Agressivité chez les animaux

Cet article traite de l'agressivité chez les animaux, en particulier chez quelques animaux domestiques communs.
L'agressivité peut être synonyme de survie dans la nature ; elle fait partie du comportemental normal de toutes les espèces, sociales ou non ; elle est un régulateur social dans bien des espèces, passage obligé de la résolution des conflits.
L'homme civilisé a tendance à diaboliser l'agressivité ; la canaliser dans des exutoires sains et productifs paraît une meilleure solution.
Caractérisation
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L'agressivité chez les animaux peut être classée en quatre classes.
L'agressivité par irritation
[modifier | modifier le code]C'est une réaction à une douleur répétitive ou à un comportement provoquant la colère. L'agression est prévisible, l'animal prévient par des signaux d'alarmes et de menaces ; ensuite, il passe à l'agression proprement dite : morsure, griffures, coups… L'agression est sévère et immédiate selon l'ancienneté et de la répétition de l'irritation. Elle est généralement de courte durée, sauf si elle est maintenue par une instrumentalisation (la répétition de l'acte) plus ou moins poussée.
L'agressivité par peur
[modifier | modifier le code]Elle est rapide, violente et s'arrête immédiatement quand la cause de la peur disparaît.
L'agressivité hiérarchique
[modifier | modifier le code]Elle ressemble à l'agressivité par irritation, mais s'en distingue essentiellement par son contexte : la prérogative hiérarchique est remise en question.
Elle peut être à l'initiative de l'un ou de l'autre protagoniste. Elle a toujours pour but de contrôler un symbole de leur position hiérarchique : accès à une ressource (nourriture, eau ou sociale (lieu, ami, conjoint).
L'agressivité territoriale est un cas particulier : même si les protagonistes ne font pas partie de la même hiérarchie, le contrôle de la ressource territoire entre un « titulaire » et un « prétendant » entraîne une lutte. La lutte entre individus du même sexe pour le contrôle d'un partenaire sexuel en fait partie aussi.
L'agressivité de prédation
[modifier | modifier le code]Plus sauvage, elle est plus ou moins organisée, mais systématiquement optimisée par l'expérience. Son but est d'immobiliser et de consommer sa proie. Elle est condition de survie chez le prédateur. Elle est absente chez les espèces prédatées (proies) comme le cheval.
Les signaux d'alerte
[modifier | modifier le code]Chaque espèce a son registre de signaux d'alerte, puis d'agression proprement dite. Pour certaines d'entre elles, une typologie permet de la caractériser ; pour le chien : type 1, grognements ; type 2, grognements puis morsure ; type 3, morsure directe et plus violente.
L'agressivité, lorsqu'elle est répétée dans le temps, finit toujours par s'instrumentaliser. La séquence d'agression est alors plus courte et l'attaque plus violente. Par exemple, une agression instrumentalisée de chien, par irritation, autour de la gamelle, pourra être immédiate et violente, alors qu'avant l'instrumentalisation (la répétition de l'acte), elle était précédée de grondements et grognements répétés avant une attaque brève et non appuyée.
Il existe aussi une agressivité sociale : lutte entre clans ou hardes faisant intervenir plusieurs individus de factions différentes pour le contrôle d'un territoire. Un exemple se voit chez les suricates.
Réglementation
[modifier | modifier le code]Animaux domestiques
[modifier | modifier le code]L'agressivité des animaux domestiques s'inscrit dans plusieurs lois françaises.
Tout animal ayant mordu ou griffé une personne doit être soumis à une surveillance vétérinaire[1].
Cette surveillance consiste en trois examens généraux, à une semaine d'intervalle ; ils doivent déterminer si l'animal est indemne de maladie transmissible, notamment la rage. Le premier examen doit avoir lieu dans les 48 heures suivant l'agression.
La procédure comprend une information de la préfecture. Environ 20 000 déclarations sont enregistrées chaque année ; les statistiques des assurances estiment à 500 000 les morsures chaque année.
Animaux errants
[modifier | modifier le code]La loi relative aux animaux errants et dangereux donne beaucoup de pouvoir au maire et au préfet[2].
Le maire gère l'attribution de permis de détention des chiens catégorisés et peut prendre toutes mesures nécessaires à la gestion d'un animal dangereux. Il peut, notamment, en cas de danger grave et immédiat, procéder à l'abattage de l'animal impliqué. Cette décision est soumise à une procédure : l'animal est considéré comme le prolongement de son gardien dans l'exercice de sa responsabilité civile. En clair, le gardien de l'animal (et non son propriétaire) est responsable de tout sinistre causé par l'animal qu'il a en sa garde. Une décharge de responsabilité signée par le propriétaire est souvent considérée comme nulle par la justice. Accepter la garde d'un animal est une décision qui peut avoir des conséquences.
Chez le vétérinaire
[modifier | modifier le code]La responsabilité est transférée lorsqu'un professionnel intervient sur l'animal. Dans ce cas, le professionnel devient pendant toute la durée de l'intervention le responsable, civilement, de l'animal. Une exception existe : quand le gardien, qui a amené l'animal, a sciemment caché une information importante. En clair :
- si l'animal mord son propriétaire en consultation chez le vétérinaire, c'est la responsabilité de celui-ci qui est engagée.
- Si le vétérinaire a posé la question : « votre animal a-t-il déjà mordu ? » et que le propriétaire a menti en répondant : « non », la responsabilité de la morsure en revient au propriétaire.
Ceci est transposable, par exemple, au cheval en leçon chez un moniteur, au chien chez l'éducateur… Le professionnel avisé doit donc être très attentif et prendre les mesures appropriées en cas de doute.
Cas d'espèces
[modifier | modifier le code]Dans cette section, sera développée l'expression de l'agressivité de certaines espèces et leur implication pratique dans la vie courante.
Les troubles du comportement, dont l'agressivité, seraient la première cause d'abandon des chiens et chats. Dans l'équitation de loisirn, beaucoup de chevaux sont revendus, à cause d'une mésentente, plus ou moins teintée d'agressivité, du cheval.
Le chien
[modifier | modifier le code]Importance
[modifier | modifier le code]Le nombre de chiens domestiques et l'urbanisation croissante augmentent le problème. Le chien vit souvent dans des conditions peu conformes à ses besoins ; le chien, autrefois utilitaire, devient un membre à part entière de la famille ; certaines contraintes sont mal interprétées par l'animal : par exemple, câlins avec le chien prisonnier dans les bras, soulevé du sol, ou bien, chien dérangé dans son repos ; l'agressivité peut être niée, quand elle est détectée ; cela peut parfois se terminer par une morsure au visage.
Les statistiques des assurances parlent de 500 000 morsures de chien par an en France[3], dont 60 000 hospitalisations. Ces statistiques sont peu fiables, en l'absence d'un contrôle par un observatoire neutre.
Les morsures de chiens sont parfois dramatisées par la presse.
Pédagogie de la prévention
[modifier | modifier le code]La plupart des morsures sont prévisibles pour un œil averti. Les chiens réellement dangereux sont rares et souvent rapidement neutralisés. La majorité des accidents ont lieu à domicile ou chez une connaissance, avec un chien connu.
Au Canada, la prévention semble plus développée ; certaines statistiques expliquent la nature de ces accidents et les précautions à prendre. En France, quelques ateliers en milieu scolaire sensibilisent les enfants et les maîtres au problème.
Le chat
[modifier | modifier le code]Le cheval
[modifier | modifier le code]Les espèces non domestiques
[modifier | modifier le code]Traiter l'agressivité chez l'animal sauvage, en captivité ou en liberté, mériterait un livre la détaillant espèce par espèce. Quelques généralisations pour les espèces familières en Europes'imposent.
Les petits mammifères
[modifier | modifier le code]Les petits mammifères en dessous du kilogramme (souris, rat, loirs, chauve-souris, écureuils, hérissons, marmottes et même lapin ou lièvre qui sont un peu plus lourds) causent peu de problèmes. Leur régime alimentaire et leur mode de vie les conduisent à une cohabitation parfois étroite mais pacifique.
En dehors de rares cas de morsure lors de capture parfois lorsqu'ils sont blessés, ils ne sont pas de nature agressive. Toutefois, certaines morsures peuvent entraîner la transmission de maladies, telle la rage (chauve-souris), la salmonellose (souris, rats) ou même quelques parasites telles les puces (hérisson)
Les grands mammifères herbivores
[modifier | modifier le code]Les grands mammifères herbivores (chevreuil, cerf, daim) sont d'un naturel pacifique et fuient l'homme. Les cas d'agressivité sont des agressivités par peur et n'ont lieu que si la fuite est impossible. La bonne attitude est de leur ménager une large porte de sortie.
Si l'animal est blessé, le danger est double : affaibli, l'animal se laisse approcher et donne une fausse idée de tranquillité ; s'il lui en reste la force, il déclenchera son attaque quand il sera sûr de son coup.
Laisser faire les professionnels est la bonne attitude.
Notes et références
[modifier | modifier le code]Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Éthologie
- Influence sociale (pression, stress)
- Grégarisme, troupeau, essaimage, migration animale
- Régulation sociale chez les animaux, cloaque comportemental
- Hiérarchie de dominance, mâle dominant, femelle dominante
- Frustration, kronisme
- Hiérarchie de becquetage
- Houspillage, harcèlement
- Agression ritualisée, soumission ritualisée
- Socialité, réponse combat-fuite
- Territoire (éthologie)
- Territorialité des oiseaux, aire de parade
- Alimentation animale, nutrition, régime alimentaire, mode d'alimentation
- Éthologues célèbres
- Konrad Lorenz (1903-1989)
- Irenäus Eibl-Eibesfeldt (1928-2018)
- Liste des animaux les plus mortels pour l'homme, mangeurs d'hommes, liste d'animaux venimeux
- Liste de plantes toxiques, liste de fruits toxiques d'Europe, liste de champignons toxiques
- Infestation (maladie), parasitose
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Béatrice Fracchiolla, « De l’agression à la violence verbale, de l’éthologie à l’anthropologie de la communication », sur shs.hal.science, sd (consulté le )
- Giorgio Celli, « L'agressivité est-elle un instinct? », sur pourlascience.fr, (consulté le )
- Bertrand L. Deputte, « Comportements d'agression chez les vertébrés supérieurs, notamment chez le chien domestique (Canis familiaris) [article] (Bulletin de l'Académie Vétérinaire de France) », sur persee.fr, (consulté le ), p. 349-358
- Colette Arpaillange, « Agressivité chez le chien : diagnostic et évaluation [article] (Bulletin de l'Académie Vétérinaire de France) », sur persee.fr, (consulté le ), p. 359-367
- Nicolas Massa, « Agressivité inter et intraspécifique (chez le chien) », sur zoopsy.com, (consulté le ), p. 18-20
- Bruno Humbeeck, « Les racines du mal : l’agressivité animale (Pour en finir avec le harcèlement) », sur shs.cairn.info, (consulté le ), p. 15-38
