Aide:Rédaction historique
La rédaction historique sur Wikipédia répond à un double impératif de style encyclopédique : respecter la neutralité dans la présentation des faits et des interprétations (style neutre), tout en veillant à la clarté et à l’accessibilité du propos (style impersonnel). Cette page a pour objectif de guider les contributeurs dans leurs choix de formulation et restitution de sources historiographiques, sans prétention à l’originalité ou à l’interprétation personnelle.
Points de style
[modifier | modifier le code]- La rédaction en histoire n'est pas la production d'une narration romancée, journalistique ou commerciale : elle traduit les recherches des spécialistes et reflète les sources historiques mobilisées dans une articulation problématisée de l'évolution des faits et des idées.
- Le texte sur Wikipédia est écrit au présent historique, avec le respect de la concordance des temps.
- Par conséquent, sur Wikipédia et dans les études historiques plus généralement, l'écriture au futur est fortement déconseillée. Il ne faut en aucun cas introduire un récit téléologique. Les récits prospectifs ou alternatifs peuvent être introduits seulement s'ils reflètent les plans ou des hypothèses d'évolution établies par les acteurs historiques (ex. : projet de création d'État, confrontation militaire anticipée, anticipation de la mort d'un souverain).
- La rédaction historique suppose un traitement méthodique, bien éloigné de toute recherche d'anecdotes, de « mystères » ou d'uchronies.
- Dans la structure et l'énonciation, la hiérarchie des informations est importante : un contexte est suivi par les faits du sujet avant d'être éventuellement accompagné des interprétations.
- Pour ne pas mélanger l'état actuel des recherches avec son évolution, il peut être préférable de créer une section distincte pour l'historiographie.
- La clarté et la rigueur supposent de s'abstenir des figures de style, d'autant plus si elles sont mélioratives, péjoratives, voire ambiguës (ex. : le vent de la révolte souffle → une série de révoltes éclate ; Paris s'éveille → la population parisienne prend conscience de).
- Les marqueurs temporels absolus sont à préférer aux marqueurs relatifs (position présentiste), en particulier pour les titres de section, d'autant plus s'ils sont flous (ex. : autrefois, jadis, il y a fort longtemps, avant sont imprécis et on leur préfère la citation de la date ou des bornes de la période et, à défaut, une formulation plus explicite comme quelques années avant, à une date indéterminée au cours de [la période considérée]).
- Il convient également d'éviter les binarismes artificiels : on peut éventuellement problématiser une conciliation, évaluer un paradoxe, mais ne pas créer une juxtaposition enjolivante de concepts, quitte à ce que ce soit plus long (ex. : le Japon se développe entre tradition et modernité → le Japon connaît une industrialisation rapide et modernisation technologique à partir du début du XXe siècle, tout en maintenant certaines structures sociales héritées de l'époque d'Edo).
- Les formulations avec une barre oblique, comme « et/ou », ne sont pas d'usage académique et des reformulations sont à envisager.
Vocabulaire
[modifier | modifier le code]Certains termes, consacrés par l'usage en sciences humaines, doivent être privilégiés car ils désignent avec justesse des réalités historiques, matérielles ou méthodologiques. Plutôt que de leur substituer des expressions approximatives ou descriptives, moins exactes ou moins établies, il convient de recourir aux termes établis : corpus, iconographie, toponymie, appareil critique, acteur (social), etc.
Une attention particulière doit être portée, en fonction des sources et du contexte, à certains termes provenant de vocabulaires conflictuel, issu de rapports de domination ou ethnocentriques, de discours partisans in situ ou bien de récits construits a posteriori : conquête, occupation, libération, dévastation, invasion, annexion, prise, protection, terrorisme, résistance, révolution, découverte, anarchie, soulèvement, chaos, etc. ainsi que ceux ayant le même radical (ex. : « les anarchistes ont tenté un soulèvement à Crest » dans le Le Moniteur universel, propagande du pouvoir, pour qualifier les insurgés républicains durant les troubles à la suite du coup d'État du 2 décembre 1851[1]).
Appliquer à des objets du passé des notions issues d'époques postérieures (ex. : symbolique pour l'art médiéval qui se veut avant tout sensoriel et performatif ; racisme pour des politiques raciales sous l'Antiquité grecoromaine[2],[3],[4]) revient à introduire un paradigme qui n'a pas lieu d'être et donc à projeter sur le passé des cadres intellectuels contemporains : ils brouillent l'analyse et obscurcissent plus qu'il n'éclairent. Ces termes qui recouvrent des réalités variables selon les époques sont à distinguer de ceux historiographiquement établis (ex. : Moyen Âge, gothique ou Première Guerre mondiale), ce qui n'empêche pas de préciser les termes utilisés par les contemporains (ex. : opus francigenum pour l'expression francilienne du gothique). Enfin, des appelations sont préférées par l'historiographie récente (ex. : grandes migrations préférées à invasions barbares). L'analyse historique exige d'abord de penser dans les termes adaptés à l'époque étudiée.
À cette considération terminologique se superpose la considération des évolutions sémantiques qui peuvent être précisées dans la rédaction si elles sont explicitement étudiées. Certaines notions ont, en effet, pu connaître des glissements, des extensions ou restrictions sémantiques qui altèrent la perception d'une source historique (ex. : les notions de citoyenneté ; empire qui est passé d'une simple revendication à toute forme de domination étendue ; colonisation qui est passé d'une exploitation agricole, à l'établissement d'une colonie, puis à un l'instauration d'un système de domination[5],[6] ; esclave passant d'une personne non libre dans l'Antiquité à une forme spécifique d'assujettissement ou d'aliénation).
La valeur d'un terme peut aussi différer selon que l'on considère l'échelle individuelle ou celle du groupe (ex. : identité peut être un sentiment d'appartenance individuel et une construction sociale et politique ; mémoire peut être un souvenir personnel et une transmission intergénérationnelle ; pouvoir peut être une capacité potentielle d'action et un système politique établi). L'usage d'un terme dépend de son contexte et peut être précisée par épithètes ou compléments pour la clarté, voire en tant que locution établie (ex. : pouvoir politique, conscience de classe, souffrance physique). Sur le plan historiographique, ces variations d'échelle et la considération terminologique trouvent écho dans les démarches de la microhistoire, de la macrohistoire et plus récemment de la microhistoire globale[7].
Plus généralement, les termes doivent être précis et ne pas établir d'ambiguïté sémantique de nature historique. Il est courant que le sens contemporain d'un terme dans la rédaction puisse interférer avec d'autres sens admis par les communautés d'historiens, qui prennent souvent en compte son étymologie (ex. : incarner ne peut être utiliser comme simple synonyme de représenter, puisqu'il renvoie à l'idée d'une matérialisation physique par la chair).

D'autres erreurs fréquentes à éviter sont notamment :
- l'emploi hors de leur acceptation spécifique de qualificatifs renvoyant à des cadres périodiques ou culturels déterminés (ex. : classique, moderne, médiéval, antique, créole, féodal ; Europe moderne se réfère à une période précise) ;
- l'emploi de locutions populaires pour une entité, dans la continuité des figures de styles à éviter et relevant davantage du style journalistique : (ex. : Empire du Milieu, Perfide Albion, langue de Shakespeare) ;
- l'emploi de substantifs moralisants ou exprimant des jugements de valeur (ex. : monstres, héros, sacrifice, trahison, innocents, retard, avancée, progrès, barbare, civilisé, ignoble, tristement célèbre), bien que certains de ces termes puissent être employés par des historiens dans leur communication ;
- l'emploi de locutions exprimant une évidence ou essayant d'évaluer la pensée du lecteur (ex. : naturellement, logiquement, contre toute attente, contre-intuitif) ;
- l'emploi de nominations essentialisantes, ayant souvent été utilisées pour véhiculer des messages discriminatoires (ex. : le Juif, la Femme) ;
- l'emploi d'appellations archaïques de groupes d'individus (ex. : les israélites, les mahométans) ;
- le non respect du choix d'un singulier ou d'un pluriel dégagé par l'historiographie (ex. : révolutions industrielles, Amériques) ;
- l'utilisation isolée de termes ne devenant pertinents que s'ils sont accompagnés d'une précision, d'un contexte ou d'un point de référence (ex. : statégique, puissant, influent, décisif, symbolique) ;
- la qualification anachronique des activités — comme corollaire à l'exigence de termes adaptés à l'époque étudiée, ci-haut mentionnée —, surtout quand elles sont liées à une discipline de création postérieure (ex. : il est plus approprié de qualifier Nicolas Flamel d'alchimiste que de chimiste, Diego Muñoz Camargo de chroniqueur historique que d'historien, Ibn Khaldoun de penseur de la société que de sociologue) ;
- la projection d'une entité géographique actuelle sur une entité historique (ex. : la France ne peut être utilisée pour le XVIe siècle, il est question du royaume de France) ;
- l'attribution d'un adjectif se référant à une région pour une désignation géographique postérieure, voire l'assignation d'une appartenance nationale ou ethnique anachronique (ex. : Léonard de Vinci est toscan et non italien, Juste Lipse est flamand et non belge, Frédéric II est prussien et non allemand, Avicenne est persan et non iranien), ce qui est à distinguer des appartenances culturelles, linguistiques, dont les désignations peuvent être justes même hors d'un cadre national constitué (ex. : il est pertinent d'écrire que Antonín Dvořák est tchèque, que François Rabelais est d'expression française ou que Mobutu Sese Seko peut être considéré congolais même durant le Zaïre) ;
- l'introduction d'objets de narration avec un rapport personnel ou communautaire au passé, souvent avec des déterminant de première personne (ex. : les Anciens, Nos Aïeux, notre héritage, les Pères, l'ancien temps) ;
- la mauvaise termninologie, orthographe et typographie de certaines notions historiographiquement établies (ex. : Moyen Âge est écrit avec deux majuscules, un accent circonflexe et sans trait d'union ; Seconde Guerre mondiale n'est pas la Deuxième, puisqu'il n'y en a pas eu de troisième) ;
- expliquer qu'une notion dépasse ou transcende l'histoire avec la suggération d'une sortie du champ disciplinaire, alors que l'histoire, en dialogue avec d'autres disciplines, conserve ses méthodes propres, ses bornes et ne doit pas donner un air vulgarisé dans une démarche rigoureuse.
Usage des références
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Les références contribuent à l'exigence de vérifiabilité. Dans le domaine historique, une source est le fondement de tout travail d'historien : elles doivent être repérées par le contributeur au moment de la reprise du travail d'un spécialiste.
- Certaines sources, par leur nature, sont des sources primaires qu'il ne faut pas interpréter ; elles peuvent être utilisées si leur contenu est factuel et fiable et être souhaitables si elles sont appuyées par une source secondaire, ce qui permet également d'améliorer la vérifiabilité, notamment dans le cas où cette source secondaire est peu accessible.
- Les sources trop anciennes peuvent ne plus correspondre à l'état actuel de la recherche et être contredites ou nuancées par des travaux plus récents, d'autant que la méthodologie historique a évolué avec le temps. Il convient de les utiliser avec précaution, et ce même si elles semblent plus faciles d'accès.
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Références
[modifier | modifier le code]- ↑ « Intérieur », Le Moniteur universel, no 345, , p. 3/8 (lire en ligne
, consulté le )
- ↑ Benjamin Isaac, « Proto-Racism in Graeco-Roman Antiquity », World Archaeology, vol. 38, no 1, , p. 32–47 (ISSN 0043-8243, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Marylène Patou-Mathis, « De la hiérarchisation des êtres humains au « paradigme racial » », Hermès, La Revue, vol. 66, no 2, , p. 30–37 (ISSN 0767-9513, DOI 10.4267/2042/51550, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Jean-Frédéric Schaub et Silvia Sebastiani, Race et histoire dans les sociétés occidentales: XVe-XVIIIe siècle, Albin Michel, coll. « Bibliothèque Albin Michel histoire », (ISBN 978-2-226-25386-6)
- ↑ Steve Déry, La Colonisation agricole au Viêt Nam: Contribution à l'étude de la construction d'un État moderne; du bouleversement à l'intégration des Plateaux centraux, Québec, Presses de l'Université du Québec, (ISBN 978-2-7605-2710-2, lire en ligne
), « Introduction »
- ↑ Marcel Dorigny, Jean-François Klein, Jean-Pierre Peyroulou et Fabrice Le Goff, Grand atlas des empires coloniaux : premières colonisations, empires coloniaux, décolonisations, XVe et XXIe siècles, Paris, Autrement, (ISBN 978-2-7467-5332-7, lire en ligne
), « Introduction. Coloniser, s’établir, voyager, explorer, découvrir, conquérir… », p. 11-13
- ↑ Romain Bertrand et Guillaume Calafat, « La microhistoire globale : affaire(s) à suivre », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 73, no 1, , p. 1–18 (ISSN 0395-2649, lire en ligne, consulté le )