Affaire Bouvier

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Yves Bouvier
Dmitry Rybolovlev

L'affaire Bouvier, ou encore affaire Rybolovlev, est le nom donné par des médias à un ensemble de batailles judiciaires liées à des ventes de tableaux, qui a débuté en 2015, suite à des poursuites contre le transporteur et marchand d'art suisse Yves Bouvier.

Descriptif[modifier | modifier le code]

Avant 2015, Bouvier était surtout connu sur le marché comme transporteur et conservateur d'œuvres d'art par l'intermédiaire de sa compagnie Natural Le Coultre et comme actionnaire et promoteur majeur du concept Freeport[1]. Après avoir d'abord développé Natural Le Coultre avec ses liaisons avec le Freeport de Genève, Yves Bouvier inaugure en 2010 le premier Freeport de Singapour, un site de 30 000 m2 à proximité de l'aéroport[1],[2].C'est dans le cadre de ses activités qu'il rencontre pour la première fois l'homme d'affaires russe Dmitri Rybolovlev, en , lors d'une visite au port franc de Genève pour récupérer une peinture de Marc Chagall[2].

En , Catherine Hutin-Blay, la belle-fille de Pablo Picasso et de sa deuxième épouse Jacqueline, dépose une plainte alléguant que 58 œuvres lui ont été volées. Hutin-Blay explique que les œuvres ont été volées dans un magasin de la banlieue parisienne exploité par Art Transit, une entreprise de la famille Bouvier[3]. En 2013, Bouvier vend à Dmitri Rybolovlev deux des tableaux Picasso prétendument volés. Rybolovlev remet les tableaux aux autorités françaises en 2015[4]. Bouvier nie toute implication dans les vols, mais en , il est inculpé par les autorités françaises pour vol, en lien avec la découverte de deux des œuvres de Picasso qui auraient été volées à Hutin-Blay. Bouvier présente au tribunal un document attestant qu'il a payé Hutin-Blay pour ces deux tableaux, à hauteur de 8 millions de dollars, à un fonds au Liechtenstein[5]. Hutin-Blay conteste cela, expliquant que ce versement n’a rien avoir avec ces vols[5]. Après plusieurs séries d'entretiens avec des avocats à Genève, l'affaire est d'abord classée en 2015[6], puis rouverte en 2016 lorsque l'associé de Bouvier, Olivier Thomas, fait l'objet d'un nouvel examen[7].

L'affaire Hutin-Blay se superpose avec une autre affaire concernant des accusations faites par Dmitri Rybolovlev, qui constitue la partie principale de ce qui est appelé l'affaire Bouvier, ou l'affaire Rybolovlev, et qui oppose le marchand d'art et le milliardaire russe dans une longue série de procédures judiciaires, se déroulant sur plusieurs années et plusieurs pays[8]. Le , Bouvier est inculpé à Monaco pour escroquerie et complicité de blanchiment d'argent[9]. Ces accusations font suite à une plainte pénale déposée par le trust familial de Rybolovlev, alléguant que Bouvier l'avait systématiquement surfacturé pendant une période de 10 ans pour acquérir des tableaux[10]. Plus précisément, les avocats du milliardaire russe accusent Bouvier d'avoir joué les intermédiaires dans l'obtention de 38 œuvres d'art pour 2 milliards de dollars alors qu’il en était le propriétaire. Ils l'accusent ainsi d’escroquerie envers Rybolovlev à hauteur d'un peu plus de 1 milliard[10], par le biais de sociétés offshore dans le but de masquer ses gains[11]. Des procédures judiciaires différentes sont déclenchées à Monaco, Genève et Singapour (où réside désormais Yves Bouvier), avec des sorts divers, ainsi qu'une enquête fiscale suisse. Yves Bouvier réfute toute escroquerie et contre-attaque, d'autant que la procédure à Monaco s'est trouvée entachée de soupçons de collusion entre le clan Rybolovlev et le parquet général monégasque. En , Dmitri Rybolovlev est ainsi mis en examen pour soupçons de corruption passive et active et de trafic d'influence[12],[13].

Le 2 octobre 2018, Rybolovlev entame des poursuites contre Sotheby's soutenant que la maison de ventes aux enchères avait “ matériellement contribué à la plus grande fraude artistique de l'histoire " et que Sotheby's avait "sciemment et intentionnellement rendu la fraude possible" puisqu’elle savait combien Yves Bouvier avait payé les vendeurs originaux des tableaux achetés par Rybolovlev[14]. Sotheby's a décrit ces allégations comme "sans fondement" [15].

Sotheby's a qualifié de décision " décevante ", le refus d’un tribunal fédéral américain de Manhattan de rejeter la demande de Sotheby's de faire rejeter l'affaire[16]. En juin 2019, le tribunal a soutenu que la maison de ventes n'avait pas présenté de preuves justifiant les " circonstances exceptionnelles " requises pour faire rejeter le dossier[17]. Sotheby's a reçu la consigne de soumettre des informations confidentielles à la justice[18].

La cour d'appel de Monaco annule en décembre 2019 la procédure pour escroquerie amorcée en 2015[19],[20].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Yves Bouvier: une ascension fulgurante dans le monde de l’art », Le Temps,‎ (lire en ligne, consulté le 10 octobre 2018)
  2. a et b (en) Sam Knight, « The Bouvier Affair », The New Yorker,‎ (lire en ligne)
  3. « L’homme d’affaires Yves Bouvier mis en examen pour recel de deux Picasso volés », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 10 octobre 2018)
  4. « Dmitri Rybolovlev remet deux Picasso à la justice française », Le Temps,‎ (lire en ligne, consulté le 10 octobre 2018)
  5. a et b « Affaire Rybolovlev : une héritière de Picasso liée au scandale. Révélations exclusives », Paris Match,‎ (lire en ligne, consulté le 10 octobre 2018)
  6. « Vaduz classe une plainte pour blanchiment visant Yves Bouvier », La Tribune de Genève,‎ (lire en ligne, consulté le 10 octobre 2018)
  7. Le Point, magazine, « Un consultant en art mis en examen dans une affaire de vols présumés de Picasso », Le Point,‎ (lire en ligne, consulté le 10 octobre 2018)
  8. Stéphane Durand-Souffland, « Marchand d'art contre milliardaire russe : l'incroyable affaire judiciaire qui secoue Monaco », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  9. Paris Match, « Affaire Rybolovlev: le président de l'AS Monaco dénonce de "pures inventions" », Paris Match,‎ (lire en ligne, consulté le 10 octobre 2018)
  10. a et b (en-US) « The Art-World Insider Who Went Too Far », The New Yorker,‎ (lire en ligne, consulté le 10 octobre 2018)
  11. (en) Agustino Fontevecchia, « Steve Cohen's Modigliani In The Middle Of An Art Market War: Billionaire Rybolovlev vs Yves Bouvier », Forbes,‎ (lire en ligne, consulté le 10 octobre 2018)
  12. Natalie Bougeard et Pascal Jeannerat, « Yves Bouvier gagne une manche face au fisc et défie Dmitri Rybolovlev », Radio télévision suisse,‎ (lire en ligne)
  13. AFP, « Le président de l'AS Monaco, Dmitri Rybolovlev, placé en garde à vue », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  14. (en) « Billionaire Slaps Sotheby's With $380 Million Lawsuit », Bloomberg,‎ (lire en ligne)
  15. (en) « Russian tycoon sues Sotheby's for $380 million over art deals », Reuters,‎ (lire en ligne, consulté le 3 janvier 2020)
  16. (en) « Sotheby's must face Russian billionaire's lawsuit over art fraud - U.S. judge », Reuters,‎ (lire en ligne, consulté le 3 janvier 2020)
  17. « Sotheby's denied dismissal of Rybolovlev's $380m lawsuit by New York judge », sur www.theartnewspaper.com (consulté le 3 janvier 2020)
  18. (en) « Russian Billionaire Dmitry Rybolovlev Can Proceed With His $380 Million Lawsuit Against Sotheby’s, a Judge Says », news.artnet,‎ (lire en ligne)
  19. « Affaire Rybolovlev : la procédure pour escroquerie contre Yves Bouvier annulée - Foot - Justice », sur L'Équipe (consulté le 3 janvier 2020)
  20. (en-US) « Monaco’s Court of Appeal Makes a Decision in the Rybolovlev and Bouvier Art Battle », sur HelloMonaco, (consulté le 3 janvier 2020)