Albert Rousseau

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Albert Rousseau
Albert Rousseau 1981.jpg
Albert Rousseau en 1981
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 73 ans)
Nationalité
Activité

Albert Rousseau ( - ), est un artiste-peintre québécois.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Né à Saint-Étienne-de-Lauzon, il est le fils d'Omer Rousseau et d'Alice Roy. Il était l'aîné d'une famille de six garçons. Artiste-peintre de réputation internationale, il a exposé au Canada, aux États-Unis, et en Europe. Il est le descendant d'un certain Jacques Rousseau, qui a quitté l'île de Ré pour la Nouvelle-France en 1665.

Il s'inscrit en 1925 à l'École des beaux-arts de Québec à l'âge de 16 ans. Son séjour à cette École (où étudia aussi juste avant lui Alfred Pellan) dura six ans et il y récolta plusieurs prix et médailles. À sa sortie de l'École son objectif est de consacrer son énergie à peindre son pays et sa Nature. Il peindra les grands paysages de Charlevoix avec son ami Marc-Aurèle Fortin mais aussi avec d'autres peintres québécois, qui deviendront très connus tels René Richard. En 1939, il expose un tableau intitulé Le Havre au Salon du Printemps de la Galerie des arts de Montréal.

Il fréquentera souvent ce Salon au cours des années subséquentes et il y gagnera un premier prix en 1948, la même année que Pellan. Rousseau est un artiste qui cultive constamment son art, expérimentant et variant les textures, les matériaux et les techniques. Son talent pour rendre la lumière et les couleurs est reconnu et apprécié des experts, mais aussi du grand public. Il construit son propre atelier de peinture à Saint-Étienne de Lauzon, à côté de sa maison (aussi construite par lui) vers 1956. Il voyage vers les Provinces maritimes, d'où il rapporte des "marines" superbes, puis vers l'ouest canadien où il peint d'extraordinaires totems qui révèlent son intérêt pour la mythologie amérindienne. Il produit tableaux, aquarelles et terres cuites.


1960 - 1982[modifier | modifier le code]

En 1960, Rousseau, avec un tableau intitulé "Maison Chevalier", se mérite le premier prix du concours de la Galerie nationale du Canada sur les "Scènes d'hiver". Le 23 août 1964, Rousseau inaugure sa première Exposition Champêtre à son atelier de Saint-Étienne. On y retrouve les œuvres de tous les artistes et élèves fréquentant son studio. Ceci deviendra une tradition à chaque été, avec un nombre grandissant d'élèves et d'artistes y présentant leurs œuvres. Vers la fin des années 1960, plusieurs milliers de personnes se rendent à ces expositions champêtre qui durent deux jours. En 1965, Rousseau abandonne son travail dans l'hôtellerie (qui lui permettait de "faire vivre son art" comme il disait) pour se consacrer exclusivement à la peinture. Il a 57 ans. Il anime toujours son atelier libre, qui compte une quarantaine de membres dès 1968. Rousseau peint, paysages, natures mortes, nus, marines avec une énergie intarissable.

En 1970, la septième "Expo champêtre" présente les œuvres de 75 artistes qui fréquentent les ateliers libres d'Albert Rousseau. En 1970, Rousseau achète le vieux moulin à scie et farine de la Seigneurie de Lauzon sur la rivière Beaurivage, le moulin Gosselin, qu'il convertit en Moulin des Arts. Ce nouveau gain en espace lui permet d'organiser, à l'aide de plusieurs autres artistes de ses amis, des cours de peinture, de céramique, de gravure. Les futures expositions champêtres auront lieu au Moulin des Arts.

La brillante carrière de Rousseau se poursuit et son art ne cesse d'évoluer. Il multiplie les voyages, sans pour autant cesser de peindre son pays, ses hivers et ses automnes aux couleurs vives. À partir de 1975, il diminue un peu le rythme de ses voyages à l'étranger mais aucunement celui de sa peinture. Il côtoie toujours son grand ami, René Richard. Il peindra sans relâche des œuvres lumineuses, empreintes de joie et de couleurs, jusqu'à sa mort subite en 1982, à l'âge de 73 ans. Son dernier tableau illustre d'une manière très colorée le cycle de la vie en y représentant une femme enceinte protégée par un personnage mystérieux et une jeune mère tenant un bébé dans ses bras.

Impact[modifier | modifier le code]

Albert Rousseau, considéré comme l’un des meilleurs peintres-paysagistes du Québec, se classe dans la même catégorie que Marc-Aurèle Fortin, René Richard, Francesco Iacurto, Jean-Paul Lemieux, et Léo Ayotte. Il a toujours cru en la nécessité de travailler constamment son art afin d’évoluer comme artiste; il a d’ailleurs déclaré une fois à un journaliste: « Nous signons notre arrêt de mort le jour où nous cessons d’évoluer. »

Albert Rousseau a pleinement vécu sa vie. Né en 1908 dans la petite ville de Saint-Étienne-de-Lauzon (Québec), il se passionne très vite pour l'art et, en 1925, s'inscrit à l'École des beaux-arts de Québec, où il rencontre certains de ceux qui allaient devenir ses amis pour la vie. Afin de payer ses frais de scolarité, il commence à travailler dans un hôtel, où il y reste jusqu'à son départ en1965.

En 1931, son diplôme en poche, Albert Rousseau est toujours à la recherche d’un point d’ancrage dans son parcours artistique. Il commence par peindre sa famille, la réalité et les images gestuelles, mais trouve son inspiration dans les paysages et les quartiers anciens. Il peint d’après observation ou fait un croquis préliminaire pour ensuite ajouter la couleur à l’atelier, où il lui arrive  de travailler sur dix toiles simultanément. C’est là que prennent vie ses compositions. Il tient également des réunions hebdomadaires et des ateliers dans son studio.

Rousseau et nombre de ses amis artistes, tel le peintre Marc-Aurèle Fortin, se retrouvent autour d’un vin et fromage pour créer, discuter d'art et faire des projets d’exposition. En 1950, pour démontrer l’évolution de la peinture dans la province depuis 1834, le Musée d’art de Québec organise une rétrospective des œuvres de 37 artistes, dont Albert Rousseau. Cet événement suscite un grand intérêt pour l'artiste et le consacre, ce qui lui permet d’exposer à différentes manifestations au Canada.

En 1964, invité à enseigner dans trois universités du Québec, il trouve enfin une source de revenus lui permettant, l’année suivante, de se retirer de l’hôtellerie.

En 1966, il se rend à Paris, un rêve qu’il caressait depuis longtemps. Les voyages constituaient pour lui un moyen de renouveler son inspiration. Il ira au Mexique, aux États-Unis, aux Antilles, en Espagne et en Angleterre.

À partir de 1963, il organise des expositions à Saint-Étienne, où un vieux moulin sur le point d'être démoli avait attiré son attention. Il finit par l’acheter en 1970 pour le rebaptiser Le Moulin des Arts et en faire un lieu de rencontre pour des centaines d'artistes invités chaque année à y exposer leurs œuvres. Albert Rousseau expose non seulement au Moulin des Arts, mais partout au Canada, à Paris et à New York.

En 1982, il y a déjà 25 ans, Rousseau nous quitte. Aujourd’hui encore, nous communions avec l’artiste par sa peinture, par des tableaux évoquant à travers d’étonnantes textures des maisons rustiques canadiennes, par de lumineuses aquarelles témoins du passé ou encore par des scènes d’allure figurative. Ses imprévisibles explorations de gammes de couleurs et ses techniques inhabituelles font de Rousseau l’un des paysagistes les plus personnels du Québec.

Perception[modifier | modifier le code]

Il fallut un certain temps pour finalement reconnaître le remarquable peintre et aquarelliste qu’était Albert Rousseau, qui, en marge des institutions, s’est distingué en animation artistique et culturelle depuis le début de notre Révolution tranquille. Homme à la conversation facile, sans affectation ni dogmatisme, il montre plutôt un respect naturel de l’opinion d’autrui et fait preuve de curiosité envers sa profonde motivation.  

Il disait qu’il fallait faire vivre sa peinture et qu’un jour, c’est elle qui nous ferait vivre. Ce courage de faire vivre sa peinture, Rousseau l’a eu toute sa vie, et surtout pendant la crise économique du début des années 30, à tel point que, de sa classe à l’École des beaux-arts de Québec, il est à peu près le seul à avoir eu une carrière artistique aussi longue que bien remplie.

Dans la cinquantaine, Rousseau accepte enfin de donner des cours de peinture, tout en demeurant profondément convaincu qu’on ne peut vraiment enseigner la création artistique. Il abandonne l’enseignement programmé au profit d’ateliers libres où il favorise un climat de cordialité et d’échange, en stimulant la communication et l’ouverture d’esprit.

Pendant sa longue carrière, Rousseau prend plaisir à essayer divers matériaux et techniques, à peindre à l’huile ou à l’aquarelle, à utiliser des polymères et la glaçure, à dessiner au crayon chinois ou à graver le cuivre, à inventer ses nus ou ses abstractions sur de la toile de lin, coton ou sur du plexiglas ou du bois, à traduire en langage pictural la maison familiale.

Les dizaines d’œuvres de ce livre témoignent des recherches entreprises pendant un demi-siècle. Certains tableaux expriment dans un geste d’impatience un aspect inconnu de Rousseau. Dans  leur ensemble, ces œuvres témoignent de ses multiples et audacieuses recherches, aussi bien sur le plan des matériaux que celui des techniques, sur le plan de la syntaxe plastique et de la gamme chromatique. Le but de ce livre est de vous faire découvrir l’étendue de sa carrière comme peintre et aquarelliste.

Un patrimoine québécois[modifier | modifier le code]

À l’École des beaux-arts, Lucien Martial savait enseigner la technique picturale sans essayer d’imposer en même temps un style ou une manière de peindre. De son côté, Henry Ivan Neilson initiait l’étudiant à l’art en se réjouissant de voir comment Rousseau se montrait à la fois attentif et entreprenant. Rousseau, qui brûle du désir de partir pour l’Europe, est déchiré par son enracinement dans le sol québécois. Il veut s’en faire le peintre authentique, sans toutefois verser dans les poncifs de l’illustration rustique. Pourquoi, se demande-t-il, partir vers de lointains pays, quand il y a tant de choses pittoresques à peindre dans sa province natale, soit la Seigneurie de Lauzon, le Vieux Québec, la Beauce et Charlevoix.

Il veut faire connaître dans ses tableaux l’essentiel d’un personnage ou d’un paysage. En ce sens, Rousseau serait impressionniste, et s’il est seul à avoir vu ce qu’il faut voir, il ne déplaît à personne de voir ce qu’il a vu, précisément parce que la nature et le bon sens restent ses maîtres. L’œil de l’artiste sait interpréter ses modèles ainsi que la nature et faire du pittoresque une valeur proprement patrimoniale, située entre le passé et le futur.

L’œuvre d’art demeure ainsi paradoxe et énigme, malgré toutes les explications qu’on voudrait lui imposer, comme une sorte de camisole de force. Fort heureusement d’ailleurs, puisqu’elle ne s’adresse pas principalement à la raison, mais bien plutôt à la sensibilité, dont les méandres sont aussi nombreux qu’imprévisibles. Et le monde de l’art explore, de façon plurielle et inépuisable, le vaste registre de notre sensibilité. Personne ne détient le monopole de la création artistique, personne n’a inventé la peinture, personne ne peut revendiquer une originalité absolue.

Le monde de l’art est une immense place ouverte où chacun va et vient, troquant ceci pour cela, empruntant sans trop s’en rendre compte quelque chose à quelqu’un.

Le peintre québécois a souvent déclaré sa foi en l’artiste authentiquement enraciné dans son pays.

Rousseau et le Moulin des Arts par Marcel Rousseau[modifier | modifier le code]

Le Moulin des Arts d’Albert Rousseau existait dans l’esprit du peintre, déjà bien longtemps avant son inauguration en 1971. Mon père pensait de plus en plus à fonder un centre des arts dans un vieux moulin de Saint-Étienne- de-Lauzon, il allait faire son tour sur place de temps en temps. Bien sûr, il y allait peindre avec ses élèves. Il a vraiment représenté le Moulin sous toutes ses formes, en peinture à l’huile, à l’acrylique, en aquarelle, en gravure.

Dans sa tête, c’était vraiment un rêve qui se réaliserait. Il passait de temps en temps  voir la propriétaire, puis un jour au dîner, il arriva avec un  papier en main et il dit: « Ça y est, j’ai acheté le Moulin Gosselin », Il s’assit à table, fier de lui. C’était probablement l’un des plus beaux jours de sa vie, comme s’il était redevenu jeune à soixante ans, puis il nous annonça : «  dès la fonte des neiges, on débutera les travaux, il faut absolument que ce soit prêt pour l’automne.

C’était l’ancien moulin à scie et farine de la Seigneurie de Lauzon, situé tout près de son atelier de Saint-Étienne, sur la rivière Beaurivage. Actif pendant près de cent ans puis abandonné, ce moulin. Situé dans un décor enchanteur, tombait en ruine à vue d’œil. Il méritait mieux que ça. Mon père, qui vivait dans son voisinage depuis l’enfance et qui l’avait incorporé dans son œuvre depuis longtemps, le surveillait, tout en rêvant discrètement à son projet.

Le peintre avait bien sûr déjà décidé : il allait construire son Centre d’Arts. Il savait très bien qu il ne s’arrêterait pas après avoir construit son atelier de peinture. Après l’atelier de peinture, ce fut l’atelier de dessin, puis à ce projet s’est ajouté tout de suite, dans l’ancienne forge, un atelier de sculpture, un atelier de céramique et un peu plus tard l’atelier de gravure, un véritable centre des arts quoi ...

Tout pressait comme si le temps allait lui manquer, lui qui pensait que, pour bien vieillir, il faut oublier le temps qui passe, et que le temps qui passe nous oubliera à son tour... Ce qui n’était plus le cas dans cette situation particulière.

Mon père tenait beaucoup à ce que l’on offre des ateliers aux jeunes artistes pour aider la relève disait-il; lui qui ne l’avait pas eu facile voulait être en mesure de faciliter le parcours de ces jeunes.

Je me souviens que l’endroit était vraiment très animé dès ses débuts, les gens y venaient de partout, nous avions des sessions intensives de peinture qui se tenaient à l’extérieur, au milieu des visiteurs. Tout le monde y était admis, il n’y avait pas de porte barrée. Les gens pouvaient assister à un cours ou à un atelier ou tout simplement regarder.

La septième Exposition champêtre, qui a eu lieu en 1970, fut la dernière à se tenir à la maison et à l’atelier. Vous imaginez-vous 75 artistes, leur famille et tous les visiteurs à la maison, pendant sept années consécutives! En 1971, le tout se tiendrait dorénavant au Moulin des Arts.

Donc le 6 juin 1971 se tient la huitième Exposition Champêtre au Moulin des Arts, 75 artistes y présentent des centaines d’œuvres : sculptures, tableaux, aquarelles, dessins, céramiques, gravures, devant les yeux ébahis de milliers de visiteurs.

Malgré toute l’énergie consacrée à la rénovation et à la préparation de l’exposition, mon père ne délaisse pas pour autant sa passion pour la peinture. Il trouve le temps de tout faire. À l’époque, il exécute des douzaines de tableaux et d’aquarelles d’une sensualité instinctive.

En 1972, la neuvième saison réunit 72 participants et attire plus de cinq mille visiteurs. La manifestation est agrémentée d’un concert de l’orchestre Sinfonia de Québec. À cette époque, environ 150 participants assistent régulièrement aux ateliers du Moulin des Arts.

La Société Radio-Canada tourne au moulin des Arts de Saint-Étienne un film pour sa série Invitation au loisir. Ce film fut présenté au réseau de la télévision d’État. Le magazine Perspectives, diffusé au Québec fait un reportage sur le Moulin des Arts agréablement illustré ou Hubert Potvin déclare: <Rousseau ressuscite l’ancien Moulin de la Beaurivage pour le transformer presque magiquement en un centre d’art>.

En 1973, un groupe de hauts fonctionnaires d’Ottawa, piloté par le service des relations publiques de l’Université Laval, visite le Moulin des Arts avec beaucoup d’intérêt.

La dixième Exposition en 1973 réunit plus de mille œuvres présentées par 70 exposants. En 1974, la onzième réunit plus de 85 artistes. Gilles Brown, journaliste au Journal Secret des Artistes, écrit que Rousseau, un peintre en constante évolution n’hésite pas à en communiquer les résultats aux artistes qui fréquentent ses ateliers libres au Moulin des Arts.

En 1975, la douzième réunit cette fois 90 artistes de toutes catégories, en 1976, la treizième, 93 participants, en 1977, la quatorzième offre à ses milliers de visiteurs des œuvres d’une centaine d’artistes. En 1978, la quinzième attire 120 participants et six mille visiteurs. En 1979, le Moulin accueillait les 88 participants de la seizième exposition et mon père en surveillait le déroulement du coin de l’œil, comme si c’était sa première, avec la même passion juvénile et le même plaisir tout neuf. Ce fut sa dernière Exposition Champêtre au Moulin des Arts.

Le Moulin des Arts ne fut plus jamais le même sans lui, la formule ayant changé quelque peu. On a travaillé avec différentes associations culturelles, des visions différentes, tout en essayant de respecter sa philosophie. Mais la chose est très difficile parce que mon père ne faisait pas beaucoup de sur place si vous comprenez ce que je veux dire. C’était un homme qui avançait rapidement et qui était un créateur né.

Mon père en surveillait le déroulement du coin de l’œil, comme si c’était sa première exposition, avec la même passion juvénile et le même plaisir tout neuf. 

C’était un homme qui avançait rapidement et qui était un créateur né.

En 1982, il y a déjà 25 ans, Rousseau nous quitte.

Aujourd’hui, un patrimoine québécois établi[modifier | modifier le code]

Il fallut beaucoup de temps pour finalement reconnaître le remarquable peintre et aquarelliste qu’était Albert Rousseau, qui, en marge des institutions, s’est distingué en animation artistique et culturelle depuis le début de notre Révolution tranquille.

Dès 1983, la première grande reconnaissance pour Rousseau fut l’attribution de son nom à la salle Albert-Rousseau, située dans l’arrondissement Sainte-Foy-Sillery de la grande ville de Québec, une salle de spectacle à l’italienne, avec une capacité de 1 348 places, répondant aux normes professionnelles d’accueil de spectacles multidisciplinaires.

Les premiers dirigeants de la corporation avaient retenu comme nom de salle celui du peintre reconnu pour son apport à la promotion et au développement de la culture en général. Albert Rousseau a été un animateur culturel à son époque et il s’est appliqué à rendre l’art accessible à l’ensemble de la population. Par ce geste, les dirigeants de la corporation reconnaissaient son côté visionnaire.

Son nom fut ensuite donné à la bibliothèque Albert-Rousseau et au boulevard Albert-Rousseau à Saint-Étienne, puis à l’avenue Albert-Rousseau à Québec, ensuite une plaque commémorative était placée au 9, rue Laval pour y indiquer qu’Albert Rousseau y avait vécu.

Lors de ses funérailles à l’église de Saint-Étienne de Lauzon, Jean-Pierre Côté (1926-2002), lieutenant-gouverneur du Québec du 27 avril 1978 au 28 mars 1984, lui rendait hommage.

En 1992, une première exposition rétrospective a lieu à la Villa Bagatelle de Québec, suivie en 1992 également d’une deuxième intitulée « Forces et Couleurs » au musée Marc-Aurèle Fortin du Vieux-Montréal. M. René Buisson, fondateur et curateur du musée a tenu à préciser que Marc-Aurèle Fortin accueillait son grand ami Albert Rousseau et lui rendait ainsi une dernière invitation. Cette exposition était sous la présidence d’honneur du recteur de l’Université de Montréal, M. Gilles Cloutier.

En 1994, le Musée du Québec a exposé un de ses tableaux dans le cadre de l’exposition intitulée « Québec plein la vue » ».

En 2000 une vidéo tournée par Télé-Québec et en 2003, il y eut une exposition à Lévis.

Rousseau disait: «J’ai besoin de peindre, comme de respirer ou de manger, et je peins chaque jour, sinon toujours avec mes pinceaux du moins en imagination, dans ma tête, partout, en conduisant mes véhicules, en conversant avec des amis, même en rêvant! Ce que je cherche avant tout, dans mes œuvres, c’est communiquer, c’est faire passer une émotion, c’est exprimer un moment, un rythme, un sentiment: et ce désir est insatiable».

Mission très bien accomplie, nous pensons que tu peux rêver en paix, ce que tu cherchais avant tout est réussi, tu nous as transmis toute ton énergie, ton amour et ta passion par tes œuvres. Sois rassuré, les générations à venir auront eux aussi la possibilité à leur tour de pouvoir apprécier ton œuvre et ta générosité légendaire.

L’œuvre d’Albert Rousseau vue par Guy Robert en 1979.

Grand bien nous fasse![modifier | modifier le code]

« Grand bien nous fasse! » s’exclame Rousseau en levant son verre à ses invités, heureux du plaisir de partager le vin de l’amitié. Notre hôte porte allègrement ses soixante-dix ans et ses cinquante ans de carrière artistique. Très tôt le matin, Rousseau se rend à son atelier, et la plupart des hommes d’âge moyen seraient épuisés d’accomplir sa longue journée routinière, qui l’entraîne dans les nombreuses activités au Moulin des Arts ou dans de lointaines excursions de peinture.

Beaucoup connaissent Rousseau, parce qu’il a été très actif dans le domaine des arts au Québec, sa carrière et son œuvre comportent tellement de facettes qu’elles valent la peine d’être examinées de près, pour mieux en esquisser le bilan. Ses tableaux évoquent à travers d’étonnantes textures des maisons québécoises, ses lumineuses aquarelles de Bretagne, du Portugal ou de Paris, d’originales gravures ou encore par des compositions où l’allure figurative s’éclipse au profit d’une joyeuse sarabande de couleurs.

Certains considèrent Albert Rousseau comme l’un des paysagistes les plus personnels du Québec, alors que d’autres préfèrent dans ses imprévisibles explorations des gammes de la palette et des techniques rares. Pour connaître son œuvre, pour comprendre l’évolution de sa longue carrière il est important de se rendre au seuil de l’atelier, là où se trouvent les racines de son œuvre.

Au seuil de l’atelier, il y a aussitôt la cordiale poignée de main de l’artiste, pendant que le regard se trouve sollicité par une panoplie d’objets allant d’un visage de bouddha à d’anciens pots de grès, en passant par des moulages académiques et des ornements de bois sculptés au Québec il y a deux siècles, sans oublier quelques dizaines de tableaux et aquarelles de l’artiste.

Tout en ayant évolué à Saint-Étienne, la paysannerie de Rousseau n’est pas celle d’un fermier : il est peintre, et ce qu’il laboure, c’est la pâte de ses tableaux, ce qu’il cultive, c’est son intuition, ce qu’il sème, c’est sa vision des choses et de la vie, ce qu’il récolte, c’est le fruit de son imagination. C’est un homme fier et de tempérament entreprenant, jamais effarouché par le travail. J’ai besoin de peindre, clame-t-il.

Albert Rousseau fait et refait ses tableaux d’étonnante manière. J’ai pu observer la métamorphose radicale et multiple d’un tableau fixé au grand chevalet durant des mois, pendant que des œuvres de moindre surface passaient en moins d’une heure à travers trois ou quatre réorganisations non seulement dans l’harmonie des couleurs mais encore dans l’architecture même de la composition; leur imposant des transformations successives jusqu’à ce que chacun aboutisse, après plusieurs semaines.

Rousseau examine attentivement son modèle ou réfléchit longuement à son sujet avant de prendre le pinceau et de faire son tableau, comme il le sent à l’intérieur de lui-même. En conséquence, les masses colorées dont il fait usage peuvent parfois paraître arbitraires, mais elles n’en constituent pas moins l’essentiel de ce qu’il veut faire connaître d’un personnage ou d’un paysage.

En ce sens, Rousseau serait « impressionniste », précisément parce que la nature et le bon sens restent ses maîtres. 

L’oeil de l’artiste sait interpréter ses modèles et la nature, et faire du pittoresque une valeur proprement esthétique, même s’il s’agit de vues du Vieux Québec ou de maisons rustiques, qu’il interprète à sa façon, se situant fermement entre le passé et le futur.

Lié d’amitié avec le peintre Marc-Aurèle Fortin, les deux amis partagent leurs passions de peindre en plein air. Fortin, exalté  par ce que Rousseau appelle ses expériences picturales, se sent à l’aise en compagnie de Rousseau, lui aussi volontiers explorateur de la palette et aventurier de la technique.

Les deux amis vont souvent peindre ensemble, et quand ils trouvent un sujet comme ils les aiment, ils tombent en arrêt (comme on dirait qu’ils tombent en amour) et se mettent aussitôt à dessiner puis à peindre, en sifflotant, comme si le temps et l’univers entier se trouvaient suspendus.

Autour de l’Art et des couleurs, de la perspective et des harmonies, de la nature et des saisons, il esquisse des croquis tout frais dont des tableaux en germeront, dans quelques jours ou dans quelques années.

Chez Rousseau, ce sera d’abord l’huile et l’aquarelle, plus tard l’acrylique et les polymères, la pâte d’amiante et les résines.

L’artiste est défini comme sérieux, très personnel, original sans excentricité, moderne sans bizarrerie, étonnamment fécond et polivalent. La réputation de Rousseau s’affermit, surtout comme interprète original.

Rousseau décrivait son œuvre comme suit: «Tout sujet a une réalité humaine, que le peintre peut traduire par une transposition des formes et des couleurs, par un jeu plastique se nourrissant de la réalité profonde de son modèle».

Il faut en effet bien voir que les tableaux de Rousseau ne sont pas des reproductions photographiques de ses modèles, copies fidèles des scènes qui l’inspirent.

Dans ses œuvres, les détails architecturaux ou anatomiques sont cavalièrement simplifiés et sténographiés. Les murs de pierre deux ou trois fois centenaires sont tordus ou embrasés, les galbes des toits sont retroussés de façon impertinente, les mains sont escamotées, les visages sont ouverts à toutes sortes d’interventions.

Pour Rousseau, les modèles ne sont pas formes à reproduire, mais plutôt points de départ, tremplins pour l’inspiration.

Rousseau est considéré dans la métropole comme un artiste original. Un chroniqueur a d’ailleurs écrit qu’il « paraît avoir poussé davantage sa couleur et sa manière de contrastes très marqués de lumière et d’ombre, qui donne un aspect voyant à ses toiles, cru même, mais nullement choquant; en effet, on y constate toujours un parfait équilibre dans les teintes et une habile composition de l’ensemble; un métier très simple et presque toujours sans empâtement paraît faire ressortir davantage cet éblouissant coloris, les nuances sont en général délimitées par un gros trait noir; et ce qui est admirable dans ces huiles, c’est la synthèse du paysage, simplifié à la plus extrême limite, le peintre ne retenant que l’essentiel ».

D’une exposition à l’autre, le métier de Rousseau s’affirme et se déploie à mesure que sa réputation grandit, sans que l’artiste renonce pour autant à l’originalité de sa vision.  

Yves Rousseau raconte son père

Rousseau, une personne chaleureuse et généreuse

Mon père était une personne chaleureuse et généreuse qui était habitée par la peinture. Peindre pour lui était une nécessité absolue, un désir insatiable. Pour lui, peindre voulait dire créer à partir de la nature ou de tout autre prétexte, interpréter, expérimenter, trouver de nouvelles façons d’exprimer ses émotions. Il était en marge de tout courant, d’une certaine façon, c’était un peintre indépendant qui avait réussi à s’imposer.

Mon père avait une intensité de vie peu commune. Il voyait grand même s’il était issu d’une famille modeste, aucun défi ne lui paraissait trop formidable comme peut en témoigner son domaine de Saint-Étienne, ses expositions champêtres et son Moulin des Arts.

Il était quelqu’un qui avait confiance en la vie et surtout et avant tout aux gens. C’était sans doute ce qui faisait de lui un si grand rassembleur. Il aimait aussi partager sa passion de peindre avec ses enfants et ses amis, ce n’était certes pas un créateur isolé, bien au contraire.

Mon père est né à Saint-Étienne-de-Lauzon en 1908.  Son père, Omer Rousseau, était un employé des chemins de fer. Très tôt, vers l’âge de 5 ou 6 ans, mon père s’amusait à peindre partout. Chaque surface était pour lui une invitation à peindre. À l’âge de dix-sept ans lorsqu’il exprima le désir d’aller étudier à l’École des Beaux-Arts de Québec, son père trouva que ce n’était pas une bonne préparation pour gagner honorablement sa vie. Sa mère était beaucoup plus tolérante; par contre, c’est surtout sa tante Rose, la sœur de sa mère, qui l’encouragea. Tante Rose qui lui avait enseigné à l’école primaire, avait tout de suite remarqué son talent pour la peinture.

À dix-neuf ans, il s’installe dans un appartement rue Laval, à Québec. C’est là qu’il rencontre ma mère, Olivette Godbout. On ne peut passer sous silence tout le mérite qui revient à ma mère, qui l’a encouragé continuellement depuis ses débuts jusqu’à la fin. Ce fut probablement sa plus grande admiratrice.

Sa carrière débute à son inscription à l’École des Beaux-Arts en 1925. Il avait alors 17 ans. Il étudie jusqu’en 1931, année où il obtient son diplôme. II se déniche alors un emploi dans une maison de photogravures de Québec, ce qui lui permet d’utiliser ses talents de dessinateur.

Malheureusement, en1930, c’est la crise et il perd son emploi. Il doit donc chercher un autre moyen de subvenir aux besoins de sa famille. Il trouvera alors un emploi comme réceptionniste dans un hôtel de Québec, ce qui lui donne suffisamment de temps libre pour peindre.

En 1950, il déménage  à Saint-Étienne pour habiter une maison qu’il a construite de ses propres mains et à laquelle il y ajoute un grand solarium pour disposer d’un espace où il pourra peindre, sans empêcher les enfants d’évoluer à leur guise dans la maison, où ils ne risqueront pas de toucher aux tableaux qui sèchent ni aux tubes de peinture fraîche.

Je crois que l’une des principales raisons de sa réussite est  son légendaire acharnement, du matin au soir. Après son travail à l’hôtel, il peint dès qu’il en a la chance.  En plus, il s’occupe de son jardin et de ses poules. Un acharné vous dis-je, mon père était un véritable amoureux de la nature. Lorsqu’il voyageait, il ne descendait jamais à l’hôtel, il faisait toujours du camping, la nature était pour lui une véritable source d’inspiration. Il disait: «La nature est si belle et inépuisable».

Mon père a connu des années difficiles, mais n’a jamais cessé d’être convaincu de sa mission. En 1947, il peint tableau sur tableau avec un acharnement obstiné, sans réussir toutefois à vendre plus que quelques tableaux. Par manque de matériel, il lui arrive de peindre un tableau par-dessus un autre.

Je me souviens que lorsque j’avais une dizaine d’années, mon père a exposé à Montmagny une trentaine d’œuvres. Après deux jours, il n’avait réussi à vendre qu’un ou deux tableaux. Je trouvais cela bien triste, je me disais à ce moment-là : il y a sans doute des moyens plus faciles de gagner sa vie.

C’est en 1948 que sa carrière commence à prendre vraiment son essor. Il participe alors à un concours de peinture organisé par le Musée des Beaux-Arts de Montréal, « le Salon du printemps ». Sur 1 600 œuvres soumises, Albert Rousseau remporte le prix du Jury avec le portrait de Roland Chenail. Ce portrait est immédiatement acquis par le Musée du Québec en même temps que Rue Saint-Stanislas.

Ce n’est qu’en 1966 qu’il peut laisser son emploi comme réceptionniste à l’hôtel et se consacrer uniquement à sa peinture. Il commence à donner des cours au Centre Monseigneur Marcoux, à l’École normale de l’Université Laval ainsi qu’à plusieurs autres endroits. De plus en plus d’élèves choisissent son atelier de Saint-Étienne de sorte qu’il abandonnera ses cours à l’extérieur pour se consacrer uniquement aux élèves qui viennent à son atelier.

De 1958 à 1972, il voyage beaucoup maintenant qu’il en a un peu plus les moyens. Pendant l’été 1958, il peut enfin réaliser un vieux rêve et partir vers l’ouest, à destination de Vancouver. Comme dans ses voyages à travers le Québec ou aux provinces maritimes, il n’agit pas en touriste mais en peintre. Sa curiosité visuelle toujours en éveil le rend attentif aux qualités plastiques particulières des paysages et autres motifs qui s’offrent à son regard et à sa main; il rapporte de ces voyages des œuvres d’une luminosité remarquable. Il visitera les montagnes Rocheuses, les îles de la Reine-Charlotte, le village Skidegate, Victoria, la Côte du Pacifique et notamment Nanaimo et Parksville. En 1960, il ira aux Territoires du Nord-Ouest de Dawson Creek et Fort Nelson jusqu’à Calgary.

Ces voyages constituent dans sa carrière des évasions stimulantes, des ouvertures sur des perceptions visuelles bien différentes de celles qu’il a connues jusque là. Chaque voyage lui apportera un renouveau pour son œuvre. Il visitera aussi l’Europe; en 1966, il s’envole pour Paris, une visite de Montmartre à Montparnasse en passant par Versailles, plus tard ce sera l’Espagne, de Madrid à Barcelone en passant par Toledo, Cordoue, Séville, Cadix, Malaga, Grenade, Alicante et Valence. Il fera aussi le tour des États- Unis et du Mexique, des Antilles, de la République Dominicaine, du Portugal et j’en passe.

Durant sa carrière, il exposera en 1930 au Salon annuel de la Galerie de Montréal, en 1935 au Salon des Anciens de l’École des Beaux-Arts de Québec, en 1939 au Salon du Printemps de la Galerie des arts de Montréal, en 1940 au Château Frontenac de Québec, en 1942 à la Galerie Municipale de Québec, en 1946 au 63e Salon du Printemps de la Galerie des arts de Montréal, en 1947 à la Galerie Municipale du Palais Montcalm, en 1948 à l’Exposition du Printemps du Musée d’art de Montréal, en 1948 au Salon de peinture de l’École technique de Trois-Rivières, en 1948 au Manège militaire de Montmagny, en 1950 à la Librairie Tranquille de Montréal, en 1950 au Musée du Québec, en 1951 à l’École technique de Trois-Rivières, en 1951 au Musée du Québec, en 1952 à la Librairie Tardivel de Québec, en 1953 à la Chambre de Commerce de Montmagny, en 1953 au Foyer du Palais Montcalm, en1953 à la Chambre de Commerce de Chicoutimi, en 1956 aux Anciens de Laval à Québec, en 1957 au Cercle Universitaire de Québec, en 1960 au Festival de la Peinture du Palais Montcalm, en 1961 au Salon fleuri de Kénogami, en 1962 à l’atelier-école Landryvan de Québec, en 1963 à la Galerie Zanettin, en 1964 à l’Atelier d’arts de l’Académie de Québec, en 1964 à la Galerie Margo Fisher, en 1966 à l’hôtel de ville d’Arvida, en 1967 à l’Exposition Universelle de Montréal, en 1968 à la Galerie des Peintres Canadiens à la Place des Arts de Montréal, en 1970 au Centre Culturel de Verdun, en 1971 au Foyer du Palais Montcalm, en 1972 au 48 High street Gallery de Dayton Ohio, en 1972 à la Galerie d’Artagnan de la Vieille Capitale, en 1973 à la Place Ville-Marie de Montréal, en 1975 à la Galerie Internationale de New York, en 1975 au Centre Culturel de Verdun, en 1976 à l’Atelier d’Arts de Magog, en 1976 à la Galerie Mouffe de Paris, en 1976 au Musée historique de Vaudreuil, en 1976 à la Galerie Vallombreuse de Biarritz, en 1977 à la Galerie du Parc de Trois-Rivières, en 1977 à l’Atelier d’Art de Memphrémagog, en 1979 à la Galerie Clarence Gagnon de Montréal, en plus de tenir, de 1964 à 1980, 16 expositions au Moulin des Arts.

Mon père disait,

« Pour bien vieillir, Il faut continuer à chercher,Courir vers des choses nouvelles,découvrir encore le monde.

L’artiste qui désire bien vieillir ne doit jamais s’arrêter,

Parce que c’est en oeuvrant qu’il en arrive à oublier le temps qui passe,— et que le temps passe en l’oubliant à son tour... »

Conversation en 1980 entre Nicole Blouin et Albert Rousseau[modifier | modifier le code]

Liberté et indépendance

« Liberté et indépendance », tels sont les traits qui caractérisent le mieux la carrière du peintre.

Albert Rousseau n’aime pas que l’on parle d’influence. Tout au plus accepte-t-il celle du professeur comme animateur. Et c’est le rôle que jouent auprès de lui deux de ses professeurs, Lucien Martial et Yvan Nelson. Rousseau croit fondamentalement en la formation académique.

« Quand je rentre à mon atelier à six heures le matin, je peux y travailler toute la journée et j’ai des milliers de portes pour passer, tandis que le peintre qui n’a pas de formation académique travaille toujours avec son intuition. » J’ai fait trois ans d’anatomie, dit Rousseau, et si je ne l’avais pas apprise, je ne saurais pas ce qu’est une « éminence mentonnière » ni une «  fourchette sternale. » Si je les mets à la bonne place, c’est que j’ai appris l’anatomie. Je ne crois pas à l’enseignement, mais je crois à l’atelier animé par un artiste qui peut donner des conseils sans influencer.

À l’École des beaux-arts, on ne faisait pas de paysages, on faisait des esquisses. Il fallait faire de tout, du modelage, de la gravure. On suivait des cours à la journée longue et le soir et le samedi, on assistait à des conférences sur l’histoire de l’art.

Rousseau souligne qu’il a toujours utilisé cette méthode de travail avant d’exécuter un tableau. Il a des cahiers remplis de croquis et de crayons chinois du Vieux-Québec et des paysages puisés à travers tout le Québec.

« Vous ne m’avez jamais vu avec mon chevalet dans la rue. J’ai toujours détesté les choses qui ne suscitaient pas de créativité. »

Albert Rousseau estime qu’il a eu des débuts difficiles. Au Québec, dit-il, quand on avait une toile à acheter en ce temps-là, on l’achetait à Paris. Aujourd’hui, des galeries européennes viennent chercher des œuvres de peintres québécois, parce qu’il y a de la peinture vivante au Québec. De temps en temps, dit Rousseau, j’arrivais à vendre une peinture. Ma première toile 12 x 16 représentait une maison québécoise. Je me rappelle l’avoir vendu dans les années 20 pour 8 $.

Albert Rousseau n’a jamais cédé à la facilité. Bien plus, il a tenté diverses expériences avec différents médiums. C’est ainsi qu’il a fait de la poterie, de l’aquarelle et du pastel tout en poursuivant ses recherches en peinture et en gravure. Tout intéresse Rousseau. « Pour maîtriser un médium, je vais mettre six mois, neuf mois. J’aime lutter un peu avec une toile. Si elle se fait trop facilement ou simplement par intuition, cela me déplaît. »

On ne naît pas peintre, on le devient. Et le peintre Albert Rousseau est de ceux-là. Des premiers dessins qu’il faisait lorsqu’il était adolescent, l’homme a su, à force de patience et d’acharnement, créer un style qui lui est propre. Selon lui, le tableau de chevalet doit être exécuté à main levée. Rousseau croit qu’une surface divisée en proportions harmonieuses, qu’elle soit abstraite ou figurative, n’a pas tellement d’importance pourvu qu’elle soit belle. Et il entend par beauté, l’harmonie des valeurs, la composition et l’originalité. Et les valeurs d’après Rousseau doivent être équilibrées.

Albert Rousseau accorde aussi une grande importance à la couleur. Il ne peut concevoir un tableau qui n’a pas de couleurs. Il ne faut pas se leurrer avec la couleur. La couleur est belle, dit-il, en autant qu’il y a soixante-quinze pour cent de gris dans un tableau. Jamais vous ne pouvez faire vibrer une couleur parmi trente couleurs qui vibrent. Alors pour faire vibrer une couleur, il faut soixante-quinze pour cent de gris pour vingt-cinq pour cent de ton brillant. Autrement, une couleur ne pourra pas chanter. Selon le peintre, il y a une loi des contrastes à respecter. On peut jouer avec les teintes complémentaires, mais il faut d’abord avoir une couleur dominante.

Pour lui, la nature c’est le dictionnaire. Mes coins préférés, dit-il, varient avec l’heure du jour. Et pour fixer ces moments, le peintre a toujours dans sa voiture des crayons, de l’eau avec un peu d’alcool. Faire un croquis prend dix minutes. C’est pourquoi il procède à partir d’une aquarelle avant de peindre un tableau. « Une toile peut être longtemps en marche. Souvent je retouche. En peignant, il se produit un engouement qui paralyse un peu notre esprit critique. Alors il vaut mieux ne pas laisser partir une toile tout de suite, car il faut un certain temps, du recul pour savoir si elle est bonne ou mauvaise. Dans ce domaine comme dans d’autres, il y a des déchets. Moi j’en fais aussi. Il faut recommencer et retoucher. »

Rousseau croit en la peinture d’ici. Il a foi en une peinture régionale qui peut être présentée à l’échelon international. Le peintre a visité plusieurs coins du Québec. Il a aussi fait trois voyages dans l’Ouest canadien, et a également visité les États-Unis et l’Europe.

Le peintre a horreur de mettre trop de présence dans un paysage. « Si je ne peux pas réussir à rendre le paysage intéressant sans y mettre de la présence, je me dis que mon œuvre n’est pas bonne. Dans un paysage, jamais vous ne verrez un petit bonhomme dans la rue. C’est trop de présence. J’ai peur de tomber dans le sentimentalisme. »

Il a toujours manifesté ses préférences à peindre le Québec et ses diverses régions. Avec le peintre Marc-Aurèle Fortin, entre 1945 et 1950, il partagera ce « goût du Québec » en lui prêtant sa maison dans le quartier latin pendant la saison d’été. Le séjour de Fortin se prolongeait quelquefois jusqu’en novembre. Le peintre Rousseau estime que du 15 septembre jusqu’à la fin d’octobre, c’était le plus beau temps pour peindre Québec.

J’aimerais travailler avec d’autres médiums, dit Rousseau. Est-ce que demain on ne peindra pas avec des plastiques? On ne le sait pas. Aujourd’hui, je peins avec de l’acrylique, très peu d’huile. Auparavant, l’acrylique n’avait pas la qualité d’aujourd’hui. On a maintenant de la peinture acrylique qui est beaucoup plus permanente que la peinture à l’huile. Et tout le travail de l’acrylique se fait en quelques heures. Après, ça ne bouge plus.

Albert Rousseau précise qu’il peint pour son plaisir. Le peintre est aussi un entrepreneur à sa manière, un bâtisseur, qui a amené dans son sillage bon nombre d’artistes, peintres, sculpteurs, graveurs et céramistes. En 1970, il se porte acquéreur du moulin Gosselin qu’il appelle « Le Moulin des Arts » et qui est devenu depuis ce temps, un lieu privilégié de rencontres pour les amateurs d’art du Québec. Le Moulin des Arts a accueilli des milliers de visiteurs depuis la première exposition en 1971 avec 80 participants et plus de 100, en 1979.

Albert Rousseau pourrait en 1980 songer à profiter pleinement d’une retraite bien méritée en vaquant à des occupations de sédentaire. Mais ce serait là méconnaître la nature même de l’artiste, du bâtisseur qui cherche encore à découvrir de nouvelles façons de créer.

Albert Rousseau, qui avait déjà été piqué ar la « morsure » des formes et des couleurs dès son jeune âge, ne lâcha pas prise.

Décès[modifier | modifier le code]

Le 18 mars 1982.

Au petit matin,

Albert Rousseau nous quitte

les pieds dans les bottes

comme il le souhaitait.

Il se berce une dernière fois,

ferme les yeux

et pense qu’en cette fin de mars,

les jours commencent à rallonger

et il rêve à cette montagne

de Charlevoix qui l’attend

magnifique de couleurs et d’ombres.

Il ne se réveillera plus.

Jeannine J. Rousseau                                                    

Hommages[modifier | modifier le code]

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