Affaire Michaud

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L'affaire Michaud est une controverse survenue au Québec et qui a débuté en décembre 2000, au moment où Yves Michaud manifeste son intention de briguer l'investiture du Parti québécois dans la circonscription de Mercier[1],[2].

Historique[modifier | modifier le code]

L'affaire débute le 5 décembre 2000 lors d'une entrevue radiophonique animée par Paul Arcand à la station de radio CKAC de Montréal. Yves Michaud y mentionne une anecdote faisant référence à une conversation tenue, chez son coiffeur, avec un sénateur juif :

« Bien, je vais vous raconter une anecdote. J'étais... je suis allé chez mon coiffeur il y a à peu près un mois. Il y avait un sénateur libéral que je ne nommerai pas qui ne parle pas... encore qu'il représente une circonscription de langue française et qui me demande : es-tu toujours séparatiste, Yves ?" J'ai dit oui, oui je suis séparatiste comme tu es juif. Ça a pris à ton peuple 2000 ans pour avoir sa patrie en Israël. J'ai dit : moi, que ça prenne 10 ans, 50 ans, 100 ans de plus ça peut attendre. Alors il me dit : ce n'est pas pareil. Ce n'est jamais pareil pour eux. Alors j'ai dit : ce n'est pas pareil ? Les Arméniens n'ont pas souffert, les Palestiniens ne souffrent pas, les Rwandais ne souffrent pas. J'ai dit : c'est toujours vous autres. Vous êtes le seul peuple au monde qui avez souffert dans l'histoire de l'humanité. »

— Yves Michaud, Entrevue avec Paul Arcand, 5 décembre 2000[3]

Le 13 décembre, Yves Michaud se présente aux États généraux sur la situation et l'avenir de la langue française au Québec. Lors de son témoignage, il invite les Québécois à suivre l'exemple de ce que le chanoine Groulx disait à propos du peuple juif :

« Mes propres concitoyens devraient suivre l’exemple de ce que le chanoine Groulx disait à propos du peuple juif. Le chanoine Groulx disait et nous invitait, et je le cite, "à posséder, comme les Juifs, leur âpre volonté de survivance, leur invincible esprit de solidarité, leur impérissable armature morale". Et l’historien donnait alors l’exemple du peuple juif comme modèle à suivre pour que les Québécois affirment leur propre identité nationale et assument, et assument pleinement, l’héritage de leur histoire, ajoutant que l’anti-sémitisme était "une attitude anti-chrétienne et que les chrétiens sont, en un sens, spirituellement des Sémites". Fin de la citation »

— Yves Michaud, États généraux sur la situation et l'avenir de la langue française au Québec, 13 décembre 2000[4],[5]

Le témoignage de Michaud a servi de base à une motion de blâme adoptée à l'unanimité et sans débat par l'Assemblée nationale du Québec le 14 décembre 2000, provoquant une crise importante au sein du Parti québécois entre les défenseurs et les détracteurs de Michaud.

Libellé de la motion[modifier | modifier le code]

Motion de blâme adoptée à l'Assemblée nationale, le 14 décembre 2000

M. Bergman : M. le Président, une motion sans préavis.

« Que l'Assemblée nationale dénonce sans nuance, de façon claire et unanime, les propos inacceptables à l'égard des communautés ethniques et, en particulier, à l'égard de la communauté juive tenus par Yves Michaud à l'occasion des audiences des états généraux sur le français à Montréal le 13 décembre 2000. »

Signé du député libéral de D'Arcy-McGee, Lawrence S. Bergman (parti libéral du Québec) et du député péquiste de Sainte-Marie–Saint-Jacques, André Boulerice.

Suites[modifier | modifier le code]

Excuses[modifier | modifier le code]

En décembre 2010, sur une initiative de Paul Bégin, 19 députés cosignent et envoient une lettre à Michaud, présentant des « excuses les plus sincères pour les souffrances morales qu'il a dû injustement vivre suite à l'adoption de cette motion »[6]. Cette lettre porte à 25 le nombre de députés ayant dit regretter le geste, dont notamment Louise Beaudoin, André Boisclair, Bernard Landry, Joseph Facal et Pauline Marois, bien que cette dernière ne se soit pas excusée[6].

En janvier 2011, un total de 51 députés péquistes ont exprimé leurs regrets ou excuses concernant l'affaire Michaud[7],[8].

En août 2012, Yves Michaud a lancé une publicité dans le journal Le Devoir afin de dénoncer les candidats électoraux n'ayant pas encore présenté d'excuses. Le Directeur Général des Élections (DGEQ) l'a sommé d'arrêter puisqu'il enfreignait la Loi électorale. En avril 2013, le DGEQ intente une poursuite contre Yves Michaud, lequel a promis de plaider non-coupable et de poursuivre le DGEQ en retour[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel David, « Honteux anniversaire », Le Devoir,
  2. Yves Michaud, « Mon exécution parlementaire », Le Devoir,
  3. « Ce qu’a dit Yves Michaud : deuxième partie : Entrevue avec l’animateur Paul Arcand », sur http://faculty.marianopolis.edu, La Presse, 19 décembre 2000, page a-15 (dernière modification 19 février 2001)
  4. Robert Barberis-Gervais, « j’approuve Pauline Marois - les propos complexes et nuancés d’Yves Michaud devant la Commission Larose - il faut du jugement pour faire de la politique », sur http://www.vigile.net,
  5. Mathieugp, « Allocution de Yves Michaud devant la Commission des États généraux sur la situation et l’avenir de la langue française », sur http://biblio.republiquelibre.org, 22 août 2008 (dernière modification 29 décembre 2010)
  6. a et b Mélissa Guillemette, « Une vingtaine d'ex-députés du PQ s'excusent auprès d'Yves Michaud », Le Devoir,‎ (lire en ligne).
  7. La Presse canadienne, « Plus de 50 péquistes reconnaissent leur tort dans l'affaire Michaud », Le Devoir,
  8. Yves Michaud, « L'avilissement de l'Assemblée nationale », Le Devoir,
  9. La presse canadienne, « Poursuivi par le DGE, Yves Michaud veut lui servir la même médecine », Le Devoir,‎ (lire en ligne).

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]