Al Wala' Wal Bara'

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Al-wala' wa-l-bara'  (arabe : الولاء والبراء) est un terme arabe signifiant "loyauté et désaveu". Il se réfère à un principe qui postule que les musulmans devraient rester loyaux seulement envers leur coreligionnaires et activement haïr les non musulmans. Ce principe a été d'abord introduit par les kharijites, avant d’être repris par les chiites, sous la dénomination Tawallá & Tabarra[1] pour faire partie des principes fondamentaux de la pratique de la foi chiite (furūʿ ad-dīn arabe : فروع الدين). Ce principe fut critiqué par le fondateur de l'école Hanbalite, Ahmad ibn Hanbal, comme une innovation blâmable (bid'ah)[2].

C'est Ibn Taymiyya (XIIIe siècle) qui introduit le concept dans le sunnisme, sans pour autant utiliser le terme Al-wala' wa-l-bara', en se basant largement sur le Coran et la Sunna. Le verset 5:51 du Coran stipulant « Croyants, Ne prenez pas pour amis (awliya’) les Juifs et les Chrétiens ; ils sont amis les uns des autres. Et celui d'entre vous qui les prend pour amis, devient un des leurs. Allah ne guide pas les peuples injustes », synthétise plus ou moins ses arguments, sachant que le terme "awliya" est ambigu. Par ailleurs l’idée développée par Ibn Taymmiyya, est qu'il faut éviter toute relation avec des non musulmans susceptible d'induire un sentiment de loyauté envers ces derniers, car risquant alors de détourner le musulman de sa foi[3]. Le concept a été formalisé dans la doctrine wahhabite par le petit-fils du fondateur du wahhabisme, Mohammed ben Abdelwahhab, Sulayman ibn ‘Abdallah Al al-Shaykh (1786–1818), comme un outil permettant de considérer toute personne susceptible de loyauté vis-à-vis d'un non musulman (kafir) comme exclue de la communauté musulmane (takfîr). Hamd ibn ‘Ali ibn ‘Atiq (mort en 1883) raffina le concept en déclarant qu'un musulman ne l'est pas s'il ne montre pas d'inimitié envers les non-musulmans (la base pour cela serait essentiellement le verset coranique 60:4)[2].

Le al wala 'wal bara pénétra le salafisme vers la fin des années 1970, notamment sous l'impulsion du koweitien Abdul Rahman Abdul Khaliq Al-Yusuf (né en Égypte en 1939) qui diffusa ses thèses dans le journal koweitien « Al-Watan », et du saoudien Muhammad Ibn Saeed Ibn Saalim Al-Qahtani (né en 1956) qui publia dans les années 80 sa thèse de master intitulée « Al-Wala’ wal Bara’ selon les croyances des pieux anciens (salaf) »[4] dans laquelle il argue notamment que le désaveu (bara) implique le djihad comme la seule voie permettant de séparer le parti de Dieu (hizb Allah) de celui de Satan (hizb aslshaitan). Un autre auteur important pour le salafisme est le saoudien Salih Bin Fawzan Al-Fawzan (né en 1933), un membre des autorités religieuse saoudienne, lequel a fait la promotion d'une version plus quiétiste du al wala 'wal bara qui est devenu une pierre angulaire de la doctrine salafiste[5].

Un exemple d'application du al wala 'wal bara est donné par l'ancien grand mufti d'Arabie Saoudite, Abd al-Aziz ibn Baz, qui s'appuyant sur les versets 60:4 et 5:51 du coran a appelé les musulmans à haïr les juifs, mais n'a rien trouvé à redire sur les politiques diplomatique et de coopération commerciale et militaire de l'Arabie Saoudite avec Israël, car elle ne requiert pas de lien d'amitié ou de loyauté. Selon ce même principe, Salih ibn Fawzan al-Fawzan, a appelé les musulmans des pays non musulmans à "ré-émigrer" en terre musulmane, car résider dans un pays non musulman conduit à développer des liens de loyauté envers des kafirs, ce principe ne s'appliquant pas aux relations commerciales[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Où le tawallá (arabe : تولّى) signifie l'amour du Ahl al-Bayt (le prophète Mahomet et ses proches) et le tabarra (arabe : تبرأ), le désaveu des ennemis du Ahl al-Bayt
  2. a, b et c (en) Joas Wagemakers, « The Transformation of a Radical Concept », dans Roel Meijer, Global Salafism: Islam's New Religious Movement, Oxford, UK, Oxford University Press, (ISBN 9780199333431), p. 81-102
  3. Selon ce principe, il est toujours permis à un musulman de se marier à une non musulmane, mais pas l'inverse puisque le mariage dans la religion musulmane est un contrat asymétrique n'impliquant pas de relation de loyauté du mari envers une épouse, alors que les épouses se doivent d’être soumises et obéissantes à leur mari, comme inférés notamment par les versets coranique 4:34-38
  4. (en) Muhammad Saeed al-Qahtani, Al-Wala' Wa'l-Bara': According to the 'Aqeedah of the Salaf (3 volumes), London, UK, Al-Firdous Ltd., 1999-2000 (ISBN 978-1874263708, 978-1874263807 et 1874263809)
  5. (en) Mohamed Bin Ali, The Islamic Doctrine of Al-Wala’ wal Bara’ (Loyalty and Disavowal) in Modern Salafism (thèse de doctorat en études arabes et islamiques), Exeter, UK, University d'Exeter, UK, , 263 p. (lire en ligne)