Alain Caillé (sociologue)

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Alain Caillé
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Alain Caillé, 2008, réunion du MAUSS à Paris
Naissance
Paris (France)
Nationalité Drapeau de France Français
Profession

Alain Caillé est un sociologue français né le à Paris. Il a participé à la redécouverte de Marcel Mauss dont les analyses avaient parfois été délaissées au profit de celles d'Émile Durkheim. Dans ce sillage il développe ce qu'il appelle le paradigme du don sur lequel il espère faire reposer une science sociale généraliste (philosophie morale et politique incluse).

Il est professeur émérite de sociologie à l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense. Il y dirigeait la spécialité du Master Science Sociale et Sociologie : Société, Économie et Politique. Membre du directoire de l'école doctorale Économie, Organisations et Société, il a été également codirecteur et cofondateur du SOPHIAPOL (ex-GEODE), Laboratoire de sociologie, philosophie et anthropologie politiques de cette université.

Il dirige la Revue du MAUSS (Mouvement anti-utilitariste en science sociale) depuis sa fondation. Cette revue pluridisciplinaire et internationale est diffusée dans de nombreux pays. Elle se double d'une revue en ligne, la Revue du Mauss permanente, en accès libre, très lue, notamment par les étudiants. Parallèlement, il codirige la collection Bibliothèque du Mauss qui a publié une cinquantaine de titres à La Découverte, et une vingtaine aux Éditions Le Bord de l'Eau.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeune étudiant en sociologie et en économie, il suit les cours, notamment, de Raymond Aron et prépare une thèse, sur "la planification comme idéologie de la bureaucratie", sous sa direction. À l'âge de 23 ans, il devient l'assistant en sociologie de Claude Lefort à l'Université de Caen[1]. En parallèle, il rédige une autre thèse, dans le domaine économique : "Essai sur l'idéologie de la rationalité économique et le concept de capitalisme"[2]. Après cette thèse de doctorat ès sciences économiques, il soutiendra un doctorat d'État ès Lettres (sociologie) et sera professeur et directeur du département de sociologie à l'université de Caen.

Il co-fonde le MAUSS (Mouvement Anti-utilitariste dans les sciences sociales) en 1981, et dirige la Revue du MAUSS, publiée aux Éditions La Découverte[3].

Il devient professeur de sociologie à l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense en 1994. Il y dirige la spécialité Société, Économie, Politique et Travail (SEPT) du Master Science sociale et sociologie (École doctorale « Économie, Organisations et Société », dont il est, par ailleurs, membre du directoire) et anime le GÉODE (Groupe d'Étude et d'Observation de la Démocratie), laboratoire de sociologie politique qui fusionne avec le laboratoire de philosophie politique contemporaine de Paris X-Nanterre pour constituer le SOPHIAPOL (Sociologie, philosophie anthropologie politiques)[3].

Anti-utilitarisme et MAUSS[modifier | modifier le code]

Alain Caillé s'impose au cours des années 1980 et 1990 comme l'un des chefs de file d'une critique radicale de l'économie contemporaine et de l'utilitarisme dans les sciences sociales. Son manifeste Critique de la raison utilitaire constitue ainsi un tournant dans les sciences humaines et sociales : il appelle à la mise en place d'une alternative au paradigme utilitariste qui domine selon lui ces sciences depuis plusieurs siècles[4]. Il est un des fondateurs du MAUSS (Mouvement Anti-utilitariste dans les sciences sociales) en 1981.

La critique faite par Alain Caillé du paradigme utilitariste s'étend à tous les savoirs - de la psychologie freudienne (fondée sur le principe du plaisir), à la micro-économie, en passant par la philosophie (cf. "Histoire raisonnée de la philosophie morale et politique ; le bonheur et l'utile" sous la direction de A. Caillé, Ch. Lazerri et M. Senellart, Paris, La Découverte, 2011 - (ISBN 978-2-7071-3421-9)), la sociologie, l'anthropologie, etc. Sa démarche critique se veut donc pluridisciplinaire. Elle doit aller au-delà des clivages idéologiques. On ne peut donc la confondre avec celle d'un économiste ou d'un sociologue d'obédience marxiste, puisqu'il rejette les présupposés utilitaristes de l'économie politique marxiste. Dans les faits, ses travaux mêlent des analyses sociologiques, historiques, anthropologiques, philosophiques et économiques.

Mais loin de nier que l'intérêt soit un motif puissant de l'action, il critique surtout la position qui consiste à en faire une explication ultime de tous les phénomènes sociaux. D'ailleurs, le paradigme du don (inspiré de l’Essai sur le don de Marcel Mauss) qu'il propose avec d'autres, accorde toute sa place à l'échange intéressé[4].

Il produit également des études anthropologiques et sociologiques sur l'économie vue sous l'angle du don. Il participe à la redécouverte de Marcel Mauss dont les analyses ont parfois été délaissées au profit de celles d'Émile Durkheim.

Décroissance[modifier | modifier le code]

Face aux théoriciens de la décroissance, tels que Serge Latouche, Alain Caillé préfère parler de a-croissance. Il est convaincu de la possibilité et de la nécessité d'un monde sans croissance. Pour résorber nos haines, on aurait projeté nos espoirs sur la croissance. Or depuis les Trente Glorieuses il n'y a plus de croissance. Il devient donc nécessaire selon lui d'établir un monde post croissance.

L'ensemble des petits mouvements humaniste, altermondialistes et anti-productiviste à travers le monde aurait tout intérêt à s'unifier, afin de proposer une alternative crédible et réaliste au néolibéralisme et au marxisme.

Convivialisme[modifier | modifier le code]

voir aussi : La notion de convivialité chez Ivan Illich.

En juin 2013, Alain Caillé est à l’origine du Manifeste convivialiste[5], texte signé par une soixantaine de personnalités du monde entier. Le convivialisme, dont le nom est inspiré des travaux d’Ivan Illich, est une philosophie politique visant à regrouper les initiatives allant dans le sens d’une alternative à l’organisation néo-libérale actuelle du monde en explicitant leur dénominateur commun, à savoir la recherche d’un art de vivre ensemble ou convivialisme[6], convivialisme opposé à l'hybris, à la démesure). Le sociologue explique avoir pour objectif de mobiliser la « quasi-totalité de la population, les 99 % en quelque sorte »[7]. Il est l'animateur du mouvement des convivialistes (www.les convivialistes.org) et du Club des convivialistes.

Polémique sur l'excision[modifier | modifier le code]

Depuis un an[Quand ?], il est la cible d'une campagne laissant entendre qu'il aurait été en 1989 un défenseur de l'excision. En réalité, comme nombre d'anthropologues, il cherchait à faire comprendre la signification qu'elle avait pu revêtir en Afrique et préférait l'éducation des mères africaines à leur envoi en prison qui aurait représenté une double peine pour les fillettes excisées (cf. le no 4 du Bulletin du Mauss trimestriel, 1988, avec des textes de A. Caillé, A. Insel, M. Lefeuvre et O. Mongin)[réf. insuffisante]

Publications[modifier | modifier le code]

  1. De l'Antiquité aux Lumières (ISBN 978-2081208810)
  2. Des Lumières à nos jours (ISBN 978-2081208919)
  • La Quête de reconnaissance - nouveau phénomène social (sous la dir.), Paris, La Découverte, coll. "Textes à l'appui"/Bibliothèque du M.A.U.S.S., 2007 (ISBN 978-2707153326).
  • Individualisme ou parcellitarisme ? Quelques incertitudes., Revue du MAUSS permanente, 28 février 2008.
  • Identités de l'individu contemporain (dir.), Textuel / La Discorde, 2008 (ISBN 978-2845972636)
  • Théorie anti-utilitariste de l'action : Fragments d'une sociologie générale, Paris, La Découverte, 2009, (ISBN 9782707157485).
  • De gauche ?, avec Roger Sue, Paris, Fayard, 2009, (ISBN 9782213637891).
  • De la convivialité. Dialogues sur la société conviviale à venir, ouvrage collectif (Alain Caillé, Marc Humbert, Serge Latouche, Patrick Viveret), éditions La Découverte, janvier 2011 (ISBN 978-2-7071-6714-9)
  • Pour un manifeste du convivialisme, Le Bord de l'Eau, 2011.
  • L'idée même de richesse, Paris, La Découverte, 2012 (ISBN 978-2707171344).
  • Sortir du capitalisme. Le scénario Gorz par Alain Caillé et Christophe Fourel (dir.), Le Bord de l'eau, 2013, 212 p. (ISBN 978-2356872630).
  • "La révolution du don. Le management repensé à la lumière de l'anthropologie", avec J.E. Grésy, Le Seuil, 2014.
  • "Anti-utilitarisme et paradigme du don", BdL, 2014.
  • "La sociologie malgré tout. Autres fragments d'une sociologie générale", Presses Universitaires de Paris-Ouest-Nanterre, 2014.
  • "Le convivialisme en dix questions", avec F. Fistetti et F. Vanderberghe, BdL, 2016.
  • "Éléments d'une politique convivialiste", avec 64 auteurs, BdL, 2016.
  • "Pour une nouvelle sociologie classique", avec F. Vanderberghe, BdL, 2016.
  • "Redignez-vous ! Journal de l'après-13 novembre", BdL, 2016.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Vidéos[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]