Affaire de Plogoff

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Affaire de Plogoff
Type Protestation contre l'implantation d'une centrale nucléaire
Localisation Plogoff, France
Coordonnées 48° 02′ 15″ nord, 4° 39′ 53″ ouest
Date de 1978 à 1981

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L'affaire de Plogoff désigne le projet d'installation d'une centrale nucléaire sur la commune de Plogoff, en France et la mobilisation populaire que ce projet a déclenchée contre lui entre 1978 et 1981. Ce mouvement antinucléaire qui s'inscrit dans une époque marquée par la naissance de l'écologie politique dans le monde entier, aboutit à l'abandon de ce projet.

Site de Plogoff[modifier | modifier le code]

Plogoff est une commune de Basse-Bretagne située à proximité de la pointe du Raz dans le Finistère. La centrale nucléaire aurait été située en bordure de la baie d'Audierne.

Chronologie des évènements[modifier | modifier le code]

En réaction au Premier choc pétrolier qui a lieu en octobre 1973, le gouvernement Pierre Messmer accélère le programme nucléaire civil et lance le 5 mars 1974 un programme ambitieux de 13 tranches (unités de production) de 900 mégawatts en six ans (pour un coût estimé à 13 milliards de francs), planifiant la construction de 200 centrales en France d'ici l'an 2000[1].

En 1975, un accord de principe est pris entre les conseils généraux et le Conseil économique et social pour la construction d'une centrale nucléaire en Bretagne sur 167 hectares de landes bretonnes (4 unités de production de 1300 MW chacune, soit une puissance totale de 5200 MW)[2]. La prospection en Bretagne retient cinq sites : Beg an Fry en Guimaëc, Ploumoguer, Plogoff (près de la pointe du Raz), Saint-Vio à Tréguennec et Erdeven. En juin 1976, les ingénieurs EDF entament les premiers forages de reconnaissance, ce qui provoque les premières réactions importantes des populations jusque là peu informées. La mobilisation à Erdeven et à Ploumoguer[3] sont telles que ces sites sont rapidement écartés[4].

Un comité de défense se crée le 6 juin, à l'initiative du maire de Plogoff, Jean-Marie Kerloc'h. Le 8 juin, les Plogoffites dressent des barrages à l'entrée de leur commune pendant trois jours, les géologues et techniciens d'EDF devant céder[5]. Le 11 septembre 1978, ce comité décide de créer un GFA (sur le modèle de celui du Larzac ) pour rendre plus difficiles les procédures d'expropriations[6]. Malgré la structuration de ce mouvement antinucléaire[7], notamment à travers les CLIN et les CRIN[8], le site de Plogoff est retenu le 12 et par le Conseil économique et social de Bretagne et le conseil général du Finistère. Le , le conseil général du Finistère se prononce pour l'implantation d'une centrale nucléaire à Plogoff par 28 voix contre 17, marquant la fin de la période de la « centrale baladeuse »[9].

La résistance citoyenne ne faiblit pas : début mai 1979, le comité de défense décide d'installer la bergerie alternative de Feunteun-Aod sur le GFA[10]. Le 30 janvier 1980, les dossiers pour l'enquête d'utilité publique sont réceptionnés à la mairie de Plogoff, devant laquelle ils sont brûlés l'après-midi même[11]. Les autorités préfectorales répondent en louant des camionnettes faisant office de « mairies annexes » (protégées par des gendarmes) pour recueillir les avis favorables de la population, si bien que l'enquête d'utilité publique peut débuter le 31 janvier 1980[12].

Pendant l’enquête publique, une radio libre — Radio Plogoff — commence à émettre. Elle diffuse des programmes radiophoniques jusqu’à la victoire des socialistes en 1981[13].

Après l'enquête publique, des manifestations ont lieu, tournant à des affrontements parfois violents avec les CRS. À plusieurs reprises, des manifestants sont interpellés et jugés pour dégradation de bâtiment public et jets de projectiles, la lutte étant désormais perçue comme le combat des « pierres contre des fusils »[14].

Le 16 mars 1980, 50 000 personnes manifestent à l'occasion de la clôture de l'enquête d'utilité publique. Le 24 mai 1980 100 à 150 000 manifestants fêtent la fin de la procédure, 50 à 60 000 restent pour le fest-noz qui clôture la fête.

Le 9 avril 1981, lors de son meeting à Brest, le candidat François Mitterrand déclare que Plogoff « ne figure ni ne figurera » dans le plan nucléaire qu'il mettrait en place s'il était élu. Conformément à sa promesse de campagne, le communiqué du 3 juin 1981, publié après le Conseil des ministres du Gouvernement Mauroy du Président Mitterrand, confirme l'abandon des projets d'extension du camp militaire du Larzac et de construction de la centrale nucléaire de Plogoff[15].

Les femmes de Plogoff[modifier | modifier le code]

Les femmes ont eu un rôle particulièrement important dans cette mobilisation[16],[17],[18].

Beaucoup sont femmes de marins donc souvent seules et au foyer. Avec les jeunes et les retraités, ce sont elles qui sont le plus présentes au village, elles sont très actives dans cette lutte.

Lorsque les camionnettes, protégées par des gardes mobiles, sont mises en place pour faire office de mairie annexe, les femmes entament une guerre de nerfs avec les gendarmes. Pendant les 6 semaines de l'enquête publique, elles se mobilisent quotidiennement, restent des heures, certaines des journées entières devant les gardes, elles leur parlent, parfois découragent les plus jeunes. Au moment du départ des mairies annexes à 17 heures, les hommes et les militants antinucléaires de la région viennent rejoindre ces femmes. Cette « messe de cinq heures » prend souvent une tournure plus violente, donnant lieu à l'utilisation de cocktails Molotov, les gendarmes ripostant par des grenades offensives[19]. .

Lors des affrontements les femmes sont aussi aux premiers rangs, barrant la route aux gendarmes. Parmi elles, Annie Carval devenue présidente du comité de défense (à la place de Jean-Marie Kerloc’h, à qui il est reproché de se laisser influencer par EDF)[20], ou Amélie Kerloc'h première adjointe puis maire de la commune. Cette dernière encourage les habitants à barrer les voies d'accès à Plogoff pour en faire « une île inaccessible aux forces de polices »[21].

Un livre, Femmes de Plogoff, a été publié par Renée Conan et Annie Laurent, rapportant les propos des femmes de Plogoff. Elles y racontent l'apprentissage de la lutte, la violence à laquelle elles ont été confrontées, leur vie de famille qui a changé pendant cette période, le courage dont elles ont fait preuve, les liens qui se sont créé entre elles mais aussi avec d'autres luttes, ailleurs.

Un spectacle a été mis en scène d'après cet ouvrage par Laëtitia Rouxel (dessin), Brigitte Stanislas (lecture), et Patrice Paichereau (musique) [22].

Forces de l'ordre[modifier | modifier le code]

Sept escadrons de gendarmes mobiles sont stationnés à Pont-Croix et à Loctudy et interviennent à Plogoff. Les gendarmes-parachutistes furent déployés en renfort.

Les gendarmes mobiles utilisent parfois des blindés sur roues à Plogoff. Un hélicoptère surveille les manifestants afin de protéger les déplacements des mairies annexes. Des véhicules du génie militaire venus d'Angers seront mobilisés pour franchir les barricades.

Concernant l'armement, des grenades incapacitantes seront employées en grand nombre, dont des « grenades lacrymogènes instantanées » (tolite + gaz CS) (par exemple 85 le vendredi 14 mars, dernier jour de l'enquête d'utilité publique). Du bromo-acétate d'éthyle, bien qu'interdit, semble avoir été utilisé par la police urbaine lors d'émeutes à Quimper qui aurait ainsi liquidé de vieux stocks[23].

Conséquences[modifier | modifier le code]

À la suite d'une mobilisation importante, le projet a été abandonné, ce qui représentait une première en France. L'année précédente, une manifestation à Creys-Malville avait été réprimée dans le sang. En parallèle à cette action, des manifestations eurent lieu au Pellerin, près de Nantes, où une autre centrale nucléaire était prévue. Celle-ci fut abandonnée en 1983 conformément aux promesses du candidat socialiste François Mitterrand, avant d'être remplacée par un autre projet, le projet de centrale nucléaire du Carnet, lui aussi abandonné en 1997.

Postérité[modifier | modifier le code]

Le groupe de musique Tri Yann, opposé au projet, écrit à ce sujet la chanson éponyme de l'album An heol a zo glaz, qui sort en 1981. Le Kan ar kann (en breton « chant du combat ») décrit la lutte des habitants de Plogoff pour s'opposer à la construction de la centrale nucléaire sur un site naturel fragile[24].

Le décret d’application du 28 septembre 2007 porte création du Parc naturel marin d'Iroise. Couvrant une superficie de 3 500 km2, il est susceptible d'être étendu, cette extension étant proposée aux communes du Cap Sizun (dont fait partie Plogoff) pour les associer aux décisions et prendre en compte la cohérence écologique et socio-économique des bassins d’activités professionnelles et de loisirs[25].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Yves Cléach, Jacqueline Le Morvan, Benjamin Steck, La France, Bréal, , p. 121
  2. Yannick Pelletier, Histoire générale de la Bretagne et des Bretons, Nouvelle librairie de France, , p. 550
  3. De plus, Ploumoguer est jugé trop proche de Brest, comme Le Pellerin est jugé trop proche de Nantes.
  4. René Pichavant, Les pierres de la liberté. Plogoff, 1975-1980, Morgane, , p. 17
  5. Tudi Kernalegenn, Luttes écologistes dans le Finistère: les chemins bretons de l'écologie (1967-1981), Yoran Embanner, , p. 78
  6. René Pichavant, Les pierres de la liberté. Plogoff, 1975-1980, Morgane, , p. 44
  7. « Les premières manifestations en France n’ont lieu qu’en 1971, contre les projets de centrale de Fessenheim et Bugey. La première manifestation antinucléaire en Bretagne elle n’a pas lieu avant 1973, à Brennilis, et ne réunit pas plus de 90 participants ». Cf. Tudi Kernalegenn, « Bretagne et écologie : approche culturelle d’une dynamique identitaire », dans Dugales (N.), Le Coadic (R.), Patez (F.) (dir.), Et la Bretagne? Héritage, identité, projets, Rennes, PUR, 2004, p. 217
  8. Comité Local d'Information Nucléaire et Comité Régional d'Information Nucléaire qui organisent des campagnes d'information et des fêtes antinucléaires mêlant concerts, débats et spectacles.
  9. René Pichavant, Les pierres de la liberté. Plogoff, 1975-1980, Morgane, , p. 209
  10. René Pichavant, Les pierres de la liberté. Plogoff, 1975-1980, Morgane, , p. 74
  11. René Pichavant, Les pierres de la liberté. Plogoff, 1975-1980, Morgane, , p. 128
  12. Tudi Kernalegenn, Luttes écologistes dans le Finistère: les chemins bretons de l'écologie (1967-1981), Yoran Embanner, , p. 120
  13. Radio Plogoff. Une radio… active ! - Blog Plogoff. Mémoire d'une lutte contre le nucléaire., 14 novembre 2014
  14. Tudi Kernalegenn, Luttes écologistes dans le Finistère: les chemins bretons de l'écologie (1967-1981), Yoran Embanner, , p. 6
  15. Tudi Kernalegenn, Luttes écologistes dans le Finistère: les chemins bretons de l'écologie (1967-1981), Yoran Embanner, , p. 173
  16. Renée Conan et Annie Laurent, Femmes de Plogoff
  17. Isabelle Cambourakis, « Femmes dans les luttes écologiques », Revue Silence,‎ , p. 10-11
  18. « Plogoff, du rejet du nucléaire au désaccord sur le parc naturel », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  19. Nathalie Dugalès, Ronan Le Coadic, Fabrice Patez, Et la Bretagne ? Héritage, identité, projets, Presses universitaires de Rennes, , p. 226
  20. Gérard Borvon, Plogoff, un combat pour demain, , 240 p.
  21. « Onze manifestants interpellés à Plogoff », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  22. TVBProductions35, « TVB Productions - Femmes de Plogoff », (consulté le 22 octobre 2017)
  23. Gérard Borvon, Plogoff, Un combat pour demain.
  24. « La petite histoire de TRI YANN », sur edoll.free.fr (consulté le 30 octobre 2016)
  25. Pierre Merlin, Tourisme et aménagement touristique, La Documentation Française, , p. 67

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gérard Borvon, Plogoff : un combat pour demain, 2004, éditions Cloître, 230 pages, (ISBN 978-2-35002-001-3)
  • Renée Conan et Annie Laurent, Femmes de Plogoff, Éditions La Digitale, Quimperlé, (ISBN 978-2-903383-05-3)
  • Marc Keraron, Réactions nucléaires sur Plogoff, Rennes, 92 p., (Archives d'I&V - Mémoire 2 J 612)
  • Tudi Kernalegenn, Luttes écologistes dans le Finistère (1967-1981). Les chemins bretons de l'écologie, Yoran Embanner, Fouesnant, 2006
  • T. Le Diouron, André Cabon, G. de Lignières, Plogoff-la-révolte, Éditions Le Signor, Le Guilvinec, 1980
  • René Pichavant, Les pierres de la liberté : Plogoff, 1975-1980, Éditions Morgane, 1980
  • Gilles Simon, Plogoff. L'apprentissage de la mobilisation sociale, PUR, Rennes, 2010.
  • Alexis Horellou et Delphine Le Lay, Plogoff, Éditions Delcourt, 2013, (ISBN 978-2-7560-3151-4)

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • Plogoff, des pierres contre des fusils, Nicole Le Garrec, sorti en 1980, film-documentaire tourné pendant les manifestations.
  • L'affaire Plogoff, Brigitte Chevet, 2000.
  • Le Dossier Plogoff, Brigitte Chevet, 2000.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]