Agrégation d'histoire en France

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L’agrégation externe d'histoire est un concours français permettant le recrutement des professeurs agrégés enseignant l'histoire-géographie au collège ou au lycée, à l'instar de l'agrégation externe de géographie et de l'agrégation interne d'histoire et géographie. De facto (mais pas de jure), elle fait fréquemment office de critère de sélection pour enseigner l'histoire en CPGE et dans le supérieur[1][2].

Histoire[modifier | modifier le code]

L'agrégation d'histoire et de géographie est créée en 1831[3]. La distinction entre les agrégations des deux disciplines est établie, sous l'influence du géographe Emmanuel de Martonne et l'accord du ministre historien antiquisant Jérôme Carcopino[4], en 1941 (décret et arrêté du 28 avril) puis entérinée définitivement par l'arrêté du 28 septembre 1943 : « il est institué une agrégation d'histoire et une agrégation de géographie »[5].

Depuis 2010, il est nécessaire d'être titulaire d'un master pour passer ce concours, qui est l'une des agrégations littéraires « [les] plus attractives et [les] plus sélectives[1] » et reste de facto requise pour enseigner l'histoire en CPGE ou à l'université[1],[2].

L'organisation actuelle des épreuves[modifier | modifier le code]

  • Épreuves d'admissibilité (écrit) :
Épreuve Durée Coefficient
1. Dissertation d'histoire 7 h 1
2. Dissertation d'histoire 7 h 1
3. Commentaire de texte 7 h 1
4. Dissertation de géographie 7 h 1

Chacune des épreuves écrites d'histoire concerne obligatoirement une période historique différente. De plus, les deux dissertations sont données dans un ordre chronologique : si l'histoire médiévale, par exemple, tombe en première dissertation, la seconde dissertation portera systématiquement sur la question d'histoire moderne ou celle d'histoire contemporaine (et non d'histoire ancienne, qui peut cependant être posée en commentaire).

  • Épreuves pratiques et orales :
Épreuve Préparation Durée Coefficient
1. Leçon d'histoire générale (« hors-programme ») 6 h 1 h
leçon : 0 h 30
entretien : 0 h 30
2
2. Commentaire de document d'histoire 6 h 1 h
leçon : 0 h 25
entretien : 0 h 35
2
3. Explications d'une carte et/ou de documents géographiques 6 h 1 h
exposé : 0 h 25
entretien : 0 h 35
2

Les questions au programme[modifier | modifier le code]

En histoire, deux questions sur quatre sont renouvelées chaque année, chaque question restant au programme deux ans. En géographie, une question sur la France est maintenue chaque année, tandis qu'une autre question change tous les ans. Depuis 2008, la question sur la France est thématique.

Taux de réussite[modifier | modifier le code]

Statistiques de l'agrégation d'histoire (2003-2016)[12]
Inscrits Non éliminés[13] Admissibles Admis Barre d'admissibilité/80 (/20) Barre d'admission/200 (/20)
2017 1 599 735 (46 %) 180 (24,5 %) 90 (12,24 %) 7,9 9.15
2016 1 677 817 (49 %) 189 (23 %) 96 (11,75 %) 31,5 (7,875) 91,5 (9,15)
2015 1 502 714 (47,5 %) 185 (26 %) 91 (12,7 %) 32 (8) 91 (9,1)
2014 1 569 747 (47 %) 164 (22 %) 80 (10,7 %) 33 (8,25) 93 (9,3)
2013 1 937 748 (39 %) 198 (26,5 %) 100 (12,5 %) 32 (8) 92 (9,2)
2012 1 692 644 (38 %) 145 (23 %) 70 (10,9 %) 31,5 (7,88) 95 (9,5)
2011 1 654 561 (34 %) 143 (25 %) 71 (12,7 %) 31 (7,75) 87,5 (8,75)
2010 2 113 1 051 (50 %) 165 (16 %) 84 (8 %) 34,5 (8,625) 87,5 (8,75)
2009 2 309 1 234 (53 %) 172 (14 %) 84 (6,8 %) 33,5 (8,375) 85,5 (8,55)
2008 2 624 1 398 (53 %) 193 (14 %) 83 (5,9 %) 35 (8,75) 91 (9,1)
2007 2 721 1 389 (51 %) 199 (14 %) 92 (6,6 %) 34,5 (8,625) 88 (8,8)
2006 2 989 1 575 (53 %) 208 (13 %) 92 (5,8 %) 34,5 (8,625) 90 (9)
2005 3 118 1 788 (57 %) 254 (14 %) 128 (7,2 %) 33,5 (8,375) 81 (8,1)
2004 3 049 1 763 (58 %) 238 (13,5 %) 115 (6,5 %) 32,5 (8,125) 82,5 (8,25)
2003 3 061 1 770 (58 %) 269 (15 %) 134 (7,6 %) 33 (8,25) 86,3 (8,63)
Évolution du nombre de postes pourvus (1991-2012)[14]

Entre 2003 et 2009, le nombre de candidats effectifs a diminué de 30 %, sans compenser la raréfaction des postes (-37 % sur la période). D'année en année, le concours est donc de plus en plus sélectif : depuis 2005, le taux d'admission réel n'a jamais dépassé la barre des 7 %, et de 2003 à 2010 (sauf en 2007), le pourcentage d'admis par rapport aux non éliminés était inférieur à celui de l'agrégation de philosophie. En 2011, à la suite d'une très forte baisse du nombre de candidats non éliminés, l'agrégation d'histoire est redevenue moins sélective que celle de philosophie.

Le taux de réussite est très variable selon les académies. Il est exceptionnellement élevé dans les académies de Créteil-Paris-Versailles et de Lyon en raison de la présence des Écoles Normales Supérieures de la rue d'Ulm, de Lyon, de Cachan (les étudiants de cette dernière bénéficiant de la préparation proposée par la rue d'Ulm[15]), de l'École des Chartes, et de facultés réputées comme Paris-I et Paris-IV[16].

Jugements d'historiens sur l'agrégation d'histoire[modifier | modifier le code]

En 1883, Ernest Lavisse, s'adressant aux étudiants parisiens, juge que « l'agrégation ne demandera pas à ceux d'entre vous qui se décideront pour l'histoire de l'antiquité la moindre notion d'épigraphie ou d'archéologie ; ni à ceux qui choisiront l'histoire du Moyen Âge la moindre notion de paléographie ou de diplomatique ou de philologie médiéviste [...] et tout cela qu'on ne vous demandera point, vous sera indispensable »[17].

En 1888, Ernest Denis, qui sera détenteur de la chaire d'histoire moderne de la Sorbonne, et qui était lui-même agrégé, considérait à propos de l'agrégation qu'« il n'y a qu'un moyen de l'améliorer, c'est de la supprimer »[18] - ce qu'en 1966 Jacques Le Goff qualifiera de « propos, hélas ! toujours actuels, et qui risquent fort de le demeurer ! »[19] En 1892, c'est Ferdinand Lot (chartiste, non agrégé, qui lui aussi termina sa carrière comme professeur d'histoire, en l'occurrence médiévale, à la Sorbonne) qui jugeait « que l'agrégation est une institution malfaisante qui, plus que toute autre, a contribué à notre abaissement scientifique, que c'est un chancre rongeur qui dévore l'intelligence des maîtres et des étudiants »[20].

Après ce tir groupé de jugements à la fin du XIXe siècle, lié aux projets de réforme du système éducatif entraînés par l'avènement de la Troisième République, c'est dans un autre contexte de bouleversement politique, en l'occurrence celui du Front populaire, que réapparaît un avis tranché sur le caractère nocif de l'agrégation d'histoire, en l'occurrence sous la plume de Marc Bloch et Lucien Febvre en leur qualité de directeurs des Annales : « L'agrégation n'est qu'un des rouages d'un formidable mécanisme dont l'emprise s'étend, chez nous, très au delà de l'Université. Bien aveugle, en effet, l'observateur que n'inquièterait pas, jusqu'à l'angoisse, la part croissante prise, dans le destin des meilleurs de nos jeunes hommes, par l'examen, le concours, l'épreuve académique, avec leurs suites quasi fatales : le « bachotage », le conformisme intellectuel, l'élimination des scrupuleux [...] Parmi tous les vices d'un pareil régime, le plus immédiatement sensible est sans doute de détourner perpétuellement le professeur, qui est, et doit être en même temps un chercheur, de l'objet de ses études propres. [...] Il y a plus grave encore. Ce qu'impose le despotisme de l'agrégation, ce n'est pas seulement le sujet, c'est la manière de le traiter. [...] Elle n'est pas, notre production historique française, seulement beaucoup trop pauvre. Elle est aussi beaucoup trop stéréotypée. Elle abonde en manuels d'un type uniforme et traditionnel. À l'origine, une thèse de doctorat, très neuve, très originale, capable de bouleverser bien des horizons ; puis des livres plus généraux, clairs, solides, mais qui ne bouleversent plus rien du tout et, doucement, sont retombés aux anciennes ornières. [...] Point difficile de reconnaître, dans ces ouvrages, d'excellents cours d'agrégation »[21].

Lauréats célèbres[modifier | modifier le code]

Les fondateurs de l’École des Annales, Marc Bloch et Lucien Febvre, sont tous deux agrégés au début du XXe siècle.

Parmi les lauréats célèbres de l'agrégation d'histoire-géographie puis d'histoire, on peut citer : Alexandre Adler (1974), Maurice Agulhon (1950), Lucie Aubrac (1938), Alfred Baudrillart (1881), François Bédarida (1949), Alain Besançon (1957), Georges Bidault (1925), Marc Bloch (1908), François Bluche (1950), Fernand Braudel (1922), Jérôme Carcopino (1904), Pierre Chaunu (1947), Philippe Contamine (1956), Joël Cornette (1974), Denis Crouzet (1976), Elisabeth Crouzet-Pavan (1976), Daniel-Rops (1922), Jean Delumeau (1947), Albert Demangeon (1895), Georges Duby (1942), Jacques Droz (1932), Jacques Dupâquier (1949), Jean-Baptiste Duroselle (1943), Victor Duruy (1833), Jean Favier (1959), Lucien Febvre (1902), Robert Fossier (1953), François Furet (1954), Max Gallo (1960), Benoît Garnot (1976), Pierre Gaxotte (1920), Pierre George (1930), Raoul Girardet (1944), Jacques Godechot (1928), Pierre Goubert (1948), Julien Gracq (1934), Jules Isaac (1902), Jean Jacquart (1951), Jean-Noël Jeanneney (1965), Louis Joxe (1925), Camille Jullian (1880), Dominique Kalifa (1981), Roger Karoutchi (1974), André Kaspi (1961), Annie Kriegel (1948), Michel Labrousse (1935), Mathilde Larrere (1994), Ernest Lavisse (1865), Marc Lazar (1979), Stéphane Lebecq (1969), François Lebrun (1956), Georges Lefebvre (1898), Jacques Le Goff (1950), Emmanuel Le Roy Ladurie (1953), Robert Mandrou (1950), Henri-Irénée Marrou (1929), Jacques Marseille (1969), Emmanuel de Martonne (1895), Roland Marx (1956), Albert Mathiez (1897), Pierre Miquel (1955), Claude Mossé (1944), Robert Muchembled (1967), Pierre Nora (1958), Jacques Ozouf (1954), Jean Poperen (1947), Antoine Prost (1957), Madeleine Rebérioux (1945), Jean-Pierre Rioux (1964), Romain Rolland (1889), Henry Rousso (1977), Maurice Sartre (1968), Annie Sartre-Fauriat (1973), Charles Seignobos (1877), Jean-François Sirinelli (1973), Albert Soboul (1938), Jean-René Suratteau (1945), Amédée Thalamas (1892), Albert Thibaudet (1908), Valérie Toureille (2000), Jean Tulard (1958), Maurice Vaïsse (1967), Jacques Verger (1966), Paul Vidal de la Blache (1866), Pierre Vidal-Naquet (1955), Laurent Wauquiez (1997), Olivier Wieviorka (1984), Michel Winock (1961), Laurent Wirth (1979).

Polémique lors de la session 2011[modifier | modifier le code]

L'agrégation d'histoire a fait l'objet d'une attention exceptionnelle de la part du grand public lors de la session 2011 : le texte donné à l'épreuve de commentaire historique était en effet présenté comme un authentique texte médiéval rédigé au XVe siècle, alors qu'il s'agissait en réalité d'une reconstitution romancée de Palémon Glorieux publiée en 1964[22]. Les deux historiennes à l'origine du sujet ont démissionné du jury après la révélation de leur erreur dans les médias français. Le ministère de l'Éducation nationale a officiellement pris position en annonçant que cette erreur, si elle n'était pas conforme à la rigueur scientifique requise, n'entraînait pas pour autant l'annulation de l'épreuve puisque le principe d'égalité entre les candidats n'avait pas été enfreint[23].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Colon 2007, p. 10.
  2. a et b Denis Peiron, « À quoi sert encore l'agrégation ? », La Croix,‎ (lire en ligne).
  3. André Chervel, "Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960".
  4. Nicolas Ginsburger, « Historiens et géographes au scalpel de Vichy. Commentaire de « Discussions d’experts sur la licence et l’agrégation de géographie (janvier-février 1943) ». », Revue d’histoire des sciences humaines, n°31,‎ , p. 141-185
  5. Georges Chabot, "La genèse de l'agrégation de géographie", Annales de Géographie, 1976, vol. 85, n° 469, p. 333-340.
  6. « Programme agrégation externe histoire Session 2018 », sur devenirenseignant.gouv.fr, (consulté le 12 avril 2017)
  7. « Programme 2017 », sur Ministère de l’Éducation Nationale
  8. http://cache.media.education.gouv.fr/file/agreg_externe/05/1/p2016_agreg_ext_histoire_411051.pdf
  9. http://www.devenirenseignant.gouv.fr/cid98775/les-sujets-des-epreuves-d-admissibilite-des-concours-de-l-agregation-de-la-session-2016.html
  10. http://eduscol.education.fr/histoire-geographie/se-former/examens-et-concours/concours-externes-du-second-degre/agregation-externe-dhistoire.html
  11. a et b Provence, Dauphiné, confédération suisse, comté de Bourgogne, Alsace, Lorraine, Barrois, Luxembourg, Brabant, principauté de Liège, Hainaut, Hollande, Zélande.
  12. Source : Rapports du jury 2003-2008 et 2009-2012. Les taux d'admissibilité et d'admission sont ici calculés à partir du nombre de présents non-éliminés, et non de celui des inscrits.
  13. Candidats ayant réellement composé aux quatre épreuves écrites.
  14. [doc] Statistiques établies par Bernard Klein, responsable de la préparation de Paris-IV
  15. Source : Déroulement de la scolarité au département de Sciences sociales de l'ENS de Cachan
  16. ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/siac/siac2/jury/2007/agreg_ext/histoire.pdf
  17. Ernest Lavisse, « Ouverture des conférences de la faculté des lettres de l'université de Paris », Revue internationale de l'enseignement, 1883.
  18. Ernest Denis, in La Révolution française, 14, 1888.
  19. Jacques Le Goff, « Ferdinand Lot et les Annales », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 21-5, 1966, p. 1179-1186, en l'occurrence p. 1182, [1].
  20. Ferdinand Lot, L'enseignement supérieur en France : ce qu'il est, ce qu'il devrait être, 1892, p. 30 [2].
  21. Marc Bloch, Lucien Febvre, « Le problème de l'agrégation », Annales d'histoire économique et sociale, 44, 1937, p. 115-129 [3].
  22. « Le concours d'agrégation d'histoire risque d'être annulé », sur Le Monde.fr (consulté le 6 juin 2018)
  23. « L'agrégation d'histoire se poursuit malgré une bourde », Le Figaro,‎ (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Chervel, Histoire de l'agrégation : Contribution à l'histoire de la culture scolaire, Paris, Kimé, , 289 p..
  • David Colon, Passer l'agrégation d'histoire, Paris, Presses de Sciences Po, coll. « Les manuels », , 350 p. (ISBN 9782724610420, lire en ligne).
  • Jean-François Condette, « Le recrutement et la formation initiale des enseignants d’histoire-géographie en France au XXe siècle. Jalons pour une histoire », Mélanges de l'École française de Rome, vol. 127, no 2,‎ , p. 219-238.
  • Loukia Efthymiou, « Le genre des concours », Clio, vol. 18,‎ , p. 91-112 (lire en ligne).
  • Nicolas Ginsburger, « Historiens et géographes au scalpel de Vichy ». Commentaire de « Discussions d’experts sur la licence et l’agrégation de géographie (janvier-février 1943) », Revue d’histoire des sciences humaines, automne 2017, n°31, p. 141-185.
  • Yves Verneuil, Les Agrégés : Histoire d'une exception française, Paris, Belin, , 367 p..

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]