Affaire Odebrecht

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L'affaire Odebrecht[1] est une affaire de corruption entre l'entreprise de BTP brésilienne Odebrecht et des personnalités politiques de tout bord, notamment des chefs d'État, principalement d'Amérique latine, ainsi qu'avec Petrobras. Ceci débouche sur l'opération Lava Jato.

Cette entreprise aurait versé, entre 2001 et 2016, près de 788 millions de dollars[2] de pots-de-vin en échange de l'obtention de marchés publics dans dix pays latino-Américains : le Brésil, l'Argentine, la Colombie, la République dominicaine, l'Équateur, le Guatemala, le Mexique, le Panama, le Pérou, le Venezuela, ainsi que deux pays Africains : l'Angola et le Mozambique.

Ces pots-de-vin auraient servi à financer illégalement des campagnes électorales, mais ont aussi pu être versé directement aux dirigeants[3]. L'entreprise obtenait en échange un accès privilégié et sur-facturé aux marchés publics, ainsi qu'une législation favorable à ses activités.

Contexte[modifier | modifier le code]

L'entreprise Odebrecht est une entreprise de BTP brésilienne fondée dans les années 1940. Elle employait 168 000 personnes dans 28 pays en 2015, pour un chiffre d'affaires de 40 milliards de dollars[4].

En 2008, Marcello Odebrecht, petit-fils du fondateur de l'entreprise Odebrecht[5], prend les rênes de l'entreprise familiale[6]. Il construit un véritable « département des pots-de-vin » afin d'obtenir un accès privilégié aux marchés publics de plusieurs pays. Les procureurs helvétiques estiment que pour chaque dollar versé, Odebrecht recevait quatre dollars de bénéfice[7].

Procès d'Odebrecht[modifier | modifier le code]

En 2014, le patron d'une station service de Brasilia est soupçonné de blanchiment d'argent. L'enquête remonte jusqu'à la compagnie pétrolière Brésilienne Petrobras, dans le cadre d'une opération appelée « Lava Jato » (lavage express)[5]. Un vaste système de pots-de-vin est découvert, impliquant de nombreuses personnalités politiques ainsi que des entreprises, dont Odebrecht.

En , la police brésilienne arrête Marcello Odebrecht dans sa résidence de São Paulo[1]. Il est condamné à 19 ans de prison pour blanchiment d’argent, association criminelle et corruption active. Il avait versé plus de 63 millions de dollars à d'anciens directeurs de Petrobras[8].

Après huit mois de négociations avec la justice, il accepte de dénoncer les bénéficiaires de pots-de-vin, et sa peine est réduite à dix ans[5]. L'ancien président du Brésil Lula, le président de l'époque Michel Temer ainsi que plus de 240 personnalités politiques sont mises en cause. Soixante-dix-sept cadres d'Odebrecht collaborent avec la justice[5].

En 2017, des journalistes, en collaboration avec l'ONG Transparency International, ouvrent un site web pour recenser toutes les données liées à l'opération Lava Jato et l'affaire Odebrecht[9].

Ramifications par pays[modifier | modifier le code]

Amériques[modifier | modifier le code]

Brésil[modifier | modifier le code]

Le scandale touche les anciens présidents Lula da Silva et Michel Temer[10].

En 2015, de nombreuses manifestations ont lieu pour demander la destitution de Dilma Roussef, alors présidente du Brésil. Les manifestants l'accusent d'être complice du système de corruption brésilien[11], même s'il semble qu'elle n'y ait tiré aucun revenu personnel[12].

L'entreprise Odebrecht aurait été condamnée en 2016 à verser plus de deux milliards de dollars (80 % de 2,6 milliards) d'amende aux autorités brésiliennes[13]. Une autre source indique plutôt 700 millions de dollars[14].

Argentine[modifier | modifier le code]

Colombie[modifier | modifier le code]

Des soupçons pèsent sur le financement de la campagne de 2014 du président Juan Manuel Santos[2].

République dominicaine[modifier | modifier le code]

Odebrecht a avoué avoir distribué pour 92 millions de dollars de pots-de-vin[10].

Le , des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Saint Domingues pour réclamer la fin de l'impunité des fonctionnaires dominicains et des dirigeants locaux d'Odebrecht[15].

La campagne électorale de Danilo Medina, président de 2012 à 2020, aurait été en partie financée par Odebrecht. Le principal stratège électoral de la campagne est condamné en mars 2017 à huit ans de prison au Brésil pour corruption, ayant été l’un des intermédiaires chargés de la distribution des pots-de-vin d’Odebrecht[16].

Cette entreprise à du verser 189 millions de dollars à la République dominicaine[15].

Équateur[modifier | modifier le code]

Le vice-président Jorge Glas a été condamné a six ans de prison en pour avoir perçu 13,5 millions de dollars de pots-de-vin d'Odebrecht[10].

Guatemala[modifier | modifier le code]

Mexique[modifier | modifier le code]

Emilio Lozoya, ancien directeur de la compagnie pétrolière d'état Pemex et ami proche du président Enrique Pena Nieto, était la cible d'une enquête lié à Odebrecht en 2017[2].

Panama[modifier | modifier le code]

Deux fils et trois anciens ministres de l'ancien président Ricardo Martinelli (2009-2014) ont été inculpés[10].

Ricardo Martinelli et son successeur, Juan Carlos Varela (2014-2019), sont tous deux inculpés en juillet 2020[17].

L'entreprise a été condamnée à verser 59 millions de dollars au Panama[15].

Pérou[modifier | modifier le code]

Quatre anciens présidents (Alan Garcia, Alejandro Toledo, Ollanta Humala, Pedro Pablo Kuczynski) ont été liés a l'affaire Odebrecht[18].

Le , le parquet péruvien demande l'arrestation de l'ancien président du Pérou Alejandro Toledo qui aurait reçu vingt millions de dollars (dont onze millions pour lui-même) de la société Odebrecht, dans le cadre d'un contrat portant sur la construction de l'autoroute interocéanique reliant le Brésil au Pérou[19],[20].

En , l'ancien président Péruvien Ollanta Humala est placé en détention provisoire car soupçonné d'avoir reçu trois millions de dollars d'Odebrecht dans le cadre de sa campagne présidentielle[21].

Le , le président Péruvien Pedro Pablo Kuczynski est le premier président d'Amérique latine à démissionner[22], après que l'entreprise Odebrecht a reconnu avoir payé près de 5 millions de dollars à des entreprises de conseil liées directement à lui, alors qu'il était ministre. Il avait échappé à une motion de censure du Congrès en [23]. Il est placé en détention préliminaire le dans le cadre de cette même affaire[23].

Le , le procureur général du Pérou aurait destitué deux procureurs enquêtant depuis six mois sur l'affaire Odebrecht[24].

Le , l'ancien président du Pérou Alan Garcia, faisant l'objet d'un mandat d'arrêt dans le cadre de cette affaire, se suicide d'une balle dans la tête[25].

Keiko Fujimori, candidate aux élections présidentielles de 2011 et de 2016 pour le parti Force populaire, est placée en détention à partir de 2018 pour avoir perçu des pots-de-vin d'Odebrecht[26].

Venezuela[modifier | modifier le code]

Odebrecht aurait financé pour 29,7 millions d'euros de la campagne de Nicolas Maduro, et 12,7 millions d'euros de son opposant Henrique Capriles[27].

États-Unis[modifier | modifier le code]

L'entreprise aurait été condamnée à verser plus de 500 millions de dollars (20 % de 2,6 milliards) aux autorités américaines et suisses[13].

Europe[modifier | modifier le code]

Suisse[modifier | modifier le code]

L'entreprise aurait été condamnée à verser plus de 500 millions de dollars (20 % de 2,6 milliards) aux autorités américaines et suisses[13].

France[modifier | modifier le code]

L'entreprise Odebrecht aurait été impliquée, avec l'ex Direction des constructions navales française, dans un contrat de transfert de technologie nucléaire pour la construction de sous marins, signés par les présidents Nicolas Sarkozy et Lula da Silva en 2008[27].

Afrique[modifier | modifier le code]

Angola[modifier | modifier le code]

Emilio Odebrecht a déclaré qu'il traitait directement avec le président angolais José Eduardo dos Santos depuis 1984[28]. Il n'est toutefois pas fait mention de corruption.

Mozambique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Amérique latine. L’affaire Odebrecht, une corruption qui éclabousse le continent », Courrier international, (consulté le )
  2. a b et c « Odebrecht, le scandale qui fait trembler toute l'Amérique latine », France 24, (consulté le )
  3. « Odebrecht, géant de la construction et de la corruption », La Croix, (consulté le )
  4. Etienne Dubuis, « Odebrecht, le scandale de corruption qui secoue toute l’Amérique latine », Le Temps, (consulté le )
  5. a b c et d « Odebrecht, le scandale qui ébranle l’Amérique latine », RFI, (consulté le )
  6. « Marcelo Odebrecht, le « prince » de la corruption au Brésil, va sortir de prison »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), La Croix, (consulté le )
  7. « Le géant du BTP brésilien Odebrecht rattrapé par des scandales de corruption », Les Échos, (consulté le )
  8. « Brésil: Petrobras, le scandale en questions », RFI, (consulté le )
  9. (en) Fabiano Angelico, « Brazil: Open data just made investigating corruption easier », Transparency International, (consulté le )
  10. a b c et d « Odebrecht, un scandale qui n'en finit pas de secouer l'Amérique latine », Levif.be, (consulté le )
  11. « Brésil: 1,5 million de manifestants contre Dilma Rousseff », La Presse, (consulté le )
  12. « Dilma Rousseff « accusée de corruption » ? Pourquoi Atlantico se trompe - Par Manuel Vicuña », Arrêt sur images (consulté le )
  13. a b et c « Corruption au Brésil: Odebrecht tourne la page avec une forte amende », Le Parisien,
  14. « Scandale Odebrecht: le groupe de BTP versera 700 M de dollars à l'Etat brésilien », Le Figaro, (consulté le )
  15. a b et c « Odebrecht, le scandale de corruption qui secoue l'Amérique latine », Bourse Direct (consulté le )
  16. « En République dominicaine, la « marche verte » prend de l’ampleur », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  17. « Deux anciens présidents du Panama inculpés pour « blanchiment d’argent » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  18. « Au Pérou, quatre ex-présidents impliqués dans l’affaire Odebrecht », Le Monde,
  19. « RFI - Brésil-Pérou - Le chantier de la route interocéanique est lancé », RFI (consulté le )
  20. « Odebrecht: le parquet péruvien demande l'arrestation de l'ex-président Toledo », RFI, (consulté le )
  21. « Corruption : l’ex-président péruvien Ollanta Humala et son épouse ont été libérés », Le Monde, (consulté le )
  22. « Odebrecht, l’effet tentaculaire », La Croix, (consulté le )
  23. a et b « Pérou : l’ex-président Kuczynski en détention provisoire dans l’affaire Odebretch », Le Monde,
  24. « Pérou : destitution de deux procureurs qui enquêtaient sur l’affaire Odebrecht », Le Monde, (consulté le )
  25. « Affaire Odebrecht. Au Pérou, Alan García, un ancien président, se suicide avant son arrestation », Courrier international, (consulté le )
  26. « Au Pérou, l’ancienne chef de l’opposition Keiko Fujimori retourne en prison », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  27. a et b Anne Vigna, « Les ramifications du scandale Odebrecht », Le Monde diplomatique, (consulté le )
  28. « Comment le Brésilien Odebrecht a aidé les généraux angolais à devenir « chefs d’entreprises » », Le Monde, (consulté le )

Articles connexes[modifier | modifier le code]