Ahmed Ibn Ibrahim Al-Ghazi

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Ahmed Ibn Ibrahim Al-Ghazi
Statue d'Ahmed ibn Ibrihim al-Ghazi,  Mogadiscio
Statue d'Ahmed ibn Ibrihim al-Ghazi, Mogadiscio

Surnom « le Conquérant »
Naissance 1506
Zeilah, Adal
Décès 21 février 1543
Région d'Amhara
Origine Beja et Afar
Allégeance Sultanat d'Adal
Conflits Guerre Adal-Éthiopie
Faits d'armes Bataille de Shembra Couré
Bataille d'Antoukyah
Bataille d'Amba Sel
Bataille de Sahart
Bataille de Wofla
Famille Bati del Wambara
(épouse)
Umar Din
(frère)

Ahmed Ibn Ibrahim Al-Ghazi camad al ghazi ( afar) , []]: አሕመድ ኢቢን ኢብራሂም አል ጋዚ, "Ahmad Ibni Ibrahim Al-Gaazi",  arabe: أحمد بن إبراهيم ال غازي) dit le « le Conquérant »[1], né vers 1506 a Zeilah, et mort le 21 février 1543[2] dans la région d'Amhara, est un dirigeant religieux (imam), politique et militaire du sultanat musulman d'Adal[3],[4], il est connu pour avoir dirigé la guerre adalo-éthiopienne et défait un grand nombre d'empereurs éthiopiens[5].

Il recrute son armée parmi les populations Afars, somalis, hararis[6], afars, arabes[7], et s'allie aux turcs ottomans[8] qui lui fournissent un petit corps de troupe, ainsi que des armes à feu. Il a remporté de nombreuses victoires et bouleversé la géographie politique de cette région, avant sa mort et son échec final en 1543[9].

À partir de la fin du XVIe siècle, il est appelé « le Gaucher » dans les sources chrétiennes (ግራኝ (Grañ) en amharique) mais pas dans les textes musulmans

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Ahmad Al-Ghazi est considéré par la majorité de savants comme étant d'ethnie somali. Cependant, d'autres historiens ont contesté cette appartenance ethnique[10] et Ahmad est parfois décrit comme étant d'ethnie Harari[11],[12]. De nombreux clans somaliens ont joué un rôle important dans la conquête de Gurey en Abyssinie, mais ces clans sont entrés en guerre, au nom de l'islam, sans distinction ethnique précise[13],[14].

Guerre adalo-éthiopienne[modifier | modifier le code]

Article principal : Guerre Adal-Éthiopie.
Ruines du sultanat d'Adal, à Zeilah, en Somalie.

Vers 1520, le sultan d’Harar, Abou-Bakr b. Mohammed, est confronté à des oppositions internes, religieuses et politiques, qui prennent la forme d'une «guerre civile» ou «jihad interne»[15]. Un groupe d'opposants originaire du Hubat est fondé par le jarad Abun, qui est tué par Abu Bekr. Après plusieurs épisodes, Ahmed al Ghazi, qui a épousé Dalwanbarah, la fille d'un chef de guerre de Mohammed nommé Mahfouz, prend la tête de ce groupe, tue le sultan Abu Bakr et le remplace par son frère ’Umar din b. Mohammed[16]. Il assure ainsi son autorité sur le sultanat[17].

Selon un manuscrit éthiopien du XIXe siècle[18], en 1527, Ahmed al-Ghazi refuse de payer un tribut à l'empereur Dawit II. Attaqué par une armée éthiopienne dirigée par « Digal » ou « Dagalhan », Ahmed la défait, puis reforme ses troupes avec de nombreux Somalis et entreprend une guerre sainte (djihad) contre l'Empire d'éthiopie[19].

Ahmed al-Ghazi est victorieux des éthiopiens à Chémbéra-Kourié en mars 1529, mais ses troupes refusent de pénétrer plus profondément dans le pays. En 1531, Il reprend l’offensive contre l’Éthiopie[19].

Dans le contexte de la guerre navale entre Portugais et Ottomans, il bénéficie du soutien de ces derniers. Grâce aux armes à feu turques, il réussit, en deux ans, à contrôler une grande partie du pays : il occupe le Daouaro et le Shewa, l’Amhara et le Lasta, soumet au passage Balé, Hadiya et Sidamo et efface la chrétienté du Cambata. Il dévaste les hauts-plateaux, brûle les églises, pille les villes et les monastères. Seuls le Tigray, le Bégemeder et le Godjam sont épargnés. En 1533, Gragn lance toutes ses forces contre les provinces du nord. Il envahit le Tigré et rencontre une résistance dans la province de Seraye, qui fait partie du royaume du Medri Bahri, menée par Adkamé Melaga qui résiste jusqu'à la fin de la guerre[17].

Il achève la conquête de l’Abyssinie, à l’exception de quelques régions montagneuses où se sont réfugiés le negus Dawit II et ses partisans. Le pays est dévasté à tel point que les envahisseurs eux-mêmes souffrent de la famine.

Des troupes portugaises débarquent à Massawa, au nord de l'Éthiopie, en 1541 pour soutenir le negus Gelawdewos, successeur de Dawit II. Ils remportent un premier succès en franchissant l’Amba-Sénéïti, puis arrivent début avril 1542 au sud de Macallé où ils se retranchent devant le gros des troupes de Gragn. En deux batailles au nord de l’Amba Alagi, ils débandent les musulmans, et blessent l’iman Ahmed. Mi-avril, ils atteignent la plaine d’Ofala, au sud du lac Achangui, alors que la saison des pluies arrive.

Pendant ce temps, Ahmed al Ghazi reconstitue ses troupes et y adjoint 900 mousquetaires et dix canons reçus d’Arabie, du pacha des Turcs de Zébid. Il reprend l’offensive avant la saison sèche et met les Portugais en déroute à la bataille de Wofla () : deux cents survivants se replient vers le Simien avec la reine et le prêtre catholique João Bermudes. Leur chef, Dom Christophe de Gama, fils de Vasco de Gama, resté en arrière, est capturé et torturé avant d’être décapité.

En octobre, le negus Gelawdewos réussit à joindre ses troupes et les Portugais, tandis qu'Ahmed al Ghazi, sûr de son succès, a congédié ses alliés turcs et regagné ses quartiers près du lac Tana. L'année suivante, les troupes de Harar sont surprises et décimées par le négus Gelawdewos à Ouaïna-Dega, près du lac Tana, en février 1543. Ahmed al Ghazi y est tué d’une balle de mousquet par le Portugais Pero de Lian. Privés de leur chef, ses soldats se dispersent et sont taillés en pièces dans leur fuite vers l’Adal.

Malgré quelques tentatives, les successeurs de Ahmad (vizir ’Abbas, emir Nur ibn al-Wazir Mujahid et sultan Muhammad) ne parviennent pas à reprendre la guerre et les territoires perdus. Il finirent par abandonner Harar pour s'installer dans l'Awsa[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. R. Michael Feener, Islam in World Cultures: Comparative Perspectives, ABC-CLIO, 2004), p. 219.
  2. Saheed A. Adejumobi, The History of Ethiopia, Greenwood Publishing Group, (lire en ligne), p. 178
  3. Chekroun [2013].
  4. Encyclopædia Universalis, « AHMED IBN IBRAHIM AL-GHAZI GRAGNE », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 2 avril 2017)
  5. The New Encyclopædia Britannica, Volume 1, Encyclopædia Britannica, (lire en ligne), p. 163
  6. J.D Fage, The Cambridge History of Africa, Cambridge University Press (lire en ligne), p. 170
  7. (en) Barry Malone, « périodique=web », {{Article}} : paramètre « périodique » manquant,‎ (lire en ligne)
  8. John L. Esposito, The Oxford History of Islam, Oxford University Press, (lire en ligne), p. 501
  9. Saheed A. Adejumobi, The History of Ethiopia, Greenwood Press, 2006, p.178)
  10. Barry Malone, « Troubled Ethiopia-Somalia history haunts Horn of Africa »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Reuters, (consulté le 1er mai 2014)
  11. Siegbert Uhlig, Encyclopaedia Aethiopica: A-C, Otto Harrassowitz Verlag, (lire en ligne), p. 155
  12. Nial Fernaren, The Archaeology of Ethiopia, Routledge (lire en ligne)
  13. David D. Laitin, Said S. Samatar, Somalia: Nation in Search of a State, Westview Press, (lire en ligne), p. 12
  14. (en) Shihāb al-Dīn Aḥmad ibn ʻAbd al-Qādir ʻArabfaqīh, The conquest of Abyssinia: 16th century, Tsehai Publishers & Distributors, (lire en ligne)
  15. Chekroun [2013], chapitre 4, p. 169 passim.
  16. Chekroun [2013], p. 173.
  17. a et b Jean Doresse, L'empire du Prêtre-Jean : L'Éthiopie médiévale, vol. 2, Plon, (présentation en ligne)
  18. André Caquot, «Histoire Amharique de Grañ et des Galla», Annales d'Éthiopie, 1957, voir en ligne sur Persée.
  19. a et b E. J. van Donzel, Anqasa Amin, Brill Archive, (présentation en ligne).
  20. Chekroun [2013], p. 129.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Amélie Chekroun, Le « Futuh al-Habasa » : écriture de l'histoire, guerre et société dans le Bar Sa'ad ad-din (Éthiopie, XVIe siècle) (thèse d'histoire sous la direction de Bertrand Hirsch), Université Paris I, , 482 p. (lire en ligne)
  • Hervé Pennec, Des jésuites au royaume du prêtre Jean (Éthiopie), Paris, Centre culturel Calouste Gulbenkian, , 372 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]