Affaire Marković

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L'affaire Markovic est une affaire politique française, qui a un temps, en 1968-1969, menacé de briser les ambitions présidentielles de Georges Pompidou.

Historique[modifier | modifier le code]

Le 1er octobre 1968, le corps décomposé de Stevan Markovic, enveloppé dans une housse de matelas, est retrouvé dans un lieu de décharge à Élancourt (Yvelines). Markovic, d'origine serbe, a été pendant trois ans le garde du corps d’Alain Delon et Nathalie Delon[1]. Quelques jours plus tard, les enquêteurs de la PJ de Versailles trouvent dans une correspondance privée une lettre où Markovic écrit : « Si je suis assassiné, ce sera 100 % la faute d'Alain Delon et de son parrain François Marcantoni. » Ce dernier, ancien Résistant et braqueur corse, est membre du Service d'action civique; il est également cousin de Jean-Charles Marchiani, membre des services français d'espionnage (SDECE).

Peu de temps après, le fait divers se transforme en affaire politique quand une lettre anonyme publiée dans Le Figaro implique que des hauts fonctionnaires et d’anciens membres du gouvernement auraient participé à des soirées douteuses organisées par Marcantoni[2]. Le « Tout-Paris » ne parle plus que de l’affaire Markovic et les rumeurs s’amplifient. Des photos circulant sous le manteau montreraient des personnalités de la politique, des médias, du spectacle et autres en train de se livrer à des « partouzes »; sur certaines photos, on peut, toujours selon la rumeur, reconnaître Claude Pompidou, l’épouse de Georges Pompidou alors ancien premier ministre, remercié quelques mois plus tôt par le général de Gaulle.

Georges Pompidou est persuadé qu'il s'agit d'un complot destiné à briser ses ambitions politiques, mené par Louis Vallon, un de ses ennemis les plus tenaces, et René Capitant, un de ses ennemis les plus anciens, qu'il avait connu au cabinet du général de Gaulle en 1944-1945. Il est également convaincu de l'implication de certains services du SDECE. La presse de l'époque partage cette analyse. Pierre Viansson-Ponté écrit dans Le Monde : « L'ennemi est là, tout près, tapi dans l'ombre… », laissant ainsi entendre que les comploteurs ont le soutien implicite de cercles proches du pouvoir.

Suite à cette affaire, Pompidou se considère délié de tout devoir envers de Gaulle. Le soutien de l'opinion, qui voyait en Pompidou le successeur du Général, l'absence de faits probants, ainsi que la démission de de Gaulle suite au référendum du 27 avril 1969, firent avorter la conjuration.

La police effectue un travail de fourmi, notamment sur la housse de matelas où a été retrouvé Markovic. En partant de plus de 800 acquéreurs de matelas Treca, ils parviennent à sept noms, sept suspects, dont Marcantoni. Celui-ci, seul suspect arrêté, passera onze mois derrière les barreaux, mais en 1976, son avocat Jacques Isorni, malgré un sérieux faisceau de présomptions, obtient un non-lieu grâce à Jean-Charles Marchiani.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Devenu président de la République, Georges Pompidou nommera Alexandre de Marenches à la tête du SDECE afin de le réformer profondément. Assisté de Michel Roussin, son directeur de cabinet, Alexandre de Marenches en expulsera les « barbouzes » et quelques éléments turbulents, comme Jean-Charles Marchiani.

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cf. par ex. Jean-Baptiste de Montvalon, « Depuis 1969, à chaque élection présidentielle son "coup fourré" », Le Monde, no 29 avril,‎ 2006 (lire en ligne)
  2. « Markovic avait de nombreuses relations dans les milieux politiques, le spectacle et de la chanson. C'est ainsi qu'on évoque le nom de plusieurs actrices, de chanteuses, de la femme d'un ancien membre du gouvernement, et ceux d'un député, de deux hauts fonctionnaires et de plusieurs vedettes. » (Le Figaro, n° du 14 octobre 1968  ; cité par Jean-Pax Méfret, La sale Affaire Markovic : Markovic, Marcantoni, Delon, Pompidou et les autres, Pygmalion,‎ 2007, 238 p. (ISBN 978-2-857-04895-4, OCLC 85335947), « La mort, l'acteur et le truand », p. 24.

Bibliographie[modifier | modifier le code]