Agrégation de l'enseignement du second degré

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Dans le système de l'enseignement public français, les concours d’agrégation de l'enseignement du second degré[1] sont des concours servant au recrutement des professeurs agrégés de l'enseignement du second degré[2],[3].

Déroulement du concours[modifier | modifier le code]

Les concours de recrutement externes et internes sont organisés par sections qui peuvent comprendre des options. Ils comportent des épreuves d'admissibilité et des épreuves d'admission. Les sections et les modalités d'organisation des concours sont fixées par un arrêté conjoint du ministre de l'éducation nationale et du ministre chargé de la fonction publique (arrêté du ). Chaque année un arrêté du ministre de l'Éducation nationale fixe les sections et options dans lesquelles les concours sont ouverts.

L'admissibilité consiste en une série d'épreuves écrites et anonymes qui permettent l'accession aux épreuves orales d'admission.

Jury[modifier | modifier le code]

Un jury est institué pour chacune des sections, et éventuellement options, de chacun des deux concours. Chaque jury comprend un président et, si besoin, un ou plusieurs vice-présidents. Le président et les vice-présidents sont nommés par le ministre chargé de l'éducation, sur proposition du directeur chargé des personnels enseignants. Le président est choisi parmi les inspecteurs généraux de l'éducation nationale, les professeurs des universités et les maîtres de conférences. Le ou les vice-présidents sont choisis parmi les membres des corps précédemment cités et les inspecteurs d'académie-inspecteurs pédagogiques régionaux. Les membres du jury sont nommés par le ministre chargé de l'éducation. Ils sont choisis, sur proposition du président, parmi les inspecteurs généraux de l'éducation nationale, les inspecteurs d'académie-inspecteurs pédagogiques régionaux, les personnels de direction d'établissement ou de formation relevant du ministre chargé de l'éducation, les membres des corps enseignants de l'enseignement supérieur, les professeurs agrégés et assimilés. Les jurys peuvent, également, comprendre des personnes choisies en fonction de leurs compétences particulières.

Le jury peut se diviser en plusieurs groupes d'examinateurs.

Conditions d'inscription[modifier | modifier le code]

Depuis 2011[4], pour se présenter aux concours externes il faut, à la date de publication des résultats d'admissibilité aux concours, être titulaire du diplôme national de master ou d'un titre ou diplôme reconnu équivalent par le ministre chargé de l'éducation (ces diplômes pouvant être des diplômes d'autres disciplines que celle du concours auquel se présente le candidat). Les titres et diplômes équivalent sont fixés par l'arrêté du 9 septembre 2013. L'arrêté établit en particulier que sont équivalents au diplôme national de master pour ces concours :

  • tout diplôme conférant le grade de master à son titulaire (ex : un diplôme d'ingénieur obtenu depuis 1999) ;
  • tout titre ou diplôme sanctionnant un cycle d'études postsecondaires de cinq années, acquis en France ou dans un autre État ;
  • tout titre ou diplôme classé au niveau I du répertoire national des certifications professionnelles.

De plus, sont dispensés de la détention du master, toutes les personnes étant ou ayant été professeurs certifiés, professeurs d'éducation physique et sportive, professeurs de lycée professionnel et professeurs des écoles, dans l'enseignement public ou privé.

Les concours internes sont réservés aux fonctionnaires et aux maîtres des établissements d'enseignement privés sous contrat ayant au moins cinq années d'ancienneté, y compris en tant que stagiaire, et étant titulaire du master ou d'un diplôme équivalent. Néanmoins jusqu'à la session 2015, les titres et diplômes établis par l'arrêté du [5] restent valables pour les candidats ayant été recrutés avant 2009. De plus, comme pour les concours externes, sont dispensés de la détention du master, toutes les personnes étant ou ayant été professeurs certifiés, professeurs d'éducation physique et sportive, professeurs de lycée professionnel et professeurs des écoles, dans l'enseignement public ou privé.

Des préparations aux épreuves des concours sont faites dans les universités et les écoles normales supérieures. L'inscription au concours lui-même se fait auprès du rectorat de son académie à la fin du mois de janvier[6], et est indépendante de l'inscription à la préparation.

Histoire[modifier | modifier le code]

Hommes[modifier | modifier le code]

Sous l'Ancien Régime, agréger voulait usuellement dire « associer quelqu'un à un corps, à une compagnie, pour jouir des mêmes prérogatives et des mêmes honneurs que ceux qui en font partie[7]. »

Le premier concours d'agrégation national de l'Université paraît être en France celui de la faculté de droit institué par les réformes de Colbert en 1679[8].

Le concours d'agrégation de la faculté des arts est apparu en 1766 au sein de l’université de Paris. Il visait à pallier la carence de personnel enseignant provoquée par la soudaine expulsion des Jésuites décidée en 1764. En effet les Jésuites assuraient l'enseignement dans 105 collèges du royaume (avec environ 600 professeurs)[9]. Leur départ subit provoqua une demande d'enseignants et posa le problème de leur recrutement. Les collèges, via leur bureau d'administration, avaient en effet à l'époque tendance à recruter parmi leurs anciens élèves ou parmi les clercs du diocèse. Un concours d'agrégation est donc institué par les lettres patentes des et pour les trois classes : philosophie, belles lettres et grammaire. Il se limite aux recrutements dans dix collèges de la faculté des arts de l'université de Paris. Le concours comprend des épreuves écrites et orales, les candidats devant être maîtres ès arts. Le jury du concours comprend des professeurs de la faculté des arts et des bacheliers en théologie, droit et médecine, il est désigné par le procureur général du parlement de Paris. Les lauréats du concours deviennent des « stagiaires » appelés à devenir professeurs lors d'une vacance. Il y a en tout 60 postes de stagiaires, 20 pour chaque classe. La majorité des candidats sont prêtres, diacres ou clercs. Ce concours disparaît avec le reste du système universitaire d'Ancien Régime en 1793.

Un concours d'agrégation avait été organisé pour toutes les anciennes communautés des métiers jurés des villes après leur première suppression en 1776 par Turgot. Des tableaux furent publiés pour chacun de ces nouveaux corps nationaux, dont les membres portaient les titres d'agrégés en la maçonnerie, la charpenterie, etc., après avoir payé à l'État leur droit d'entrée (la patente). Ce concours d'agrégation pour les maître des métiers est rapidement suspendu lorsque les mesures de Turgot sont rapportées, puis définitivement avec toutes les organisations professionnelles par la Loi Le Chapelier en 1790.

Les concours d'agrégation sont recréés par le décret du pour l'enseignement secondaire et organisés par le statut du . Entre 1809 et 1821, le titre d'agrégé est donné après entretien, pour un emploi spécifique dans un établissement spécifique[10]. Il concerne trois spécialités : lettres, grammaire et sciences. D'autres spécialités apparaissent ultérieurement : la philosophie en 1828, l'histoire en 1830, les mathématiques et les sciences physiques et naturelles en 1841. Comme durant l'Ancien Régime, le concours de l'agrégation sert à l'origine à recruter des « agrégés » et non des « professeurs ». Les agrégés de l'Université sont, d'après le statut du , « des fonctionnaires chargés de remplacer les professeurs, et destinés à devenir professeurs eux-mêmes » dans les collèges (classes de 5e à 3e et collèges royaux (lycées)). De plus « les places d'agrégé sont données au concours », fixé par le décret du et le règlement du . Enfin, « tout agrégé qui refuserait d'accepter les fonctions auxquelles il aurait été nommé par le conseil royal, perdrait le traitement et titre d'agrégé ». Ils reçoivent, en leur simple qualité d'agrégés, et jusqu'à ce qu'ils soient nommés professeurs dans un collège royal (lycée), un traitement annuel de 500 francs (Ordonnance royale du , article 1[11]). Cependant les agrégés acquièrent peu à peu le monopole du recrutement comme professeurs des lycées. À l'origine, les agrégés et professeurs de lycées qui enseignaient dans les classes terminales et préparatoires (belles lettres et mathématiques spéciales) devaient être docteurs ès sciences ou ès lettres. De nos jours les professeurs agrégés enseignant dans ces classes ne sont plus astreints à cette obligation.

Aujourd'hui, il existe de nombreuses agrégations, tant dans des matières d'enseignement général que dans des matières technologiques.

Femmes[modifier | modifier le code]

Les premières femmes agrégées sont reçues en 1883 (6 en lettres et 6 en sciences), une agrégation féminine étant créée cette année-là pour ces deux grandes matières, deux ans après la fondation de l'École normale supérieure de jeunes filles (dite « Sèvres) » ; elle n'a pas les mêmes exigences et les mêmes finalités que l'agrégation masculine, laquelle peut ouvrir pour ses lauréats l'accès au monde universitaire, tandis que les femmes passant l'agrégation féminine se destinent initialement uniquement à enseigner dans les lycées de jeunes filles[12]. Toutefois, les femmes sont aussi autorisées à concourir à l'agrégation de langues vivantes, jusque là exclusivement masculine, et la même année, deux candidates sont agrégées à ce titre, l'une en anglais, l'autre en allemand[9]. L'arrêté du donne son statut moderne au concours de l'agrégation, avec des compositions écrites de 4 à 7 heures et des épreuves orales sous forme de leçons.

À la suite de la Première Guerre mondiale, les étudiantes peuvent aussi tenter le concours de l'agrégation masculine, plus prestigieux mais inenvisageable pour la majorité des jeunes filles puisqu'il nécessite de posséder le baccalauréat, auquel les lycées de jeunes filles ne préparent pas ; celles qui l'envisagent doivent donc suivre des cours complémentaires privés, notamment pour apprendre le latin. Elles ne présentent donc pas le concours de Sèvres mais celui de l'ENS Ulm, établissement très majoritairement masculin et qui offre une meilleure préparation à l'agrégation. Le concours féminin est toutefois jugé plus difficile : les compétences demandées sont plus polyvalentes, et les candidates doivent entièrement faire appel à leur mémoire en l'absence de tout matériel de référence (dictionnaires de langues, cartes, documents—y compris en histoire de l'art où aucune reproduction n'est proposée), contrairement à leurs homologues passant le concours masculin[12].

En 1920 est créée une Société des agrégées, qui milite pour réduire les inégalités entre hommes et femmes professeurs[12],[13].

En 1919 est créé un baccalauréat féminin puis, en 1924, les programmes des baccalauréats des garçons et des filles deviennent identiques. L'augmentation du nombre d'élèves dans les lycées de jeunes filles et de nouvelles exigences quant à leur niveau commandent en effet d'avoir des enseignantes mieux formées[12]. De plus en plus d'élèves se mettant à préparer le baccalauréat, qui compte un cours de philosophie et alors que l'agrégation féminine de philosophie n'existe pas, la Société des agrégées ne souhaite pas voir arriver des professeurs masculins dans ses établissements de jeunes filles. Le ministère finit donc, par arrêté du 17 mars 1924, par accepter que les jeunes filles puissent prétendre à toutes les agrégations masculines, afin de former un vivier d'enseignantes, notamment en philosophie[13].

Une réforme du concours de l'agrégation à la fin des années 1920 permet aux jeunes filles souhaitant passer l'agrégation masculine de suivre des cours à l'Université. Elles restent rares mais, en 1934, on compte malgré tout 70 femmes titulaires de l'agrégation masculine depuis le début du siècle. À la fin de l'entre-deux-guerres et selon des temporalités différentes en fonction des matières, les épreuves de l'agrégation féminine tendent à rejoindre celles de l'agrégation masculine. À cette époque est surtout posée la question de la fusion des concours de recrutement masculins et féminins, qui faillit aboutir en 1938 mais avorta. Ce projet d'assimilation se heurte en effet à des réticences politiques, économiques et morales : distinguer deux concours permet en effet de payer les femmes enseignantes avec un salaire moindre en ces temps de crise économique ; par ailleurs persistent de forts préjugés contre les femmes[12].

Un arrêté de 1941 interdit aux femmes de se présenter à l'agrégation masculine quand il existe déjà une agrégation féminine dans la matière. Cette mesure n'est pas remise en cause à la Libération. On compte donc après la guerre quatre régimes de concours d'agrégation : mixtes depuis leur origine (les langues vivantes), mixtes à partir de 1924 et rendus seulement masculins lors de la Seconde Guerre mondiale (car il existe déjà une agrégation féminine dans la matière, comme pour les lettres, l'histoire et les mathématiques), les agrégations masculines qui recrutent des femmes depuis 1924 et n'ont pas d'équivalent féminin (philosophie, sciences naturelles) et de nouvelles agrégations créées après la guerre qui sont aussi ouvertes aux femmes (lettres modernes, biochimie, etc.)[12].

Après la réforme universitaire de 1966, le diplôme minimal requis pour participer à l'agrégation devient la maîtrise (ou équivalent). Jusqu'en 1975, certains concours d'agrégation restent séparés pour les femmes et les hommes. À partir de 1976, l'ensemble des concours deviennent mixtes[12], comme ceux de la fonction publique (Françoise Giroud étant secrétaire d'État chargée de la Condition féminine).

Liste des agrégations de l'enseignement du second degré[modifier | modifier le code]

Il y a au total 19 sections, dont plusieurs se décomposent en spécialités (notamment la section langues vivantes étrangères), ce qui donne 47 mentions différentes.

Enseignement des langues vivantes[modifier | modifier le code]

Enseignement des lettres et sciences sociales[modifier | modifier le code]

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Enseignement des sciences fondamentales[modifier | modifier le code]

Enseignement des sciences appliquées[modifier | modifier le code]

Enseignements des arts[modifier | modifier le code]

Enseignement d'éducation physique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il existe également des concours d'agrégation de l'enseignement supérieur, pour le recrutement des professeurs des universités, moins connus du grand public
  2. Arrêté du 12 juin 2008 autorisant au titre de l'année 2009 l'ouverture de concours pour le recrutement de professeurs agrégés stagiaires de l'enseignement du second degré, on trouve également « agrégation de l'enseignement secondaire » dans d'autres textes officiels.
  3. Décret no 72-580 du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs agrégés de l'enseignement du second degré. Il existe également, et depuis bien plus longtemps, des concours d'agrégation de l'enseignement supérieur, destinés à recruter des professeurs d'université en économie, en gestion, et dans les disciplines juridiques et de santé (certains de ces concours ont été supprimés). Le concours d'agrégation pour recruter les professeurs entre dans le cadre historique plus ancien du recrutement de l'université appelé Expectative des gradués, promotion sur la base d'un classement au mérite qui remonte au Moyen Âge. Sous l'Ancien Régime, les professeurs de médecine, de théologie et de droit titulaires des chaires étaient dits agrégés. C'est seulement en 1766 qu'on a commencé à recruter les professeurs de la faculté des arts (enseignement dit aujourd'hui secondaire) par un concours d'agrégation calqué sur celui des trois autres facultés. Voir : Jean-Baptiste Denisart, Collection de décisions relatives à la jurisprudence, Ve "Gradués" tome II, p. 413-433 et les nombreux ouvrages et dictionnaires de droit canonique sur l'organisation des universités.
  4. avant 2011 le diplôme de référence était la maitrise
  5. Arrêté du 21 juillet 1993 fixant les diplômes et titres permettant de se présenter aux concours externe et interne de l'agrégation.: Peuvent également s'inscrire les détenteurs des certificats d'aptitudes suivants:
  6. Avant la session 2013/2014 l'inscription se faisait au mois de juin précédent l'épreuve d'admissibilité. Cf. http://www.education.gouv.fr/concours2014
  7. « (La faculté de médecine a voulu agréger untel à son corps. La faculté de droit l'a agrégé) Agrégation. sf. Association dans un corps, dans une compagnie. » Dictionnaire de l'Académie française, 4e édition, 1768.
  8. Édit de Saint-Germain-en-Laye d'avril 1679. Histoire du droit Français.
  9. a et b André Chervel et Marie-Madeleine Compère, « Les candidats aux trois concours pour l'agrégation de l'Université de Paris (1766-1791) », sur Ressources numériques en histoire de l'éducation, Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes, (consulté le 11 mars 2015)
  10. André Chervel, « Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960 | Ressources numériques en histoire de l'éducation », sur rhe.ish-lyon.cnrs.fr, (consulté le 9 septembre 2020)
  11. Louis-Philippe, « 91. 17 janvier 1839, Ordonnance sur l'agrégation et les maîtres d'études », Publications de l'Institut national de recherche pédagogique, vol. 23, no 1,‎ , p. 244–248 (lire en ligne, consulté le 9 septembre 2020)
  12. a b c d e f et g Loukia Efthymiou, « Le genre des concours », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés, n°18, 2003, p. 91-112.
  13. a et b Yves Verneuil, « La Société des agrégées, entre féminisme et esprit de catégorie (1920-1948) », Histoire de l’éducation, n°115-116, 2007, p. 195-224.
  14. À noter qu'il n'existe pas actuellement de CAPES de polonais.
  15. Création d’une agrégation des « langues de France », avancée majeure dans la reconnaissance des langues régionales
  16. Arrêté du 15 mars 2017 modifiant l'arrêté du 28 décembre 2009 fixant les sections et les modalités d'organisation des concours de l'agrégation

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Chervel, Histoire de l'agrégation : contribution à l'histoire de la culture scolaire, Institut national de recherche pédagogique et éd. Kimé, Paris, 1993 ; 289 pages, 24 cm ; (ISBN 978-2-7342-0357-5) (INRP), (ISBN 978-2-908212-51-8) (Kimé).
  • Yves Verneuil, Les agrégés : histoire d'une exception française, Paris, Belin, coll. « Histoire de l'éducation », , 367 p. (ISBN 978-2-701-13350-8 et 2-701-13350-5, OCLC 300277782).
  • Luc Marco, « L'agrégation de sciences de gestion », Revue d'histoire des sciences humaines, no 14, 2006, p. 173-198.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]