Agriculture en Inde

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L'agriculture en Inde est un secteur économique important de l'Inde et l'une des productions agricoles les plus importantes de la planète. Le secteur emploie près des deux-tiers de la population active (49 % des emplois en 2012), avec un taux de suicide particulièrement élevé.

Histoire[modifier | modifier le code]

Fleur du théier (Inde).

Historiquement, l'Inde était cultivée depuis l'Antiquité. Oryza sativa (riz asiatique) provient de divers événements de domestication ayant eu lieu environ 5000 ans av. J.-C. en Inde du Nord.

La colonisation a développé certains secteurs comme le thé, introduit en Inde au XIXe siècle. Entre 1840 et 1860, l'Angleterre multiplie par huit ses importations de coton indien : 463 000 balles contre 56 923[1], mais avec des inconvénients: elle a introduit le coton américain en Inde, avec ses maladies végétales, et parasites, comme le ver de la capsule. De plus, le coton américain (Gossypium hirsutum) exige beaucoup plus d’eau et d’intrants que le coton indien (Gossypium herbaceum), et il épuise les sols plus vite[réf. nécessaire].

Histoire contemporaine[modifier | modifier le code]

Après 1950, des réformes agraires de la révolution verte sont mises en place, mais l'extension des terres agricoles voient leurs limites dès les années 1950-1960[2]. En 1951, les surfaces agricoles sont de 119 millions d'hectares, dont 21 millions sont irriguées[2]. L'objectif est alors d'augmenter les rendements agricoles notamment via l'irrigation, permettant 2 à 3 récoltes par an[2]. L'utilisation de pompes motorisés est financièrement soutenues dans certains états[2].

Dans les années 1950 et 60, une des réformes les plus importantes est un remembrement agricole notamment dans les états de l'Uttar Pradesh et de l'Haryana[2]. En 1965, la Food Corporation of India est créée pour stocker les denrées agricoles pour éviter les disettes, ainsi que pour subventionner l'achat de denrées agricoles à la population pauvre[2].

La population agricole s'enrichie relativement grâce à l'amélioration des rendements dans les régions les plus productrices notamment, le Pendjab, l'Uttar Pradesh, l'Haryana et les deltas rizicoles du sud de l'Inde[2]. Les régions du Bihar, du Bengale occidental, de l'Orissa connaissent des hausses rendements plus tardifs ou plus limités, alors que le Deccan et une grande partie de l'Inde du Sud a été moins touchés par la révolution verte, de par la difficulté d'accès à l'irrigation dans des régions montagneuses et semi-arides[2].

L'Inde parvient à couvrir les besoins alimentaires essentiels de sa population depuis les années 1970. La production de blé a été multipliée par 6 et la production de riz par 4 entre 1961 et 2003. Le maraichage, les cultures commerciales et l'élevage laitier se développent également[2]. En parallèle, l'agriculture indienne se motorise[2].

Cependant dès les années 1980, les investissements soutenus dans l'agriculture et le monde rural ralentissent, l'exode rural et la disparité de niveau de vie entre villes et campagnes s'accentuent[2]. Le réseau électrique, indispensable pour faire tourner les moto-pompes, se dégradent fortement, ainsi que les réseaux publics d'irrigations, qui manquent également d'investissements pour être étendues plus rapidement[2]. Les équipements maintenant la chaîne du froid sont peu utilisés, induisant des pertes importantes dans les denrées périssables. De plus, les sols dans certaines régions sont surexploités ou mal amendés, ennoyés ou salinisés[2].

Pourtant entre 1981 et 2002, la part des dépenses liées à la consommation de céréalés baisse. La consommation de lait triple sur la même période atteignant 91 millions de tonnes en 2002[2]. Toujours entre 1981 et 2002, la production d'œufs quadruple. La consommation de sucre triple entre 1951 et 2002 et celle des fruits passe entre 1991 et 2002 de 12,7 millions de tonnes à 19,2 millions[2].

En 1995-1996, 61,6 % des exploitations agricoles du pays ont une superficie de moins de 1 hectare, 18,7 % mesurent entre 1 et 2 hectares, 19,6 % mesurent plus de 2 hectares, pour au total de 116 millions d'exploitations[2]. En 2000-2001, les surfaces agricoles sont de 141 millions d'hectares, dont 55 millions sont irriguées[2].

Climat et sols[modifier | modifier le code]

Dates du début de la mousson estivale en Inde (couleurs). Vents dominants (flèches) durant les moussons estivales et hivernales

Le climat en Inde est fortement influencé par l'Himalaya et le désert du Thar. Le massif de l'Himalaya, de même que la chaîne de l'Hindū-Kūsh au Pakistan, constituent tous deux une barrière naturelle arrêtant les vents froids venant d'Asie centrale, maintenant ainsi au sein du sous-continent indien des températures plus élevées que dans la plupart des lieux situés aux mêmes latitudes. Le désert du Thar attire les vents de mousson chargés d'humidité qui sont responsables de la plus grande partie des précipitations en Inde.

Traversées par le Gange et bénéficiant davantage des bienfaits de la mousson, l’Indus et le Brahmapoutre sont, au nord du pays, les régions les plus fertiles. La ceinture indo-gangétique est la plus grande étendue d'alluvions du monde, formée par le dépôt de limon provenant des nombreuses rivières environnantes. Les plaines sont plates et le plus souvent dénuées d'arbres, favorisant ainsi l'irrigation au moyen de canaux. La zone est également riche en sources d'eau naturelle.

Cette plaine est l'un des plus grands espaces d'agriculture intensive au monde. Les cultures poussant sur la plaine indo-gangétique sont en premier lieu le riz et le blé, via le système de rotation des cultures. Les autres cultures incluent le maïs, la canne à sucre et le coton.

L'agriculture est très dépendante de la mousson pour l'irrigation. Dans certaines régions, une mousson trop faible engendrera un déficit d'eau qui entrainera la perte des récoltes.

Pratiques agricoles[modifier | modifier le code]

Cultures et mousson[modifier | modifier le code]

Kharif désigne les cultures et récoltes au cours de la saison des pluies (mousson pluvieuse) dans la région d'Asie du Sud, qui dure entre avril et octobre en fonction de la zone envisagée. Les cultures kharif principales sont le mil et le riz. Kharif contrastent avec rabi, les cultures irriguées de la saison sèche. Les deux mots sont arrivés avec les Moghols sur le sous-continent indien et sont largement utilisés depuis. Les cultures rabi sont semées à la mi-novembre, après que les pluies de mousson sont terminées, et la récolte commence en avril/mai. Les cultures sont cultivées soit avec l'eau de pluie qui a percolé à travers le sol, ou soutenues par l'irrigation. Une bonne pluie en hiver gâte les cultures rabi mais est bon pour les cultures kharif. La récolte rabi majeure en Inde est le blé, suivi par l'orge, la moutarde, le sésame et les pois. Les pois sont récoltés tôt, car ils sont prêts tôt: les marchés indiens sont inondés avec des pois verts de janvier à mars, avec un pic en février. Les cultures kharif sont généralement semées avec le début des premières pluies vers la fin mai dans le sud du Kerala au cours de l'avènement de la saison de mousson du sud-ouest. Comme les pluies de la mousson avancent vers le nord de l'Inde, les dates de semis varient en conséquence et atteignent juillet dans le nord de l'Inde.

La moitié de la production agricole du pays est semée entre les mois de juin et septembre[3].

Seulement la moitié des terres sont irriguées. Les pratiques sont donc largement dépendantes de la mousson. À chaque publication d’un bulletin de prévision, des SMS sont envoyés à des millions d’agriculteurs pour qu’ils adaptent leurs semences en fonction du niveau des précipitations. A elle seule, la mousson peut faire varier la croissance du PIB indien de 0,5 point[3]. Les trois quarts des produits issus des cultures les plus gourmandes en eau souterraine sont exportés par trois pays : l’Inde (riz et coton, surtout vers la Chine), les États-Unis (coton, blé, maïs et soja, vers la Chine, le Japon et le Mexique), et le Pakistan (surtout du riz, à destination de l’Iran, de l’Arabie saoudite ou du Bangladesh). L'impact est important sur les ressources en eau souterraine, qui sont exploitées plus vite qu'elles ne se renouvellent[4].

OGM[modifier | modifier le code]

L'arrivée des OGM a modifié fortement la culture de coton, le coton Bt est devenu très majoritaire (11,6 millions d'hectares en 2014) alors que 1 500 espèces de coton étaient cultivées dans le pays[5].

Pesticides et impacts sur les populations[modifier | modifier le code]

Dans les années 2010, les cas mortels d'encéphalite aigüe sur les enfants se sont amplifiés en Inde, au Bangladesh au Vietnam et en Thaïlande. Au Bangladesh, le lien à un cocktail chimique de pesticides est mis en évidence en 2017. En Inde, le gouvernement local du Kerala a estimé que l’usage à tort et à travers de l’endosulfan avait empoisonné 4 270 personnes et causé la mort de 500 autres depuis 1978. Ce pesticide est interdit en Inde depuis 2012, mais une utilisation en contrebande est suspectée[6].

Productions[modifier | modifier le code]

Cueillette du thé en Inde (Munnar).
Plantation de thé à Munnar, Inde, 2012.
En Inde (2012, Cochin), des porteurs acheminent une production de riz dans les entrepôts du port.

La surface agricole utile (SAU) est de 180 millions d’hectares, dont 140 millions d’hectares sont en culture, soit environ 60 % de la surface du pays[7].

L'Inde est le deuxième pays producteur de riz au monde avec 134 millions de tonne en 2009[8], année où le pays devient importateur pour cette denrée.

L'Inde est également l'un des principaux pays producteur de thé. Les thés Darjeeling, Assam et Nilgiri sont des thés noirs originaires des régions du même nom en Inde. Le pays produit également du café, du caoutchouc (au sud) et exploite des cultures d'oléagineux au centre du pays[3].

L'Inde possède le plus grand cheptel bovin au monde, avec 325 millions d'individus[9], notamment des buffles et zébus.

L'Inde est le deuxième pays producteur de Lait de vache en 2012 (54 millions de tonnes), et le premier pour le lait de bufflonne (66 millions de tonne). C'est également le premier pays producteur de lait de chèvre (4,8 millions de tonne). La production est cependant insuffisante pour couvrir les besoins nationaux.

L’agriculture contribue à hauteur de 15 % au PIB indien et fait vivre 60 % de la population dans les années 2010[3].

L'agriculture dans la culture indienne[modifier | modifier le code]

Le dieu de la pluie, Indra, est l’un des plus révérés du pays[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. "De l'industrie moderne", par François Verdeil, page 343, Editions V. Masson, 1861 [1]
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p et q Étienne Gilbert, « Agriculture et économie rurale en Inde – Début de réveil », Revue Tiers Monde 3/2005 (n° 183) , p. 539-558
  3. a, b, c, d et e Julien Bouissou, « En Inde, Paysans et tradeurs guettent la mousson », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  4. « Notre consommation alimentaire épuise les eaux souterraines », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  5. Caroline Revol, « La nature est intelligente », Terre sauvage, no 326,‎ .
  6. Émilie Veyssié, « Un cocktail chimique cause la mort de 13 enfants au Bangladesh. », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  7. La rédaction du Moma, « L’Inde agricole : entre forces et faiblesses », sur momagri.org, fin des années 2000 (consulté le 28 septembre 2015).
  8. FAO.
  9. « L’Inde, moteur des exportations de viande bovine dans le monde », sur agrapresse.fr, (consulté le 26 octobre 2015).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]