Albert Camus

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Albert Camus
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Albert Camus en 1957
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Voir et modifier les données sur Wikidata (à 46 ans)
VilleblevinVoir et modifier les données sur Wikidata
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Domicile
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Université d'Alger ( - )Voir et modifier les données sur Wikidata
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Simone Hié (d) (de à )
Francine Faure (de à )Voir et modifier les données sur Wikidata
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Catherine Camus (d)
Jean Camus (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Tombe Albert Camus et épouse.jpg
Tombes d'Albert Camus et de Francine Faure, sa deuxième épouse, au cimetière de Lourmarin (France).

Albert Camus, né le à Mondovi (aujourd’hui Dréan), en Algérie, et mort accidentellement le à Villeblevin, est un écrivain, philosophe, romancier, dramaturge, essayiste et nouvelliste français. Il est aussi journaliste militant engagé dans la Résistance française et, proche des courants libertaires, dans les combats moraux de l'après-guerre.

Son œuvre comprend des pièces de théâtre, des romans, des nouvelles, des films, des poèmes et des essais dans lesquels il développe un humanisme fondé sur la prise de conscience de l'absurde de la condition humaine mais aussi sur la révolte comme réponse à l'absurde, révolte qui conduit à l'action et donne un sens au monde et à l'existence. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1957.

Dans le journal Combat, il prend position aussi bien sur la question de l'indépendance de l'Algérie que sur ses rapports avec le Parti communiste algérien, qu'il quitte après un court passage de deux ans. Il proteste successivement contre les inégalités qui frappent les musulmans d'Afrique du Nord, puis contre la caricature du pied-noir exploiteur, ou prenant la défense des Espagnols exilés antifascistes, des victimes du stalinisme et des objecteurs de conscience. En marge de certains courants philosophiques, Camus est d'abord témoin de son temps et ne cesse de lutter contre les idéologies et les abstractions qui détournent de l'humain. Il est ainsi amené à s'opposer à l'existentialisme et au marxisme, sa critique du totalitarisme soviétique lui vaut les anathèmes de communistes et sa rupture avec Jean-Paul Sartre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et enfance[modifier | modifier le code]

Avec son frère aîné Lucien, en costume marin vers 1920.

Lucien Auguste Camus, père d'Albert, est né le à Ouled Fayet dans le département d'Alger, en Algérie. Il descend des premiers arrivants français dans cette colonie annexée à la France en 1834, et départementalisée en 1848. Un arrière-grand-père, Claude Camus, né en 1809, venait du Bordelais, un autre arrière-grand-père, Mathieu Just Cormery, d'Ardèche et sa femme de Veymerange en Lorraine, mais la famille se croit d'origine alsacienne[S 1],[S 2]. Lucien Camus travaille comme caviste dans un domaine viticole dans le hameau de Saint-Paul (aujourd'hui Chebaïta Mokhtar), nommé « le Chapeau du gendarme ». Celui-ci se trouve à 8 km de Mondovi, en langue arabe Dréan, à quelques kilomètres de Bône (Annaba) dans le département de Constantine. Les caves appartiennent à un négociant de vin d'Alger. Lucien épouse le à Alger (acte de mariage no 932) Catherine Hélène Sintès, née à Birkhadem le , dont la famille est originaire de Minorque en Espagne. En 1910, naît à Alger leur fils aîné Lucien Jean Étienne et, le , leur second fils, Albert, nait à Mondovi (aujourd’hui Dréan). Lucien Auguste Camus est mobilisé comme 2e classe dans le 1er régiment de zouaves[1] en . Atteint à la tête par un éclat d'obus qui l'a rendu aveugle, il est évacué sur l'école du Sacré-Cœur, de Saint-Brieuc, transformée en hôpital auxiliaire, et il meurt, moins d'une semaine après, le [S 3], à 28 ans. Orphelins de père pour fait de guerre, les deux frères sont faits pupilles de la Nation[S 4].

De son père, Camus ne connaîtra que quelques photographies et une anecdote significative : son dégoût devant le spectacle d'une exécution capitale.

« Je me suis souvenu dans ces moments d'une histoire que maman me racontait à propos de mon père. Je ne l'avais pas connu. Tout ce que je connaissais de précis sur cet homme, c'était peut-être ce que m'en disait alors maman : il était allé voir exécuter un assassin. Il était malade à l'idée d'y aller. Il l'avait fait cependant et au retour avait vomi une partie de la matinée[2]. »

Sa mère, en partie sourde, ne sait ni lire ni écrire : elle ne comprend un interlocuteur qu'en lisant sur ses lèvres[S 5], n'a qu'un très petit vocabulaire de 400 mots et communique en utilisant une gestuelle propre à sa famille, utilisée également par son frère Étienne[3]. Avant même le départ de son mari à l'armée, elle s'était installée avec ses enfants chez sa mère et ses deux frères (Étienne — sourd, qui travaille comme tonnelier — et Joseph), rue de Lyon à Belcourt, un quartier populaire d'Alger[S 6]. Elle y connaît une brève liaison à laquelle s'oppose son frère Étienne[S 7],[S 5].

Albert Camus est influencé par son oncle, Gustave Acault, chez qui il effectue de longs séjours. Anarchiste, Acault est aussi voltairien. De plus, il fréquente les loges des francs-maçons. Boucher de métier, c'est un homme cultivé. Il aide son neveu à subvenir à ses besoins et lui fournit une bibliothèque riche et éclectique[S 8].

Formation[modifier | modifier le code]

Albert Camus fait ses études à Alger. À l'école communale, il est remarqué alors qu'il n'a que 10 ans, en 1923, par son instituteur, Louis Germain, qui lui donne des leçons gratuites et l'inscrit en 1924 sur la liste des candidats aux bourses[S 9], malgré la défiance de sa grand-mère qui souhaitait qu'il gagnât sa vie au plus tôt. Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, où est mort le père du futur écrivain, Louis Germain lit à ses élèves Les Croix de bois de Roland Dorgelès, dont les extraits émeuvent beaucoup le petit Albert, qui y découvre l'horreur de la guerre[S 10]. Camus gardera une grande reconnaissance à Louis Germain et lui dédiera son discours de prix Nobel[n 1]. Reçu au lycée Bugeaud (désormais lycée Émir Abdelkader), Albert Camus y est demi-pensionnaire. « J'avais honte de ma pauvreté et de ma famille […] Auparavant, tout le monde était comme moi et la pauvreté me paraissait l'air même de ce monde. Au lycée, je connus la comparaison », se souviendra-t-il[S 11],[S 12].

Il commence à cette époque à pratiquer le football et se fait une réputation de gardien de but. Après avoir été reçu à la première partie de son baccalauréat, il entre en classe de philosophie à l'automne 1930[S 4]. Mais en décembre, à la suite d'inquiétants crachements de sang, les médecins diagnostiquent une tuberculose[S 13], et il doit faire un bref séjour à l'hôpital Mustapha. Il évoquera cette expérience dans son premier essai d'écriture, L’Hôpital du quartier pauvre qui remonte vraisemblablement à 1933[S 14]. En 1932 ou 1933, selon Max-Pol Fouchet qui est dans ces années son ami avec Louis Bénisti, Jean de Maisonseul, Claude de Fréminville et Louis Miquel, il écrit également un essai, Beriha ou le rêveur[4] et devient secrétaire de la section algérienne du Mouvement Amsterdam-Pleyel[5]. C'est la fin de sa passion pour le football, et il ne peut plus qu'étudier à temps partiel. Son oncle et sa tante Acault, qui tiennent une boucherie dans la rue Michelet (actuellement rue Didouche-Mourad)[6], l'hébergent ensuite, rue du Languedoc, où il peut disposer d'une chambre. Camus est alors encouragé dans sa vocation d'écrivain par son professeur de philosophie, Jean Grenier[7],[S 15] — qui lui fera découvrir Nietzsche. Il restera toujours fidèle au milieu ouvrier et pauvre qui a été longtemps le sien, et son œuvre accorde une réelle place aux travailleurs et à leurs tourments[S 16]. Il obtiendra son diplôme d’études supérieures en Lettres, section philosophie, en 1936, en présentant un mémoire portant sur les pensées de Plotin et Augustin d'Hippone[S 4],[S 17],[S 18].

Débuts journalistiques et littéraires[modifier | modifier le code]

Stèle à la mémoire d'Albert Camus érigée en 1961 et gravée par Louis Bénisti face au mont Chenoua à Tipasa près d'Alger :

« Je comprends ici ce qu'on appelle gloire : le droit d'aimer sans mesure. »

— extrait de l’essai d’Albert Camus, Noces à Tipasa

En , il épouse Simone Hié (1914-1970), starlette algéroise enlevée à son ami Max-Pol Fouchet[S 19]. Toxicomane, elle le trompe souvent et leur mariage s'effrite rapidement[S 20],[S 21]. En 1935, il adhère au Parti communiste algérien (PCA) sur le conseil de Jean Grenier[S 4]. Le Parti, alors anticolonialiste et tourné vers la défense des opprimés, incarne certaines de ses propres convictions[S 22],[S 23].

La même année, il commence l'écriture de L'Envers et l'Endroit, qui sera publié deux ans plus tard par Edmond Charlot dans la librairie duquel se retrouvent les jeunes écrivains algérois, tel Max-Pol Fouchet. Camus fonde et dirige, sous l'égide du PCA, le « Théâtre du Travail »[S 4], mais la direction du parti infléchit sa ligne en 1936 et donne la primauté à la lutte contre la stratégie de l’assimilation et la souveraineté française[S 24]. Les militants sont alors poursuivis et emprisonnés[S 22]. Camus, qui s’accommode mal du cynisme et de la stratégie idéologique, proteste alors contre ce retournement et est exclu du Parti en 1937[S 24],[S 25]. À la rentrée qui suit cette rupture définitive, ne pouvant se résoudre à un théâtre strictement engagé qui ne porte pas la liberté de l'artiste, il crée, avec les amis qui l'ont suivi, le « Théâtre de l'Équipe », avec l'ambition de faire un théâtre populaire[S 24].

La première pièce jouée est une adaptation de la nouvelle Le Temps du mépris (1935) d'André Malraux, dont les répétitions lui donnent l'occasion de nouer une amitié avec Emmanuel Roblès[8]. Il entre au journal créé par Pascal Pia, Alger Républicain, organe du Front populaire, où il devient rédacteur en chef, puis au journal Le Soir républicain (lorsque la publication d'Alger républicain sera suspendue[S 4]), que Pia et lui lancent en septembre 1939[S 26]. Son enquête Misère de la Kabylie () aura un écho retentissant[S 27]. Invité peu après à une projection privée du film Sierra de Teruel que Malraux avait tiré de son roman L'Espoir, Camus lui dit avoir lu L'Espoir huit fois[9]. Cette période le voit nourrir une riche réflexion sur la liberté de la presse et la déontologie du journalisme, par une pratique quotidienne dans le journal qu'il dirige, Le Soir républicain.

En 1940, le Gouvernement général de l'Algérie interdit le journal Le Soir républicain[S 26]. Cette même année, Camus divorce de Simone Hié pour épouser Francine Faure, sœur de Christiane Faure[10],[11]. Ils s'installent à Paris où il travaille comme secrétaire de rédaction à Paris-Soir sous l'égide de Pascal Pia[S 26]. Il fonde aussi la revue Rivage. Malraux, alors lecteur chez Gallimard, entre en correspondance avec Camus et « se révèle lecteur méticuleux, bienveillant, passionné de L'Étranger[12] » et il en recommande la publication. Le livre paraît le [13], en même temps que l'essai Le Mythe de Sisyphe (1942), dans lequel Camus expose sa philosophie. Selon sa propre classification[S 28], ces œuvres appartiennent au cycle de l'absurde — cycle qu'il complétera par les pièces de théâtre Le Malentendu et Caligula (1944). Il est à noter qu'Albert Camus, venu soigner sa tuberculose dans le village du Chambon-sur-Lignon en 1942-1943, a pu y observer la résistance non violente à l'Holocauste mise en œuvre par la population. Il y écrit Le Malentendu, y trouvant des éléments d'inspiration pour son roman La Peste auquel il travaille sur place[14].

En 1943, il devient lecteur chez Gallimard et prend la direction de Combat lorsque Pascal Pia est appelé à d'autres fonctions dans la Résistance. Le journal se revendique comme la « voix de la France nouvelle » et Camus ne souhaite pas qu'il soit associé à un quelconque parti politique[S 29]. En 1944, il rencontre André Gide et un peu plus tard Jean-Paul Sartre, avec qui il se lie d'amitié[S 30] ; la même année () il anime la première représentation de la pièce de Picasso : Le Désir attrapé par la queue, cette scène est racontée avec humour par Claude Simon dans Le Jardin des plantes. Le , il est le seul intellectuel occidental à dénoncer l'usage de la bombe atomique, deux jours après le bombardement d'Hiroshima, dans un éditorial resté célèbre publié par Combat[S 31].

En 1945, à l'initiative de François Mauriac, il signe une pétition demandant au général de Gaulle la grâce de Robert Brasillach, personnalité intellectuelle connue pour son activité collaborationniste pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1946, Camus se lie d'amitié avec René Char[S 32], poète et résistant français. Il part la même année aux États-Unis et, de retour en France, il publie une série d'articles contre l'expansionnisme soviétique — qui deviendra manifeste en 1948, avec le coup de Prague et l'anathème lancé contre Tito.

En 1947, c'est le succès littéraire avec le roman La Peste, suivi deux ans plus tard, en 1949, par la pièce de théâtre Les Justes.

Engagement politique et littéraire[modifier | modifier le code]

Position contre le communisme[modifier | modifier le code]

Méfiant à l'égard des idéologies, « dès 1945, Camus écartait toute idée de révolution définitive et soulignait les risques de déviation révolutionnaire[S 33]. » En , la publication de L'Homme révolté efface toute ambiguïté sur ses positions à l'égard du régime communiste[S 34]. Selon l'essayiste Denis Salas, Camus reste « un homme de la gauche modérée » qui se positionne à distance de la gauche communiste et de la droite libérale de Raymond Aron[S 35].

Ces positions provoquent de violentes polémiques et Camus est attaqué par ses amis[S 36]. La rupture avec Jean-Paul Sartre a lieu en 1952, après la publication dans Les Temps modernes de l'article de Francis Jeanson qui reproche à la révolte de Camus d'être « délibérément statique »[S 37]. Il rompt également avec le poète algérien Jean Sénac, qu'il traite de « petit égorgeur » en raison de son engagement dans l'insurrection algérienne[15]. En outre, il proteste contre la répression sanglante des révoltes de Berlin-Est () et contre l'intervention soviétique à Budapest (octobre-novembre 1956). Seuls le soutiennent René Char, Louis Guilloux, Jules Roy, Hannah Arendt. Simone de Beauvoir s'inspire de Camus pour l'un des personnages principaux de son roman à clés Les Mandarins. Camus accuse le coup : « les actes douteux de la vie de Sartre me sont généreusement collés sur le dos. »[16].

Il s'engage activement en faveur d'une citoyenneté mondiale[17],[18].

En 1954, Camus s'installe dans son appartement parisien du 4 rue de Chanaleilles[S 38]. Dans le même immeuble et durant la même période, habite René Char.

Il rejoint l'hebdomadaire L'Express en 1955, car il souhaite le retour au pouvoir de Pierre Mendès France afin que celui-ci s'occupe de la situation en Algérie[16].

En 1956, il publie La Chute, livre pessimiste dans lequel il s'en prend à l'existentialisme sans pour autant s'épargner lui-même[S 39].

Un des volumes de Simone Weil publiés posthumes sous la direction d'Albert Camus.

À cette époque, il édite également la publication posthume des œuvres de la philosophe Simone Weil[19]. Camus se considère son « ami posthume », à tel point qu'il garde une photo de Weil sur son bureau[19]. À l'occasion du prix Nobel de littérature, en 1957, lors de la conférence de presse, des journalistes lui demandent quels sont les écrivains vivants qui comptent le plus pour lui. Après avoir nommé quelques auteurs français et algériens, il ajoute : « Et Simone Weil — car il y a des morts qui sont plus proches de nous que bien des vivants. »[20]. Camus fait publier les œuvres de Weil dans la série Espoir, qu'il fonde avec l'éditeur Gallimard ; considérant le message de Weil comme un antidote au nihilisme contemporain[21].

La guerre d'Algérie et le prix Nobel[modifier | modifier le code]

La même année, il lance à Alger L'Appel pour une Trêve Civile, tandis qu'au dehors sont proférées à son encontre des menaces de mort. Son plaidoyer pacifique pour une solution équitable du conflit est alors très mal compris, ce qui lui vaudra de rester méconnu de son vivant par ses compatriotes pieds-noirs en Algérie puis, après l'indépendance, par les Algériens qui lui ont reproché de ne pas avoir milité pour cette indépendance. Haï par les défenseurs du colonialisme français, il sera forcé de partir d'Alger sous protection[S 40].

Le [S 41], le prix Nobel de littérature lui est décerné[22]. Interrogé à Stockholm, par un étudiant originaire d'Algérie[n 2], sur le caractère juste de la lutte pour l'indépendance menée par le FLN en dépit des attentats frappant les civils, il répond, selon Dominique Birman, correspondant du Monde qui assiste à la scène : « J’ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément, dans les rues d’Alger par exemple, et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice[S 42]. » Le traducteur C.G. Bjurström rapporte beaucoup plus tard une version un peu différente : « En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela la justice, je préfère ma mère[23]. »

Souvent déformée en « Entre la justice et ma mère, je choisis ma mère », cette réponse lui sera reprochée[24]. Elle s'insère pourtant de façon cohérente dans l'œuvre de Camus, qui a toujours rejeté l'idée selon laquelle « tous les moyens sont bons » : c’est tout le sujet développé, par exemple, dans Les Justes.

Préférant une formule d'association, Albert Camus a été contre l'indépendance de l'Algérie et a écrit en 1958, dans la dernière de ses Chroniques algériennes que « l'indépendance nationale [de l'Algérie] est une formule purement passionnelle ». Il dénonce tout autant l'injustice faite aux musulmans que la caricature du « pied-noir exploiteur ». Camus souhaite ainsi la fin du système colonial mais avec une Algérie toujours française, proposition qui a pu paraître contradictoire[S 43].

Une partie de la presse littéraire française, de gauche comme de droite, critique ses positions sur la guerre d'Algérie, la simplicité de son style et considère son prix comme un monument funéraire. Cette reconnaissance devient alors un fardeau. Blessé par ses détracteurs, notamment son ancien compagnon de route Pascal Pia, en proie au doute, il écrit désormais peu[S 44].

Parallèlement, il s'engage dans la défense du droit à l'objection de conscience, entre autres, en parrainant le comité créé par Louis Lecoin, aux côtés d'André Breton, Jean Cocteau, Jean Giono et l'abbé Pierre. Ce comité obtient un statut, restreint, en , pour les objecteurs. En revanche, il refuse de s'associer à l'appel de plusieurs écrivains (Jean-Paul Sartre, François Mauriac, André Malraux, Roger Martin du Gard) demandant la levée de l'interdiction du livre La Question consacré à l'usage de la torture en Algérie[S 45].

Sur l'Algérie, il a déclaré :

« J'ai aimé avec passion cette terre où je suis né, j'y ai puisé tout ce que je suis et je n'ai séparé dans mon amitié aucun des hommes qui y vivent…[25] »

Le chèque afférent au Nobel lui permet de s'acheter en 1958 une maison à Lourmarin, village du Luberon dans le Vaucluse. Il retrouve dans cette ancienne magnanerie la lumière et les couleurs de son Algérie natale[S 46].

Les Possédés[modifier | modifier le code]

Camus n'en reste pas moins prêt à se remettre en question : la récompense du Nobel lui sert aussi à financer son ambitieuse adaptation théâtrale des Possédés de Fiodor Dostoïevski, dont il est également le metteur en scène. Représentée, à partir de , au théâtre Antoine, la pièce est un succès critique et un tour de force artistique et technique : trente-trois acteurs, quatre heures de spectacle, sept décors, vingt-quatre tableaux. Les murs se déplacent pour changer la taille de chaque lieu et une énorme plaque centrale tournante permet de rapides changements à vue des décors. C'est au peintre et décorateur de cinéma Mayo, qui a déjà illustré plusieurs de ses ouvrages (L'Étranger - éd. de 1948), que Camus confie la création de ces multiples et complexes décors[26].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Il épouse en premier mariage Simone Hié en 1934 puis, en 1940, en secondes noces[S 47], Francine Faure (1914-1979), mère de ses jumeaux, Catherine et Jean nés en 1945. Selon sa fille, Catherine Camus[27] :

« Je sais seulement qu'elle [Francine Faure] l'a toujours aimé. Et lui [Albert Camus], je pense, aussi. Il y a eu d'autres femmes, et d'autres amours. Mais il ne l'a jamais laissée. […]

Elle, elle m'a dit qu'ils s'étaient toujours aimés, et que cela n'avait jamais été médiocre[S 48]. »

Il a plusieurs liaisons amoureuses, notamment avec Maria Casarès (1922-1996)[S 47], « l'unique », rencontrée en 1944, interprète de ses pièces de théâtre Le Malentendu et Les Justes[28], liaison qui, du fait de son caractère public, aggrava la dépression de Francine[S 49] ; avec une jeune étudiante américaine, Patricia Blake (1925-2010), rencontrée à New York en 1946 ; avec la comédienne Catherine Sellers (1926-2014), choisie pour interpréter une religieuse dans sa pièce Requiem pour une nonne[S 50] ; avec Mi (Mette Ivers née en 1933), une jeune Danoise, artiste peintre, rencontrée en 1957 à la terrasse du Flore alors qu'il se trouvait en compagnie d'Albert Cossery et de Pierre Bénichou[S 51].

Mort[modifier | modifier le code]

Monument en hommage à Albert Camus dans la petite ville de Villeblevin, commune où il est mort d'un accident de voiture le .

Albert Camus fête le jour de l'an de 1960 dans sa maison de Lourmarin avec sa famille et ses amis, Janine et Michel Gallimard, neveu de l'éditeur Gaston Gallimard, et leur fille Anne. Le , son épouse Francine et ses deux enfants repartent pour Paris par le train. Camus, qui devait rentrer avec eux, décide finalement de rester et de rentrer avec ce couple d'amis venus en voiture, une puissante et luxueuse Facel Vega FV3B de 1956[29]. Après avoir fait une halte dans un hôtel pour la nuit à Thoissey, ils repartent le au matin et empruntent la Nationale 6 (trajet de Lyon à Sens) puis la Nationale 5 (trajet de Sens à Paris). Michel Gallimard conduit et Albert Camus se trouve sur le siège passager avant de la voiture, tandis que Janine et Anne sont à l'arrière.

Peu après Pont-sur-Yonne, à Villeblevin[S 52], la voiture roule à 145 km/h[29], dérape sur un sol mouillé, quitte la route et percute un premier platane, rebondit sur un autre et se disloque[30]. La violence du choc est effroyable et des morceaux de la voiture sont éparpillés sur des dizaines de mètres[31]. La montre du tableau de bord est bloquée à 13h55[30] et l'aiguille des vitesses à 145 km/h[32]. La vitesse étant libre à l'époque, les actualités télévisées évoquent une vitesse excessive et l'éclatement d'un pneu[31]. Madame Gallimard est sérieusement blessée aux jambes tandis que sa fille Anne est projetée de l'autre côté de la route, agrippée à son coussin, ce qui lui vaudra d'avoir la vie sauve[31]. Michel Gallimard, quant à lui, souffre de plusieurs fractures du crâne[31] et meurt six jours plus tard à l'hôpital.

Albert Camus meurt sur le coup, le crâne fracturé et le cou brisé, coincé entre le tableau de bord et le dossier de son siège. Il faudra deux heures pour l'extraire de la tôle froissée[31],[29]. Son corps est transporté dans la salle de réunion de la mairie de Villeblevin, transformée en chapelle ardente. Il est étendu sur une civière et recouvert entièrement d'un drap blanc. Le maire du village, M. Chamillard, qui est arrivé sur les lieux peu après le drame, déclare : « Le corps d'Albert Camus n'était pas disloqué, comme on aurait pu s'y attendre après la vision horrible qui s'offrait aux yeux. En fait, il avait simplement un trou derrière la tête et qui saignait. Nous l'avons emmené le plus vite possible, ce qui n'a pas été facile en raison de l'intense circulation. Le parquet arrivait peu après. C'est lui qui a pris l'affaire en main ». Francine Faure, l'épouse de Camus, arrive vers 21h50, accompagnée de sa sœur et de deux amis[33],[34] et le médecin légiste — qui lui aussi se dénomme Albert Camus ![30],[29] — attribuera le décès « à une fracture du crâne, du rachis et à un écrasement du thorax[29]. » Dans la mallette de Camus, retrouvée sur le lieu de l'accident, on découvre le manuscrit inachevé (144 p.) de son dernier roman, Le Premier Homme[30].

Le 5 janvier a lieu la levée de la dépouille pour être transportée au cimetière de Lourmarin où il est inhumé, dans cette région que lui avait fait découvrir son ami, le poète René Char[35].

L'écrivain René Étiemble, ami de Camus, déclara : « J'ai longtemps enquêté et j'avais les preuves que cette Facel Vega était un cercueil. J'ai cherché en vain un journal qui veuille publier mon article…[S 53] »

Polémique sur la cause de l'accident[modifier | modifier le code]

En 2011, dans le Corriere della Sera, l'universitaire italien Giovanni Catelli affirme, s'alignant en cela sur une révélation du journal posthume du poète tchèque Jan Zábrana, Toute une vie[S 54],[36], que Camus aurait été assassiné par le KGB[S 55] sur ordre du ministre soviétique des affaires étrangères Dmitri Chepilov. Le pneu qui explosa aurait été saboté avec un outil qui l’aurait finalement percé lorsque la voiture roulait à grande vitesse[S 56] :

« J’ai entendu quelque chose de très étrange de la bouche d’un homme qui sait beaucoup de choses et a des sources bien informées. Selon lui, l’accident qui a coûté la vie à Albert Camus en 1960 a été organisé par l’espionnage soviétique. Ils ont endommagé un pneu de la voiture grâce à un appareil sophistiqué qui a coupé ou troué la roue avec la vitesse. L’ordre a été donné personnellement par le ministre Shepilov en réaction à un article publié dans Franc-tireur en mars 1957, dans lequel Camus attaquait le ministre, en le nommant explicitement sur les évènements de Hongrie...[37] »

— Jan Zabrana

Camus avait en effet violemment reproché à cet homme, dans un article publié dans le journal Franc-Tireurs de [S 57] et au cours d'un meeting de soutien aux Hongrois[38], la répression de l'insurrection de Budapest et dénoncé fermement les « massacres de Shepilov », le nommant de façon explicite[S 54]. Selon Giovanni Catelli, le ministre russe ne l'aurait pas supporté, mais ce qui aurait véritablement suscité l'attentat aurait été la prochaine visite à Paris, en mars 1960, de Khrouchtchev, alors premier secrétaire du Parti communiste de l'Union soviétique et président du conseil des ministres : les gouvernements soviétique et français désiraient en effet se rapprocher, et « on peut imaginer les diatribes qu’Albert Camus aurait lancées contre Khrouchtchev, et l’emballement médiatique qu’il aurait suscité en ruinant l’image des soviétiques auprès de l’opinion publique, jusqu’à mettre en danger l’entente entre les deux pays. C’était inadmissible pour les dirigeants en place. Je crois que c’est pour éviter un tel fiasco qu’on a pris la décision d’éliminer Camus[S 55]. »

Le KGB aurait alors sous-traité son élimination par les services secrets tchèques qui auraient même obtenu le soutien du pouvoir français de l'époque[38].

Cette hypothèse d'un assassinat politique[S 58], longuement développée dans l'ouvrage de Catelli, La Mort de Camus[39], et considérée par beaucoup comme peu réaliste, est aujourd'hui presqu'unanimement rejetée[S 56], excepté par l'écrivain Paul Auster[S 59]. Michel Onfray, philosophe français, ne croit pas non plus à cette version. Peu avant la publication de sa biographie de Camus — L'Ordre libertaire —, il déclarait : « Je ne crois pas cela plausible, le KGB avait les moyens d’en finir autrement avec Albert Camus. [...] Ce jour-là, Camus devait en fait rentrer par le train. Il avait même son billet, et c’est au dernier moment qu’il a décidé de rentrer avec Michel Gallimard. D’ailleurs, la voiture était celle de Gallimard. [...] Que les Soviétiques aient eu envie d’en finir avec lui, c’est sûr, mais pas comme ça[40]. »

À quoi Catelli lui répondra, dans L'Express : « Bien sûr, il avait projeté à l'avance de rentrer par le train, avec René Char : mais dans les jours précédant le départ, Camus et les Gallimard avaient manifesté à beaucoup de personnes de leur cercle leur décision de rentrer en voiture ensemble. Ces propos avaient été communiqués par téléphone, lettre et conversations: l'éditeur Fayard avait déconseillé Gallimard de partir en voiture. Quelqu'un contrôlant Camus et les Gallimard aurait pu facilement connaître leur propos. Si vous [Michel Onfray] pouviez lire le document complet, on parle clairement du fait que les espions ont dû attendre presque trois ans l'occasion d'agir. Je serais heureux de discuter avec vous sur ce thème, et je pense que ce sera peut-être la dernière occasion pour rétablir la vérité, avant que la vague du temps n'efface les dernières preuves. On le doit à la mémoire d'Albert Camus.[41] »

Postérité[modifier | modifier le code]

Depuis le , les archives de l'auteur sont déposées à la bibliothèque Méjanes (Aix-en-Provence), dont le Centre de documentation Albert Camus assure la gestion et la valorisation.

Le , le quotidien Le Monde affirme que le président Nicolas Sarkozy envisage de faire transférer les restes d'Albert Camus au Panthéon[42]. Dès le lendemain, son fils, Jean Camus, s'oppose à ce transfert, jugeant celui-ci en contradiction avec la pensée de son père[43]. Sa fille, Catherine Camus, s'y montre tout d'abord extrêmement favorable après un premier entretien avec Nicolas Sarkozy, puis se réfugie dans le silence après la polémique suscitée par cette affaire[44].

Philosophie[modifier | modifier le code]

Camus est notamment reconnu pour sa « lucidité » et son « exigence de vérité et de justice »[S 60], ce qui l'amène à s'opposer à Sartre et à se brouiller avec d'anciens amis.

D'après Herbert R. Lottman, Camus n'appartient à aucune famille politique déterminée, bien qu'il ait été adhérent au Parti communiste algérien pendant deux ans. Il proteste successivement contre les inégalités qui frappent les musulmans d'Afrique du Nord, puis contre la caricature du pied-noir exploiteur. Il va au secours des Espagnols exilés antifascistes, des victimes du stalinisme, des objecteurs de conscience[S 61].

Camus ne croit pas en Dieu, mais ne se considère pas athée[S 62]. Le philosophe Arnaud Corbic mentionne néanmoins l'« humanisme athée » de Camus, qui a décidé d'aborder « une manière de concevoir le monde sans Dieu » (à travers son cycle de l'absurde), « une manière d'y vivre » (le cycle de la révolte) et « une manière de s'y comporter » (thème de l'amour)[S 63].

Le cycle de l’absurde[modifier | modifier le code]

L’absurde est le sentiment de lassitude, voire d’écœurement, éprouvé par l'homme qui prend conscience que son existence tourne autour d'actes répétitifs et privés de sens[S 64]. La certitude de la mort ne fait que renforcer, selon Camus, le sentiment d'inutilité de toute existence[S 64].

Arnaud Corbic introduit l'absurde camusien ainsi : « Congédiant tout espoir et récusant toute attitude d’évasion [Camus refusant le refuge par la croyance], l’être humain se doit de faire face à l’absurde. Car c’est dans cette confrontation décidée et incessante avec l’absurde que l’homme se découvre révolté, et c’est dans la prise de conscience de l’absurde (qui s’accompagne de révolte contre celui-ci) que l’homme advient à lui-même et affirme sa dignité »[S 63].

Camus a souhaité traiter l'idée générale de l'absurde (ou de la « négation ») sur trois supports et tons différents : le roman (avec L'Étranger), le théâtre (avec Caligula et Le Malentendu) et l'essai (avec Le Mythe de Sisyphe)[S 65],[S 63].

Selon la psychanalyste Marie Jejcic, L'Étranger s'inscrit, avec Le Mythe de Sisyphe et Caligula, dans un triptyque sur l'absurde, cherchant à faire référence à la mort et à la « décliner sous toutes ses formes »[S 66].

Le cycle de la révolte[modifier | modifier le code]

Camus souhaitait exprimer la révolte (ou le « positif ») à travers ces trois mêmes formes et supports, qui sont le roman (avec La Peste), le théâtre (avec L'État de siège et Les Justes) et l'essai (avec L'Homme révolté)[S 63].

Il écrit : « L'une des seules positions philosophiques cohérentes, c'est ainsi la révolte[45] ». La révolte est donc la manière de vivre l'absurde, connaître notre destin fatal et néanmoins l'affronter. C'est l'intelligence aux prises avec le « silence déraisonnable du monde » ; le condamné à mort qui refuse le suicide.

La révolte, c'est aussi s'offrir un énorme champ de possibilités d'actions, car si l'homme absurde se prive d'une vie éternelle, il se libère des contraintes imposées par un improbable futur et y gagne en liberté d'action.

Bien que Camus réfute les religions parce que « on n'y trouve aucune problématique réelle, toutes les réponses étant données en une fois[46] », et qu'il n'accorde aucune importance à l'avenir : « il n'y a pas de lendemain »[45], sa révolte n'en est pas pour autant amorale. « La solidarité des hommes se fonde sur le mouvement de révolte et celui-ci, à son tour, ne trouve de justification que dans cette complicité[46] ». Tout n'est pas permis dans la révolte, la pensée de Camus est humaniste, les hommes se révoltent contre la mort, contre l'injustice et tentent de « se retrouver dans la seule valeur qui puisse les sauver du nihilisme, la longue complicité des hommes aux prises avec leur destin[46] ». À la fin de La Peste, il fait dire au héros principal, le docteur Rieux, qu'il a rédigé cette chronique « pour dire simplement ce qu'on apprend au milieu des fléaux, qu'il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser »[47].

Camus pose à la révolte de l'homme une condition : sa propre limite. La révolte de Camus ne se fait pas contre tous et contre tout. Il posa alors : « La fin justifie les moyens ? Cela est possible. Mais qui justifie la fin ? À cette question, que la pensée historique laisse pendante, la révolte répond : les moyens[46] ».

Entre journalisme et engagement[modifier | modifier le code]

Meeting pour la libération des prisonniers et internés politiques de Madagascar, du Maroc, de Tunisie, d’Algérie et d’Afrique Noire, en présence d'Albert Camus, 24 juin 1954.

Roger Quilliot appelle ce volet de la vie de Camus La plume et l'épée, plume qui lui a servi d'épée symbolique mais sans exclure les actions qu'il mena tout au long de sa vie (voir par exemple le chapitre suivant). Camus clame dans Lettres à un ami allemand son amour de la vie : « Vous acceptez légèrement de désespérer et je n'y ai jamais consenti » confessant « un goût violent de la justice qui me paraissait aussi peu raisonné que la plus soudaine des passions. » Il n'a pas attendu la Résistance pour s'engager. Il vient du prolétariat et le revendiquera toujours, n'en déplaise à Sartre[n 3]; la première pièce qu'il joue au Théâtre du Travail, Révolte dans les Asturies, évoque déjà la lutte des classes[n 4].

Il va enchaîner avec l'adhésion au Parti communiste et son célèbre reportage sur la misère en Kabylie paru dans Alger républicain, titre fondé par la gauche algéroise, en 1938, mêlant européens comme Pascal Pia et Pierre Faure et personnalités algériennes telle Mohand Saîd Lechani[n 5]. Il y dénonce « la logique abjecte qui veut qu'un homme soit sans forces parce qu'il n'a pas de quoi manger et qu'on le paye moins parce qu'il est sans forces. » Les pressions qu'il subit alors vont l'obliger à quitter l'Algérie mais la guerre et la maladie vont le rattraper. Malgré cela, il va se lancer dans la Résistance[48],[S 67],[49].

Bien qu'il écrive dans Combat et lutte pour des causes auxquelles il croit, Camus éprouve une certaine lassitude[50]. Ce qu'il veut, c'est pouvoir concilier justice et liberté, lutter contre toutes les formes de violence[51], défendre la paix et la coexistence pacifique, dénoncer tout au long de sa vie la peine de mort, combattre à sa façon pour résister, contester, dénoncer[52].

En 2013, les éditions Indigène réunissent ses « écrits libertaires » publiés dans Le Monde libertaire, La Révolution prolétarienne, Solidaridad Obrera, etc. Un recueil que sa fille, Catherine Camus, défend comme « essentiel »[S 68].

Albert Camus et l'Espagne[modifier | modifier le code]

Révolte dans les Asturies, essai de création collective, sans nom d'auteur, 1936, pièce interdite par la municipalité d'Alger.

Les origines espagnoles de Camus s'inscrivent aussi bien dans son œuvre, des Carnets à Révolte dans les Asturies ou L’État de siège, par exemple, que dans ses adaptations de La Dévotion à la Croix (Calderon de la Barca) ou Le Chevalier d'Olmedo (Lope de Vega)[S 69].

Comme journaliste, ses prises de position, sa lutte permanente contre le franquisme, se retrouvent dans de nombreux articles depuis Alger républicain en 1938, des journaux comme Combat bien sûr mais aussi d'autres moins connus, Preuves ou Témoins, où il défend ses convictions, affirme sa volonté d'engagement envers une Espagne libérée du joug franquiste[S 70]. Il écrira : « Amis espagnols, nous sommes en partie du même sang et j'ai envers votre patrie, sa littérature et son peuple, sa tradition, une dette qui ne s'éteindra pas. »[53]. En 1952, il décide de rompre tout lien avec l'Unesco afin de protester contre l'admission par l'ONU de l'Espagne franquiste[54],[55],[56].

Postérité intellectuelle[modifier | modifier le code]

Selon Bertrand Poirot-Delpech, les essais sur son œuvre ont abondé juste après sa mort, tandis qu'on rendait très peu compte de sa vie. Les premières biographies ne sont apparues que dix-huit ans après sa mort. Parmi celles-ci, la plus impressionnante est celle de Herbert R. Lottman[57], un journaliste américain observateur de la littérature européenne pour The New York Times et le Publishers Weekly[58].

Selon Olivier Todd, ses qualités principales sont la lucidité et l'honnêteté[S 71].

Sa célèbre condamnation du principe des attentats frappant des civils, formulée lors de la remise de son prix Nobel en 1957 à Stockholm[S 42], demeure un jalon pour le XXIe siècle.

Sa critique du productivisme et du mythe du progrès, l'importance qu'il donne à la limite et à la mesure et sa recherche d'un nouveau rapport à la nature ont permis aux partisans de la décroissance de le classer parmi les précurseurs de ce courant[S 72].

Lettres d’Albert Camus, une œuvre originale[modifier | modifier le code]

La fille d’Albert Camus (Catherine) a obtenu la condamnation d’une société de vente aux enchères qui a reproduit sur internet, ainsi que dans son catalogue, une série de lettres inédites rédigées par son père, au mépris du droit de divulgation qui appartient à l'auteur ou à ses ayants droit. Ces lettres ont été qualifiées d’œuvres originales éligibles à la protection par le droit d’auteur[59],[S 73].

Longtemps après avoir refusé de publier des lettres d'amour de son père (« Ces lettres sont des documents très intimes. »[S 74]) Catherine Camus autorise la parution de celles échangées avec Maria Casarès, sous le titre Correspondance 1944-1959 dont elle signe l'avant-propos et qui sort en librairie le .

Reconnaissance institutionnelle[modifier | modifier le code]

En 2015, Camus est le 23e personnage le plus célébré au fronton des 67 000 établissements publics français : 175 écoles, collèges et lycées portent son nom[60].

Depuis 2018, un lycée du Caire porte le nom d'Albert Camus.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Préfaces[modifier | modifier le code]

Divers[modifier | modifier le code]

  • « Métaphysique chrétienne et Néoplatonisme », mémoire de fin d'études, 1936
  • « Le témoin de la liberté », Albert Camus, allocution publiée in revue La Gauche,
  • La Dernière Fleur, de James Thurber, traduction d'Albert Camus, Paris, Gallimard, 1952
  • Désert vivant, album de Walt Disney contenant un texte d'Albert Camus, Paris, Société française du livre, 1954
  • Pluies de New York, impression de voyage, Paris, Gallimard, 1965
  • « Discours de Suède », Paris, Gallimard, 1958 ; réédition, Paris, Gallimard, 1997 (ISBN 2-07-040121-9) Réunit le discours du 10 décembre 1957 prononcé à Stockholm et la conférence du 14 décembre 1957 « L'artiste et son temps » prononcée à l'Université d'Uppsala.
  • Albert Camus, écrits libertaires (1948-1960) rassemblés et présentés par Lou Marin, Indigène éditions, 2013 (ISBN 979-10-90354-37-1)

Parutions posthumes[modifier | modifier le code]

  • Le Premier Homme, roman autobiographique inachevé d'Albert Camus, publié par sa fille en 1994 aux éditions Gallimard.
  • La Postérité du soleil, photographies de Henriette Grindat. Itinéraires par René Char, Genève, Edwin Engelberts, 1965, ASIN B0014Y17RG; rééditions : Vevey, L'Aire, 1986 ; Paris, Gallimard, 2009.
  • Carnets I, -, Paris, Gallimard, 1962.
  • Carnets II, -, Paris, Gallimard, 1964.
  • Carnets III, -, Paris, Gallimard, 1989.
  • Journaux de voyage, texte établi, présenté et annoté par Roger Quilliot, Paris, Gallimard, 1978.
  • Les Cahiers Albert Camus, Paris, Gallimard, coll. « Blanche » et « Folio » pour tomes I et VII.
  • Les Quatre Commandements du journaliste libre, manifeste censuré en 1939, publié pour la première fois par le quotidien Le Monde le , après avoir été retrouvé par Macha Séry aux Archives d'Outre-mer à Aix-en-Provence.
  • L'Impromptu des philosophes (1947), pièce en un acte signée du pseudonyme d’Antoine Bailly (publiée dans Albert Camus, Œuvres complètes : Tome II (1944 - 1948), Gallimard, , 1390 p. (ISBN 9782070117031)).
  • Le Soir républicain, , Éditions La guêpine, 2017, texte dans lequel l'auteur définit les règles d'un journalisme indépendant, (ISBN 978-2-9544894-6-9).
  • D’un intellectuel résistant[61], , publié en annexe de l’ouvrage de Vincent Duclert, Camus, des pays de liberté, Stock, 2020 (ISBN 978-2234086425).

Correspondances[modifier | modifier le code]

Adaptations théâtrales[modifier | modifier le code]

Albert Camus adapta différentes pièces de théâtre étrangères.

En 1975, le régisseur et acteur Nicou Nitai a traduit et adapté pour un one man show La Chute qui a été jouée sur les scènes du Théâtre de la Simta et Théâtre Karov à Tel Aviv, plus de 3 000 fois.

Adaptations de ses œuvres[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

En musique[modifier | modifier le code]

  • Killing an Arab par le groupe The Cure : l'interprète et compositeur Robert Smith, a déclaré que la chanson est une courte tentative poétique de résumer des moments clés du roman L'Étranger d'Albert Camus. Les paroles relatent le meurtre d'un Arabe sur une plage alors que le narrateur (et auteur du crime) est aveuglé par le soleil et le couteau que brandit son opposant.
  • Le groupe Tuxedomoon s'inspire de L'Étranger pour écrire la chanson Stranger en 1979.
  • The Fall, groupe de post-punk britannique, se baptise ainsi d'après le roman La Chute d'Albert Camus que le bassiste Tony Friel lisait au moment de la création du groupe en 1976.
  • Créée en 2008 et en tournée jusqu'en 2014, la performance musicale Albert Camus lit l’Étranger Remix (Hélice Productions), conçue par Pierre de Mûelenaere, avec Pierre de Mûelenaere et Orchid Bite Visuals. Le spectacle reprend les enregistrements originaux de Camus lisant des extraits de ce roman en 1954, mixés en direct avec des musiques électroniques, et illustrés par des images sur écran géant. Cette performance a été jouée dans sept pays[65].
  • Dans l'album Acid Mist Tomorrow du groupe de métal français Hypno5e, des extraits audio de L'Étranger sont incorporés à certaines chansons.
  • La chanson S'il suffisait d'aimer interprétée par Céline Dion et écrite par Jean-Jacques Goldman est inspirée d'une phrase d’Albert Camus : S'il suffisait d'aimer, les choses seraient trop simples[66].

En bandes dessinées[modifier | modifier le code]

Inspiration littéraire[modifier | modifier le code]

L'Étranger inspire Kamel Daoud avec son roman Meursault, contre-enquête (éditions Barzakh, 2013 ; Actes Sud, 2014), proposant le point de vue du frère de « l'Arabe », tué par Meursault. Selon son premier éditeur, Kamel Daoud « confond délibérément Meursault et Camus. […] Par endroits, il détourne subtilement des passages de L’Étranger. »[67]. L'ouvrage obtient en 2014 le prix François-Mauriac, et le prix des cinq continents de la francophonie[68]. L'année suivante, il remporte le prix Goncourt du premier roman 2015.

En est publié aux éditions Allary le roman La Joie, de Charles Pépin, où l'auteur et « philosophe emprunte à Albert Camus, puisqu'il s'inspire du célèbre récit du Prix Nobel de littérature L'Étranger. C'est la même histoire, mais Pépin l'a inscrite dans les années 2000 »[69], pour la critique du journal Le Figaro. Celle du magazine L'Express le mentionne également : « Charles Pépin publie La Joie, un roman dont le héros rappelle le Meursault de Camus. »[70]

Hommages[modifier | modifier le code]

La Poste française a émis un timbre à son effigie le [71].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Camus, apprenant que le prix Nobel de littérature lui avait été décerné, écrira le 19 novembre 1957 à Louis Germain :

    « J'ai laissé s'éteindre un peu le bruit qui m'a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n'ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j'en ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j'étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d'honneur. Mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l'âge, n'a pas cessé d'être votre reconnaissant élève. Je vous embrasse de toutes mes forces. »

    — UNESCO, Rapport mondial sur l’éducation, 1998, p. 94

  2. Saïd Kessal ne connaissait pas alors l'œuvre de Camus. Plus tard, bouleversé par la lecture des livres de Camus, il avait souhaité le rencontrer : « Je suis allé voir Jules Roy, qui m’a dit qu’il venait de se tuer en voiture. Alors, je suis descendu à Lourmarin et j’ai déposé des fleurs sur sa tombe ». (Bernard Pivot, « Albert Camus et l'Algérien de Stockholm », sur jdd.fr, (consulté le )
  3. Sartre lui a reproché dans Les Lettres françaises, de « s'être embourgeoisé ».
  4. La pièce sera d'ailleurs interdite par le gouvernement général de l'Algérie.
  5. En particulier, les articles intitulés Le Grèce en haillons, Un peuple qui vit d'herbes et de racines ou Des salaires insultants.
  6. Contient les chapitres suivants : Alger Républicain (III), Combat pour la justice (IV), Combat pour l'Espagne Républicaine (V), Combat pour la vraie paix (VI), De la politique à la polémique (VII), Pour une éthique du journalisme (VIII).

Références[modifier | modifier le code]

Sources primaires

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  2. Albert Camus, L'Étranger, Collection Folio, Gallimard, p. 167-168.
  3. AFP, « L'oeuvre d'Albert Camus influencée par son enfance aux côtés de sourds », L'Express.
  4. Il semble à Max-Pol Fouchet que « le texte a été publié dans une revue dont nous nous occupions, dirigé par un de nos condisciples, Robert Pfister, et qui s'appelait Sud ». Max-Pol Fouchet reproduit la réponse de Camus à la critique qu'il lui avait adressée (Max-Pol Fouchet, Un jour, je m'en souviens, Mercure de France, Paris, 1968, pages 27-30)
  5. Max-Pol Fouchet, Un jour, je m'en souviens, Mercure de France, Paris, 1968, pages 15-16
  6. Max-Pol Fouchet trace les portraits de M. Acault, qui lui donne son neveu en exemple, et de sa femme dans Un jour, Je m’en souviens, Mémoire parlée, Mercure de France, Paris, 1968, p. 12-13.
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  12. Olivier Todd, André Malraux. Une vie, Gallimard, (ASIN B00U52950Y), p. 312.
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  50. « Pour un temps encore inconnu, l'histoire est faite par des puissances de police et des puissances d'argent contre l'intérêt des peuples et la vérité des hommes. » (Actuelles page 235).
  51. « Jusqu'à nouvel ordre, résistant inconditionnel, et à toutes les folies qu'on nous propose. » (Défense de l'homme, juillet 1949).
  52. « Le monde étant ce qu'il est, nous y sommes engagés quoi que nous en ayons. » (Ni victimes ni bourreaux)
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Sources secondaires

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Infographie & dossier[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Ouvrages[modifier | modifier le code]

Camus et les libertaires[modifier | modifier le code]

Articles et conférences[modifier | modifier le code]

  • Heiner Wittmann, « Camus et Sartre : deux littéraires-philosophes », conférence présentée lors d’une Journée d’études à la Maison Henri Heine sur la littérature et la morale,
  • Arno Münster, « La révolte contre la révolution », conférence présentée à la Bibliothèque Louis-Nucéra, Nice, le
  • Guy Dumur, « Les silences d'Albert Camus », Médecine française, 1948
  • Francis Jeanson, « Albert Camus ou l'âme révoltée », Les Temps modernes, 1952
  • Jean Négroni, « Albert Camus et le théâtre de l'Équipe », Revue d'histoire du théâtre, 1960
  • Pierre Nguyen-Van-Huy, « La métaphysique du bonheur chez Albert Camus », Neuchâtel, La Baconnière, 1962
  • Bernard Pingaud, « La voix de Camus », La Quinzaine littéraire, 1971
  • Paul Demont, « Le journal de Philippe Stephan dans la première version de La Peste d'Albert Camus. Note sur une édition récente », Revue d'Histoire littéraire de la France, 109 (3), 2009, p. 719-724
  • Mustapha Harzoune, « Michel Onfray, L’Ordre libertaire. La vie philosophique d’Albert Camus », Hommes et migrations, no 1295, 2012
  • Hubert Prolongeau, « Libertaire, j'écris ton nom », Marianne,
  • [Marcolini, 2017] Patrick Marcolini, « Albert Camus », dans Cédric Biagini, David Murray et Pierre Thiesset (coordination), Aux origines de la décroissance : Cinquante penseurs, L'Échappée - Le Pas de côté - Écosociété, , 312 p. (ISBN 978-23730901-7-8), p. 38-43 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Youness Bousena, « Camus, penseur du tragique », L'inactuelle,

Documents et témoignages[modifier | modifier le code]

  • L’Ordre libertaire, la vie philosophique d’Albert Camus, de Michel Onfray, Flammarion, 596 pages, 2012
  • Camus et Sartre, Amitié et combat, Aronson Ronald, éditions Alvik, 2005
  • Albert Camus et l'Espagne, Édisud,
  • Pierre Zima, L'Indifférence romanesque : Sartre, Moravia, Camus, éditions L'Harmattan,
  • Albert Camus et les écritures algériennes. Quelles traces ?, Édisud, 2004
  • Albert Camus et les écritures du XXe siècle, Collectif, Artois Presse Université, 2003 (Colloque de Cergy 2002)
  • Audisio, Camus, Roblès, frères de Soleil, Collectif, Édisud, 2003
  • En commune présence : Albert Camus et René Char, Collectif, édition Folle Avoine, 2003
  • Écriture autobiographique et Carnets : Albert Camus, Jean Grenier, Louis Guilloux, Collectif, édition Folle Avoine, 2003
  • Jacqueline Lévi-Valensi, Camus à Combat, Cahiers Albert Camus no 8, Gallimard, 2002
  • Emmanuel Roblès, Camus, frère de soleil, éditions Le Seuil, 1995
  • Histoire d'un livre : l'Étranger d'Albert Camus, Collectif, éditions Imec, 1991
  • Albert Camus, 1913-1960, Le premier homme a cinquante ans, revue Approches, Centre de Documentation et de Recherche, 2010, Reed 2013 (Guy Samama, Jean Daniel, Jean-Yves Guérin, Jean-François Mattéi, André Abbou, Jean-Jacques Gonzales, Daniel Lindenberg, Denis Salas, Jean-François Bossy)
  • Albert Camus (1913-1960). La révolte et la liberté, hors-série Le Monde, collection « Une vie, une œuvre », , 122 p.
    Réédition et actualisation pour le centenaire de sa naissance du volume de cette collection publié à l'occasion du 50e anniversaire de sa mort.

Reportages, films, documentaires[modifier | modifier le code]

Émissions radiophoniques[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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