Affaire Paul Voise

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cet article ou cette section concernant le droit doit être recyclé. (indiquez la date de pose grâce au paramètre date)

Une réorganisation et une clarification du contenu est nécessaire. Discutez des points à améliorer en page de discussion.

L'affaire Paul Voise, du nom d'un retraité né en 1930 et mort le 6 janvier 2013 à Lailly-en-Val dans le Loiret[1], est un fait divers ayant fait la une en France durant les deux jours précédant le 21 avril 2002, jour de l'élection présidentielle française de 2002[2], notamment le « samedi de réflexion » où la campagne est interrompue dans les médias audiovisuels.

Déroulement des événements[modifier | modifier le code]

Le , Paul Voise, un retraité apparemment sans histoires, apprécié par tous ses voisins, est agressé dans la masure qui lui sert d'habitation à Orléans. Deux jeunes individus non identifiés auraient tenté de le rançonner, puis roué de coups, et incendié sa maison avant de prendre la fuite[3].

Le lendemain, le 19 avril, le journal de 20 heures de TF1 accorde une grande importance à la couverture de ce fait divers. Les images du visage tuméfié et les pleurs de Paul Voise bouleversent la France entière et provoquent une vague d'indignation face à la délinquance[4]. La chaîne LCI repasse 19 fois le sujet pendant la journée[5]. Les propositions d'aide à la reconstruction du pavillon du vieil homme sont lancées en grand nombre.

Le 20 avril, TF1 revient très longuement dans ses journaux télévisés sur cette histoire[5], de même que France 2[6].

Impact politique[modifier | modifier le code]

Survenue à trois jours du premier tour de l'élection présidentielle, l'affaire Paul Voise a eu un impact médiatique considérable[7].

Plusieurs journalistes[8] et hommes politiques[9] ont avancé l'idée que l'affaire avait ainsi joué un rôle majeur dans l'élimination surprise au premier tour du candidat socialiste Lionel Jospin, devancé par le candidat du Front national, Jean-Marie Le Pen.

Traitement médiatique et instrumentalisation politique[modifier | modifier le code]

La place donnée à ce fait divers par les chaînes de télévision, et notamment par TF1, a fait l'objet de vives critiques[10]. La chaîne a été accusée de donner une place démesurée à la thématique de l'insécurité dans ses journaux télévisés[11] et de privilégier le sensationnalisme dans son traitement[12]. Robert Namias, à l'époque directeur de l'information, concédera quelques années plus tard que le traitement de l'affaire par TF1 relevait de la faute[13].

Par ailleurs, le rôle de la municipalité d'Orléans, et notamment de son adjoint à la sécurité Florent Montillot, dans la création de l'emballement médiatique autour de ce fait divers, a plusieurs fois été mis en cause[14]. Régis Guyotat, auteur d'une enquête sur l'affaire pour le journal Le Monde[15] et Daniel Schneidermann[16] ont tous deux affirmé que l'adjoint UMP avait lui-même appelé les équipes de télévision, ce que l'intéressé a démenti[17].

En 2011, le sociologue Laurent Mucchielli, spécialiste des phénomènes de délinquance, jugeait « possible, sinon probable, que tout cela ne fut qu'un coup monté », destiné à appuyer le sentiment d'insécurité à des fins électoralistes[18].

Les suites de l'affaire[modifier | modifier le code]

L'enquête dans l'agression de Paul Voise n'a abouti à aucune condamnation.

Évoquant ce fait divers dans leur livre sur la place Beauvau, les journalistes Recasens, Décugis et Labbé citent un fonctionnaire de l'époque qui laisse planer des doutes sur la personnalité de la victime : « Il y avait des zones d'ombre dans le récit de l'agression. On l'a tout de suite su. Et puis on avait le dossier des RG sur la personnalité ambiguë de la victime. Mais Jospin n'a pas voulu qu'on sorte les infos[19]. »

Le 28 février 2003, un jeune homme a été mis en examen, puis relâché. Le 18 février 2005, le juge d'Orléans prononce un non-lieu en faveur de ce suspect car les charges retenues étaient selon lui insuffisantes[20].

En mai 2004, Paul Voise a emménagé dans un pavillon neuf, construit avec les dons qui ont été perçus et grâce à une subvention de la ville d'Orléans. Mais des problèmes de santé l'ont conduit rapidement à une hospitalisation en automne 2004, puis à son placement dans une maison de retraite à Lailly-en-Val en janvier 2005[21] où il décède le 6 janvier 2013 à l'âge de 82 ans[1].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b «Papy» Voise est décédé à l'âge de 82 ans, sur larep.fr,‎ (consulté le 8 janvier 2013)
  2. Décodage d'un tabassage préélectoral, Libération, 3 mars 2003;
  3. L'affaire Paul Voise, l'Express, 7 juin 2006.
  4. ibid.
  5. a et b B. DL., « En 2002, TF1 en a fait des tonnes », La Libre Belgique,‎ (lire en ligne)
  6. Daniel Schneidermann, Le cauchemar médiatique, Éditions Denoël : « Elle aussi vraisemblablement gagnée par «l'inquiétude», France 2, qui avait raté l'information la veille, se joint à la danse en forçant les commentaires, et en évoquant, dans une surenchère d'adjectifs, «la violence stupide et révoltante à Orléans...» En vingt-quatre heures, on est donc passé de «l'inquiétude» à «la révolte». L'agression de Paul Voise n'est plus un simple fait divers, c'est une affaire, un emblème. »
  7. Paul Voise, le « papy d'Orléans » En fin de convalescence, le Point, 17 mai 2002.
  8. Saint Paul Voise martyr des médias, Le Monde, 23 avril 2003 ; Décodage d'un tabassage préélectoral, op. cit.
  9. Anthony Gautier, Affaire Paul Voise : enquête sur un fait divers qui a bouleversé la France à la veille de la présidentielle, l'Harmattan, 2003 - l'auteur cite notamment les réactions de Julien Dray et Guy Hascoët (p. 83).
  10. En 2002, TF1 en a fait des tonnes, op. cit.
  11. Daniel Schneidermann relève ainsi : « Du 1er au 21 avril 2002, nous avons dénombré sur TF1 cinquante-quatre sujets sur l'insécurité, dont 5 % de sujets «positifs» (par exemple, mettant en valeur des dispositifs de prévention). Après le 21 avril 2002 et sur une période équivalente de trois semaines, nous avons compté seulement dix sujets sur l'insécurité en général, dont 40 % de sujets «positifs». » (op. cit.) ; Anthony Gautier relève quant à lui que le sujet sur Paul Voise a fait l'objet de 19 diffusions sur LCI, filiale de TF1, dans la seule journée du 20 avril.
  12. Non-lieu dans une affaire d'agression qui tombait à pic, Libération, 19 avril 2005.
  13. Papy Voise, Copernic, Nanterre : les faits divers qui ont marqué les campagnes présidentielles sur slate.fr du 19 mars 2012
  14. L'affaire Paul Voise, l'Express, op. cit. ; Décodage d'un tabassage préélectoral, ; Décodage d'un tabassage préélectoral, op. cit.
  15. Saint Paul Voise martyr des médias, Le Monde, 23 avril 2003.
  16. Le cauchemar médiatique, op.cit.
  17. L'affaire Paul Voise, l'Express, op. cit.
  18. TF1 et l'attachée de presse du Conseil général de Nice, réflexions sur un bidonnage sur lemonde.fr du 26 juin 2011.
  19. Recasens, Décugis, Labbé, Place Beauvau, 2006, J'ai lu, p. 23.
  20. Non-lieu dans l'affaire Paul Voise, le papy figure de l'insécurité, 20 minutes, 21 février 2005.
  21. « Papy Voise » goûte à une vie redevenue paisible., la Tribune d'Orléans, 2 avril 2008.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anthony Gautier avec la collaboration de Pierre-Alexandre Couf, Affaire Paul Voise - Enquête sur un fait divers qui a bouleversé la France à la veille de la présidentielle. Éditions L'Harmattan, 2003. ISBN 978-2-7475-5073-4.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]