Alain Gerbault

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Alain Gerbault
Alain Gerbault
Alain Gerbault (à droite) lors de son arrivée au Havre en 1929
Nationalité Drapeau de France Français
Naissance
Laval, France
Décès (à 48 ans)
Dili, Indonésie
Palmarès
En simple
Titres 3
Finales perdues 5
Meilleurs résultats en Grand Chelem
Aust. R-G. Wim. US.
Simple - 1/32 1/32 1/16
Double - 1/8
Mixte -

Alain Gerbault, né le à Laval et mort le à Dili (Timor), est un navigateur français, également pilote pendant la Première Guerre mondiale et joueur de tennis entre 1910 et 1932.

Origine[modifier | modifier le code]

Alain Gerbault naît dans une famille aisée d'industriels spécialisés dans l'exploitation des fours à chaux, place de Hercé à Laval le 17 novembre 1893. Vers l'âge de sept ans, il fait sa scolarité à l'Immaculée-Conception de Laval de 1903 à 1908[1], enfant fragile, nerveux, adolescent souvent rebelle, son caractère est marqué par un goût ardent pour la compétition. Il agace parfois par sa ténacité rageuse et son goût de vaincre alors que son frère Robert[2] (de quatorze mois son aîné) manifeste une force tranquille. Le décès brutal de son père, alors qu'Alain est âgé de 12 ans le conduit, ainsi que son frère, à quitter son "paradis" en Mayenne pour un exil forcé à Paris comme pensionnaire à l'École Pascal puis au collège Stanislas : « Ce furent les années les plus malheureuses de ma vie ! Il fallait étudier, devenir ingénieur ! ». Il réussit en 1914 le concours d'entrée de l'École nationale des Ponts et Chaussées[3], mais la guerre arrive. Ayant réintégré cette grande école à la fin des hostilités, il abandonne par manque de goût ses études et la carrière d'ingénieur qui lui était promise[4]. Il ne reprendra pas non plus la direction de l'usine familiale.

Première guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Durant la Première Guerre mondiale, il est engagé volontaire le 8 août 1914 au 25e régiment de dragons. Il passe dans l'aviation, comme élève pilote, en décembre 1914. Bien que débutant en 1914, il se révèle être un pilote doué, d'une très grande classe. Il obtient le brevet de pilote militaire à l'école d'aviation militaire de Buc, le 1er mars 1916.

Il est pilote à l'escadrille N°95 du Bourget[5] jusqu'en octobre 1916, puis au centre d'aviation de Villacoublay jusqu'en décembre 1916. Il se distingue dans l'escadrille des Loups[6] (escadrille N°79 de décembre 1916 à avril 1917) et l'escadrille des Renards (escadrille N°84 de avril à novembre 1917), où il se distingue comme chef de patrouille. Il remporte plusieurs victoires spectaculaires, se faisant remarquer par sa science tactique et son habileté dans les acrobaties aériennes. Il est successivement brigadier (1916), caporal, sous-officier et sous-lieutenant à titre définitif. Il est pilote de l'escadrille SPA 31 de novembre 1917 à septembre 1918, puis de l'escadrille SPA 165 du septembre 1918 à mars 1919.

Il obtient deux citations en 1917 et 1918 : Pilote de premier ordre, d'une audace et d'un entrain remarquables. Le 17 mars (1917), au cours d'une reconnaissance, a attaqué seul et loin dans les lignes ennemies une patrouille de 3 appareils en a abattu un et est revenu après une lutte serrée avec ses adversaires, son appareil traversé de plus de 20 balles ; Pilote de chasse tout à fait remarquable. Toujours volontaire pour toutes les missions est un bel exemple pour ses camarades plus jeune avec l'aide de deux autres pilotes a abattu un avion biplace de réglage.. Il est détaché à l'École nationale des ponts et chaussées à compter de mars 1919.

Ces années de guerre le marquèrent beaucoup : Elles me firent sortir de la civilisation. J'aspirais à ne plus y retourner, écrivit-il. Il est fait le 27 décembre 1923 chevalier de la Légion d'honneur[7],[8]. Il obtient aussi la Croix de Guerre[9].

Joueur de tennis[modifier | modifier le code]

Après guerre, il se lance dans les affaires, sans grand succès, et participe à de nombreux tournois de tennis, sport qu'il pratique depuis son enfance [10]. Champion de France scolaire de tennis en 1913, il parvient en finale en double en 1921 à Roland-Garros avec Pierre Albarran. En 1922, il est finaliste au Masters de Monte-Carlo et au long de sa carrière, entre 1910 et 1932, il remporte le tournoi de tennis de Dinard à deux reprises et une fois celui Cannes. Il fut aussi finaliste du championnat du monde en double associé à Pierre Albarran[11].

D'Alain Gerbault, Jean Borotra disait : Alain avait un jeu régulier. C'était un tacticien qui mûrissait longtemps ses actions. Il jouait bien à la volée et au smash, même si en situations désespérées, il se bagarrait jusqu'au bout. Son jeu était efficace même s'il n'était pas toujours esthétique.

La mer[modifier | modifier le code]

En 1921, il décide de changer de vie et achète en Angleterre un vieux voilier de course : le Firecrest (crête de feu, allusion probable au feu de Saint-Elme), construit en 1892[12]. C'est un bateau solide, très logeable et marin, mais sans rouf ni cockpit et dont le gréement n'est pas du tout approprié à la navigation solitaire. Après un entraînement de plusieurs mois en Méditerranée, il réalise en 1923 la première traversée de l'Atlantique en solitaire d'est en ouest, ralliant en 101 jours Gibraltar à New York.

Cette longue durée a pour raison le manque de préparation du bateau pour une telle navigation et le manque d'expérience de son capitaine. Gerbault multiplie les ennuis, ce qui lui vaudra auprès des marins une réputation d'amateur ayant su se faire valoir à travers ses livres et auprès du monde médiatique de l'époque. Il demeure quelque temps aux États-Unis, où son exploit lui vaut une certaine célébrité, puis repart en 1924 pour les mers du Sud, passant par les Bermudes, le canal de Panama, les îles Galápagos, Tahiti, les îles Fidji, la Réunion, Le Cap, l'île Sainte-Hélène, les îles du Cap-Vert et les Açores, pour rejoindre Le Havre en 1929, ce qu'il racontera dans ses ouvrages. Il réalise ainsi un tour du monde qui lui vaudra une renommée internationale ainsi que la promotion au grade d'officier de la Légion d'honneur[8]. Toujours attiré par la mer et la Polynésie, dont il est tombé amoureux pendant son périple, il repart en 1932 sur un nouveau bateau, modestement appelé l' "Alain Gerbault" (lancé le 4 juin 1931 à Sartrouville, avec signal distinctif en code international O.Z.Y.U, d'où le titre de son œuvre posthume), construit grâce aux droits d'auteur de ses ouvrages. En 1970 La Poste émet un timbre à 0,70 centimes : Tour du monde par Alain Gerbault 1923 - 1929.

La Polynésie[modifier | modifier le code]

Alain Gerbault en visite chez la reine Marau de Tahiti

Il ne cessera alors de défendre la cause de la Polynésie et d'étudier sa géographie et son histoire. Il passe les neuf dernières années de sa vie dans l'océan Pacifique, atteignant les îles Marquises en 1933, l'archipel des Tuamotu en 1934, Tahiti en 1935. Passionné par le passé de ces îles, il apprend les langues océaniennes et vient en aide aux indigènes, s'insurgeant contre la colonisation européenne qui considère la disparition des Polynésiens comme inévitable. Il s'efforce à chacune de ses escales de faire revivre les traditions locales, les chants et les danses méprisés par l'Église, les pasteurs et l'administration. Il s'efforce de créer une émulation sportive et introduit le football pour lutter contre l'alcoolisme. Il mène par ailleurs d'importantes recherches linguistiques et ethnologiques. Voguant d'île en île, et revenant toujours à son port d'attache de Bora-Bora, il mène à cette époque un idéal de vie très en avance sur son temps. En septembre 1937, à Bora-Bora, il rencontre Władysław Wagner (pl), le premier navigateur polonais à effectuer le tour du monde à la voile.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La Seconde Guerre mondiale le force à quitter la Polynésie française. Il prend frénétiquement et maladroitement le parti du maréchal Pétain en juillet et août 1940 : le ralliement des Établissements français de l’Océanie à la France libre le 4 septembre 1940 l'oblige à une fuite et à un dernier voyage qui est une errance désespérée à travers tout le Pacifique, pour échapper aux menaces de guerre. Épuisé physiquement et psychologiquement, car souffrant d'alcoolisme, il touche les Samoa, les Tonga, et finalement l'île de Timor, dont la moitié est portugaise et neutre. Il succombe à Dili (Timor oriental) de la malaria et d'un délabrement physique généralisé en 1941, après plusieurs tentatives infructueuses pour gagner le large. En septembre 1947, ses cendres[13] sont transférées par l'aviso colonial Dumont d'Urville de la Marine nationale à Bora-Bora, où il repose depuis lors[14], selon son vœu.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Seul à travers l'Atlantique, Grasset, 1925
  • À la poursuite du soleil, journal de bord. De New York à Tahiti, préface de Jean-Baptiste Charcot, Grasset, 1929
  • Sur la route du retour. Journal de bord II de Tahiti vers la France, Grasset, 1929
  • En marge des traversées : l'évangile du soleil, Fasquelle, 1932
  • Îles de beauté, Gallimard, 1941, rééditions 1996, 2012, Hoëbeke (ISBN 9782-84230-431-7)
  • Un paradis se meurt, 1949, rééditions 1995, 2012, Hoëbeke (ISBN 9782-84230-430-0)
  • Mon bateau l'Alain Gerbault, Amiot-Dumont, 1952
  • O.Z.Y.U. Dernier journal, Grasset, 1952

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Jouneaux, L'Immaculée-Conception, Laval, 1998, p. 146-147.
  2. Il est né le 3 septembre 1892 à Laval, et mort le 18 novembre 1930 à Libreville au Gabon. Elève de l'École nationale d'agriculture de Rennes, il participe comme son frère à la Première Guerre mondiale. Incorporé au 13ème d'artillerie le 1er octobre 1913, il est dans l'artillerie, comme sous-lieutenant, puis lieutenant de réserve le 22 octobre 1917. Il est cité à l'ordre de la brigade le 24 janvier 1916 : Jeune officier, appelé provisoirement au commandement d'une demi-batterie de 58, a par ses tirs très précis bouleversé à différentes reprises les tranchées allemandes et mérité les félicitations de l'infanterie. Il essaie brièvement de reprendre l'activité chaufournière familiale (à l'usine du Bourny), à son retour de la guerre le 6 mars 1919, après être démobilisé le 18 septembre 1919. Il part ensuite en Afrique et est affecté en mobilisation à l'artillerie coloniale en juin 1926. Il y décède en 1930.
  3. Après un échec à Polytechnique.
  4. Éric Vibart, Alain Gerbault, Paris, France-Empire, coll. « Océans »,‎ , 342 p., p. 34-35
  5. Future escadrille 461.
  6. [1]
  7. En qualité de lieutenant au 3e régiment d'aviation lors de la Première Guerre mondiale.
  8. a et b La Légion d'honneur d'Alain Gerbault dans la base Léonore
  9. Une palme, une étoile en vermeil.
  10. Notamment au tennis-club de Dinard, l'un des premiers fondés par les Anglais et « importés » sur le sol français, près de l'actuelle rue Alain-Gerbault
  11. Ce dernier lui consacra un livre : Gerbault, mon ami, aux éditions Fayard
  12. Seul à travers l’Atlantique (1924) Chapitre 2 : Firecrest
  13. Selon le biographe Éric Vibart, l'inhumation en hâte au cours d'un bombardement, l'absence d'objets personnels dans la tombe, le décès de la plupart des témoins lors des nombreux combats qui eurent lieu dans l'île de Timor, les avis divergents des amis du navigateur qui eurent l'occasion d'examiner les ossements (de fausses dents sur la mâchoire alors qu'Alain Gerbault n'en avait aucune, alors que les traces d'une fracture à l'avant-bras correspondent bien à un accident de 1934), tous ces faits font penser à un mélange d'ossements de plusieurs personnes, et donc un doute subsiste quant à l'authenticité des cendres ramenées de Dili par le Dumont d'Urville. Cf. Éric Vibart, Alain Gerbault, éditions France-Empire, 1977, p. 323 à 328.
  14. Une photographie de son enterrement le 4 octobre 1947 à Bora-Bora, conservée aux Archives nationales d'outre-mer.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Paul Alaux, Alain Gerbault, marin légendaire, Éditions géographiques maritimes, 1950 (1re édition en 1947)
  • Claude Ache, Alain Gerbault, Les Flots bleus, coll. « Vie et symbole », 1957
  • Max Ferré, Alain Gerbault, navigateur solitaire, Gedalge, 1955
  • E. de Curton, Tahiti, 1940, Société des océanistes, 1973
  • J. Chastenet de Géry, Les derniers jours de la Troisième République à Tahiti, Société des océanistes, 1975
  • Éric Vibart, Alain Gerbault, France-Empire, 1977
  • « Chercheurs d'absolu : Alain Gerbault, Alfred Jarry, Villiers de l'Isle Adam » in Vivre et lire en Mayenne, no 0, éditions Siloë, 1986
  • Éric Vibart, Alain Gerbault, vie et voyages d'un dandy révolté des années folles, 1989
  • Suzanne Sens, Découverte d'Alain Gerbault, éditions Siloë, 1993