Affaire du témoin X1

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L’affaire du témoin X1 est une affaire en marge de l’affaire Dutroux en Belgique dans les années 1990 et 2000.

Le témoin X1, Régina Louf, née à Gand le [1], puis ayant grandi à Knokke en Belgique, auditionnée durant l'affaire Dutroux, est à l’origine d'une théorie du complot sur un réseau pédocriminel opérant en collaboration avec Marc Dutroux, thèse non reconnue auprès de la presse et des autorités judiciaires.

Témoignage de Régina Louf[modifier | modifier le code]

En 1996, lors d'un reportage suivant les arrestations de l'affaire Dutroux, Régina Louf déclare reconnaître Marc Dutroux et Michel Nihoul, décrivant Dutroux comme l'exécutant chargé d'approvisionner le réseau en drogue et de garder les enfants et Nihoul comme le chef d'un réseau[2]. Par la suite, le juge d'instruction Jean-Marc Connerotte lance un appel à témoins (via un numéro vert garantissant l'anonymat[3]) il en retiendra une dizaine qui sont nommés par un X suivi d'un chiffre ; Régina Louf témoigne sous l’appellation X1[2].

Témoignage autobiographique[modifier | modifier le code]

D’après son témoignage, X1 a été prostituée de force (esclave sexuelle) dans son enfance par un réseau de prostitution infantile auquel aurait appartenu sa grand-mère, avec la complicité de celle-ci[2] et de ses parents. À 11 ans, elle dit avoir été renvoyée chez ses parents, car elle commençait à parler des activités pédocriminelles qu'elle subit à ses camarades de classe et ses enseignants, puis avoir été « donnée » par ses parents à un certain Tony qui abuse d'elle de nombreuses fois alors qu’elle a entre 13 et 17 ans[2]. Selon son témoignage, Tony Van Den Bogaert l'a violée en la dépucelant quand elle avait 4 ans, il devint par la suite son proxénète[4]. Il l'aurait également forcée à avoir des rapports sexuels zoophiles avec des chiens[5]. Elle fait également état de rapports sexuels incestueux avec son père[6] et sa mère[7].

La thèse du réseau pédophile[modifier | modifier le code]

Le témoin X1 décrit un réseau piégeant des personnalités importantes en les invitant à des soirées alcoolisées et en les amenant à avoir des relations sexuelles filmées avec des prostitués s’avérant après coup mineures[2]. Selon elle, le réseau fait circuler des photos et vidéos tournées sur demande des clients qui décident d’un scénario à faire subir à un enfant, incluant des sévices et tortures. D’autres médias seraient diffusés parmi une clientèle plus conventionnelle, mais toujours dans le cadre pédocriminel[3]. X1 affirme avoir côtoyé beaucoup d’enfants, dont certains cédés par leur famille, ou enlevés dans la rue.

Elle déclare que les meurtres à 16 ans sont chose courante au sein du réseau, car c'est l'âge où les jeunes filles, qui n’ont pas été rendues folles par les sévices infligés et n’intéressent plus les clients pédophiles, risquent de parler. Elle dit avoir été forcée d’assister à plusieurs scènes de torture et de meurtres, ainsi qu'à des viols de filles enceintes[2]. Parmi ces meurtres, elle distingue celui de sa meilleure amie Carine, qu'elle appelait « Clo », qui aurait été mise enceinte et qu'on aurait tenue attachée durant des mois avant de provoquer son accouchement, où elle aurait été présente pour atténuer ses cris et l'aider[2]. Elle parle également d’une certaine Christine tuée en 1984 devant elle, car elle voulait parler, et dont le corps aurait été brûlé dans une champignonnière[2].

Enquête[modifier | modifier le code]

X1 est le premier témoin d'une série de 11[8] numérotés de X1 à X11. Elle est entendue à dix-sept reprises lors d’auditions filmées à Bruxelles, entre autres par l’adjudant Patrick de Baets[2].

Après désaisissement du juge Jean-Marc Connerotte, les auditions et enquêtes continuent. L’enquêteur Rudy Hoskens, chef de l'équipe qui a travaillé sur les auditions en enquêtant sur le terrain, a déclaré que les témoignages de lieux où s'étaient déroulé des viols pédocriminels, en particulier sur la côte bordant la mer du Nord, sont corroborés par le témoignage du témoin X2 (parmi les personnes désignées par le témoin X2 se trouvent des hommes d'affaires, des avocats et des magistrats dont deux ont déjà été cités par le témoin X1[2]).

En juin 1997, les enquêteurs, dont Patrick de Baets, Aimé Bille et Rudy Hoskens, 9 mois après le début de leurs investigations, sont dessaisis de l'affaire sur ordre du juge d'instruction Jean-Claude Van Espen, remplaçant Jean-Marc Connerotte, soit dix des quarante policiers chargés de l'affaire. La piste du réseau pédophile organisé est abandonnée. Les nouveaux enquêteurs nommés revisionnent les cassettes vidéos d'audition des témoins X, dont ceux de Régina Louf, et sont chargés d'une relecture des procès-verbaux[2].

Deux mois plus tard, les nouveaux enquêteurs accablent l'ancienne équipe de de Baets, estimant que « les auditions ont été orientées par des questions suggestives et dirigées, la présentation des faits dans les procès-verbaux de synthèse n'est pas fidèle aux contenus des auditions, des invraisemblances flagrantes se trouvent dans le récits »[2]. Les enquêteurs Patrick de Baets et Aimé Bille déclarent que des gens au sein du système policier et judiciaire ont commis des faux en écriture pour les discréditer, eux et les victimes, tout en encourageant la presse à le faire également. Ils affirment que différentes affaires ayant abouti à un non-lieu auraient pu être éclaircies et ce fait aurait alarmé certains milieux[2].

Les déclarations du témoin X1 ont conduit à la réouverture de dossiers de meurtres non résolus par les parquets de Bruxelles, Gand et Anvers : les disparitions et meurtres de Carine Dellaert, disparue à l'âge de 16 ans en 1982, et dont le corps est retrouvé en 1985 dans une fosse septique, le rapport d'autopsie révélant la présence de crayon laminaire[N 1], utilisé pour provoquer des accouchements ou des avortements[2], de Katrien De Cuyper (1991), de Hanim Mazibas (1988) et de Christine Van Hees[9], jeune Bruxelloise dont le corps brûlé avait été découvert le 13 février 1984 dans l'ancienne champignonnière d'Auderghem[10] ; la description écrite par Régina Louf des lieux a été confirmée par le fils de l'ancien propriétaire[2].

En 1998, les magistrats de ces trois parquets aboutissent à une conclusion identique : les accusations du témoin X1 ne reposent sur aucun élément crédible et relèvent de l'invraisemblance. Régina Louf souhaitait que le parquet de Neufchâteau poursuive l'enquête à raison de l'implication affirmée de Marc Dutroux et Michel Nihoul dans ces affaires[10]. Elle avait ainsi demandé l'exécution de 45 devoirs d'enquête complémentaires, exigeant par ailleurs que son dossier soit joint au dossier Dutroux bis qui demeure ouvert pour tracer les éventuels réseaux ayant eu recours aux « services » de Marc Dutroux[10]. La chambre du conseil ne l'a pas suivie, justifiant sa décision de dessaisir par son souci de « bonne administration de la justice »[10].

L'enquête criminelle sur les dossiers x est arrêtée en 1998[2]. Aucun des meurtres évoqués par Régina Louf ne se trouve élucidé en 2002 ; Michel Nihoul a été relâché, et le dénommé Tony n'a pas été poursuivi malgré ses aveux[2]. L'adjudant de Baets et son équipe ont été blanchis par la justice, mais n'ont plus travaillé sur les dossiers X[2].

En 2003, l’avocat de Régina Louf dépose à la chambre du conseil de Neufchâteau une demande faisant valoir que ses déclarations et le résultat de quelque 40 devoirs complémentaires d'enquête demandés par son avocate soient joints au « dossier bis » qui reste ouvert à Neufchâteau, dans l'affaire Dutroux[11].

Médiatisation de l’affaire[modifier | modifier le code]

Lorsque la piste du réseau pédophile est abandonnée, Régina Louf décide de témoigner à la télévision à visage caché, puis découvert, ce qui amène les médias à faire des recherches sur sa vie privée. Retrouvés, ses parents, Georges Louf et Christiane Poupaert, démentent tout d'abord en bloc devant les caméras, puis Christiane Poupert affirme deux mois plus tard aux policiers qu'elle était au courant des relations sexuelles entre sa fille mineure et le dénommé Tony[2]. La grand-mère, Mme Poupaert, veuve du commissaire en chef de la police, accueillait sa petite-fille Régina Louf la semaine depuis l'âge de deux ans ; selon des témoignages, cette femme de commissaire gérait deux bordels durant la Seconde Guerre mondiale[2]. Trois mois après la levée de l'anonymat de Régina Louf, la justice annonce la cessation des enquêtes sur son témoignage au motif qu’aucune preuve ne vient l'étayer. Le dénommé Tony avoue à la police de Gand avoir eu des relations sexuelles avec Régina Louf alors qu’elle avait 12 ans et, selon ses dires, n'était déjà plus vierge[2],[N 2].

Selon un témoin proche de la famille, le dénommé Tony aurait commis des attouchements sexuels sur Régina Louf et sa mère en présence du père, selon un autre témoin proche de la famille le père et la mère savaient que Tony dormait avec Régina Louf[2],[N 3].

Soutiens[modifier | modifier le code]

Selon le psychiatre Paul Igodt, qui a dirigé un conseil de 5 psychiatres pour expertiser Régina Louf sur ordre de la magistrature, elle souffre du trouble de la personnalité multiple dû à des abus sexuels prolongés et très graves durant son enfance. Selon lui, elle n'est ni folle, ni schizophrène, ni mythomane[2].

En 2002, Léon Schwartzenberg lui a apporté son soutien[12] et a également préfacé une édition française de son livre.

Le témoignage du témoin X1 a été rapproché[Par qui ?] de celui d'une autre essayiste néerlandophone, qui sous le pseudonyme de Yolanda a publié une autobiographie sous le titre Mijn Verhaal[13],[14] en 1994 où elle raconte sa prostitution forcée durant 20 ans.

Oppositions et critiques[modifier | modifier le code]

Les propres parents de Régina Louf, s'estimant diffamés, ont déposé plainte contre elle[15].

Publications[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les dossiers X, ce que la Belgique ne devait pas savoir sur l'affaire Dutroux, par Anne-Mie Bulte, Douglas de Coninck, Marie-Jeanne Van Heeswyck, Les dossiers X, EPO, 1999 Texte en ligne.
  • Régina Louf - Un témoin trop crédible?, par Roland Chevalier, Éditions La Longue Vue, Bruxelles, 2000.

Liens et références externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Procès-verbal no 100 242
  2. Procès-verbal no 104 897
  3. Procès-verbal no 150 109 du 10 février 1997

Références[modifier | modifier le code]

  1. Les dossiers X, ce que la Belgique ne devait pas savoir sur l'affaire Dutroux, par Anne-Mie Bulte, Douglas de Coninck, Marie-Jeanne Van Heeswyck, Les dossiers X, EPO, 1999 Texte en ligne, p.91
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v et w France 3, Télévision suisse romande, Multimédia France Productions, 10/10/2002, Passé Sous Silence, Témoin X1, Silence on tue des enfants, enquête de William Heinzer, Pascale Justice et Marie-Jeanne Van Heeswyck
  3. a et b 3e Œil Productions, Les faits Karl Zéro, le fichier de la honte, par Serge Garde et Karl Zéro, produit par Pierre-Antoine Capton, 2010
  4. Silence, on tue des enfants ! Voyage jusqu'au bout du réseau, préface de Léon Schwartzenberg, postface de Marc Reisinger, réédition 2004 aux éditions Mols, (ISBN 2-87402009-5), p.48
  5. Silence, on tue des enfants ! Voyage jusqu'au bout du réseau, préface de Léon Schwartzenberg, postface de Marc Reisinger, réédition 2004 aux éditions Mols, (ISBN 2-87402009-5), p.49
  6. Silence, on tue des enfants ! Voyage jusqu'au bout du réseau, préface de Léon Schwartzenberg, postface de Marc Reisinger, réédition 2004 aux éditions Mols, (ISBN 2-87402009-5), p.340
  7. Silence, on tue des enfants ! Voyage jusqu'au bout du réseau, préface de Léon Schwartzenberg, postface de Marc Reisinger, réédition 2004 aux éditions Mols, (ISBN 2-87402009-5), p.214
  8. Regina Louf's testimony sur BBC News, 2 May 2002
  9. Michel Leurquin, Le meurtre de la champignonnière, Éditions Jourdan, , 331 p.
  10. a, b, c et d Regina Louf - Le parquet obtient son dessaisissement Le dossier du « témoin X1 » quitte Neufchâteau, par METDEPENNINGEN,MARC, Page 6, 3 novembre 2003, Le Soir
  11. http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/134979/affaire-dutroux-regina-louf-dans-le-dossier-bis.html Affaire Dutroux: Régina Louf dans le « dossier bis »?, 27/09/2003, La Libre Belgique
  12. Léon Schwartzenberg sur l'affaire Regina Louf : "Les pédophiles sont l'avarie du développement humain".
  13. Yolanda, Mijn Verhaal, éditions BZZTôH, La Haye, 1994.
  14. http://www.boekmeter.nl/book/7385/
  15. Les croyants ne démordent pas X1 conserve ses fidèles. Les parents de Regina Louf déposent plainte contre elle par VANTROYEN,JEAN-CLAUDE; SURMONT,EDDY, originellement en page 13, lundi 15 juin 1998, Le Soir