Affaire Flactif

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L’affaire Flactif[1] ou tuerie du Grand-Bornand[2] est une affaire criminelle française qui a défrayé la chronique en 2003, à la suite de la disparition et des meurtres le [1] d'un promoteur immobilier nommé Xavier Flactif, 41 ans, de sa femme Graziella, 36 ans, et de leurs trois enfants Grégory 6 ans, Lætitia, 9 ans et Sarah 10 ans, au Grand-Bornand en Haute-Savoie.

Les faits et l'enquête[modifier | modifier le code]

L'affaire débute à la suite de la disparition inexpliquée de la famille Flactif, l'alerte ayant été donnée par le beau-fils de Xavier Flactif, Mario Leblanc, venu les rejoindre en vacances en taxi le 12 avril 2003[3],[4]. Les gendarmes pensent d'abord à un accident de la route mais les fouilles ne donnent rien. Après une première perquisition le 14 avril dans leur luxueux chalet, le procureur d'Annecy, Denis Robert-Charrerau, ordonne une seconde perquisition au cours de laquelle les gendarmes constatent la disparition de deux ordinateurs portables pourtant présents lors de la première[5]. Le , le procureur ouvre une information judiciaire pour « enlèvements et séquestrations »[6].

L'enquête se base d'abord sur une éventuelle fuite vers l'étranger, peut-être liée aux affaires du père. En effet, le promoteur avait d'importants soucis professionnels (chantiers en retard, dettes, impayés…), et s'était déjà retrouvé par le passé sous la surveillance de la brigade financière à la suite d'une affaire d’escroquerie. D'ailleurs, les sociétés civiles dont il dispose au Grand-Bornand sont toutes au nom de sa compagne, Graziella Ortolano. De plus, le véhicule familial est retrouvé dans le parking de l'Aéroport international de Genève.

Dans un premier temps, au vu de ces éléments et de la personnalité rusée de Flactif, les enquêteurs trouvent cette thèse de la fuite plausible, mais n'écartent pas la piste criminelle. Le 5 mai, le procureur annonce que des traces de sang, soigneusement lavées mais visibles au révélateur Bluestar, ont été retrouvées par la police scientifique dans le chalet. Ces traces contiennent les ADN des cinq membres de la famille Flactif. Une douille de petit calibre (6,35 mm) et des éclats de dent de lait sont également retrouvées dans l'habitation. Des « petites taches suspectes » sont décelées par les techniciens à l'arrière de la 4 x 4 Toyota de Xavier Flactif retrouvée le 13 mai sur un parking de l'aéroport de Genève. Le véhicule a été lessivé et le tapis de sol du coffre a été découpé au cutter[6]. Le spécialiste en morphoanalyse des traces de sang précise l'emplacement des victimes qui indiquent qu'elles ont été tuées au couteau[7].

Des gendarmes-spéléologues fouillent alors des cavités environnantes à la recherche des corps, et des prélèvements ADN sont effectués sur une centaine de résidents de la région. En vain[8].

Alors que le mystère reste entier, des échantillons d'ADN sont identifiés le 8 juillet 2003 : il s'agit de celui d'un mécanicien de 33 ans, David Hotyat, locataire d'un chalet appartenant aux Flactif ; de celui de sa compagne Alexandra Lefevre, ancienne employée de ménage chez les victimes ; ainsi que d'un couple, Stéphane Haremza et son épouse Isabelle. Tous originaires du Nord, ils avaient emménagé en Haute-Savoie en 2001 et étaient voisins des Flactif mais la gendarmerie, avant de les interroger, pratique une série d'écoutes téléphoniques, afin de confondre tous les complices et déterminer leurs rôles respectifs dans le meurtre, ainsi que leur mobile. Le 16 et , la gendarmerie interpelle David Hotyat et sa compagne, ainsi que ce couple d'amis sont interpellés[6].

Avant son interpellation, le couple Hotyat avait été interrogé par la presse au début de l'enquête, notamment dans l'émission Sept à huit sur TF1. Le mécanicien et surtout sa compagne avaient égrené les griefs accumulés contre leur propriétaire, lui reprochant son côté « fort en gueule », parlant de location au noir, de travaux inachevés, critiquant le mode de vie des Flactif et véhiculant des rumeurs sur les prétendus comportements crapuleux de ces derniers[2],[9]. Cette attitude volontairement accusatrice et teintée de haine à l'égard des victimes amène les enquêteurs à s'intéresser de plus près au couple Hotyat qu'ils placent sur écoutes téléphoniques, lesquelles apprennent que David Hotyat refuse dans un premier temps de se soumettre aux tests ADN, ce qui renforce les soupçons des gendarmes[10].

Arrestations et incarcérations[modifier | modifier le code]

Dès les premières heures de sa garde à vue, David Hotyat, confondu par son ADN retrouvé sur les lieux du crime, avoue le quintuple assassinat et conduit les enquêteurs dans les bois de Thônes, où il a incendié les corps. Il dit avoir agi seul, sur un coup de sang, mais les Haremza déclarent qu'il a l'idée de tuer la famille après avoir regardé en janvier 2003 un reportage de Sept à Huit sur l'affaire Stranieri[11]. Néanmoins, sa conjointe est considérée comme le cerveau du crime, et elle ainsi que le couple Haremza l'ont aidé pour la préparation des meurtres et la dissimulation des preuves. Divers objets appartenant aux Flactif (DVD, matériel informatique, caméscope numérique, téléphones portables) sont retrouvés à leur domicile. D'après la reconstitution et les éléments du dossier, l'assassin s'est rendu dans l'après-midi du 11 avril chez son propriétaire pour avoir une explication avec lui, mais celle-ci a mal tourné. David Hotyat déclare avoir voulu lui tirer dans la tête sans penser que l'arme fonctionnerait, mais le coup est parti. Pour ne pas laisser de témoins, il a éliminé les enfants et leur mère avec des objets contondants et le pistolet. Puis, les corps ont été transportés en forêt où ils ont été brûlés. Le mobile est surtout basé sur la jalousie et la cupidité suscitées par la réussite et le train de vie du promoteur immobilier, alimentées de plus par d'autres différends, notamment d'ordre financier et immobilier. Ces sentiments auraient conduit les coupables vers une obsession vengeresse.

Le 10 octobre 2003, le mécanicien du Nord se rétracte, et défend une version des faits peu vraisemblable : il prétend alors que lorsqu'il s'est rendu chez les Flactif le jour fatidique, deux mystérieuses personnes avaient déjà tué la famille et l'auraient obligé à les aider à se débarrasser des corps[1]. Mais il est confondu, notamment par les témoignages de ses complices qui permettent de retenir la préméditation[1].

David Hotyat est entendu à trois reprises par une psychologue qui décèle chez lui des « traits narcissiques, phobiques et opératoires avec une tendance à fuir les émotions dans l'action, avec un idéal de maîtrise » (…). Les capacités de clivage et d'évitement de David Hotyat ne peuvent que le faire considérer comme dangereux », note le rapport d'expertise[12] ».

Procès et condamnations[modifier | modifier le code]

À l'issue du procès qui s’est tenu du au devant la cour d’assises de Haute-Savoie, à Sevrier[10], David Hotyat est condamné à perpétuité avec une peine de sûreté de vingt-deux ans. Ses complices récoltent respectivement des peines de quinze ans de réclusion pour Stéphane Haremza, dix pour Alexandra Lefevre, et sept pour Isabelle Haremza[2],[10], tandis que Mickael Hotyat, le frère de David Hotyat est aussi condamné à 1 an avec sursis sans inscription faite sur son casier judiciaire, pour avoir fait disparaître une des armes du crime[1],[10]. Seul Hotyat fait appel de la décision de justice, mais il se désiste finalement dès le premier jour de son nouveau procès, le , acceptant la peine prononcée à son encontre en première instance[1],[2].

À noter que les Hotyat et les Haremza ont aussi été jugés et condamnés pour deux affaires dissociées du procès criminel : avoir mis le feu, un an avant le drame, à un chalet en construction appartenant aux Flactif, et pour une série de vols et de cambriolages commis au Grand-Bornand et dans les alentours. En effet, David Hotyat, poussé par le désir d'une vie toujours plus confortable et semblable à celle de ses victimes, avait sombré dans la délinquance à son arrivée en Haute-Savoie[12].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f « Affaire Flactif : David Hotyat renonce à son appel », L'Express, (consulté le 23 avril 2012).
  2. a b c et d « David Hotyat », Faites entrer l'accusé (consulté le 28 juin 2010).
  3. Gilles Carle, « Présenter un pardon, à quoi ça sert ? », sur leparisien.fr, .
  4. Stéphane Bouchet, « Affaire Flactif : envie et jalousie moteurs de la sauvagerie », sur ledauphine.com, .
  5. Christine Kelly, L'Affaire flactif: Enquête sur la tuerie du Grand-Bornand, Calmann-Lévy, , p. 27-31.
  6. a b et c « Chronologie de l'affaire Flactif », sur lejdd.fr, .
  7. Christine Kelly, op. cit., p. 39
  8. Michel Pascal, 40 ans d'affaires criminelles, Michel Pascal, , p. 174.
  9. « L'affaire Flactif » sur le site Affaires criminelles.
  10. a b c et d « L'affaire Flactif 5 ans après » sur le site Scène de crimes, le 11 avril 2008.
  11. Christine Kelly, op. cit., p. 57
  12. a et b Michel Pascal, op. cit., p. 177
  13. « Un film sur l'affaire Flactif en tournage dans le Briançonnais », Alpes du Sud, (consulté le 4 mars 2012).
  14. «Possessions» : l'affaire Flactif au bout de l'horreur ** Article publié le 7 mars 2012 dans Le Parisien.

Articles connexes[modifier | modifier le code]