Affaire Maëlys

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Affaire Maëlys
Nature du crime Enlèvement
Type de crime Enlèvement d'enfant
Pays de lieu du crime Drapeau de la France France
Ville Le Pont-de-Beauvoisin (Isère)
Date du crime
Nombre de victimes 1 (Maëlys de Araujo)
Jugement
Statut Affaire non élucidée

L'affaire Maëlys est une affaire criminelle française qui a pour point de départ la disparition inexpliquée d'une fillette de 9 ans, Maëlys de Araujo, le dimanche vers 3 heures du matin lors d'un mariage à Pont-de-Beauvoisin, en Isère.

L'affaire a, par la suite, été qualifiée d'enlèvement ; un suspect âgé de 34 ans, invité du mariage, a été mis en examen pour enlèvement et séquestration d'un mineur de moins de 15 ans et écroué le . En effet, en dépit de ses dénégations initiales, des traces d'ADN de l'enfant ont été retrouvées dans son véhicule.

Malgré d'intenses recherches autour du lieu du mariage, la fillette n'a, pour l'heure, pas été retrouvée.

Disparition[modifier | modifier le code]

Durant la nuit du samedi 26 août 2017 au dimanche 27 août 2017, a lieu une fête de mariage à laquelle assistent environ 200 convives dans la salle des fêtes de Pont-de-Beauvoisin (Isère). Vers 3 h du matin, les parents de la petite Maëlys de Araujo, âgée de 9 ans, la perdent de vue ; ils donnent l'alarme à 3 h 57[1]. Tous les invités se mettent à la rechercher mais, faute de résultat, la gendarmerie est contactée. À ce moment, on ignore si la fillette s'est égarée dans la forêt avoisinante, a été victime d'un accident, a fait une fugue ou a été enlevée[2].

Enquête[modifier | modifier le code]

Un appel à témoin pour « disparition inquiétante » est diffusé par la gendarmerie le dimanche 27 août avec le signalement et des photos de l'enfant. Aux alentours du lieu de disparition, un dispositif massif de recherche est mis en place avec notamment une centaine de gendarmes qui font une battue dans les bois avoisinants, des plongeurs qui sondent les rivières et plans d'eau, des spéléologues qui explorent les cavités, un hélicoptère et des drones[2]. Parallèlement, les enquêteurs interrogent tous les convives, ainsi que les participants à une fête dans un bar dans le village ; une quarantaine de perquisitions sont effectuées sans succès.

Dans ces conditions, la procureure de la République de Bourgoin-Jallieu ouvre le lundi 28 août une enquête préliminaire pour « enlèvement »[3] mais le dispositif Alerte-Enlèvement n'a pas été enclenché.

Le 29 août, trois chiens pisteurs sont sollicités pour pister l'odeur de l'enfant à partir de l'un de ses effets personnels. Les chiens pistent alors sa trace mais les trois s'arrêtent à peu près au même endroit sur le parking de la salle des fêtes. La thèse de l'enlèvement dans un véhicule stationné à la salle des fêtes devient privilégiée[3].

Le 31 août, un homme de 34 ans, Nordahl Lelandais, est placé en garde à vue, ses premières déclarations semblant troubles. Ce serait un ami du marié, dealer, ancien militaire maître-chien, travailleur intérimaire, passionné par la boxe et les arts martiaux, demeurant à Domessin (Savoie)[4],[5]. L'homme, engagé dans l'armée à 19 ans, devenu maître-chien au 132e bataillon cynophile de l'Armée de terre de Suippes, a été réformé en 2007 pour "comportement psychologique instable" et "addiction aux drogues"[6]. Les enquêteurs ayant omis de filmer cette garde à vue comme cela est requis en matière criminelle, cette audition pourrait être annulée, mais cela n'aurait guère de conséquence sur le reste de la procédure puisque l'homme n'a rien avoué[7].

Il aurait fourni des produits stupéfiants à plusieurs personnes lors de la soirée, mais, selon ses dires, sans rémunération[8].

Les enquêteurs sont notamment intrigués de ce que l'homme :

  • a fait un aller-retour entre la salle des fêtes et son domicile au cours de la soirée (il aurait taché son short avec du vin) ;
  • a minutieusement nettoyé son véhicule, notamment son coffre, à l'aide d'un produit servant habituellement à nettoyer les jantes (particulièrement efficace pour faire disparaître les traces et tromper l'odorat des chiens)[9] ;
  • a éteint son téléphone portable et caché l'existence d'un autre ;
  • présente des traces de griffures au bras et au genou.

Il donne des explications à ces divers éléments[10], par exemple il explique les griffures par du jardinage au milieu de framboisiers quelques jours avant le mariage, mais cette version n'est guère corroborée par sa mère, chez laquelle il vit, qui a expliqué aux enquêteurs qu'il ne jardinait pas[11].

Le 1er septembre, un autre homme de 34 ans, ami de Lelandais, est placé en garde à vue, afin de confronter ses déclarations à celles du premier gardé à vue. Le 1er septembre au soir, les deux gardés à vue sont relâchés, faute d'éléments suffisants à ce stade. Le 2 septembre, une battue citoyenne, à laquelle participent des centaines de volontaires, ne donne rien.

Le 3 septembre, une information judiciaire pour enlèvement est ouverte et est confiée à deux juges d'instruction. Une expertise judiciaire, utilisant une technique récente, permet d'identifier une trace d'ADN de la fillette sur le tableau de bord de la voiture de Nordhal Lelandais[12],[13]. Celui-ci est alors immédiatement entendu par les juges d'instruction ; il leur explique que la fillette serait montée brièvement dans sa voiture en compagnie d'un garçonnet, pour vérifier si ses chiens étaient dans le véhicule. Cela ne convainc pas les juges, qui le mettent en examen pour enlèvement d'enfant et demandent son placement en détention provisoire.

Le 5 septembre, une perquisition est menée au domicile du suspect, afin notamment de recouper certains éléments et de procéder à de nouveaux prélèvements. Le 8 septembre, les enquêteurs doutent de l'existence du garçon blond qui serait monté brièvement dans la voiture du suspect avec Maëlys[14],[15].

Autres indices graves et concordants :

  • le comportement du suspect avec les enfants, lors du mariage. « Le suspect a été vu par de nombreux témoins, dans la salle où les enfants dormaient sous l'œil de la baby-sitter. Dans cette pièce isolée, il parlait avec Maëlys et lui montrait sur son téléphone portable des photos de ses chiens, l'une des passions de la petite fille », ont indiqué plusieurs témoins à Paris Match ;
  • Maëlys présentait Nordhal Lelandais comme son « copain » ou son « tonton » ;
  • Nordhal Lelandais ne s'est pas préoccupé de sa disparition ; il s'est éclipsé avant l'arrivée des gendarmes, prétextant être malade à cause de l'alcool, se faisant accompagner aux toilettes par un invité et faisant semblant de vomir[16],[17].

Le 15 septembre, BFM TV révèle qu'une vidéo de télésurveillance d'une station de lavage a filmé Nordhal Lelandais le lendemain de la disparition de Maëlys pendant 2 h 17 minutes, alors qu'il nettoyait son véhicule, insistant particulièrement sur le coffre et la portière côté passager du véhicule.

Après examen par les enquêteurs de sa deuxième ligne téléphonique, le suspect a expliqué s'être absenté à trois reprises de la salle des fêtes, afin de procurer à des invités de la cocaïne. Il avait d'abord nié s'être absenté de la salle des fêtes, avant de se raviser pour dire qu'il l'avait quittée une seule fois pour se changer[18].

Selon France Info, le suspect s'est aperçu qu'il était filé par des gendarmes en civil et a tenté de les semer avant d'être placé en garde à vue[19].

Lors d'une déclaration à la presse le 28 septembre, la mère de Maëlys de Araujo demande au suspect, sans le nommer, de dire ce qu'il sait. La mère du suspect déclare alors qu'elle va l'encourager à révéler ce qu'il aurait pu voir[20].

Couverture médiatique[modifier | modifier le code]

L'alerte du dispositif Alerte-Enlèvement n'a pas été déclenchée car, lors de la constatation de la disparition, les forces de l'ordre n'avaient pas d’indices permettant de penser qu’il s'agissait d'un enlèvement[21],[22]. Bien que cette disparition n'ait pas eu droit à la couverture maximale prévue par ce dispositif, l'ensemble de la presse nationale a couvert la disparition ou l'interpellation d'un suspect.

En Europe, la disparition de la fillette était encore à la une de la presse portugaise le 8 septembre 2017, devançant l'ouragan Irma, la Correio da Manhã s'intéressant notamment aux recherches effectuées sur place par un parent portugais[23] ; la BBC au Royaume-Uni et le Corriere della Sera en Italie, la Tribune de Genève en Suisse ont relayé la disparition et l'enquête[24],[25],[26].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Disparition de Maëlys : le suspect aurait menti en évoquant un deuxième enfant sur le site de LCI, 8 septembre 2017.
  2. a et b Disparition de Maëlys : retour sur une semaine d'enquête sur Sud Ouest, 4 septembre 2017.
  3. a et b AFP, « Disparition de Maëlys: les étapes de l'enquête » sur le site d'Orange, 5 septembre 2017.
  4. Qui est le principal suspect dans la disparition de Maëlys sur France-Soir, 4 septembre 2017.
  5. Ghislaine Gerbelot, « Affaire Maëlys : le suspect, un ancien militaire passionné par les chiens et la boxe » sur Le Dauphiné libéré, 5 septembre 2017.
  6. Disparition de Maëlys : nouvelles révélations accablantes sur le principal suspect.
  7. 20 minutes 27/09/2017 : une erreur dans l'audition du suspect pourrait entacher la procédure.
  8. François Carrel, « Maëlys : un suspect et une trace ADN » sur Libération, 4 septembre 2017.
  9. Liv Audigane, « Disparition de Maëlys: le suspect a nettoyé son coffre avec un puissant produit », sur BFM TV, .
  10. Disparition de Maëlys : le suspect aurait menti en évoquant un deuxième enfant sur le site de LCI, 8 septembre 2017.
  11. Elise Vincent, « Zones d'ombre autour de la disparition de Maëlys » sur Le Monde, 6 septembre 2017.
  12. Vincent Wales, « Affaire Maëlys : un homme mis en examen et placé en détention provisoire » sur Le Dauphiné libéré, 8 septembre 2017.
  13. L.A., avec Dominique Rizet, « Disparition de Maëlys: une nouvelle technique d'identification utilisée par les enquêteurs » sur le site de BFM TV, 4 septembre 2017.
  14. Vincent Wales, « Affaire Maëlys : le second enfant évoqué par le suspect n'existe pas » sur Le Dauphiné libéré, 3 septembre 2017.
  15. Caroline Piquet, « Disparition de Maëlys : les incohérences dans la défense du suspect s'accumulent » sur Le Figaro, 8 septembre 2017.
  16. AFP, « Disparition de Maëlys : ses parents sortent de leur silence » sur Libération, 10 septembre 2017.
  17. Nordahl: un suspect aux nerfs d'acier.
  18. Alicia Paulet, « Disparition de Maëlys : où en est l'enquête ? » sur Le Figaro, 15 septembre 2017.
  19. Le Point 22/09/2017 Le suspect avait tenté de semer des gendarmes.
  20. Maëlys de Araujo: Mothers in plea to French kidnap suspect - BBC News
  21. Esther Paolini, « Disparition de Maëlys: pourquoi l'alerte enlèvement n'a pas été déclenchée » sur Le Figaro, 31 août 2017.
  22. Liv Audigane, avec Alexandra Gonzalez, « Disparition de Maëlys: pourquoi l'alerte enlèvement n'a-t-elle pas été lancée ? » sur le site de BFM TV, 30 août 2017.
  23. (pt) Sofia Piçarra, « Bruxo de Fafe e pais nas buscas por menina portuguesa desaparecida em França » sur cmjornal.pt, 8 septembre 2017.
  24. (en) Maëlys de Araujo: Man charged with kidnap of missing girl sur le site de la BBC, 4 septembre 2017.
  25. (it) Stefano Montefiori, « Francia, bambina scomparsa: chi è l’arrestato. "Incastrato da graffi sul braccio e dal Dna sull’auto" » sur Corriere della Sera, 4 septembre 2017.
  26. Les enquêteurs sondent un lac en Savoie sur Tribune de Genève, 5 septembre 2017.