Affaire Paul Voise

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L'affaire Paul Voise, du nom d'un retraité né en 1930 et mort le à Lailly-en-Val dans le Loiret[1], est un fait divers ayant fait la une en France durant les deux jours précédant le , jour de l'élection présidentielle française de 2002[2], notamment le « samedi de réflexion » où la campagne est interrompue dans les médias audiovisuels.

Déroulement des événements[modifier | modifier le code]

Paul Voise
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Biographie
Naissance
Décès
Surnom
Papy VoiseVoir et modifier les données sur Wikidata

Le , Paul Voise, un retraité est agressé dans son habitation à Orléans. Deux individus non identifiés auraient tenté de le rançonner, puis l’ont roué de coups et incendié sa maison avant de prendre la fuite[3].

Survenue à trois jours du premier tour de l'élection présidentielle, l'affaire Paul Voise a eu un impact médiatique considérable[4].

Traitements politique et médiatique[modifier | modifier le code]

Le lendemain, le , le journal de 20 heures de TF1 accorde une grande importance à la couverture de ce fait divers. Les images du visage tuméfié et les pleurs de Paul Voise bouleversent la France entière et provoquent une vague d'indignation face à la délinquance[5].

La chaîne LCI repasse 19 fois le sujet pendant la journée[6]. Les propositions d'aide à la reconstruction du pavillon du vieil homme sont lancées en grand nombre.

Le , TF1 revient très longuement dans ses journaux télévisés sur cette histoire, de même que France 2[6],[7].

Plusieurs journalistes et hommes politiques ont avancé l'idée que l'affaire avait ainsi joué un rôle majeur dans l'élimination surprise au premier tour du candidat socialiste Lionel Jospin, devancé par le candidat du Front national, Jean-Marie Le Pen[8],[9].

La place donnée à ce fait divers par les chaînes de télévision, et notamment par TF1 et France 2[10], a fait l'objet de vives critiques[6]. Les deux chaînes ont été accusées de donner une place démesurée à la thématique de l'insécurité dans leurs journaux télévisés[10] et de privilégier le sensationnalisme dans leur traitement[11],[12]. Robert Namias, à l'époque directeur de l'information, concédera quelques années plus tard que le traitement de l'affaire par TF1 relevait de la faute[13].

Par ailleurs, le rôle de la municipalité d'Orléans, et notamment de son adjoint à la sécurité Florent Montillot, dans la création de l'emballement médiatique autour de ce fait divers, a plusieurs fois été mis en cause[3],[2]. Régis Guyotat, auteur d'une enquête sur l'affaire pour le journal Le Monde, et Daniel Schneidermann ont tous deux affirmé que l'adjoint UDF avait lui-même appelé les équipes de télévision, ce que l'intéressé a démenti[14],[3].

Les suites de l'affaire[modifier | modifier le code]

L'enquête dans l'agression de Paul Voise n'a abouti à aucune condamnation.

Le , une personne a été mise en examen, puis relâchée. Le , le juge d'Orléans prononce un non-lieu en faveur de ce suspect car les charges retenues étaient selon lui insuffisantes[15].

En , Paul Voise a emménagé dans un pavillon neuf, construit avec les dons qui ont été perçus et grâce à une subvention de la ville d'Orléans. Mais des problèmes de santé l'ont conduit rapidement à une hospitalisation en automne 2004, puis à son placement dans une maison de retraite à Lailly-en-Val en , où il décède le à l'âge de 82 ans[16],[1].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anthony Gautier avec la collaboration de Pierre-Alexandre Couf, Affaire Paul Voise - Enquête sur un fait divers qui a bouleversé la France à la veille de la présidentielle. Éditions L'Harmattan, 2003. (ISBN 978-2-7475-5073-4).
  • Daniel Schneidermann, Le cauchemar médiatique, Éditions Denoël, 2003, 281 p.[17].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « «Papy» Voise est décédé à l'âge de 82 ans », sur larep.fr, (consulté le ).
  2. a et b « Décodage d'un tabassage préélectoral », Libération, 3 mars 2003.
  3. a b et c « L'affaire Paul Voise », L'Express, 7 juin 2006.
  4. « Paul Voise, le « papy d'Orléans » En fin de convalescence », Le Point, 17 mai 2002.
  5. Ibid.
  6. a b et c B. DL., « En 2002, TF1 en a fait des tonnes », La Libre Belgique,‎ (lire en ligne).
  7. Daniel Schneidermann, Le Cauchemar médiatique, Éditions Denoël : « Elle aussi vraisemblablement gagnée par «l'inquiétude», France 2, qui avait raté l'information la veille, se joint à la danse en forçant les commentaires, et en évoquant, dans une surenchère d'adjectifs, «la violence stupide et révoltante à Orléans...» En vingt-quatre heures, on est donc passé de «l'inquiétude» à «la révolte». L'agression de Paul Voise n'est plus un simple fait divers, c'est une affaire, un emblème. »
  8. « Saint Paul Voise martyr des médias », Le Monde, 23 avril 2003.
  9. Anthony Gautier, Affaire Paul Voise : enquête sur un fait divers qui a bouleversé la France à la veille de la présidentielle, L'Harmattan, 2003 - l'auteur cite notamment les réactions de Julien Dray et Guy Hascoët (p. 83).
  10. a et b « L'insécurité, programme préféré de la télé », sur liberation.frVendredi et samedi, un fait divers fait le tour des journaux télévisés et des chaînes infos : un vieil homme tabassé à Orléans. «La bêtise et la barbarie», selon Béatrice Schönberg sur France 2. Les images, insupportables, complaisantes, montrent la victime désignée sous le surnom de «Papi Voise» commotionnée, en train de pleurer dans son lit d'hôpital. «Quand j'ai vu ce reportage, décliné sur plusieurs chaînes, raconte un journaliste télé, je me suis dit : "ça y est, Le Pen prend deux points."» La télé a-t-elle influencé le vote ? (...) C'est TF1 qui, d'ordinaire, est abonnée à l'insécurité dans ses JT et dans ses Droit de savoir dont un des sujets favoris semble être la brigade anticriminalité en expédition dans les cités. Parfois jusqu'à la nausée. Le 14 janvier, la Une diffuse ça peut vous arriver. Au sommaire : le braquage de voitures, les rodéos sur l'autoroute, la violence avec cette antienne rabâchée par l'animatrice : «ça peut vous arriver.» (...) Mais France 2 n'est pas en reste. L'émission de décryptage des médias, Arrêt sur images (France 5), décortiquait récemment son journal télévisé de 13 heures, présenté par Daniel Bilalian. Le constat est sans appel. En mars, Bilalian a évoqué 63 fois le thème de l'insécurité contre 41 fois pour le 13 heures de Jean-Pierre Pernaut sur TF1.
  11. Daniel Schneidermann relève ainsi : « Du 1er au 21 avril 2002, nous avons dénombré sur TF1 cinquante-quatre sujets sur l'insécurité, dont 5 % de sujets «positifs» (par exemple, mettant en valeur des dispositifs de prévention). Après le 21 avril 2002 et sur une période équivalente de trois semaines, nous avons compté seulement dix sujets sur l'insécurité en général, dont 40 % de sujets «positifs». » (op. cit.) ; Anthony Gautier relève quant à lui que le sujet sur Paul Voise a fait l'objet de 19 diffusions sur LCI, filiale de TF1, dans la seule journée du 20 avril.
  12. « Non-lieu dans une affaire d'agression qui tombait à pic », Libération, 19 avril 2005.
  13. Papy Voise, Copernic, Nanterre : les faits divers qui ont marqué les campagnes présidentielles sur slate.fr du 19 mars 2012.
  14. Le Cauchemar médiatique, op. cit.
  15. « Non-lieu dans l'affaire Paul Voise, le papy figure de l'insécurité », 20 minutes, 21 février 2005.
  16. « « Papy Voise » goûte à une vie redevenue paisible. », La Tribune d'Orléans, 2 avril 2008.
  17. Daniel Schneidermann, Le cauchemar médiatique, Denoël, , 281 p. (ISBN 220725500X et 9782207255001, OCLC 417319163, lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]