Alcyone (opéra)

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Alcyone
Acione
Description de cette image, également commentée ci-après
Alcyone et Ceix (Bernard Picart, 1733).
Genre tragédie en musique
Nbre d'actes 5
Musique Marin Marais
Livret Antoine Houdar de La Motte
Langue
originale
Français
Sources
littéraires
Métamorphoses d'Ovide
XI, 410–748
Création
Académie Royale de Musique, Paris
Drapeau du royaume de France Royaume de France

Personnages

Alcyone est un opéra du compositeur français Marin Marais. Il prend la forme d'une tragédie en musique en un prologue et cinq actes. Le livret d'Antoine Houdar de La Motte, est basé sur le mythe grec de Ceix et Alcyone tel que le raconte Ovide dans ses Métamorphoses.

La première représentation est donnée le 18 février 1706 par l'Académie royale de musique, au Théâtre du Palais-Royal rue Saint-Honoré, à Paris. La partition est particulièrement célèbre pour la scène de tempête de l'acte quatre. La Marche pour les Matelots, qui fait également partie de ce mouvement, est popularisée comme air de danse et est la base d'un chant de Noël paru vers 1860 dans les pays anglo-saxons, sur un texte de William Morris, Masters in This Hall[1].

L'opéra, est considéré comme son chef-d'œuvre. Il est repris cinq fois jusqu'en 1771 et seulement en 1990 au concert et au disque. Alcyone a de nouveau été produit pour la scène en 2017, à l'Opéra-comique, par Jordi Savall et dans la mise en scène de Louise Moaty [2],[3].

Rôles[modifier | modifier le code]

Rôles d’Alcyone
Rôle Voix Créateurs (18 février 1706)[4]
Alcyone soprano Marie-Louise Desmatins
Ceix haute-contre Antoine Boutelou
Pélée baryton Gabriel-Vincent Thévenard
Sommeil haute-contre Pierre Chopelet
Pan/ Phorbas/ Chef marin basse Jean Dun père
Tmole/ Grand Prêtre/ Neptune basse Charles Hardouin
Phosphore (père de Ceix) haute-contre Robert Lebel
Marin/Morphée taille Louis Mantienne
Apollon haute-contre Jacques Cochereau

Synopsis[modifier | modifier le code]

Partition : ouverture
Début de l'ouverture de l'opéra.

Prologue[modifier | modifier le code]

Le dieu de la montagne Tmolus décide un concours musical entre Pan et Apollon, en faveur de ce dernier. Apollon souhaite un retour au règne de la paix dans le monde, symbolisé par les Alcyons.

Acte un[modifier | modifier le code]

Palais de Ceix – Ceix, Roi de Trachis et Alcyone, fille d'Éole, sont destinés au mariage. Pélée, le meilleur ami de Ceix, est aussi amoureux d'Alcyone. La cérémonie de mariage est perturbée par la magie de Phorbas (avec la magicienne Ismène), dont les ancêtres ont autrefois jugé Trachis et qui est contraint de se venger contre Ceix.

Acte deux[modifier | modifier le code]

Ceix se rend à la grotte de Phorbas pour le supplie d'arrêter ses maléfices. Mais Phorbas dit à Ceix qu'il doit se rendre à l'oracle d'Apollon sur l'île de Claros pour entendre le verdict du dieu. En réalité, ces conseils sont destinés à « hâter les malheurs qu'il croit éviter » : le plan de Phorbas est de faire mourir Ceix.

Acte trois[modifier | modifier le code]

Ceix s'embarque du port de Trachines (Ô mer, dont le calme infidèle ; Marches pour les matelots). Phorbas dit à Pélée qu'il a arrangé le voyage pour que Pélée puisse être libre de se faire connaître à Alcyone. Mais la conscience de Pélée est troublée, quand il voit Alcyone s'effondrer au départ de Ceix.

Acte quatre[modifier | modifier le code]

partition : La Symphonie du sommeil
« La Symphonie » du Sommeil à l'acte IV d’Alcyone. Le compositeur ménage un climat de douceur, juste avant la « Tempête », ce qui en renforce le contraste.

Alcyone se rend au temple de Junon pour prier le retour de Ceix en toute sécurité. Elle s'endort et dans un rêve évoqué par Sommeil (Air & Symphonie du Sommeil), elle voit un navire en difficulté sur une mer orageuse (Tempête).

Acte cinq[modifier | modifier le code]

Alcyone est pleine d'appréhension. Pélée avoue son amour pour elle et a tellement honte, qu'il nous offre de se suicider. Alcyone voit un corps échoué sur la plage, croyant qu'il s'agit de Ceix, elle s'exécute elle-même, avec l'aide d'une épée. Mais Neptune rend les amoureux à la vie et les rend responsables de l'apaisement des mers (Chaconne pour les Tritons).

Réception[modifier | modifier le code]

Projet de l'atelier de Jean Berain (1640–1711) pour la tempête d’Alcyone de Marin Marais.

L'œuvre, dès sa création fut « très applaudi »[5] et reprise en 1719 et après la mort du compositeur en 1730, 1741[6], 1756 et 1771[7],[4]. Les éloges sont surtout destinés au musicien et son opéra considéré comme l'un des plus beaux du répertoire lyrique de l'Ancien Régime[7], au niveau de L'Europe galante (1697) d'André Campra[4]. L'usage, pour la première fois à l'Opéra, de la contrebasse[8] dans la Tempête (acte IV, scène 4), contribua à la réputation de l'ouvrage[7], éclipsant celle figurant dans Thétis et Pélée (1689) de Pascal Collasse[4], mais repris en 1724.

Les airs célèbres, dans une grande variété de ton, surent influencer Rameau lorsqu'il se consacra à la tragédie lyrique[7].

En 1741, il y eut même une parodie du même nom, montée à la Comédie-italienne, livret de Jean-Antoine Romagnesi et musique d'Adolphe Blaise[4].

Titon du Thillet, dans Le Parnasse françois[9] écrit :

« On ne peut s'empêcher de dire ici un mot de la tempête de cet Opéra, tant vantée par tout les Connoisseurs, & qui fait un effet si prodigieux. Marais imagina de faire exécuter la basse de la tempête, non seulement sur les Bassons & les Basses de Violons à l'ordinaire, mais encore sur des Tambours peu tendu[10], qui roulant continuellement, formant un bruit sourd & lugubre lequel joint a des tons aigus & perçans pris sur le haut de la chanterelle des Violons et les Haut-bois font sentir ensemble toute la fureur & tout l'horreur d'une mer agitée [...] »

— Le Parnasse françois, p. 626[11].

Sebastian Monti, dans le rôle d'Apollon, à l'Opéra Comique, en 2017

Cette tempête est si populaire qu'elle est insérée dans la reprise de Alceste de Lully en 1707 et citée dans Les fêtes vénitiennes par Campra en 1711, puis jouée pour Louis XIV à sa demande[12], dans sa résidence à Marly[13], et encore en 1715 dans une parodie de Télémaque de Destouches[14] à la foire Saint-Germain pour un public populaire[13].

De nos jours également, la partition est considérée comme son chef-d'œuvre[14],[12].

Remaniements[modifier | modifier le code]

Lors de chaque reprise, Alcyone fut l'objet de nombreux remaniements ; c'est ce dont témoignent les partitions manuscrites conservées à la bibliothèque de l'Opéra de Paris[4]. Dès 1730, le prologue est écarté et supprimé définitivement en 1756 ; en contrepartie des ajouts viennent combler les manques. En 1771, la partition est considérablement transformée[4].

Enregistrements[modifier | modifier le code]

Selon Jérôme de La Groce, le premier disque consacré à Marin Marais, se trouve être justement des extraits d’Alcyone, par Jean-François Paillard en 1956 (Erato)[15]. Cette suite instrumentale était réalisée par Alexandre Cellier. Suivent l'aria d'Alcyone du quatrième acte, et d'autres empruntées à l'opéra baroque dans un florilège, chanté par Ettel Sussman et dirigé par le chef d'orchestre de Louis de Froment (L'Oiseau-Lyre)[16]. En 1965, paraissent deux suites d'orchestre, respectivement par Jean-Louis Petit et le Concentus Musicus et Nikolaus Harnoncourt (pour Vanguard[17] et qui l'enregistre de nouveau en 1973 pour Telefunken)[18]. En 1980, Jean-Claude Malgoire grave quelques airs de danses (chez CBS)[19]. Jordi Savall a réalisé pour sa part un disque des seules suites orchestrales, utilisant la version de 1741, toujours dans la restitution de Jérôme de La Gorce :

Intégrale 

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Alcyone (opera) » (voir la liste des auteurs).
  1. « The Marais Project » (version du 6 juillet 2011 sur l'Internet Archive).
  2. 5 choses à savoir sur Alcione sur opera-comique.com.
  3. Alcione de Marin Marais par Jordi Savall à l’Opéra Comique (mai 2017) sur culturebox.
  4. a, b, c, d, e, f et g Édmond Lamaître, « Alcyone », dans Marc Honegger et Paul Prévost (dir.), Dictionnaire des œuvres de la musique vocale, t. I (A–F), Paris, Bordas, , 2367 p. (ISBN 2040153950, OCLC 25239400, notice BnF no FRBNF34335596), p. 51–52.
  5. Ainsi que le rapportent les frères Parfaict (François et Claude Parfaict, Dictionnaire des théâtres de Paris, 7 vol. Paris, 1767) : De La Gorce 1991a, p. 204.
  6. Musique de la version de 1741 disponible sur Gallica
  7. a, b, c et d Jérôme de La Gorce, « Alcyone », dans Marcelle Benoit (dir.), Dictionnaire de la musique en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Fayard, 1992, XVI-811 p. (ISBN 2-213-02824-9, OCLC 409538325, notice BnF no FRBNF36660742), p. 12.
  8. De La Gorce 1991, p. 18.
  9. Cité dans James R. Anthony (trad. Beatrice Vierne), La Musique en France à l’époque baroque, Paris, Flammarion, coll. « Harmoniques », 1981, 556 p. (ISBN 2-08-064322-3, OCLC 299372215), p. 162.
  10. Le tambour n'est pas une invention de Marais, puisqu'il était déjà dans l'instrumentation de Thétis et Pélée. Benoit 1992, p. 52.
  11. Le Parnasse françois disponible sur Gallica.
  12. a et b  Jérôme de La Gorce, « Alcyone – Marc Minkowski », p. 17, Erato, 1991.
  13. a et b De La Gorce 1991a, p. 205.
  14. a et b Piotr Kaminski, Mille et un opéras, Fayard, coll. « Les indispensables de la musique », 2003, 1819 p. (ISBN 978-2-2136-0017-8, OCLC 417460276, notice BnF no FRBNF39099667), p. 832
  15. symphonies pour les soupers du Roy (OCLC 66057233)
  16. De Lully à Rameau (OCLC 58781713)
  17. Musique à la cour de Louis XIV : (OCLC 233190313)
  18. (OCLC 27086272)
  19. L'Apothéose de la danse à Versailles (OCLC 17879548)
  20. Lors de sa sortie ce disque a été distingué par Xavier de Gaulle, d'un « 10 » dans le magazine Répertoire no 73.
  21. Lors de sa sortie ce disque a été distingué par Olivier Rouvière, d'un « 9 » dans le magazine Répertoire no 30 : « Dans l'ensemble, un grand moment de musique et de théâtre. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]