Affaire France Télécom

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L'affaire France Télécom, le procès France Télécom ou affaire des suicides[1] désigne une affaire judiciaire française visant l'entreprise France Télécom (devenue Orange en 2013) pour harcèlement moral. Les faits, sur la période 2006-2011[2],[3], atteignent leur paroxysme en 2009 dans une période surnommée la « crise des suicides » — 35 suicides en 2008 et 2009 selon les syndicats et la direction[2].

Plan NExT et nouvelles méthodes de management[modifier | modifier le code]

Le plan NExT est un plan de redressement de l'entreprise qui vise, entre autres objectifs, au départ en trois ans de 22 000 des 120 000 salariés, dans un contexte d'ouverture à la concurrence[2].

Le plan NExT introduit un management violent. En 2004, 4 000 employés sont formés durant dix jours afin d'accomplir sur le terrain le plan NExT : la réduction des effectifs est une priorité, de nouvelles techniques de management sont introduites, la méthode est de dégrader les conditions de travail, afin de pousser psychologiquement une partie des employés au départ volontaire, réduisant ainsi les indemnités à payer[4].

Ainsi, les managers ont pour objectif d'inciter des salariés à démissionner, d'en muter dans d’autres secteurs de la fonction publique ou de signer des congés de fin de carrière. Des stages apprennent à ces managers des schémas sur les courbes du deuil qui définissent six étapes par lesquelles tout salarié qui se voit annoncer la suppression de son poste, doit passer : l’annonce de la mutation, le refus de comprendre, la résistance, la décompression qui peut aller jusqu'à la dépression, la résignation et l’intégration du salarié (harcèlement qui peut aussi se terminer très mal par des suicides)[5],[6],[7],[3].

Le procès[modifier | modifier le code]

Il s'agit du premier procès d'une entreprise du CAC 40 pour harcèlement moral[2]. Le principal prévenu est Didier Lombard, président-directeur général de l'époque[2]. L'affaire est « devenue un symbole de la souffrance au travail »[8].

Le , l'enquête est close sur la vague de suicides et qui pourrait ouvrir la voie à la reconnaissance par la justice d’un harcèlement moral institutionnel[9].

En , le parquet de Paris demande le renvoi devant le tribunal correctionnel, pour harcèlement moral, de la société Orange, en tant que personne morale, et de six responsables : Didier Lombard, ancien dirigeant du groupe, Louis-Pierre Wenes, son ancien numéro 2, Olivier Barberot, l'ancien responsable des ressources humaines ainsi que quatre cadres pour complicité[10]. La CFE-CGC a pour sa part réclamé la qualification d'homicide involontaire en lieu et place de harcèlement moral. C'est la première fois qu'une grande entreprise est poursuivie en France pour ce délit[11].

En , la justice décide de faire comparaître en 2019 pour harcèlement moral l'entreprise France Telecom, son ancien PDG Didier Lombard et ses seconds Louis-Pierre Wenès et Oliver Barberot[12].

Trente-neuf cas individuels (19 suicides, 12 tentatives de suicide, 8 dépressions ou arrêts de travail) sont discutés lors du procès en 2019[2].

En , Orange, ex-France Télécom, son ancien PDG Didier Lombard et six autres cadres et dirigeants ont été condamnés pour « harcèlement moral », près de dix ans après une crise sociale durant laquelle plusieurs dizaines de salariés se sont suicidés[8].

En France, l'affaire a fait évoluer certaines pratiques en matière de management et de ressources humaines, avec notamment des efforts sur la prévention des risques psychosociaux et une meilleure prise en compte du harcèlement moral[1].

Dans son procès sur sa politique de gestion des ressources humaines d'Orange, Didier Lombard est condamné à un an de prison, dont huit mois avec sursis, et 15 000 euros d'amende. Le groupe, rebaptisé Orange en 2013, doit payer une amende de 75 000 euros. Didier Lombard a décidé d'interjeter appel[13].

Annexes[modifier | modifier le code]

Le roman Les Visages écrasés (2011)[14] de Martin Ledun, et la pièce de théâtre Un Incident [15]de Vincent Farasse, traitent de cas fictifs proches. Le roman de Sandra Lucbert Personne ne sort les fusils (2020) attaque la langue du capitalisme utilisée par les cadres de France Télécom[16].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Ce que «l’affaire des suicides» de France Télécom a changé dans les entreprises », Le Figaro,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  2. a b c d e et f Corinne Audouin, « France Télécom : un procès pour quoi faire ? », sur France Inter (consulté le )
  3. a et b Fabrice Drouelle, « France télécom : chronique d’une tragédie sociale », sur franceinter.fr, .
  4. Bernard Nicolas, « Humiliation, dépression, démission : l'offre triple play de France Télécom », LesInrocks.com,
  5. Bernard Nicolas, « Stage France Telecom : « courbe du deuil » et casse du salarié », sur rue89.nouvelobs.com,
  6. « Suicides à France Télécom : dix ans d'enquête », Santé et travail, 23 décembre 2009.
  7. « Le “plan Next” de France Télécom mis en cause », La Croix, le 5 juillet 2012.
  8. a et b « Suicides à France Télécom : l'article à lire pour comprendre toute l'affaire », sur Franceinfo (consulté le )
  9. « L'enquête sur les suicides à France Telecom est close », sur liberation.fr,
  10. « Suicides à France Télécom: le parquet poursuit pour harcèlement moral », Le Figaro, .
  11. Fabienne Schmitt, « Suicides à France Télécom : le parquet demande un procès pour harcèlement », Les Échos, .
  12. Alain Deneault, « Quand le management martyrise les salariés », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne, consulté le )
  13. Ouest-France, « Harcèlement moral à France Télécom. L’ancien PDG Didier Lombard condamné à un an de prison », sur Ouest-France.fr, (consulté le )
  14. « "Les Visages écrasés", de Marin Ledun : meurtres au bout du fil », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  15. « Métropole suivi de Un Incident, de Vincent Farasse : l'homme jetable », sur ActuaLitté.com (consulté le )
  16. John Jefferson Selve, « La fête est finie », Vanity Fair, no 82,‎ , p. 128.