Agôn

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Dans la Grèce antique, le terme agôn (en grec ancien ἀγών / agốn, parfois transcrit agōn ou simplement agon) désigne proprement toute forme de compétition ou de joute oratoire ; dans les domaines artistique ou sportif, l’agôn est un concours organisé à l'occasion de célébrations religieuses. C'est aussi l'esprit de compétition qui anime tant les artistes que leurs commanditaires. Dans la structure d'une tragédie et d'une comédie grecque antique, l’agôn est le terme technique désignant la partie de la pièce où se déroule une scène de débat ou de combat, tantôt simple prise de bec, tantôt bagarre ou débat dialectique en forme, comme c'est le cas dans Les Nuées d'Aristophane (vers 890 à 1104) où s'opposent le Raisonnement Juste et le Raisonnement Injuste[1].

Compétitions[modifier | modifier le code]

Les agôns sportifs les plus importants avaient lieu au cours des Jeux olympiques, Jeux isthmiques, Jeux pythiques et Jeux néméens, qui se déroulaient périodiquement et comprenaient des épreuves athlétiques, concours hippiques et, parfois, concours musicaux (Jeux panhelléniques).

Les agôns dramatiques se déroulaient à l’occasion des fêtes en l’honneur de Dionysos (Dionysies et Lénéennes).

Dans le domaine artistique l'esprit agonistique, le désir de dépassement, pousse les artistes à se distinguer de leurs prédécesseurs et de leurs contemporains en inventant des formes inusitées. Cela stimule l'innovation individuelle, tout comme les commandes qui sont destinées à procurer du prestige au commanditaire, même si celui-ci en fait offrande au dieu[2]. Les commanditaires eux-mêmes étant animés de cet état d'esprit qui consiste à vouloir faire mieux que les autres.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Le terme grec agôn, a été utilisé en philosophie (voir les commentaires de Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Qu'est-ce que la philosophie ?).

Si l’on s’en tient à la culture grecque, le polemos renvoie à la guerre de la Cité contre les barbares, qui représentent l’élément non-assimilable, ce que l’on repousse constamment hors des frontières. La logique du polemos est duelle, c’est l’autre ou c’est moi, et son enjeu est le pouvoir. L’agôn, par contre, trace la voie d’un combat qui obéit à des règles, à quelque chose donc qui se trouve beaucoup plus près de la compétition que de la guerre contre un ennemi à abattre.

Selon Nietzsche[3], l'agôn est la garante de l’équilibre de la cité et se retrouve à tous les niveaux. Il donne ainsi l’exemple de la compétition entre des poètes, Xénophane de Colophon cherchant à supplanter la gloire d’Homère. Paradoxalement l'équilibre de la cité est centré autour de la convoitise, l’envie (Éris) : « Le Grec est envieux et ressent ce trait non comme un défaut, mais comme l’influence d’une divinité bienfaisante : quel abîme entre son jugement moral et le nôtre[4] ! »[réf. insuffisante]. Cette convoitise est à comprendre comme un moteur, le moteur nécessaire pour que la joute permette « le bien-être de tous, de la cité en général ». Les règles du jeu de la joute ont, selon Nietzsche, permis au Grec de passer de la bête cruelle au citoyen grec dont l’« égoïsme trouvait là [dans la joute] à s’enflammer ; et par là, il était refréné et restreint » . C'est pour ces raisons que la civilisation grecque est traditionnellement qualifiée d'agonistique.

Nietzsche interprète l'ostracisme comme un moyen de préserver la compétition. Il cite alors le bannissement d'Hermodore prononcé par les Éphésiens : « Chez nous, personne ne doit être le meilleur ; mais si quelqu’un le devient, que ce soit ailleurs et chez d’autres ». Celui qui est le meilleur sans conteste brise l'équilibre de la cité. « Comme moyen de protection contre le génie, elle exige … un second génie ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • F. Nietzsche, La joute chez Homère (Cinq préfaces à cinq livres qui n’ont pas été écrits), in « Œuvres philosophiques complètes I** : Écrits posthumes 1870-1873 », Paris, Éditions Gallimard, 1975, p. 195, traduction de Backès, Haar & de Launay.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pascal Thiercy, Aristophane et l'ancienne comédie, PUF, coll. Que sais-je ?, 1979, p. 8-9.
  2. Bernard Holzmann et Alain Pasquier, L'Art grec, École du Louvre. Réunion des musées nationaux - Grand Palais, coll. « Manuels de l'École du Louvre », (1re éd. 1998), 365 p. (ISBN 2-11-003866-7), p. 30-31
  3. (en) La joute homérique.
  4. Friedriech Nietzsche, La Joute chez Homère, extrait de "Cinq préfaces à cinq livres qui n'ont pas encore été écrits"

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]