Agriculture en Tunisie

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Champ de blé dans le gouvernorat de Béja

L'agriculture en Tunisie est un secteur économique très important. En 2012, il génère 8,5 % — 11,5 % si l’on ajoute l’agroalimentaire — du PIB national et assure 15 % des emplois.

Les principales productions agricoles sont les céréales (blé et orge), les olives, les dattes et les agrumes. La filière oléicole et la filière phoenicicole sont en grande partie tournées vers l'exportation.

Histoire[modifier | modifier le code]

Dans les dernières années du protectorat français, l’agriculture représente encore 29 % de l’activité économique totale mais tombe déjà à 22 % avec la nationalisation des 850 000 hectares exploités par des sociétés françaises et des colons[1].

Malgré cette baisse constante de la quote-part du secteur dans le PIB, l’agriculture a enregistré des taux de croissance importants, notamment durant les années 1970 avec près de 8 % par an[1], et a permis au pays d’atteindre un niveau de sécurité alimentaire suffisant. Ces performances sont la conséquence d’importants efforts de soutien et de modernisation réalisés dans le cadre d’une politique de développement et de régulation des activités agricoles et rurales (crédits de la Banque nationale agricole, assistances techniques et salaire minimum) et d’une demande soutenue par l’augmentation de la demande (population en hausse et aux revenus croissants)[2]. En effet, les taux de couverture des besoins nationaux par la production intérieure sont de près de 48 % pour les céréales, de 100 % pour les produits de l’élevage ou de 88 % pour les huiles[3].

La Tunisie n’échappe pas aux tendances de modernisation et de mondialisation de ces dernières décennies avec la libéralisation de son économie engagée depuis 1986 et l’accord de libre-échange signé avec l’Union européenne en 1995[3]. La tendance s’illustre par une baisse de la part de ce secteur économique dans le PIB (1/7e) et plus encore par une baisse de la population active (1/6e), tendance constatée tout au long du XXe siècle et accélérée après l’indépendance (avec un désengagement renforcé lors des années 1960 où fut tentée l’expérience collectiviste). Des unités de production modernes et bien intégrées au marché, notamment pour certaines aux marchés d’exportation, coexistent avec des systèmes de production restés, sous le poids de leurs contraintes de structures, traditionnels sur le plan des techniques adoptées et peu intégrés au marché[3]. Le programme d’ajustement structurel agricole, lancé en 1986, contribue à la libéralisation des prix et des investissements et à la privatisation progressive des entreprises publiques du secteur.

Caractéristiques foncières[modifier | modifier le code]

Les terres à vocation agricole couvrent une superficie de l’ordre de dix millions d’hectares réparties ainsi : cinq millions d’ hectares de terres labourables, utilisées en majorité pour les grandes cultures et l’arboriculture, quatre millions d’hectares de parcours naturels utilisables par les cheptels et un million d’hectares de forêts ou garrigues[4].

Les terres labourables sont pour leur immense majorité des terres privées exploitées par 516 000 agriculteurs. La taille moyenne des exploitations est de 10,2 hectares mais il existe une grande hétérogénéité autour de cette moyenne : 54 % des exploitations disposent de moins de cinq hectares et détiennent 11 % des superficies agricoles alors que 3 % seulement font plus de cinquante hectares et possédent 34 % des surfaces (chiffres de 2005)[5].

Les surfaces équipées pour l’irrigation sont de 420 000 hectares. Bien que ne représentant que 8 % de la surface agricole utile, ce secteur irrigué contribue à 35 % de la valeur agricole totale.

Principales productions[modifier | modifier le code]

Ceréaliculture[modifier | modifier le code]

Les céréales ont occupé 1,4 millions d’hectares en moyenne sur la dernière décennie et 1,3 millions d’hectares en 2013[6].

Elles sont représentées essentiellement par le blé tendre, l’orge et le blé dur. Il s’agit en grande majorité d’une production de type pluvial ; seuls 100 000 hectares peuvent bénéficier de l’irrigation en cas de sécheresse. Les rendements sont étroitement dépendants des aléas climatiques et donc très variables. Pour la campagne agricole 2013-2014, la production totale a été de 23 millions de quintaux, mais seulement de 10,8 millions en 2010, année beaucoup plus sèche.

Bien qu’occupant près du tiers de la surface agricole utile, les céréales ne contribuent en moyenne qu’à hauteur de 13 % à la valeur ajoutée agricole. La production céréalière ne couvre pas les besoins du pays, le taux de couverture étant de 40 % en année moyenne. Les importations de céréales sont coûteuses en devises pour le pays.

Oléiculture[modifier | modifier le code]

Oliveraie dans le gouvernorat de Sfax

L’oliveraie occupe plus de 1,7 millions d’hectares, soit plus du tiers des terres labourables du pays[6]. Sur la décennie 2003-2013, la Tunisie a produit en moyenne 169 500 tonnes d’huile d’olive, ce qui la situe au quatrième rang mondial après l’Espagne, l’Italie et la Grèce. En 2013, la production a été de 220 000 tonnes, soit 9 % de la production mondiale.

310 000 exploitants agricoles sont concernés par cette production, ce qui souligne son importance économique et sociale. La Tunisie a exporté 129 000 tonnes d’huile d’olive en moyenne sur la décennie 2003-2013. En 2013, 175 000 tonnes ont été exportées, ce qui situe le pays au troisième rang mondial dans ce domaine. On peut souligner que 120 000 hectares d’oliviers sont conduits en agriculture biologique, ce qui ouvre de nouvelles perspectives en matière d’exportation.

Phoeniciculture[modifier | modifier le code]

Palmeraie dans le gouvernorat de Tozeur

Le palmier dattier occupe une superficie de l’ordre de 41 000 hectares, pour un effectif total de 5,5 millions de pieds dont 66 % de deglet nour[6]. Les palmeraies se situent principalement dans les gouvernorats de Kébili (58 %), Tozeur (21 %), Gabès (16 %) et Gafsa (5 %). La production a atteint 196 500 tonnes en 2013.

Plus de 50 % de la production est exportée : 105 800 tonnes en 2013, ce qui fait de la Tunisie le deuxième exportateur mondial de dattes en volume et le premier en valeur.

Agrumes[modifier | modifier le code]

Les superficies consacrées aux agrumes sont de 23 600 hectares[6]. En 2013-2014, la production a été de 330 000 tonnes dont 39 % d’oranges de la variété maltaise. Le cap Bon, avec plus de 70 % de la production est la première région agrumicole du pays. Le marché local absorbe 80 à 90 % de la production ; le reste est exporté, essentiellement des maltaises qui sont appréciées sur les marchés européens et notamment français. Cependant, la Tunisie subit une forte concurrence des agrumes d’Espagne et du Maroc et on a observé un recul des exportations au cours des dernières années.

Viticulture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Viticulture en Tunisie.

La viticulture est également un secteur exportateur : le pays exporte 40 % de sa production pour des recettes atteignant 40,3 millions de dinars en 2009[7], avec 70 % en vin d’appellation d’origine contrôlée (AOC) dont 20 % bénéficient de la mention « premier cru ».

Productions animales[modifier | modifier le code]

Production laitière[modifier | modifier le code]

La production de lait a augmenté régulièrement au cours des dix dernières années : elle est passée de 864 000 tonnes en 2004 à 1 218 000 tonnes en 2014[6]. Ceci permet de couvrir la totalité des besoins du pays.

Le troupeau laitier est composé de 438 000 unités femelles dont 55 % de race pure Holstein et de 45 % de races locales ou croisées. Ces animaux sont localisés pour 70 % dans le nord du pays (notamment Bizerte, Béja et Jendouba) et pour 27 % dans le centre (notamment Sidi Bouzid).

Production de viande rouge[modifier | modifier le code]

Troupeau ovin dans le gouvernorat de Bizerte

La production moyenne de viande rouge au cours des années 2009-2013 a été de 121 000 tonnes[6] dont 90 % proviennent des espèces bovine et ovine ; elle couvre 95 % des besoins. Néanmoins, la consommation de viande rouge demeure relativement modeste (12,3 kilos par habitant et par an) si on la compare à celle des pays européens, en raison d’un prix assez élevé. Il s’agit bien souvent d’une consommation irrégulière de type festif.

En 2013, la Tunisie compte environ 6,6 millions d’ovins (ce qui est élevé eu égard à sa population et à la superficie du territoire), 1,4 millions de caprins et 0,7 million de bovins.

Aviculture[modifier | modifier le code]

La production de viande blanche est passée de 113 900 tonnes en 2003 à 202 700 tonnes en 2013[6], soit une augmentation de 78 % en dix ans. Il s’agit pour 61 % de poulet de chair et pour 31 % de dinde. La consommation se situe à 18,6 kilos par habitant et par an, ce qui en fait la viande la plus consommée dans le pays en raison de son prix bien inférieur à celui de la viande rouge.

La production d’œufs est de 1,78 milliards d’unités.

Échanges commerciaux[modifier | modifier le code]

Échanges agricoles par produit
Principaux produits exportés en 2013 Valeur (millions de dinars)
Huile d’olive 820,2
Poissons, crustacés et mollusques 223,7
Dattes 379,9
Agrumes 19,0
Principaux produits importés en 2013 Valeur (millions de dinars)
Céréales 1657,7
Huiles végétales 459,5
Sucre 303,0
Tourteaux de soja 91,3
Sources : Institut national de la statistique[8],[9]

Si la gestion de l’agriculture appartient encore à des établissements publics, tels l’Office des céréales ou l’Office national de l’huile[10], le secteur agricole est de plus en plus pris en charge par des groupes privés souvent présents dans l’industrie agroalimentaire tel le groupe Poulina, le premier groupe privé du pays.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b André Wilmots, De Bourguiba à Ben Ali. L’étonnant parcours économique de la Tunisie (1960-2000), éd. L’Harmattan, Paris, 2003, p. 28
  2. André Wilmots, op. cit., p. 30
  3. a, b et c [PDF] Mohamed Salah Bachta et Anouar Ben Mimoun, « Libéralisation des échanges, agriculture et environnement en Tunisie », Options Méditerranéennes, n°52, 2003
  4. Site de l'Agence de promotion des investissements agricoles
  5. Enquête structures 2004-2005, éd. Ministère de l'Agriculture et des Ressources hydrauliques, Tunis, janvier 2006[réf. incomplète]
  6. a, b, c, d, e, f et g Site de l'Observatoire national de l'agriculture
  7. Frida Dahmani, « Les crus prennent de la bouteille », Jeune Afrique, 4 juillet 2010, p. 50
  8. Principaux produits agroalimentaires exportés (Institut national de la statistique)
  9. Principaux produits agroalimentaires importés (Institut national de la statistique)
  10. Établissements publics dépendant du ministère de l’Agriculture (Observatoire national de l’agriculture)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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