Albe la Longue

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Albe la Longue
Alba Longa
Albe la Longue
Thermes romains antiques
Localisation
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Région italienne Latium
Coordonnées 41° 44′ 49″ nord, 12° 39′ 01″ est

Géolocalisation sur la carte : Italie

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Albe la Longue

Géolocalisation sur la carte : Latium

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Albe la Longue
Histoire
Fondation XIIe siècle av. J.-C.
Destruction 673 av. J.-C.

Albe la Longue (parfois écrit Albalonga dans les sources italiennes) est une ancienne ville du Latium[1] en Italie centrale, à 19 km au sud-est de Rome[2], dans les monts Albains. Fondateur et chef de la Ligue latine, elle est détruite par Rome vers le milieu du VIIe siècle av. J.-C. et ses habitants sont forcés de s’installer à Rome.

Dans la mythologie romaine, Romulus et Rémus, les fondateurs de Rome, sont issus de la dynastie royale d'Albe la Longue, qui, dans l'Enéide de Virgile, descendent de la lignée d’Énée, fils de Vénus.

Toponymie[modifier | modifier le code]

« Albe » signifie « blanc », il est donc possible de traduire le nom grec de la ville par « longue ville blanche ».

Localisation[modifier | modifier le code]

Castel Gandolfo sur une longue crête ensoleillée surplombant le lac d'Albano, le site le plus probable de l'ancienne Albe la Longue.

Le point de départ est l’histoire de la fondation chez Denys d'Halicarnasse qui parle d’un site entre Monte Cavo et le Lac d'Albano[3]. La localisation de la cité latine antique a fait l’objet de nombreux débats depuis le XVIe siècle, à savoir[4] :

Il est établi que c’est à Castel Gandolfo que se trouve la villa de Domitien, dont des sources antiques affirment qu’elle occupe l’emplacement de la citadelle d’Albe[5].

Archéologie[modifier | modifier le code]

Tite-Live dit à propos d'Albe la Longue qu'elle est fondée par Ascagne pour diminuer la population à Lavinium. Il la place au pied des monts Albains et déclare que l'étendue de la ville le long d'une crête lui aurait donné son nom[6]. Denys d'Halicarnasse raconte la même histoire, mais ajoute qu'Ascagne, à la suite d'un oracle donné à son père, recueille également d'autres populations latines.

Les données archéologiques montrent l'existence d'une série de villages à l'âge du fer, chacune avec sa nécropole, le long de la rive sud-ouest du lac d'Albano. Au moment de leur destruction par Rome, ces villages devaient encore être dans une phase pré-urbaine, en commençant à se regrouper autour d'un centre qui pourrait bien être Castel Gandolfo, dont la nécropole beaucoup plus grande suggère une ville plus grande.

Plus tard, durant la période républicaine, le territoire d’Albe (l’Ager Albanus) voit la construction de nombreuses villas résidentielles, qui sont mentionnées dans la littérature antique et dont des vestiges sont toujours visibles.

Histoire légendaire[modifier | modifier le code]

Mythe de fondation[modifier | modifier le code]

Selon la légende romaine[7], après la chute de Troie en 1184 av. J.-C.[8], Énée dirige un groupe de Troyens survivants à travers la Méditerranée vers la Sicile, Carthage et finalement l'Italie. En débarquant en Italie, il est accueilli par Latinus, roi des premiers Latins. Énée se marie bientôt avec la fille du roi Latinus, Lavinia, et fonde la ville de Lavinium en son nom. Latinus meurt à la guerre, faisant d'Énée le nouveau roi des Latins et de son fils Ascagne (également appelé Iulus) son successeur.

Quelques années plus tard, Énée est tué au combat, comme Latinus auparavant, et Ascagne devient à son tour roi des Latins. Ascagne aurait bâti Alba la Longue comme sa capitale sur les pentes des monts Albains, en y réinstallant six cents familles issues de Lavinium[9],[10] en 1151 av. J.-C., trente ans seulement après la fondation de Lavinium[6],[3].

Ligue latine[modifier | modifier le code]

Villes potentiellement membres de la ligue latine en jaune.
Article détaillé : Ligue latine.

Albe la Longue est la principale ville d'une alliance regroupant une trentaine de villes[11] et qui composent la Ligue latine. Les rassemblements de la ligue se déroulent au printemps des Ferentines dans la vallée entre le lac d'Albano et Marino, en Italie[12]. Les sacrifices de la ligue sont offerts sur les monts Albains, d'où l'on peut voir tout le pays du Latium.

Les colonies d'Alba Longa sont distinctes des villes peuplées par des Albains car elles constituent les populi albenses, les Albains d'origine étant dénommés populus. Parmi les colonies d'Albe, certaines deviennent une partie de la plèbe : d'autres deviennent des villes latines. Les autres sont cédés aux Latins pour maintenir une trentaine de villes, dont trente ont une grande importance parmi les royaumes latins puisque douze sont ioniennes[13]. En conséquence, le royaume latin de Latinus et le royaume rutule de Turnus doivennt avoir trente villes chacune avec Laurentum comme capitale latine avant l'arrivée d'Énée[13].

Alors que la puissance de Rome augmente, les deux cités entrent en conflit, et finalement, sous le roi de Rome Tullus Hostilius (vers le milieu du VIIe siècle av. J.-C.), une guerre entre elles se termine par le célèbre combat des Horaces et des Curiaces. Albe est détruite (665 av. J.-C.), à la suite de la trahison de son dictateur Mettius Fufetius, pour ne jamais être reconstruite, et ses habitants sont déplacés à Rome, où la colline de Caelius leur est offerte.

Guerre avec Rome[modifier | modifier le code]

Au VIIe siècle av. J.-C., le roi romain Tullus Hostilius succède à Numa Pompilius. Pendant son règne, l'attitude de Rome envers ses voisins reflète la prédilection de Tullus Hostilius pour la guerre. Un conflit éclate alors entre un groupe de Romains et d'habitants d'Albe la Longue, ils s'accusent mutuellement de vol comme prétexte à un conflit. Les deux parties envoient des émissaires pour demander réparation. Lorsque la délégation d'Albe arrive à Rome, Tullus Hostilius leur donne volontairement un accueil si chaleureux que les émissaires tardent à faire leur demande. Les délégués romains s'adressent alors immédiatement à la délégation d'Albe et leurs demandes sont refusés. En vertu du premier refus, Tullus Hostilius obtient sa justification pour déclarer la guerre[14].

Tite-Live décrit cette guerre comme une guerre civile, car les Romains seraient des descendants d'Albe la Longue[15].

Rois d’Albe la Longue[modifier | modifier le code]

Selon Denys d'Halicarnasse, les rois d’Albe la Longue forment une chaîne de descendance directe entre Ascagne et Romulus. Grâce à Tite-Live, nous connaissons les deux derniers chefs[16] d’Albe la Longue, qui ne font pas partie de cette séquence. Les deux ont gouverné à l'époque de Tullus Hostilius. Le premier fut le roi Gaius Cluilius, qui meurt au début de la guerre contre les Romains. Le dictateur Mettius Fufetius, qui lui succède, sera exécuté sur l'ordre de Tullus Hostilius pour traîtrise.

La liste des rois légendaires d'Albe la Longue est reconstituée ci-dessous à partir de Tite-Live[17] ; cependant, Tite-Live ne donne ni dates, ni durées de règne. L'Énéide reprend quelques-uns de ces noms[18]. Des listes présentant des différences plus ou moins importantes figurent chez plusieurs auteurs anciens, notamment Diodore de Sicile, Denys d'Halicarnasse[19], qui précise la durée des règnes, Ovide (dans les Métamorphoses[20] et les Fastes), Appien, Dion Cassius ; des traces d'une telle liste existent chez d'autres auteurs comme Varron[21].

Lignée d'Ascagne
  1. Ascagne (Ascanius) (ou Iule), fils d'Énée, roi de Lavinium en -1155, puis roi d'Albe la Longue de -1155 à -1143 ;
  2. Silvius (Silvius), fils du précédent, roi de -1143 à -1114. Il donne son nom à la dynastie des Silvii ;
  3. Enée (Aeneas Silvius), fils du précédent, roi de -1114 à -1078 ;
  4. Latinus Silvius (ou Latrius), fils du précédent, roi de -1078 à -1039 ;
  5. Alba, fils du précédent, roi de -1039 à -1002 ;
  6. Atys, fils du précédent, roi de -1002 à ? (fin règne inconnue) ;
  7. Capys, fils du précédent, roi de ? (début règne inconnue) à -976
  8. Calpétus (ou Capétus), fils du précédent, roi de -976 à -905 ;
  9. Tiberinus Silvius, fils du précédent, roi de -905 à -885 ;
  10. Agrippa, fils du précédent, roi de -885 à -864,
  11. Alladès ou Romulus Silvius, fils du précédent, roi de -864 de -845 (meurt foudroyé) ;
  12. Aventinus, roi de -845 à -808 ;
  13. Procas, roi de -808 à -794 ;
  14. Numitor, fils aîné du précédent, roi en -794 et de -754 à -735, père de Rhéa Silvia, la mère de Romulus et Rémus ;
  15. Lausus, roi en -794 (tué par Amulius dès son premier jour de règne) ;
  16. Amulius, oncle du précédent, roi de -794 à -754 ;
  17. Numitor, frère aîné du précédent, roi de -754 à -735, restauré par ses petits-fils, Romulus et Rémus.
Fin d'Albe
  1. Gaius Cluilius, roi de -735 à -665 (mort dans la guerre contre les Romains)[22] ;
  2. Mettius Fufetius, dictateur (-665) pour continuer la guerre[22].

Les gentes Albanae[modifier | modifier le code]

Les gentes Albanae[23],[24] sont des familles (gentes) romaines qui, d'après la tradition, étaient originaires d'Albe. Deux listes nous ont été conservées[25] par Tite-Live[26], d'une part, et Denys d'Halicarnasse[27], d'autre part. Ces deux listes diffèrent quant au nombre des familles et à leur ordre. Celle de Tite-Live est la suivante[28] : 1. les Iulii ; 2. les Servilii ; 3. les Quinctii ; 4. les Geganii ; 5. les Curiatii ; 6. les Cloelii. Celle de Denys d'Halicarnasse est la suivante[28] : 1. les Iulii ; 2. les Servilii ; 3. les Curiatii ; 4. les Quin(c)tilii ; 5. les Cloelii ; 6. Geganii ; 7. les Metilii (en).

Pour Alexandre Grandazzi, les différences mineures entre ces deux listes attesteraient de leur origine commune : le De familiis troianis de Varron[29]. D'après Jacques Poucet, Denys d'Halicarnasse aurait introduit les Metilii dans la liste des gentes Albanae afin, d'une part, de tenir compte de la ressemblance phonétique existant entre le nom Metilius et celui du dictateur albain Mettius Fufetius mais, surtout, de faire plaisir à son ami Metilius Rufus[30].

À la suite de R. E. Palmer, l'authenticité des noms est admise[31].

Le sanctuaire de Jupiter Latiaris[modifier | modifier le code]

Au sommet du Mons Albanus se trouve un sanctuaire très ancien consacré à Jupiter Latiaris. Florus, l’historien romain du IIe siècle, rapporte que le lieu aurait été choisi par Ascagne, le fondateur d’Albe-la-Longue, qui après la fondation de la cité aurait invité les Latins à y célébrer des sacrifices en l’honneur de Jupiter.

Dans le sanctuaire, on célèbre chaque année les Feriae Latinae, au cours desquelles toutes les cités appartenant à la confédération des peuples latins se réunissent pour sacrifier au dieu un taureau blanc, dont la chair est distribuée aux participants. Il s'agit donc d'un culte fédéral et sa situation proche d'Albe-la-Longue témoigne de l'hégémonie qu'il devait exercer sur les autres lieux de culte de la région, parmi lesquels devait figurer Rome.

Après la destruction d’Albe-la-Longue et la substitution de Rome comme centre hégémonique, la tradition rappelle l'édification d'un véritable temple dédié à Jupiter Latiaris sur le mont Albain sous le règne de Tarquin le Superbe. Ce temple de Jupiter sur le Capitole, inauguré traditionnellement en 509 av. J.-C., est destiné à remplir les fonctions du sanctuaire fédéral latin, établissant le centre religieux à Rome.

Il ne subsiste aujourd’hui du sanctuaire antique que quelques vestiges du mur d’enceinte, qui ont été déplacés du site, et des restes importants de la route pavée qui en permet l’accès et qui rejoint la Voie Appienne près d’Aricie.

Généalogie de rois d'Albe la Longue[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Guralnik 1986.
  2. Mish 1985.
  3. a et b Denys d'Halicarnasse, I, 66.
  4. Grandazzi 2008, p. 476.
  5. Müller, Roms Campagna in beziehung auf alte geschichte: dichtung und kunst (The Ancient World of Roman Campagna: Poetry and Art), p. 91.
  6. a et b Tite-Live, I, 3.
  7. Virgile.
  8. Spring, Virgil's the Aeneid, p. 22.
  9. Schmitz 1847, History of Rome, p. 14.
  10. Denys d'Halicarnasse, I, 67.
  11. British and American Archaeological Society, Journal, Volume 2, p. 313.
  12. Bryce, The World's History: The Mediterranean nations, p. 343.
  13. a et b Niebuhr et Smith Schmitz, The History of Rome, Volume 2, p. 20-22.
  14. Ihne, Early Rome: From the Foundation of the City to Its Destruction by the Gauls.
  15. Tite-Live, I, 23.
  16. Sur le titre des souverains d'Albe, voir Jacques-Hubert Sautel, « L'autorité dans la Rome royale selon Denys d'Halicarnasse. Aperçus sémantiques », Revue belge de philologie et d'histoire, 77, 1999, p. 91 et suiv.
  17. Tite-Live, Histoire romaine, I, 3, 6-10 : « (6) Ascagne a pour successeur Silvius son fils, né, je ne sais par quel hasard, au fond des forêts. (7) Il est père d'Énée Silvius, qui a pour fils Latinus Silvius. Celui-ci fonda quelques colonies ; ce sont les Anciens Latins ; (8) et depuis ce temps, Silvius resta le surnom commun de tous les rois d'Albe. Puis se succèdent de père en fils, Alba, Atys, Capys, Capétus, Tibérinus : celui-ci se noie en traversant le fleuve Albula, auquel il donne son nom, devenu si célèbre dans la postérité. (9) Tibérinus a pour fils Agrippa, qui lui succède et transmet le trône à Romulus Silvius. Ce Romulus, frappé de la foudre, laisse le sceptre aux mains d'Aventinus. Ce dernier, enseveli sur la colline qui fait aujourd'hui partie de la ville de Rome, lui donna son nom. (10) Procas, son successeur, père de Numitor et d'Amulius, lègue à Numitor, l'aîné de ses fils, l'antique royaume de la race des Silvius. » (trad. Nisard).
  18. Virgile, Énéide, VI, 760-770.
  19. R. A. Laroche, « The Alban King-List in Dionysius I, 70-71 », Historia, 31, 1982, p. 112-120.
  20. S. Kyriadikis, « The Alban Kings in the Metamorphoses: an Ovidian Catalogue and its historiographical models », in Clio and the Poets, D. S. Levene et D. P. Nelis éd., Leyde, Brill, 2002, p. 211-229.
  21. Sur la question des listes de rois albains, voir surtout Alexandre Grandazzi (2008), p. 785 et suiv..
  22. a et b Daniel Paret, A. Legoüez, Encyclopédie classique, Paris, Firmin Didot, (présentation en ligne)
  23. Grandazzi 1986, p. 84.
  24. Poucet 1985, p. 86, 272 et 273.
  25. Grandazzi 1986, p. 84 et n. 187.
  26. Tite-Live, Histoire romaine, I, 30, 2.
  27. Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, III, 29, 7.
  28. a et b Smith 2006, n. 100, p. 39.
  29. Grandazzi 1986, n. 187, p. 84.
  30. Poucet 1985, p. 273.
  31. Grandazzi 1986, p. 85.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources antiques[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]