Ahmad Ibn Touloun

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Ahmad Ibn Touloun
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 48 ans)
Al-Qatta'i (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom dans la langue maternelle
أحمد بن طولونVoir et modifier les données sur Wikidata
Père
Tulun (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Khumarawaih
Shayban ibn Ahmad ibn Tulun (en)
Al-Abbas Ibn Ahmad Ibn Touloun (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Religion

Ahmad Ibn Touloun[1] (835-884) est le fondateur de la dynastie des Toulounides qui a régné sur l'Égypte de 868 à 905. À l'origine, envoyé par le calife abbasside pour gouverner l'Égypte, il prend vite son autonomie politique vis-à-vis de Bagdad.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père, prénommé Touloun, est un des esclaves turcs que le gouverneur de Boukhara envoie au calife Al-Mâ'mûn. Il reste au service de la cour abbasside jusqu’à sa promotion au rang de prince. Son fils Ahmad, se tourne vers les études scientifiques et littéraires. Il apprend le coran, la jurisprudence et les hadiths et surpasse en ce domaine tous ses camarades.

Le calife abbasside Al-Mu`tazz nomme Ahmad ben Touloun, alors en garnison à Samarra, au poste de lieutenant du gouverneur de l'Égypte pour veiller à la fidélité de cette province essentielle. Il reçoit du calife la mission strictement limitée de rétablir l'ordre en Égypte. Il arrive à Fustat, le Vieux Caire, le et ne tarde pas à entrer en conflit avec les deux administrateurs venus avant lui, le ministre des finances et le directeur des postes. Il s'empare de la totalité du pouvoir. Organisateur et économiste avisé, il parvient, tout en allégeant l'impôt, à lui faire produire cinq fois plus, mais il se contente d'envoyer des oboles au calife. Il dispose ainsi de sommes considérables qui lui permettent d'entreprendre de grands travaux et d'organiser, avec des contingents turcs, grecs et soudanais, une armée solide et bien payée. Pour la première fois depuis les Ptolémée, l'Égypte redevient indépendante et peut tenir sa place dans la politique du Proche-Orient. Le calife doit renoncer à châtier son vassal infidèle et doit aussi supporter l'intervention de ce dernier dans les affaires de la Syrie, désormais étroitement liée à l'Égypte, puis l'annexion de la Cilicie et d'une partie de la Mésopotamie.

En 870, il fonde au nord de Fostat et d’Al-Askar sa propre cité, Al-Qatâ'i[2], dont subsiste encore aujourd’hui la mosquée portant son nom. Il entreprend même de faire réparer le phare d’Alexandrie.

Conquête de la Syrie[modifier | modifier le code]

Vers 877, les Byzantins, tirant avantage des troubles intérieurs dans le califat abbasside, font des incursions en Anatolie. Tarse et sa forteresse tombent aux mains des Byzantins.

Ahmad Ibn Touloun prétexte de cette situation pour se proposer d’aller en Syrie combattre les Byzantins. Al-Muwaffaq refuse cette proposition d’aide, mais son frère le calife Al-Mu`tamid accepte. Aussitôt, Ahmad ben Touloun confie les affaires intérieures de l’Égypte à son fils Khumârawayh, s'empresse de passer à l’action. Il commence par reprendre Damas et Antioche et s’avance vers Tarse. Il y est durement reçu et est contraint de retourner en Syrie où il maintient sa position et continue vers l’est, prenant Harran.

Alors qu’il se dirige vers Mossoul, il entend dire que son fils Khumârawayh a quitté Fostat et s’est dirigé vers la Cyrénaïque avec le trésor. C’est là l’idée d’un jeune fou voulant créer son propre royaume à l’Ouest mais qui est battu par les Aghlabides en Cyrénaïque (881). Khumârawayh est repris par les armées de son père et emmené à Fustât. Il est châtié par le calife lui-même de cent coups de fouet. Les personnes qui l’ont laissé faire sont elles aussi durement condamnées[3].

Lutte pour le pouvoir à Bagdad[modifier | modifier le code]

Al-Muwaffak étant engagé dans un combat à mort contre les Zanj, l’ambitieux Ahmad Ibn Touloun voit une occasion d’accroître son pouvoir. Il imagine d'offrir au calife auquel il ne reste plus que l’ombre du pouvoir de s’enfuir en Égypte pour se mettre en sécurité sous la protection de son fidèle vassal contre son trop puissant frère. Il avait compté sans la vigilance d’Al-Muwaffak. Ce dernier, apprenant cette manœuvre fait saisir le calife Al-Mu`tamid, et le fait emmener enchaîné à Samarra (882). Al-Muwaffak oblige son frère le calife Al-Mu`'tamid à jeter l’anathème sur Ahmad. Celui-ci est récusé pour présider le pèlerinage et les Toulounides sont dénoncés dans les assemblées.

Suite et fin du règne[modifier | modifier le code]

Ibn Touloun meurt en 884. Son fils Khoumarawiya contraint le calife abbasside à lui reconnaître, pour lui et ses descendants et pour une période de trente ans, le gouvernement de l’Égypte et de la Syrie, contre le paiement d’un tribut annuel. En 896, Khoumarawiya est assassiné à Damas et ses successeurs ne peuvent maintenir l’autonomie de l’Égypte. Et en 905, l’armée du calife abbasside écrase les forces toulounides et s’empare de Fostat. L’Égypte redevient une simple province de l’Empire abbasside.

Ahmad Ibn Touloun aura été un homme à poigne, un visionnaire. Signe du prestige retrouvé de l'Égypte, Khoumarawiya, l'enfant d'Ibn Touloun lui-même fils d'un esclave samarrien, épouse la fille du calife dans une cérémonie au faste inouï.

L’œuvre[modifier | modifier le code]

Il fait construire au Caire de nombreux palais et mosquées. La mosquée Ibn Touloun, située au Caire islamique, est la plus ancienne du Caire encore existante et une des plus grandes en superficie, l’ensemble couvrant 2,5 ha.

Son minaret à escalier en spirale adopte la forme en réduction du célèbre minaret de la grande Mosquée de Samarra (Iraq). La mosquée est majestueuse, avec son immense cour entourée de portiques aux décorations. Au milieu de la cour intérieure se dresse un dôme avec quatre entrées en arcades et abritant en son centre une fontaine pour les ablutions.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. arabe : ʾaḥmad ben ṭūlūn, أحمد بن طولون
  2. arabe : al-qaṭā’i`, القطائـع, les concessions
  3. William Muir, n’ose pas traduire le récit détaillé de ces peines tant elles lui paraissent cruelles. Dans une note il dit que Khumârawayh aurait été condamné à leur couper les deux mains et les deux pieds, les réduisant à devenir des hommes troncs. The caliphate its rise, decline, and fall from original sources

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Paul Roux, Histoire des Turcs : Deux mille ans du Pacifique à la Méditerranée, Paris, Fayard, , 495 p. (ISBN 2-213-60672-2)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]