Agis IV

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La condamnation d'Agis, roi de Sparte, gravure de Walter Crane pour The Children's Plutarch: Tales of the Greeks de F.J. Gould, 1910

Agis IV (en grec ancien Ἆγις) est né en 265 et mort en 241.

Agis IV est le fils aîné de Eudamidas II. Il est le 24e roi de la dynastie des Eurypondites.  Il est roi de Sparte de 244 à 241 av. J.-C. On peut considérer qu’il est le plus célèbre des rois qui aient porté ce nom. Il monte sur le trône en 244 av. J.-C. Il tente de réformer Sparte pour lui rendre la puissance qui était autrefois la sienne. Agis essaye de remettre en vigueur les lois de Lycurgue notamment en proposant d'abolir les dettes et de faire un nouveau partage des terres. Incapable de réaliser ses réformes à temps, il est contraint de quitter Sparte pour mener une guerre contre les Étoliens. En son absence, une contre-révolution porte ses ennemis au pouvoir qui rappellent Léonidas II, son principal adversaire. À son retour, Agis se réfugie dans le temple d'Athéna Khalkioïcos, mais les éphores finissent par l’isoler et il est assassiné à l'automne 241 av. J.-C. avec sa mère et sa grand-mère qui l'avaient soutenu. La postérité a reconnu Agis IV comme étant un idéaliste à qui il a manqué une certaine forme de réalisme pour imposer ses réformes. Le successeur d’Agis sur le trône fut son fils Eudamidas III.

Les conditions de l'accession au pouvoir[modifier | modifier le code]

Agis a succédé à son père en devenant roi en 245 à l’âge d’environ 20 ans. On sait que son règne a duré quatre années. L’intérêt de son règne provient de son action contre la crise intérieure que Sparte rencontre à l’époque de sa succession. Sparte est soumise à un processus d’oliganthropie qui se traduit par un nombre de plus en plus restreint de citoyens. On constate aussi la dégénérescence de ses institutions traditionnelles comme l’agogè. De plus, l'afflux de richesse et de luxe ont entrainé concommitamment l’importation de vices, ce qui a pour conséquence que le mode de vie spartiate s’est éloigné de la simplicité et de l’austérité des mœurs antiques lacédoniennes. De ce fait, Sparte connaît une crise en sociale d’envergure notamment à cause des inégalités matérielles. En effet, on constate une concentration des richesses et des biens entre les mains de quelques oligarques

Au milieu du IVe siècle av. J.-C., le nombre de citoyens authentiquement spartiates possédant encore la pleine citoyenneté demeure minoritaire. C’est l’une des conséquences de l’innovation introduite par Epitadeus qui mit un terme à la loi qui garantissait à tous les chefs de familles spartiates de posséder une part égale de terre (kléros). Par conséquent, la propriété terrienne passe dans les mains d’un petit nombre d’individus, de sorte qu’une centaine de familles spartiates possèdent encore des lots de terre, tandis que les pauvres sont accablés par les dettes.

Une volonté de réformes pacifiques[modifier | modifier le code]

Les historiens estiment que le projet d’Agis pour Sparte ne comprend originellement pas de révolution institutionnelle. En effet Agis n’envisage pas de supprimer l’éphorat ni la double monarchie. Pour donner du crédit à cette idée, on constate que lorsqu’il destitue son rival Léonidas, il s’empresse de le faire remplacer. De façon générale, Agis aurait préféré mener des réformes pacifiques dans un cadre légal.

On sait qu'Agis IV depuis son jeune âge a montré son attachement aux traditions spartiates. Cette attachement au passé l’a conduit à entamer des réformes pour mettre fin aux abus et rétablir les institutions de Lycurgue, le législateur originel et mythique de Sparte. Agis se soucie moins du pouvoir que de la révolution sociale qui doit sauver Sparte. Pour ce faire, il propose l’abolition de toutes les dettes et un nouveau partage des terres. L’autre dimension de son programme de réforme est de vouloir donner des terres aux Périèques qui dans la Grèce antique sont les habitants libres mais non citoyens de la Laconie et de la Messénie

Pour mener à bien ces réformes, Agis réussit à obtenir le soutien de deux personnes très influentes. Son oncles Agésilas, un homme possédant de grande propriété, mais qui était profondément impliqué dans les mécanismes des créances dont il espère être libéré avec les innovations d’Agis. L’autre allié de cette révolution pacifique, c’est Lysandre (un descendant du vainqueur de la bataille d’Aigos Potamos qui fut le dernier engagement majeur de la guerre du Péloponnèse).

Agis permet à Lysandre d’être élu parmi les éphores. Ce dernier expose ses intentions devant la gérousie. Il défend le programme d’Agis dont l’abolition des dettes fait partie. Il propose que le territoire spartiate soit divisé en deux parties, la première se composant de 4 500 lots égaux, à diviser parmi les spartiates eux-mêmes dont les rangs allaient grossir grâce à l’admission dans le corps civique des plus respectables des Périèques ; l’autre partie étant composée de 15 000 lots égaux à diviser parmi les Périèques restant. Les réformes paraissent répondre plus à des préoccupations militaires qu’à un éventuel idéal égalitaire, puisqu’on redistribue les terres principalement aux citoyens. 

L’éphore Lysandre présente le projet à la gérousie qui ne réussit pas à se mettre d’accord sur cette question des réformes. Ce qu’il faut entendre, c’est que les votes étaient partagés, ce qui a comme conséquence qu’aucune majorité ne put être dégagée. Par conséquent, Lysandre convoque une assemblée du peuple à qui Agis soumit ses mesures. Agis consent à faire le premier sacrifice, en renonçant à ses propres terres et à son argent. Dans la continuité, Agis affirme que sa famille qui possède beaucoup de richesses ainsi des relations et des soutiens politiques suivra son exemple. Sa générosité entraine les applaudissement de la foule. L’assemblée est favorablement impressionné par la genérosité du roi. Ce programme est chaleureusement accueilli par les classes les plus pauvres et par les jeunes générations. Cependant cette volonté de réforme pacifique est vigoureusement contestée par les tenant de l’oligarchie foncière.

Le coup d'État[modifier | modifier le code]

Cependant le parti des oligarques dirigé par Leonidas II qui était l’autre monarque de la dynastie des Agiades obtient de la gérousie le rejet des réformes mais seulement par une voix d’avance. On sait que Léonidas II avait adopté des mœurs et des habitudes luxueuses valables lors de son passage à la cour des Seleucides. Léonidas faisant obstacle à ses réformes, Agis IV décide de se débarrasser de cet opposant. Arguant d’une vieille loi interdisant de se marier avec un étrangère, Léonidas est par conséquent accusé d'avoir violé les lois en épousant une femme perse. On lui reproche aussi le fait d’avoir vécu dans un pays étranger. Léonidas fut déposée et sa succession fut assuré par son gendre Cléombrote qui coopéra avec Agis.

Cependant, peu de temps après, le mandat d’éphore de Lysandre arrive à son terme et les éphores de l’année suivante sont des opposants à Agis. Ils cherchent à restaurer le pouvoir de Leonidas. Ils lancent une accusation à l’encontre de Lysandre en affirmant que ce dernier a tenté de violer les lois de par son action. Alarmé par la tournure des événements, Lysandre convainc Agis de prendre une initiative sans précédant qui consiste à déposer les éphores par la force et à en nommer d’autres à la place. Pour ce faire, Lysandre invente la thèse de la prédominance des deux rois sur les éphores. Il s’agit d’un véritable coup d’État dont le caractère révolutionnaire est marqué par le fait qu’on arme de nombreux jeunes gens, mais contrairement à toute attente, on ne tue personne. 

Leonidas s’enfuit à Tégée tout en étant protégé d’Agis par Agesilas. Agésilas réussit à persuader Agis et Lysandre que le moyen le plus efficace d'obtenir le consentement des riches à la redistribution de leurs terres serait de commencer par annuler les dettes. En conséquence, les dettes ont été annulées et toutes les obligations, les registres et les titres ont été entassés dans la place du marché et brûlés. Rétrospectivement l’abolition des dettes est le seul point du programme de réformes d’Agis qui a été appliquée.

Perte de soutien et l'échec des réformes[modifier | modifier le code]

Cependant l’anaplèrôsis, c’est-à-dire l’extension du corps civique, n’est pas réalisé. Selon Plutarque, le retard est imputable à l’éphore Agésilas, un grand propriétaire endetté qui avait intérêt à une abolition des dettes, mais non à un nouveau partage des terres. Les choses semblent être plus compliqué en réalité, parce que certains spartiates ayant récupérés leurs terres hypothéquées ne souhaitent plus une redistribution des terres qui aurait tourné à leur désavantage.

Agesilas, étant parvenu à ses fins, c’est-à-dire à l’abolition des créances, contribue à la création de divers prétextes afin de retarder le partage des terres. Pendant ce temps là, les Achéens assistent Sparte contre les Etoliens. Agis est donc envoyé à la tête d'une armée. La tactique prudente de Aratos de Sycione ne laisse aucune occasion à Agis pour se distinguer au combat. Cependant Agis gagne une certaine réputation pour l'excellente de la discipline de ses troupes. 

Le problème, c’est qu’en son absence, Agesilas provoque la colère des classes les plus pauvres par le report systématique de la division des terres. L’impopularité d’Agélisas et l’absence d’Agis qui mène une guerre loin de Sparte permettent aux adversaires de la réforme de rappeler Léonidas qui du coup nomme de nouveaux éphores. Par conséquent, les pauvres ne firent aucune résistance lorsque les ennemis de Agis remettent ouvertement en place Leonidas II sur le trône. Agis fuit avec pour refuge le temple d'Athéna Khalkioïcos à Sparte.

L’échec d’Agis s’explique par des causes conjoncturelles. Son refus de la violence a permis à ses opposants de se réorganiser. Une application trop lente de la réforme n’a pas permis de créer de nouveaux citoyens qui auraient pu le soutenir. Enfin, les soutiens politiques sur lesquels reposent les réformes étaient insuffisants. En effet, la grande majorité des femmes qui détenaient des terres n’était guère sensible à l’idéal guerrier d’Agis. Enfin il y avait quelque chose dans la réforme elle-même qui ne plaisait pas, notamment parce que l’accroissement du nombre de citoyens pose un problème pour les anciens citoyens qui ainsi devenaient minoritaires. Le conservatisme spartiate n’était pas prêt pour des réformes de cette envergure.

Exécution[modifier | modifier le code]

En 241 av. J.-C., Agis fut trahi par des amis lorsqu’il quitte le sanctuaire pour prendre un bain. Agis est jeté en prison. Leonidas est immédiatement venu avec une bande de mercenaires et a entouré la prison tandis que les éphores entrèrent à l’intérieur et organisent un simulacre de procès. Lors de ce procès, Agis répond aux accusation en arguant du fait qu’il a cherché à suivre et imiter Lycurgue pour revenir à la constitution originelle de Sparte. Lorsqu'on lui a demande s’il se repentait pour ce qu’il avait commis, Agis répond qu'il ne devait jamais se repentir d'un si grand dessein, même en face de la mort[1]. Il est condamné et exécuté rapidement par strangulation, notamment parce que les éphores craignaient une opération de sauvetage étant donné le fait qu’une foule importante de gens s’étaient rassemblée autour des portes de la prison.

Agis observant que l'un de ses bourreaux a été ému aux larmes déclare: "Mon ami, cesse de pleurer sur moi, car subissant une mort si contraire aux lois et à la justice, je vaux mieux que mes meurtriers »[1]. Sa mère Agésistrata et sa grand-mère Archidamia à la suite d’une manipulation furent étranglés de la même façon parce qu’en partageant les idées de Agis, elles devaient subir le même traitement[1].

Héritage[modifier | modifier le code]

Agis fut le premier roi de Sparte à avoir été mis à mort par les éphores. Sa veuve Agiatis a été mariée de force par Leonidas à son fils Cléomène III. Ce mariage forcé n’empêche pas les deux de développer l’un pour l'autre une affection et une estime réciproque. Considéré par de nombreux auteurs comme étant trop faible et accommodant pour faire face aux problèmes auxquels il était confronté, Agis se caractérise par une sincérité de ses desseins et un mélange de jeunesse et de modestie qui siéent à sa dignité royale. Ces qualités tendent à faire de lui le personnage le plus agréable de toute l'histoire de Sparte.

Sa vie et sa mort ont été une source d’inspiration romantique pour plusieurs auteurs de l’Antiquité. Il est le sujet d’une biographie perdue de Phylarque qui a apparemment beaucoup influencé Plutarque lorsqu’il rédigea sa propre biographie d’Agis. Le texte de Plutarque nous propose un portrait idéalisé de Agis IV notamment parce qu’il se fonde sur le texte de Phylarque. Les historiens considèrent qu'Agis IV fut le concepteur de la révolution réalisée par Cléomène III quelques années plus tard.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

J-A., de Foucault, E., Foulon, Tome III Livre III Polybe, Paris, les Belles Lettres, 2004.

E., Levy, Sparte : Histoire politique et sociale jusqu’à la conquête romaine, Éditions du Seuil, Juin 2003.

P., Cartledge et Antony Spawforth, Hellenistic and Roman Sparta: A Tale of Two Cities, Seconde édition, 1992.

Plutarque, Vie, Tome XI : Agis et Cléomène-Les Gracques, Texte établi et traduit par R. Flacelière et E. Chambry, Paris, les belles lettres, 2003.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Plutarque

Source[modifier | modifier le code]

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