Agostino Brunias

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Agostino Brunias
Agostino Brunias.jpg
Agostino Brunias, dessiné en eunuque par Joseph Vien lors d'une mascarade en 1748
Naissance
Vers 1730
Rome
Décès
Activité

Agostino Brunias (né vers 1730 à Rome et mort le est un peintre italien du XVIIIe siècle, qui s'est installé à Londres.

Fortement lié à l'art des Indes occidentales, il quitte l'Angleterre au sommet de sa carrière pour aller décrire la Dominique et les îles environnantes. Peintures dans la tradition de la vérité ethnographique, son art était tant un art d'évasion qu'un art romantique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Brunias est né à Rome vers 1730[1]. Il a été connu sous divers prénoms, dont Abraham, Alexander, August et Austin, et son nom de famille s'est aussi orthographié « Brunais » et « Brunyas »[2]. Brunias étudie à l'Accademia di San Luca de Rome, où il gagne un troisième prix en peinture en 1754[3]. Une de ses premières peintures à l'huile a été exposée à Rome deux ans plus tôt[4].

Carrière[modifier | modifier le code]

En 1756, il rencontre l'architecte écossais Robert Adam, qui fait le Grand Tour de l'Europe et qui l'engage comme dessinateur pour son étude des « magnifiques ruines d'Italie ». En 1758, Brunias le suit en Angleterre ; il y dessine des études pour nombre des immeubles élégants d'Angleterre conçus par Adam. Ses murales et ses peintures couvrent les murs intérieurs de nombreux châteaux anglais[1],[2],[4],[5]. En 1762, Brunias réside Broad Street (en), à Londres[4]. En 1763 et en 1764, il expose à la Free Society of Artists à Londres[2].Il peint aussi un tableau qui se nomme "A negroes dance on the island of Domininca "

En 1770, il quitte Londres au sommet de sa carrière[4]. Il voyage avec Sir William Young, Ier baronnet, premier gouverneur britannique de la Dominique, l'une des toutes nouvelles colonies britanniques des Petites Antilles, et s'établit à Roseau. Cette année-là, il envoie deux de ses dessins à l'exposition de la Free Society of Artists à partir des Indes occidentales[2]. Comme Young l'a engagé comme peintre particulier, Brunias l'accompagne dans ses déplacements dans les Petites Antilles[1].

Il est aussi engagé par de riches titulaires de domaines britanniques, surtout pour peindre des gens, et notamment les mulâtres[5]. Ses peintures de la Dominique, de Saint-Vincent, de Saint Kitts et de la Barbade livrent des enseignements précieux sur ce qu'était la vie dans ces îles pendant la période coloniale. L'huile sur toile intitulée Femmes libres de couleur avec leurs enfants et leurs serviteurs dans un paysage (vers 1764–1796) représente des femmes de couleur des colonies sous l'aspect de femmes prospères et privilégiées ; elle est exposée au Brooklyn Museum. Elle illustre l'influence des cultures européenne, caraïbe et africaine (en) prévalant dans les Antilles du XVIIIe siècle[6].

Le libérateur d'Haïti et l'un des sympathisants de Brunias, Toussaint Louverture, aurait porté un gilet à 18 boutons décorés de reproductions de peintures de Brunias[6], mais dans la société de la colonie britannique, Brunias était un étranger : il n'était ni Anglais ni Écossais et, catholique, n'appartenait pas à l'Église d'Angleterre bien établie. De plus, sa qualité de dessinateur le plaçait à un bas échelon de la société, juste au-dessus des serviteurs blancs[1].

Après son retour en Angleterre en 1773, Brunias visite le continent européen[7] et, à la fin des années 1770, présente trois peintures de scènes des Indes occidentales à la Royal Academy[8]. Il publie ensuite une série de six gravures illustrant les Indes occidentales[8].

Style[modifier | modifier le code]

combat au bâton entre esclaves des territoires français et anglais en Dominique. Offerte à Sir Ralph Payne, créateur de l'ordre Knight of the Bath.
combat au bâton entre esclaves des territoires français et anglais en Dominique. Offerte à Sir Ralph Payne, créateur de l'ordre Knight of the Bath.

Agostino Brunias était chargé au début de faire l'apologie de la vie des planteurs nantis, mais ses œuvres jouèrent un rôle politique subversif dans les Antilles, appuyant une société anti-esclavagiste libre et illustrant l'artificialité de la hiérarchie des races aux Indes occidentales[6]. Il avait le don de peindre les festivals, les danses, les marchés et les autres traditions culturelles connexes des Noirs, ainsi que d'illustrer les relations entre les autochtones et les riches colons. Son art, qui s'inscrivait dans la tradition de la vérité ethnographique[4], était autant de l'art d'évasion que de l'art romantique[1].

Artiste prolifique, Brunias se concentra sur la nouvelle culture des mulâtres des Indes occidentales en donnant des images d'Épinal des populations de couleur qui cachaient les réalités de la domination coloniale et de la vie des esclaves des plantations[9], au point que des gravures tirées de ses peintures figurèrent dans des éditions d'une œuvre écrite par Bryan Edwards à la défense de l'esclavage et que James Pope Hennessy déclara que les tableaux de Brunias avaient contribué au « mythe de l'esclave joyeux et content »[1].

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Dans les Petites Antilles, Brunias résida d'abord à la Dominique[7]. Il vécut aussi à Saint-Vincent et passa du temps à la Barbade, à la Grenade, à Saint Kitts et à Tobago[7]. Il eut des enfants pendant son séjour à la Dominique[1], où il mourut le 2 avril 1796[4] et fut enterré dans le cimetière catholique, sur le terrain de la cathédrale de Roseau (en)[10].

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f et g (en) Lennox Honychurch, « Chatoyer's Artist: Agostino Brunias and the depiction of St Vincent », Cave Hill, Barbade, The University of the West Indies, (consulté le 25 juin 2011).
  2. a b c et d (en) Peter C. Sutton, « Agostino Brunias c. 1730 – Dominica, c. 1796 » [archive du ], Madrid, Espagne, Museo Thyssen-Bornemisza (consulté le 23 juin 2011).
  3. (en) John Fleming, Robert Adam and his circle, in Edinburgh & Rome, Harvard University Press, (lire en ligne), p. 360.
  4. a b c d e et f (en) Brian Meeks et Folke Lindahl, New Caribbean thought: a reader, University of the West Indies Press, (ISBN 978-976-640-103-0, lire en ligne), p. 247-255.
  5. a et b (en) « Brunias » (consulté le 22 juin 2011).
  6. a b et c (en) « Brooklyn Museum Acquires 18th Century Painting by Agostino Brunias Depicting Colonial Elite », Art Daily, Brooklyn (New York),‎ [s.d.] (lire en ligne).
  7. a b et c (en) « Slave Festival, St. Vincent, West Indies, 1770s », dans The Atlantic Slave Trade and Slave Life in the Americas: A Visual Record, University of Virginia (lire en ligne).
  8. a et b (en) Felicity A. Nussbaum, The Global Eighteenth Century, JHU Press, (ISBN 978-0-8018-8269-2, lire en ligne), p. 351–353.
  9. (en) Mia L. Bagneris, « Project Description Local Colors: Interracial Sexuality and the Mixed-Race Body in the Caribbean Canvases of Agostino Brunias », Cambridge (Massachusetts), WEB du Bois Institute for African and African American Research, Harvard University (consulté le 25 juin 2011).
  10. (en) Brian Meeks et Folke Lindahl, New Caribbean thought: a reader, University of the West Indies Press, (ISBN 978-976-640-103-0, lire en ligne), p. 250.

Source de la traduction[modifier | modifier le code]