Affaire Hildebrand

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L'affaire Hildebrand est une affaire politique et économique qui s’est déroulée en Suisse pendant le mois de janvier 2012. Elle implique le directeur de la Banque nationale suisse Philipp Hildebrand et son épouse Kashya Hildebrand[N 1]. Des accusations de délit d'initié ont conduit à la démission de Philipp Hildebrand de son poste[1] : celui-ci et sa femme auraient en effet exploité les informations qu'il détenait sur la politique monétaire suisse du fait de sa position privilégiée — notamment sur la prochaine fixation d'un taux plancher de l'euro par rapport au franc suisse — pour spéculer sans risques sur les devises, par des achats et reventes sur le Forex.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Inflation[modifier | modifier le code]

Le 6 septembre 2011, confrontée à l'accroissement du franc suisse, la Banque nationale suisse fixe un taux plancher de l'euro à 1.20 franc suisse[2]. Le journaliste économiste Nicolas Rossé qualifie cette décision, destinée à juguler l'inflation et appliquée drastiquement à la régulation des devises, comme étant  : « rarissime[3] » et « risquée[3] ». Ce même jour, Philipp Hildebrand, membre du directoire de la BNS, fait une déclaration publique, confirmant ainsi l'établissement du taux plancher précité[4].[précision nécessaire]

Banque Sarasin[modifier | modifier le code]

Le 11 novembre 2011, un collaborateur de la banque Sarasin rencontre l'avocat et conseiller d'État thurgovien Hermann Lei pour lui remettre des captures d'écran du compte bancaire de Philipp Hildebrand ; ce dernier fait suivre ces documents au parlementaire Christoph Blocher[5]. Le 15 décembre 2011, Christoph Blocher transmet ces informations au Conseil fédéral. Le 23 décembre 2011, Christoph Blocher tient une séance spéciale pendant laquelle la Banque nationale suisse (BNS) les informe que les rumeurs d'enrichissement personnel sont fausses[6].

Révélations[modifier | modifier le code]

Le siège de la Banque nationale suisse, à Berne.

Le 1er janvier 2012, l'affaire Hildebrand est rendue publique dans la presse dominicale. Philipp Hildebrand y est soupçonné d'être impliqué dans une forme de délit d'initié qui le rendrait coupable d'avoir enfreint le devoir de réserve auquel l'astreint son poste de directeur de la BNS, alors que son nom et celui de son épouse Kashya Hildebrand apparaissent dans deux transactions d'achats et de reventes de devises sur le Forex, dont les montants se chiffrent respectivement à 1 173 000 USD le 10 mars 2011 et à 504 000 USD le 15 août 2011[5],[7],[8].

Répercussions[modifier | modifier le code]

Le 9 janvier 2012, Philipp Hildebrand affirme qu'il préfère dès lors se retirer, bien que rien ne puisse lui être reproché au regard de la législation suisse en la matière[9],[10], au vu du déficit de crédibilité qu'ont engendré ces transactions[1]. Il pense en effet ne plus être à même de remplir son rôle conformément à son mandat dans de telles conditions[11]. Le quotidien Blick contredit cette version en dévoilant que c'est le conseil de la banque lui-même qui a contraint Philipp Hildebrand à la démission[12],[13].

Philipp Hildebrand démissionne aussi de la vice-présidence du Conseil de stabilité financière, poste qu'il occupait depuis novembre 2011[14]. Il annonce également qu'il va quitter tous ses mandats liés à sa fonction dans des organes internationaux, à l'exception de sa participation au think tank Group of Thirty[15].

Le 13 janvier 2012, l'avocat Hermann Lei fait l'objet de l'attention des autorités judiciaires, en raison des problèmes de violation potentielle du secret bancaire entraînés par son rôle d'intermédiaire dans la divulgation de données confidentielles dérobées[16] : une enquête pénale est ouverte à son encontre, ainsi qu'à celle de son collègue Claudio Schmidt[17]. L'informaticien ayant confié à Hermann Lei des données originellement soustraites à la banque Sarasin porte plainte à son tour contre son avocat, pour violation du secret de fonction[18],[19],[20].

Le 22 janvier 2012, l'informateur qui a soustrait les données de la banque Sarasin donne sa version des faits et dénonce les pressions qu'il aurait subies de la part de Christoph Blocher, le Conseiller national de l'Union démocratique du centre[21].

Le 23 janvier 2012, le directeur du Contrôle fédéral des finances Kurt Grüter et le vice-directeur Michel Huissoud — tous deux chargés par le Conseil fédéral, en qualité d'experts, de procéder à un examen déontologique des divers paramètres en cours — confirment leurs conclusions précédentes émises le 21 décembre 2011 qui, d'après leur verdict, attesteraient du fait que Philipp Hildebrand aurait respecté les règles d'usage de la BNS, ce qui le blanchirait ainsi de toute infraction réglementaire[22]. Selon Michel Huissoud, cela n'aurait pu constituer un problème que si Philipp Hildebrand avait lui-même passé l'ordre de bourse ; or, il aurait agi correctement en prévenant tout d'abord le service de compliance de la BNS qui lui a ensuite donné le feu vert. Ainsi, toujours d’après Michel Huissoud, au vu des dimensions que l'affaire a prises, ce service aurait pu lui ordonner d'extourner l'achat de devises[23]. Le porte parole du Conseil fédéral André Simonazzi confirme la teneur du rapport précité[22]. Par ailleurs, la banque Sarasin adresse une plainte au Conseil suisse de la presse[24] contre l'hebdomadaire Die Weltwoche, lui reprochant un article qui, selon elle, outre d'avoir « insuffisamment évalué son unique source qui a rendue publique l'affaire Hildebrand », serait également « entaché d'erreurs en lien avec la violation du secret bancaire » et aurait ainsi « injustement nui à la réputation de son établissement, ainsi qu'à celle du conseiller en clientèle que le journal cite comme source[22] ».

Médias[modifier | modifier le code]

Le 10 janvier 2012, lors de son émission hebdomadaire « Infrarouge[25] », diffusée en direct, la Radio télévision suisse ouvre un débat contradictoire, réunissant plusieurs personnalités autour de « l'affaire Hildebrand[25] ».

Le 13 janvier 2012, le cinéaste suisse Jacob Berger revient sur l'affaire Hildebrand dans sa « chronique du cinéaste[26] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Auparavant employée à New York par Moore Capital Management (en) comme opérateur de marché et trader de devises, Kashya Hildebrand est propriétaire d'une galerie d'art contemporain à Zurich. Cf. article de Nicolas Poinsot, « Kashya Hildebrand, l’art et la devise », Les quotidiennes : un regard audacieux de femmes sur l’actualité, Edipresse Publications SA « Politique »,‎ (lire en ligne)

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Sylvain Besson, Bernard Wuthrich, Alexis Favre, François Modoux et al., « Comment, en voulant se disculper, Philipp Hildebrand s’est condamné », Le Temps, Genève, Le Temps SA « Banque nationale suisse »,‎ (lire en ligne) : retracé synoptique des différentes étapes chronologiques ayant conjointement présidé à l’éclosion de l’affaire Hildebrand.
  2. [vidéo] tsrinfo.ch, « La BNS fixe un taux plancher à un franc vingt pour un euro », 19:30 le journal, sur tsr.ch, Radio télévision suisse, (consulté le 13 janvier 2012) La BNS cherche à contenir les effets du franc fort.
  3. a et b [vidéo] tsrinfo.ch, « Cours plancher de l'Euro fixé à un franc vingt : les précisions de Nicolas Rossé », 19:30 le journal, sur tsr.ch, Radio télévision suisse, (consulté le 13 janvier 2012) La BNS cherche à contenir les effets du franc fort.
  4. [vidéo] tsrinfo.ch, « Cours plancher de l'Euro fixé à un franc vingt : déclaration de Philipp Hildebrand, président de la direction de la BNS », 19:30 le journal, sur tsr.ch, Radio télévision suisse, (consulté le 13 janvier 2012) La BNS cherche à contenir les effets du franc fort.
  5. a et b (en+de)Felix Scheuber, Kashya Hildebrand, Philipp Hildebrand et al., « Courriers échangés entre Félix Scheuber & Kashya et Philipp Hildebrand », BNS / SNB, Zurich, banque Sarasin, vol. A 974406 « Sarasin GlobalSar - IIID (EUR) A », no LU0058893917 « Sarasin Investmentfonds Ltd. »,‎ 2011 / 2012, p. 3 à 11 (lire en ligne [PDF]) : copie des correspondances électroniques et manuscrites échangées entre le directeur exécutif de la banque Sarasin Félix Scheuber et Kashya et Philipp Hildebrand et copie d'une lettre du 9 janvier 2012, adressée au « Prof. Dr. Peter Nobel », directeur de l'étude d'avocat « Nobel & Hug – Rechtsanwälte » spécialisée, notamment, dans le droit boursier et des marchés des capitaux, ainsi que dans le droit bancaire et financier.
  6. BNS Banque nationale suisse, « Communication du Conseil de banque de la Banque nationale », SNB Schweizerische Nationalbank, Berne et Zurich « Communiqué de presse »,‎ (lire en ligne [PDF]) Les rumeurs lancées contre le président de la Direction générale s'avèrent infondées. Le Conseil de banque clôt l'enquête.
  7. [vidéo][audio] tsrinfo.ch, « Chronologie de l'affaire Hildebrand », sur tsr.ch, Radio télévision suisse, (consulté le 11 janvier 2012)
  8. [vidéo][audio] tsrinfo.ch, « L'affaire Hildebrand », sur tsr.ch, Radio télévision suisse, (consulté le 13 janvier 2012) Le dossier complet de la RTS sur l'affaire Hildebrand en streaming vidéo.
  9. Banque nationale suisse BNS, « Le président de la Banque nationale, Philipp Hildebrand, démissionne de ses fonctions avec effet immédiat », SNB Schweizerische Nationalbank, Berne et Zurich « Communiqué de presse »,‎ (lire en ligne [PDF])
  10. Philipp Hildebrand, « Déclaration de M. Philipp Hildebrand, président de la direction générale de la Banque nationale suisse », Banque nationale suisse, Berne, SNB Schweizerische Nationalbank « Lettre de démission »,‎ , p. 1 et 2 (lire en ligne [PDF]) Lettre de démission de Philipp Hildebrand du Conseil de direction de la Banque nationale suisse
  11. [vidéo] [audio] tsrinfo.ch, « Démission de Philipp Hildebrand : le minute par minute », sur tsr.ch, Radio télévision suisse, (consulté le 23 janvier 2012). Déclaration de Philipp Hildebrand, à l’issue de la conférence de presse du 9 janvier 2012, dans la salle de presse du Palais fédéral à Berne : « J’ai tout essayé pour prouver mon innocence, mais ça n’a pas été possible. C’est pourquoi je suis arrivé à la conclusion que je devais démissionner. »
  12. Sandrine Perroud, « La BNS a poussé Philipp Hildebrand vers la sortie, affirme « Blick » », Tribune de Genève, Genève, Edipresse Publications SA « La Une »,‎ (ISSN 1010-2248, lire en ligne) Philipp Hildebrand n'a pas décidé seul de quitter son poste. Il aurait cédé aux pressions du conseil de la BNS, affirme mardi le journal « Blick » sur son site.
  13. (de) Daniel Meier, « Warum der SNB-Chef wirklich aufgab : Bankrat zwang Hildebrand zum Rücktritt! », Blick, Zurich, Ringier im Web,‎ (ISSN 1013-0667, lire en ligne) Alles andere als freiwillig: Der Bankrat drohte Hildebrand mit geschlossenem Rücktritt!
  14. (en) [04/2012] FSB Financial Stability Board, « Resignation of FSB Vice-Chairman Philipp Hildebrand », FSB, Bâle, Financial Stability Board « Bank for International Settlements » « Press release »,‎ (lire en ligne [PDF]) « The Vice-Chairman of the Financial Stability Board, Philipp Hildebrand, today resigned as Chairman of the Board of the Swiss National Bank, and consequently from his role as Vice-Chairman of the FSB. »
  15. ATS, « L'ex-president de la BNS demeure membre du G30 », 20 minutes,‎ (lire en ligne)
  16. Xavier Alonso, « Perquisition chez l'avocat qui a transmis les données bancaires », Tribune de Genève, Genève, Edipresse SA « Affaire Hildebrand »,‎ (lire en ligne) La justice zurichoise enquête au domicile de l'avocat et député thurgovien de l'UDC Hermann Lei qui a fourni les extraits des comptes bancaires du couple Hildebrand à Christoph Blocher.
  17. ATS, « Enquête pénale contre Hermann Lei dans l'affaire Hildebrandt », L'Impartial, Neuchâtel, Arcinfo SNP Société neuchâteloise de presse SA « Affaire Hildebrand »,‎ (lire en ligne) Le Ministère public zurichois ouvre une enquête pénale contre le député UDC au Grand Conseil thurgovien Hermann Lei, ainsi que son collègue Claudio Schmid.
  18. ATS, « L'informaticien porte plainte contre l'avocat UDC Hermann Lei », Romandie News, AWP/ATS,‎ (lire en ligne) L'informaticien qui a soustrait les données bancaires de Philipp Hildebrand à la banque Sarasin a déposé plainte contre son avocat Hermann Lei pour non-respect du secret de fonction auquel l'astreint le code déontologique de sa profession.
  19. ATS, « RPT/BNS/Affaire Hildebrand : Hermann Lei a réalisé le montage des documents », Romandie News, AWP/ATS,‎ (lire en ligne) Selon l'information confié au Blick par l'avocat Hermann Lei, les extraits publiés par le journal Die Weltwoche se composent d'une compilation issue de trois extraits bancaires différents qui lui ont été transmis par l'informaticien de la banque Sarasin. Hermann Lei les a ensuite réunis sous forme de conglomération, de telle façon à ce que l'ensemble puisse se condenser sur une seule page.
  20. [vidéo] tsrinfo.ch, « Affaire Hildebrand : l'avocat Hermann Lei avoue avoir modifié des extraits de compte », 19:30 le journal, sur tsr.ch, Radio télévision suisse, (consulté le 20 janvier 2012) : Hermann Lei est l'avocat thurgovien qui a remis les extraits de compte de l'ancien directeur de la Banque nationale suisse à la Weltwoche. Il avoue avoir comprimé les trois pages de l'extrait de compte pour que tout apparaisse sur une seule page.
  21. [vidéo][audio] tsrinfo.ch, « Affaire Hildebrand : l'informaticien à l'origine des révélations donne sa version des faits », Suisse, sur tsr.ch, Radio télévision suisse, (consulté le 23 janvier 2012). L'informateur de la banque Sarasin aurait été mis sous pression par le Conseiller national UDC Christophe Blocher.
  22. a, b et c [vidéo][audio] tsrinfo.ch, « Hildebrand à nouveau blanchi par la Confédération », Suisse, sur tsr.ch, Radio télévision suisse, (consulté le 23 janvier 2012)
  23. Arthur Grosjean, « Le contrôleur parle : entrevue avec Michel Huissoud, vice-directeur du contrôle fédéral des finances », La Tribune de Genève, Edipresse SA « propos recueillis par Arthur Grosjean »,‎ , p. 5
  24. (fr+de)(it) « Conseil suisse de la presse », site web officiel, dans les trois langues nationales : allemand, français, italien, sur presserat.ch, Schweizer Presserat (consulté le 24 janvier 2012) : le Conseil suisse de la presse est à disposition du public et des journalistes en tant qu'instance de plainte pour des questions relevant de l'éthique des médias.
  25. a et b [vidéo] tsrinfo.ch, « Philipp Hidebrand : victime ou menteur ? », Infrarouge, sur tsr.ch, Radio télévision suisse, (consulté le 13 janvier 2012).
  26. [vidéo] Jacob Berger, « La chronique du cinéaste : Jacob Berger revient sur l'actualité de la semaine », 19:30 le journal, sur tsrinfo.ch, Radio télévision suisse, (consulté le 14 janvier 2012) Depuis mars 2009, le cinéaste suisse Jacob Berger réalise régulièrement un synopsis humoristique des événements de la semaine, dont le compte-rendu est diffusé chaque vendredi soir par la Radio télévision suisse (RTS), en conclusion du « 19:30 le journal », sous le titre hebdomadaire suivant : « Chronique du cinéaste ». Sa rubrique du 13 janvier 2012 est ici plus spécialement consacrée à l'affaire Hildebrand.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]