien[3], ces paroles furent prononcées par Jules César, le avant le passage du fleuve Rubicon. Selon Plutarque la phrase a été prononcée en grec ancien, ce qui correspond à « Ἀνερρίφθω κύβος » (Anerríphthô kýbos)[4].

Précisions historiques[modifier | modifier le code]

Le Rubicon marquait la limite entre la Gaule cisalpine, province sous l’autorité d'un proconsul (Jules César à l'époque), et l'Italie. Le Sénat romain, pour assurer Rome contre le général commandant les troupes romaines en Gaule, avait déclaré sacrilège et parricide quiconque passerait cette rivière avec des armes, une légion ou même une cohorte. Quand le Sénat eut refusé à César le consulat et la continuation de son gouvernement, celui-ci, qui n'attendait qu'un prétexte pour renverser Pompée, résolut de marcher sur Rome. Cependant, lorsqu'il fut sur les bords du Rubicon, il s'arrêta un instant, effrayé de l'audace de son entreprise ; mais bientôt, poussé par le désir de la vengeance : «Alea jacta est !» s'écria-t-il.

Plutarque, Suétone et Appien dépeignent César réfléchissant longuement face à l’importance de son entreprise qui allait bouleverser la République. De plus, selon Suétone, César prit sa décision à la suite d’un signe miraculeux[5] qui entraîna ses troupes à franchir le pont du Rubicon[6]. Toujours selon ces trois historiens, il prononça alors la célèbre phrase « Alea jacta est », « le sort en est jeté ».

Signification et interprétation[modifier | modifier le code]

Généralement la traduction de cette locution latine est « le sort en est jeté » ou « les dés sont jetés » ce qui signifierait l'abandon de l'individu au hasard, aux évènements sur lesquels il n'aurait aucune emprise, n'ayant plus la possibilité de revenir sur ce qui a été commis. Mais une autre interprétation tendrait à indiquer que le locuteur choisit de prendre un risque en précipitant les évènements, même s'il n'en est pas totalement le maître : il prend en main sa vie. La premièrela seconde est une apologie du libre-arbitre. (??)

Remarques linguistiques[modifier | modifier le code]

Plusieurs articles modernes parus dans les années 1950[7],[8],[9] parviennent indépendamment aux mêmes conclusions : César cita dans la langue originale le proverbe grec bien connu « ἀνερρίφθω κύϐος »[10] — qui apparaît notamment dans un vers de Ménandre, auteur apprécié de César[11] — que Suétone rendit mal par alea jecta est. En effet, le sens de l’expression grecque n’est pas « le dé est jeté », mais bien « le dé soit jeté ». Dès lors, il faudrait peut-être adopter la correction qui remonte à Érasme : jacta alea esto.

En français, « le sort en est jeté » est attesté depuis François de Malherbe (1609).

Réserves[modifier | modifier le code]

Parmi les nombreux historiens antiques qui ont couvert cette période, seuls Plutarque, puis Suétone et enfin Appien évoquent ce qui deviendra un mot historique de César.

Au début de ses Commentarii de bello ciuili, Jules César ne dit pas un mot sur cette anecdote, ni sur le passage du Rubicon, franchi en toute illégalité, passage sur lequel César préféra probablement ne pas abonder. L’historien Velleius Paterculus, qui écrit sous Tibère - donc avant Plutarque -, évoque le passage du Rubicon, mais ne rapporte aucune parole historique[12]. Dion Cassius, historien postérieur à Plutarque, Suétone et Appien, est encore plus laconique : « César mit, alors pour la première fois, le pied hors de son gouvernement et s’avança jusqu’à Ariminum »[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Plutarque, Vies parallèles, Vie de César, 32, 8
  2. Suétone, Vie des douze Césars, César, 32, 3
  3. Appien, Guerres civiles, livre 2, 38, Plutarque, Vie de César, 37
  4. Texte de Plutarque, dans Pompée (60) : καὶ τοσοῦτον μόνον Ἑλληνιστὶ (en grec) πρὸς τοὺς παρόντας ἐκβοήσας, « Ἀνερρίφθω κύβος, » διεβίβαζε τὸν στρατόν.
  5. D’après Suétone, un berger d’une grande prestance se saisit d’une trompette militaire et franchit le pont sur la rivière en jouant une marche tonitruante (Suétone, Vie des Douze César, César, 32)
  6. Ici, au sens propre, mais c’est une expression signifiant avoir franchi le point de non-retour
  7. E. Bickel, « Iacta alea est », Paideia, no 7,‎ 1952, p. 269-273
  8. M. Markovic, « Was hat Caesar bei Rubico eigentlich gesagt ? », Жива антика / Živa antika [Antiquité vivante], no 2,‎ 1952, p. 53-64
  9. Henri Glaesener, « Un mot historique de César », L'Antiquité classique, t. 22,‎ 1953, fasc. 1, p. 103-105 (DOI 10.3406/antiq.1953.3471, lire en ligne)
  10. Michel Dubuisson, « Verba uolant. Réexamen de quelques « mots historiques » romains », Revue belge de philologie et d'histoire, t. 78,‎ , fasc. 1, p. 147-169 (DOI 10.3406/rbph.2000.4437, lire en ligne)
  11. Ménandre, L'Arréphore ou la joueuse de flûte, fr. 59, 4 K.-Th.
    Le fragment nous est parvenu grâce à Athénée de Naucratis, Les Deipnosophistes, XIII, 559 D.
  12. Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 49.
  13. Dion Cassius, Histoire romaine, XLI, 4.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Dubuisson, « Toi aussi, mon fils », dans Latomus, 39, p. 881-891, 1980.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Autres citations célèbres de Jules César :