Affaire des charniers de Timișoara

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L'épisode du « vrai-faux charnier » de Timișoara est né de l'exhumation en décembre 1989, lors de la chute de la dictature communiste de Nicolas Ceauceșcu, dans le cimetière des pauvres de la rue Lipoveï d'une vingtaine de corps d'indigents, morts avant le début des événements et confondus avec les victimes civiles de la révolution roumaine. Cette découverte, photographiée par les médias internationaux, et accolée à de fausses informations propagées, notamment par l'agence yougoslave Tanjung, est devenue dans un second temps une polémique médiatique, hâtivement commentée en France sous l'angle du complot, de la désinformation et d'une manipulation des médias. Aucun élément matériel n'a jamais permis d'établir que l'exhumation de ce charnier ait été orchestrée par quiconque, hormis le désordre produit par l'insurrection dans une ville martyre ayant payé un lourd tribut humain à la chute de la dictature de Nicolas Ceauceșcu.

L'affaire[modifier | modifier le code]

Entre le début du mouvement de protestation le 16 décembre 1989 et la fuite des époux Ceauceșcu le 22 décembre 1989, la population civile de Timisoara est restée seule face à l'armée roumaine et aux autres forces de répression. Pendant sept jours, dans cette ville de 350 000 habitants, plus de 70 personnes sont tuées et 300 autres blessées, dont 253 par balles. On compte 65 morts et 268 blessés pour la seule journée de manifestation du 17 décembre 1989. Dans la nuit du 18 au 19 décembre 1989, 43 cadavres ont été évacués de l'hôpital départemental de Timisoara et incinérés dans la banlieue de Bucarest pour en effacer la trace[1]. L'idée du pouvoir en place était de faire passer les disparus pour des « voyous » enfuis à l'étranger. Ces disparitions conduisent les familles et les proches des victimes à rechercher partout dans la ville les corps disparus. Les jardins publics, les canaux et les terrains vagues sont fouillés tout comme les principaux cimetières. C'est dans ce contexte que sont retournées les fosses communes du cimetière des pauvres de la rue Lipovei pour en exhumer des corps sans rapport avec les événements [2]. Les rédactions occidentales provoquent une polémique sur le rôle des médias et le nombre des victimes de la révolution en accolant les photographies des corps exhumés à des informations fantaisistes de l'agence de presse yougoslave Tanjung. Depuis vingt ans, cette polémique a perduré en Occident et est même devenue un cas d'école pour la formation des journalistes. Centrée sur la critique des médias occidentaux , elle a occulté le patient travail d'enquête et de recoupement des journalistes roumains et des associations des victimes de la Révolution. Ceux-ci luttent pour que soient établies les responsabilités dans les crimes commis, nourrissent et préservent la mémoire des événements et s'opposent à tous ceux que l'oubli et la confusion arrangent.

Parmi les chiffres fantaisistes repris par les médias occidentaux, et en particulier français, sans concertation avec les reporters présents sur place, et qui mélangent allègrement les sources de Bucarest et de Timisoara:

  • TF1 : « Ceaucescu, atteint de leucémie, aurait eu besoin de changer son sang tous les mois. Des jeunes gens vidés de leur sang auraient été découverts dans la forêt des Carpates. Ceaucescu vampire ? Comment y croire ? La rumeur avait annoncé des charniers. On les a trouvés à Timisoara. Et ce ne sont pas les derniers »[3].
  • Le quotidien Libération avec Serge July titre « Boucherie ». On y lit: « Timisoara libéré découvre un charnier. Des milliers de corps nus tout juste exhumés, terreux et mutilés, prix insupportable de son insurrection. »[4]
  • Le Monde félicite La Cinq d'avoir « révélé l'horrible charnier des victimes des manifestations du dimanche précédent ? »[5]

Ces mêmes allégations et graves approximations sont également reprises par les médias étrangers:

  • Le renommé journal espagnol El País avance qu'« à Timisoara, l'armée a découvert des chambres de torture où, systématiquement, on défigurait à l'acide les visages des dissidents et des leaders ouvriers pour éviter que leurs cadavres ne soient identifiés. »[4]
  • The New York Times, tout en soulignant que ces chiffres n'ont pas été confirmées par des sources indépendantes, avance que 4 500 personnes auraient été massacrées en trois jours[6].

C'est le journal Le Figaro qui, dans son édition du 30 janvier, annonce qu'il s'agissait d'un faux, que les morts montrés à la télévision avaient été déterrés du cimetière de la ville[7].

Chronologie médiatique[modifier | modifier le code]

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  • 22 décembre 1989 :
    • « 4 632 cadavres », victimes des émeutes des 17 et 19 décembre, « soit par balles soit par baïonnette » (Tanjug), 7 614 manifestants fusillés par la Securitate. Sources : agences hongroise, est-allemande et yougoslave, repris par l'AFP à 18h54
    • « 4 630 cadavres », « bilan tristement officiel ». Sources : Guillaume Durand (La Cinq), France Inter.
  • 23 décembre 1989 : « 4 630 cadavres ». Source: Libération. Éditorial de Serge July, titré Boucherie : « Timisoara libéré découvre un charnier. Des milliers de corps nus tout juste exhumés, terreux et mutilés, prix insupportable de son insurrection. »
  • 4 janvier 1990 : « 689 morts » en Roumanie, dont 90 et 147 à Timișoara. Source : Libération.
  • 15 mars 1990 : polémique sur l'éthique journalistique. Source : L’Événement du jeudi.

Interprétation[modifier | modifier le code]

L'affaire semble essentiellement due à une compétition des médias entre eux, chacun reprenant l'information du concurrent en l'amplifiant. Le sociologue Pierre Bourdieu a appelé ce phénomène « la circulation circulaire de l'information »[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Gilles Saussier / diaporama sur les victimes de la révolution roumaine à Timisoara », sur VIMEO,‎
  2. Gilles SAUSSIER, Le Tableau de Chasse, Paris-Cherbourg, Le Point du Jour,‎
  3. Jean-Claude Guillebaud, « Roumanie : qui a menti ? », Le Nouvel Observateur, 5 avril 1990
  4. a, b, c et d Analyse du phénomène sur Acrimed
  5. Le Monde, 24 décembre 1989
  6. UPHEAVAL IN THE EAST; Mass Graves Found in Rumania; Relatives of Missing Dig Them Up, The New York Times, 23 décembre 1989
  7. Télévision nécrophile d'Ignacio Ramonet sur Le monde diplomatique
  8. Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Liber-Raisons d'agir, Paris, 1996 (ISBN 2912107008)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]