Ahmed Ibn Ibrahim Al-Ghazi

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Ahmed Ibn Ibrahim Al-Ghazi
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Ahmed Ibn Ibrahim Al-Ghazi («le Conquérant»[1], arabe: أحمد بن إبراهيم ال غازي)[2], né en c. 1507 et mort en février 1543[3], était un dirigeant religieux (imam), politique et militaire du sultanat du Bar Sa’ad ad-din d'Harar[4] (dans la région de l'Adal), qui a dirigé une guerre de conquête contre les États chrétiens d'Éthiopie. Il a remporté de nombreuses victoires et bouleversé la géographie politique de cette région, avant sa mort et son échec final en 1543[2].

Bien qu'une importante bibliographie le qualifie de somali[2],[5],[6],[7],[8],[9],[10],[11],[12], les textes de l'époque ne permettent pas de confirmer cette identité[13]. Il est revendiqué comme un héros national par la République de Somalie qui lui a érigé des statues.

À partir de la fin du XVIe siècle, il est appelé «le Gaucher» dans les sources chrétiennes (Grañ (ግራኝ) en amharique) puis Gurey en somali, mais pas dans les textes musulmans[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Vers 1520, le sultan d’Harar, Abou-Bakr b. Mohammed, est confronté à des oppositions internes, religieuses et politiques, qui prennent la forme d'une «guerre civile» ou «jihad interne»[14]. Un groupe d'opposants originaire du Hubat est fondé par le jarad Abun, qui est tué par Abu Bekr. Après plusieurs épisodes, Ahmed al Ghazi, qui a épousé Dalwanbarah, la fille d'un chef de guerre de Mohammed nommé Mahfouz, prend la tête de ce groupe, tue le sultan Abu Bakr et le remplace par son frère ’Umar din b. Mohammed[15]. Il assure ainsi son autorité sur le sultanat[16].

Selon un manuscrit éthiopien du XIXe siècle[17], en 1527, Ahmed al-Ghazi refuse de payer un tribut au negus Dawit II. Attaqué par une armée éthiopienne dirigée par «Digal» ou «Dagalhan», Ahmed la défait, puis reforme ses troupes avec de nombreux Somalis et entreprend une guerre sainte (djihad) contre l’Éthiopie[18].

Ahmed al-Ghazi est victorieux des Éthiopiens à Chémbéra-Kourié en mars 1529, mais ses troupes refusent de pénétrer plus profondément dans le pays. En 1531, Il reprend l’offensive contre l’Éthiopie[18].

Grâce aux armes à feu turques, il réussit, en deux ans, à contrôler une grande partie du pays : il occupe le Daouaro et le Shewa, l’Amhara et le Lasta, soumet au passage Balé, Hadiya et Sidamo et efface la chrétienté du Cambata. Il dévaste les hauts-plateaux, brûle les églises, pille les villes et les monastères. Seules le Tigray, le Bégemeder et le Godjam sont épargnés. En 1533, Gragn lance toutes ses forces contre les provinces du nord. Il envahit le Tigré et rencontre une résistance dans la province de Seraye, qui fait partie du royaume du Medri Bahri, menée par Adkamé Melaga qui résiste jusqu'à la fin de la guerre[16].

Il achève la conquête de l’Abyssinie, à l’exception de quelques régions montagneuses où se sont réfugiés le negus Dawit II et ses partisans. Le pays est dévasté à tel point que les envahisseurs eux-mêmes souffrent de la famine.

Des troupes portugaises débarquent à Massawa, au nord de l'Éthiopie, en 1541 pour soutenir le negus Gelawdewos, successeur de Dawit II. Ils remportent un premier succès en franchissant l’Amba-Sénéïti, puis arrivent début avril 1542 au sud de Macallé où ils se retranchent devant le gros des troupes de Gragn. En deux batailles au nord de l’Amba Alagi, ils débandent les musulmans, et blessent l’iman Ahmed. Mi-avril, ils atteignent la plaine d’Ofala, au sud du lac Achangui, alors que la saison des pluies arrive.

Pendant ce temps, Ahmed al Ghazi reconstitue ses troupes et y adjoint 900 mousquetaires et dix canons reçus d’Arabie, du pacha des Turcs de Zébid. Il reprend l’offensive avant la saison sèche et met les Portugais en déroute à la bataille de Wofla () : deux cents survivants se replient vers le Simien avec la reine et le prêtre catholique João Bermudes. Leur chef, Dom Christophe de Gama, fils de Vasco de Gama, resté en arrière, est capturé et torturé avant d’être décapité.

En octobre, le negus Gelawdewos réussit à joindre ses troupes et les Portugais, tandis que Ahmed al Ghazi, sûr de son succès, a congédié ses alliés turcs et regagné ses quartiers près du lac Tana. L'année suivante, les troupes de Harar sont surprises et décimées par le négus Gelawdewos à Ouaïna-Dega, près du lac Tana, en février 1543. Ahmed al Ghazi y est tué d’une balle de mousquet par le Portugais Pero de Lian. Privés de leur chef, ses soldats se dispersent et sont taillés en pièces dans leur fuite vers l’Adal.

Malgré quelques tentatives, les successeurs de Ahmad (vizir ’Abbas, emir Nur ibn al-Wazir Mujahid et sultan Muhammad) ne parviennent pas à reprendre la guerre et les territoires perdus. Il finirent par abandonner Harar pour s'installer dans l'Awsa[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. R. Michael Feener, Islam in World Cultures: Comparative Perspectives, ABC-CLIO, 2004), p. 219.
  2. a, b et c Saheed A. Adejumobi, The History of Ethiopia, Greenwood Press, 2006, p.178)
  3. Le 12 février selon le Mashafa Seddat et le 22 février selon une chronique de Galawdéwos (Chekroun, 2013).
  4. a et b Chekroun [2013].
  5. Franz-Christoph Muth, "Ahmad b. Ibrahim al-Gazi" in Siegbert Herausgegeben von Uhlig, ed., Encyclopaedia Aethiopica: A-C (Wiesbaden:Harrassowitz Verlag, 2003), pp. 155.
  6. Nikshoy C. Chatterji, Muddle of the Middle East, (Abhinav Publications: 1973), p.166
  7. Charles Fraser Beckingham, George Wynn Brereton Huntingford, Manuel de Almeida, Bahrey, Some Records of Ethiopia 1593-1646: Being Extracts from the History of High Ethiopia or Abassia By Manoel De Almeida, Together with Bahrey's History of the Galla, (Hakluyt Society: 1954), p.105
  8. Charles Pelham Groves, The Planting of Christianity in Africa, (Lutterworth Press: 1964), p.110
  9. Richard Stephen Whiteway, Miguel de Castanhoso, João Bermudes, Gaspar Corrêa, The Portuguese expedition to Abyssinia in 1541-1543 as narrated by Castanhoso, (Kraus Reprint: 1967), p.xxxiii
  10. William Leonard Langer, Geoffrey Bruun, Encyclopedia of World History: Ancient, Medieval, and Modern, Chronologically Arranged, (Houghton Mifflin Co.: 1948), p.624
  11. Ewald Wagner, "`Adal" in Encyclopaedia Aethiopica: A-C, p.71
  12. George Wynn Brereton Huntingford, The historical geography of Ethiopia from the first century AD to 1704, (Oxford University Press: 1989), p.135
  13. Chekroun, 2013, «Affirmer, comme cela est le cas actuellement en Somalie, qu’il était d’origine somali est faux : aucun signe ne permet de le penser et dans le Futuh al-Habaša il est toujours fortement distingué des Somali», p. 291.
  14. Chekroun [2013], chapitre 4, p. 169 passim.
  15. Chekroun [2013], p. 173.
  16. a et b Jean Doresse, L'empire du Prêtre-Jean : L'Éthiopie médiévale, vol. 2, Plon,‎ (présentation en ligne)
  17. André Caquot, «Histoire Amharique de Grañ et des Galla», Annales d'Ethiopie, 1957, voir en ligne sur Persée.
  18. a et b E. J. van Donzel, Anqasa Amin, Brill Archive,‎ (présentation en ligne).
  19. Chekroun [2013], p. 129.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Amélie Chekroun, Le «Futuh al-Habasa» : écriture de l'histoire, guerre et société dans le Bar Sa'ad ad-din (Ethiopie, XVIe siècle), thèse d'histoire sous la direction de Bertrand Hirsch, université paris I, 2013, 482 p., voir en ligne sur TEL
  • Hervé Pennec, Des jésuites au royaume du prêtre Jean (Éthiopie), Paris, Centre culturel Calouste Gulbenkian, 2003, 372 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]