Akoli Daouel

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Akoli Daouel
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Akoli Daouel, né à Tchingarène, département d'In-Gall, dans la région d'Agadez (Niger) en 1937, est un homme politique et ancien journaliste radiophonique Nigérien.

Début de vie[modifier | modifier le code]

Homme touareg de la tribu des Kel Tamesna et fils de chef de tribu, il est issu d’une famille d’éleveur de bétail. Il a été le premier fils d’un chef de tribu touarègue à fréquenter l’école française en 1947 à l’âge de 7 ans. En 1953, alors âgé de 15 ans, il est orienté vers une école d’infirmiers à Niamey où il obtient son diplôme deux ans plus tard et il est affecté à Agadez. Vu comme le premier infirmier touareg de son pays, il connait plusieurs affectations à Agadez, à Iferwan et à Tabelot. Akoli Daouel quitte ensuite le domaine de la santé et se consacre à l’enseignement, au domaine administratif et s'intéresse aussi à la radio.

Carrière dans les médias et le tourisme[modifier | modifier le code]

En 1960, il est recruté comme animateur par Mouddour Zakara (1912-1976) ministre des Affaires sahariennes et nomades. Il anime des émissions en tamasheq pour Radio Niger, issue du morcellement de Radio Dakar après l’indépendance et se forme comme journaliste. En 1962, en tant que journaliste, Akoli Daouel accompagne le premier président de la République du Niger, Hamani Diori (1915-1989), dans ses déplacements, notamment à La Mecque. L'année suivante, il devient directeur de la station régionale de Radio Niger à Agadez et dans le même temps passe et réussit le concours d’entrée à la première promotion de l’école nationale d’administration (ENA) - qui se nommait jusqu'ici CEA, centre de formation administrative.

Après l’obtention de son diplôme à l'ENA, il est nommé, en 1965, directeur national du tourisme jusqu’ici détenu par un Français, ingénieur des eaux et forêts. Pour autant, en 1965, Akoli Daouel continue de présenter les actualités en tamasheq à la radio. Il passe un deuxième concours en 1966 pour entrer au Studio-Ecole de Paris[1], Poissy, un concours ouvert à 17 pays africains et malgache. Toutefois, son admission est reportée car sa formation à l’ENA n’était pas achevée. Il est donc à Paris en 1968 et soutient un mémoire qui porte sur le travail des femmes et sort diplômé de l’école d'administration à Maisons-Laffitte, Saint-Germain-en-Laye en 1970.

En septembre 1968, la radio l’envoie couvrir le rassemblement de la Cure-Salée, au Nord du Niger dans la ville d'In-Gall. Là-bas, des campements abritaient des radio club servant à diffuser toute sorte d’informations utiles pour la vie des nomades en langue tamasheq pendant l’événement. À cette occasion, Akoli Daouel enregistre des chansons, des poèmes, des morceaux instrumentaux issus de la culture nigérienne touarègue. De manière plus générale, durant toute sa carrière de journaliste radiophonique il a réalisé des prises de son sur bande analogique dans l'objectif de conserver cette culture orale. Par ce geste, il souhaite revaloriser une culture qu’il qualifie lui-même « en déperdition »[2]. A ce propos, un dépôt de quelques bandes analogiques a été effectué à la phonothèque de la MMSH d'Aix-en-Provence, le 25 septembre 2019, par l'historienne Camille Lefebvre (DR, CNRS-IMAF[3]), dans le but d'une sauvegarde et d'une valorisation. Ce projet de sauvegarde d'une partie du patrimoine nigérien a été réalisable grâce à un financement d'un projet de recherche ERC[4].

En 1972, Hamani Diori nomme Akoli Daouel PDG de l’agence de voyage Niger Tours et il devient responsable des cinq hôtels de l’État. Il est d'ailleurs considéré, dans les années 1970, comme l’un des pionniers du tourisme saharien avec le pharmacien Louis Henri Mouren et Mano Dayak. Une exploitation touristique du territoire est encouragée par le président de la République[5].

Après 1974, Akoli Daouel assure toujours ses fonctions dans le domaine des médias pendant que sa famille reste présente dans le tourisme : sa femme dirige une agence de voyage en 1975. À la suite du coup d’état de Seyni Kountché, la station Radio Niger devient La Voix du Sahel. Akoli Daouel y est nommé par le nouveau président en tant que directeur des programmes. Parallèlement, Seyni Kountché souhaite la création d’une école de journalisme. Nommé par décret, Akoli Daouel fonde entre 1976 et 1977 et dirige jusqu’en 1981, le Centre de formation aux techniques de l’information (CFTI). Par la suite, il devient secrétaire général du ministère de l’Information jusqu’en 1983. La télévision est alors un média que le gouvernement nigérien souhaite développer, des panneaux solaires sont d'ailleurs installés dans cet objectif à travers le pays. Akoli Daouel crée et dirige donc la Société nigérienne de télévision (SNT) jusqu’en 1989 quand la Conférence nationale souveraine (CNS) demande sa privatisation. Il rachète une partie des actions et devient président de la nouvelle société.

Vie politique[modifier | modifier le code]

En novembre 1970, Akoli Daouel quitte la radio. Il est élu député à l’Assemblée Nationale, présidée par Boubou Hama (1906-1982), sur la liste nationale présentée par le Parti progressiste nigérien, section du Rassemblement démocratique africain (PPN-RDA). Sous le gouvernement postcolonial d’Hamani Diori, Il est désigné comme le représentant de la communauté touarègue d’Agadez. En 1974, ce dernier est renversé par un coup d’état militaire de Seyni Kountché. L’Assemblée nationale ainsi que le PPN-RDA sont alors dissout. En décembre 1991, Akoli Daouel fonde, avec d’autres Touaregs mais aussi des Haoussas, un premier parti politique, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS-Amana) et participe à la Conférence souveraine Nationale du Niger[6], qui s’est tenue du 29 juillet au 3 novembre 1991.

Sous les revendications du peuple et les décisions prises lors de la conférence mais aussi avec l’autorisation de la création des partis politiques par le nouveau gouvernement d’Ali Saïbou, le multipartisme intégral est adopté dans le pays[7]. En 1992, Akoli Daouel fonde alors un second parti pour l'unification nationale et la démocratie (PUND-Salama) à la suite de sa démission à l'UDPS-Amana pour cause d'une divergence d’opinion avec les membres de son parti.

Entre 1985 et 1996, il occupe plusieurs postes à responsabilités dans le secteur industriel : directeur général de la société minière du Niger et président du conseil d’administration de la société nigérienne de charbon d’Anou Araren (SONICHAR). Il est appelé ensuite à faire partie du comité des sages, dont les membres servent de consultants, après le coup d’état d’Ibrahim Baré Maïssanara qui occupe la présidence de 1996 à 1999. Akoli Daouel est nommé ministre de l’Agriculture et de l’élevage jusqu’en 1997 puis élu maire de la commune urbaine d’Agadez en 1999.

Deux ans plus tard, alors qu'il est directeur de la commission du développement rural et de l’environnement, il est nommé à un second poste de ministre. L’officier militaire Daouda Malam Wanké renverse le gouvernement du président Maïnassara en 1999 et organise des élections dans tout le pays. Mamadou Tandja est élu en décembre de la même année et Akoli Daouel sera ainsi nommé ministre des Ressources hydrauliques de 2000 à 2001 tout en ayant la fonction de porte-parole du gouvernement.

En 2009, le président Tandja fait campagne pour un troisième mandat. Le parti PUND-Salama d’Akoli Dawel, décide de se ranger de son côté. Un maintien du pouvoir qui ne durera pas puisque en 2010, Salou Djibo renverse le gouvernement en place. Se tiennent ensuite, en mars 2011, des élections où le parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya), dirigé par Mahamadou Issoufou, prend le pouvoir. La même année, le PUND-Salama ne parvient pas accéder à l’Assemblée nationale et voit son influence décroître, si bien qu’en 2017, en raison de «résultats électoraux en nette régression»[8], le parti fusionne avec le MPN Kiishin Kassa d’Ibrahim Yacouba.

Après la prise de pouvoir de Mahamadou Issoufou en 2011, Akoli Daouel est nommé à la vice-présidence du conseil économique et social du Niger (CESOC) jusqu’en janvier 2020. Le CESOC a pour tâche d’assister le Président de la République et l’Assemblée nationale en termes de décisions économique, culturelle et sociale[9].

Rébellions touarègues et arrestation[modifier | modifier le code]

Dans les années 1990, des rébellions touarègues, dans les pays du Mali et du Niger, éclatent et plusieurs mouvements autonomistes se créent, notamment le Front de Libération de l'Aïr et de l'Azawad (FLAA), fondé par Rhissa Ag Boula en 1993 au Niger. Il s'agit d'une lutte de ces communautés contre le pouvoir en place dans le but de devenir autonome et de former leur propre État-nation. En août 1992, des arrestations vont être ordonnées par le chef du gouvernement de transition, M. Amadou Cheiffou, pour des "investigations quant aux liens éventuels des personnes détenues avec les rebelles du FLAA"[10]. En 1993, Akoli Daouel est arrêté[11], avec d'autres personnalités touarègues, et placé en résidence surveillée. Accusés d’être des leaders de la rébellion, ils sont retenus pendant sept mois : cinq à Zinder et deux à Niamey. Tous les hommes seront libérés sans suite.

Vie artisanale et agricole[modifier | modifier le code]

Outre son activité politique, Akoli Daouel s’intéresse, dans les années 1970, à l’artisanat et fonde une coopérative à Agadez après avoir obtenu un financement de la banque du Niger et engage des échanges avec l’Europe.

En 2002, il se consacre à l’élevage et à l’agriculture. D’abord président d’une association pastorale, l’association Daoud, il crée une entreprise agricole, FERMAKO[12]. Une structure qui compte une ferme agropastorale, produisant des semences céréalières, à Niamey et une unité d’élevage bovin et camelin à In-Gall. Dans une interview, il revient sur l’importance de la pratique de l’élevage au Niger mais déplore que le gouvernement ne le prenne pas plus en considération même si «la politique nigérienne en matière de commercialisation de la viande a été remarquable.»[13]

Valorisation de la culture touarègue[modifier | modifier le code]

François Borel, ethnomusicologue et ancien responsable des archives sonores du Musée d'ethnographie de Neuchâtel (MEN)[14] a effectué de nombreux séjours de recherche chez les Touaregs du Niger entre 1973 et 2002. Il précise que durant ces voyages, le nom d'Akoli Daouel était très souvent évoqué. En 1971, le professeur de François Borel, Ernst Lichtenhahn[15], musicologue suisse, avait enregistré à Ingall, lors de la Mission Cure Salée organisée par le MEN, de nombreux airs sur une vièle monocorde, l'imzad. Ces documents sont disponibles à l'écoute sur le site des archives sonores du MEN et présentent notamment un air joué en l'honneur d'Akoli Dawel (8min 30s - 13min) [16].

En 1982, Akoli Daouel est cité dans les remerciements d’une thèse de doctorat (Indiana University, États-Unis) pour avoir transmis plusieurs contacts de recherche concernant les communautés touarègues au Niger, à l’auteure Caroline Elizabeth Card[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Site studioecoledefrance.com, url : https://www.studioecoledefrance.com/
  2. Ces enregistrements constituent aujourd’hui le fonds d’archives “Akoli Daouel” (http://phonotheque.mmsh.huma-num.fr/dyn/portal/index.xhtml?page=alo&aloId=14446&req=11&cid=4091d5b6-a817-451a-93a4-e40bf7ad92db) actuellement traité à la phonothèque de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme (MMSH) à Aix-en-Provence.
  3. Site de l'institut des mondes africains, url : https://www.imaf.cnrs.fr/
  4. Site du projet ERC, Langarchiv, url : https://cordis.europa.eu/project/id/759390
  5. « Les pionniers du tourisme : Le pharmacien de Niamey Louis-Henri Mourèn, Akoli Dawel, Mano ag Dayak », sur Site news.aniamey.com,
  6. APARD, Elodie, «Les modalités de la transition démocratique au Niger: l’expérience de la conférence nationale», dans: SALVAING, Bernard (dir.), Pouvoirs anciens, pouvoirs modernes de l’Afrique d’aujourd’hui, Rennes, Presses universitaire de Rennes, 2015, p. 153-167.
  7. « La gouvernance des partis politiques au Niger : Multipartisme ou multi-entreprise. », sur Site news.aniamey.com,
  8. « Le PUND-Salama fusionne avec le MPN Kiishin Kassa », sur Actuniger.com,
  9. « Le conseil économique, social et culturel - CESOC », sur https://www.presidence.ne/
  10. « Niger : vague d’arrestations parmi les Touaregs. Le premier ministre demande aux rebelles de « déposer les armes », sur lemonde.fr,
  11. DANDA, Mahamadou, Politique de décentralisation, développement régional et identités locales au Niger : le cas du Damagaram, Thèse de doctorat, Bordeaux IV, Science politique, Université Montesquieu, Institut d’études politiques de Bordeaux, 2004, p. 158.
  12. « Produits agricoles », sur goafricaonline.com
  13. Ingay Issoufou, « Situation pastorale au Niger et en Afrique de l’Ouest : la parole aux acteurs. Interview de M. Elh Akoli Daouel », Site web.archive.org,‎ (lire en ligne)
  14. « Musée d'Ethnographie de Neuchâtel: François borel détails », sur www.men.ch (consulté le )
  15. (de) « Ernst Lichtenhahn », dans Wikipedia, (lire en ligne)
  16. Archives sonores du MEN, "Airs d'anzad, vièle monocorde jouée par Ajjo (Jima Willit Emini, ~40ans), de la tribu des Kel Fadey. Considérée comme la meilleure joueuse d'anzad du pays.", fichier LI.1971.13.1, url : https://webceg.ne.ch/pls/apex4/f?p=121:8:0::NO:8:P8_MUSEE,P8_PROVENANCE,P8_TECHNIQUES,P8_MATIERES,P8_DOMAINES,P8_COTE,P8_ETHNIE,P8_VISIBLE,P8_FILTER_HIDE,P8_FILTRE_SIMPLE:100000,,,,,LI.1971,,Y,N
  17. CARD, Caroline Elizabeth, Tuareg music and social identity, Thèse de doctorat, University Microfilms International, Indianna, 1982, p. V.