Affaire des faux électeurs du 3e arrondissement de Paris

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L'affaire des faux électeurs du 3e arrondissement de Paris est une affaire de fraude électorale qui aurait consisté à inscrire sur les listes électorales du 3e arrondissement de Paris des personnes qui n'y résidaient pas, afin d'assurer une victoire de la majorité RPR-UDF dans l'arrondissement aux élections municipales de 1989 et 1995.

Chronologie[modifier | modifier le code]

  • 9 janvier 1989, quatre électeurs écologistes déposent plainte à Paris avec constitution de partie civile. Une fraude aux "faux" électeurs est suspectée dans plusieurs arrondissements parisiens, mais les investigations se limiteront rapidement au seul 3e arrondissement.
  • 15 février 1989, la Cour de cassation renvoie le dossier à Amiens en vertu du privilège de juridiction qui impose alors le dépaysement des dossiers mettant en cause des élus. Le juge Brice Raymondeau-Castanet se voit confier l'instruction de l'affaire.
  • 12 et 19 mars 1989, Jacques Chirac et les listes UDF-RPR remportent la victoire dans les vingt arrondissements parisiens, réalisant le "grand chelem".
  • 15 janvier 1992, un premier rapport de gendarmerie confirme l'inscription frauduleuse d'électeurs sur les listes électorales du 3e et d'autres arrondissements de Paris.
  • 21 décembre 1995, après la victoire de la gauche dans le 3e arrondissement aux élections municipales de 1995, l'élu Vert Yves Contassot et le militant socialiste Pierre Montacié remettent à la justice des fichiers informatiques recensant des "faux" électeurs.
  • 7 février 1996, une nouvelle information judiciaire est ouverte à Paris par le juge Hervé Stéphan. Le juge d'Amiens se dessaisit du dossier.
  • 5 décembre 1997, les poursuites sont étendues pour soupçons de "fichage" des électeurs suivant leurs opinions politiques dans les ordinateurs de la mairie du 3e arrondissement. Ces poursuites seront abandonnées.
  • 25 mai 2000, les nouveaux juges d'instruction Jean-Paul Valat et Philippe Coirre mettent en examen quinze ex-élus ou ex-fonctionnaires du 3e arrondissement, soupçonnés d'avoir mobilisé des réseaux politiques, familiaux ou professionnels afin d'inscrire indûment sur les listes électorales des sympathisants politiques.
  • 8 juillet 2000, Gérard Merle, ancien responsable de la section parisienne du RPR et témoin, déclare aux enquêteurs que Jacques Chirac voulait se racheter de la présidentielle perdue de 1988 "par une victoire dans les vingt arrondissements de Paris aux municipales de 1989". Pierre-Alain Brossault (Vert) réclame alors aux juges d'auditionner Jacques Chirac comme témoin. Sa demande est rejetée. Une décision qui est confirmée en appel puis en cassation en 2002.
  • 18 mars 2002, la fin de l'instruction est notifiée aux quinze personnes mises en examen. Parmi elles figurent notamment l'ancien maire du 3e arrondissement, Jacques Dominati, ses deux fils, Laurent et Philippe, ainsi que, Guy Legris, ancien Commissaire, responsable du RPR.
  • 17 décembre 2004, dans son réquisitoire (170 pages plus quelque 500 pages d'annexes, 1500 interrogatoires effectués par les gendarmes), le procureur de la République préconise le renvoi devant le tribunal correctionnel des quinze personnes mises en examen.
  • 11 septembre 2006, ouverture du procès à Paris. L'accusation regroupe militants et élus socialistes et verts, parmi lesquels le Maire de Paris, Bertrand Delanoé et son adjoint Yves Contassot. Le Maire socialiste du 3e, Pierre Aïdenbaum, un temps témoin assisté, ne fait pas partie des plaignants. Quinze prévenus comparaissent pour "manœuvres frauduleuses" lors des élections municipales de 1989 et 1995. .
  • 19 décembre 2006, Jacques Dominati et son fils Laurent sont relaxés alors que 10 des 14 prévenus sont condamnés à des peines d'amendes ou de prisons avec sursis.

Jugement[modifier | modifier le code]

Dix-sept ans après les révélations du Canard, l'affaire des faux électeurs du IIIe arrondissement a été jugée en septembre 2006 par la 16e chambre du tribunal correctionnel, présidée par Jean-Claude Kross. L'accusation portait de "manœuvres frauduleuses" ayant "porté atteinte à la sincérité" des élections municipales de 1989 et 1995.

Pour la défense, « il n'y avait pas de faux électeurs (mais) des actions militantes, des électeurs qui voulaient aider les élus en place tout naturellement, comme cela se faisait à l'époque partout ».

En décembre 2006, le jugement confirme la culpabilité de 10 des 14 prévenus. Les condamnations sont symboliques, de l'amende ( 2000€) au sursis, parfois avec dispense de peine. Aucune peine d'inégibilité n'est prononcée. Personne ne fera appel, ni le Parquet, ni les plaignants, ni les condamnés. Dans ses mémoires, le Président Kroos relève que cela signifie que le jugement devait être équilibré.

De fait, dans ce type de procès où l'enjeu politique est majeur, Socialistes et Verts retiennent le principe de condamnations, RPR et UDF que Jacques Dominati a été mis hors de cause et que Jacques Chirac n'a pas été impliqué.


Références[modifier | modifier le code]

  • «Faux électeurs» de Paris: Jacques Dominati relaxé, Libération, 20 décembre 2006
  • « Le temps imprime sa marque sur le procès des faux électeurs », Le Monde, 13 septembre 2006
  • "Mes convictions intimes", Jean Claude Kroos, Pygmalion.


Notes et références[modifier | modifier le code]