Affaire Béatrice Matis

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Affaire Béatrice Matis
Titre Affaire Matis
Pays Drapeau de la France France
Tribunal (fr) Cour d'assises de Saint-Omer
Date
Personnalités
Composition de la cour Dominique Schaffhauser, Président[1]
Autre personne Éric Dupond-Moretti : avocat de Béatrice Matis
Détails juridiques
Importance Premier jugement d'assises motivé en France
Chronologie 7 ou 8 février 2003 : mort de Monique Lejeune ;

 : mise en détention provisoire de Béatrice Matis puis aveux (contesté) sur le chemin de la prison

Voir aussi
Actualité Affaire Taxquet contre Belgique : « L'article 6 exige de rechercher si l'accusé a pu bénéficier des garanties suffisantes [...] celles-ci peuvent consister en [...] des questions précises, non équivoques soumises au jury par ce magistrat. » (Cour EDH, &92, Grande chambre, 16 novembre 2010)

L’affaire Béatrice Matis est une affaire criminelle dans laquelle Monique Lejeune, 54 ans[2], mariée à Claude Lejeune, est retrouvée le matin du 8 février 2003, morte dans l'allée de sa maison, à Coulogne, dans le Pas-de-Calais. L'accusation s'est tournée vers Béatrice Matis, Calaisienne née le 24 décembre 1945 et donc âgée de 58 ans au moment des faits, ancienne compagne de Claude Lejeune.

Le procès de première instance, suivi d'un appel du parquet, a donné lieu au premier jugement d'assises motivé en France, motivation justifiée par l'affaire Taxquet contre Belgique du 13 janvier 2009.

Les faits[modifier | modifier le code]

Chronologie des faits[modifier | modifier le code]

Le 8 février 2003, le corps de Monique Lejeune est retrouvé par une voisine dans l'allée de sa maison, ses quatre chiens restés à l'intérieur de la maison ayant aboyé toute la nuit. Elle « a été sauvagement tuée de 58 coups de couteau, dont une dizaine qualifiée de mortels (les autres étant des plaies de défense)[3] ». Le fils aîné de Monique Lejeune, Jean-Luc, semble être le dernier à avoir vu sa mère vivante. Il est passé le soir du drame, le 7 février 2003, se faire couper les cheveux, boire un verre[4].

La procédure (l'enquête)[modifier | modifier le code]

Début mars, des analyses révèlent que de l'ADN d'une femme a été retrouvé sous les ongles de Monique Lejeune. Les policiers font donc des prélèvements génétiques sur les proches de la victime, dont Béatrice Matis. Cette dernière demande aux enquêteurs à être réentendue car elle a précédemment menti, affirmant qu'elle n'avait pas vu la victime les jours précédant son meurtre. Elle déclare alors : « Je pense que Monique a mon ADN sous ses ongles car j'étais présente, le 7 février au soir. Elle a trébuché et s'est rattrapée à moi en me griffant. Je voulais organiser, avec elle, une fête pour réconcilier nos enfants[5] ». Béatrice Matis est placée en garde à vue puis mise en détention provisoire (elle y restera durant 28 mois).

Le 29 mars 2003, la police aurait recueilli les aveux de Béatrice Matis sur le chemin de la prison[2], dans des « conditions juridiquement scandaleuses et moralement discutables » selon Me Éric Dupond-Moretti, avocat de la défense, qui ajoute : « L'élite de la police lilloise a effectué un travail de gougnafiers »[6].

Les procès[modifier | modifier le code]

Premier procès de première instance[modifier | modifier le code]

Il s'ouvre le lundi 5 octobre 2009 devant les assises du Pas-de-Calais, à Saint-Omer. Dès le 7 octobre, la cour ordonne un complément d'information afin de retrouver le pantalon du fils aîné de Monique Lejeune (vêtement sans aucunes traces de sang relevée dessus mais selon Dupond-Moretti, un lavage aurait pu les faire disparaître si elles avaient été présentes), réaliser des recherches ADN sur certains scellés et d'explorer la piste, grâce aux photos réalisées en 2003, d'un éventuel déplacement du corps le soir du drame. La Cour renvoie donc l'affaire[7].

Deuxième procès de première instance[modifier | modifier le code]

Il se tient à Saint-Omer du 18 au 24 novembre 2010.

Les parties[modifier | modifier le code]

Les parties civiles

Jean-Luc, Pascal et Franck Flament qui ont déclaré comment ils se sont fait leur conviction sur la culpabilité de l'accusée :

« ... Parce que ça fait sept ans qu'on nous le dit (...) quand le nom de Béatrice Matis est apparu dans le dossier, on s'est dit que oui, pourquoi pas. Oui elle aurait été capable de faire ça... Durant ces sept années, hormis dans les premiers jours de l'enquête où notre frère Jean-Luc a été placé en garde à vue, il n'y avait qu'un nom. Celui de Béatrice Matis. Il y avait de l'ADN. Alors, comme il a été dit à l'audience, on a suivi les professionnels. Les enquêteurs, les juges, le Parquet... Et on y a cru (...) L'avocat général (...) a dit que ça méritait entre 12 et 15 ans de prison. Alors pour nous, elle est coupable. (...) Pour nous, l'avocat de Béatrice Matis n'a fait que mentir puisque l'avocat général dit qu'elle est coupable.» [8]
L'accusation

Guillaume Dupont, avocat général

Les avocats
  • Me Dupond-Moretti : avocat de Béatrice Matis
  • Me Roy-Nansion : partie civile qui n'a aucune certitude sur la culpabilité de Béatrice Matis : « Cette affaire, ce n'est pas Les Experts : Miami mais Les Pieds Nickelés à Coulogne. »[4]
  • Me Caroline Matrat-Maenhout : partie civile

La première décision motivée d'une cour d'assises en France[modifier | modifier le code]

Cette affaire, outre le fait qu'il s'agit d'une accusation portée contre une personne qui nie le crime qu'elle est accusée d'avoir commis, constitue un précédent en France. En effet, le code de procédure pénale, article 353, dispose que les juges et jurés en cour d'assises ne fondent leur décision que sur leur intime conviction. Or, dans cette affaire, les juges ont répondu à 16 questions rédigées en concertation avec les parties civiles, le parquet et la défense.

« La CEDH avait condamné la Belgique – qui comme la France ne motive pas ses verdicts –, jugeant que leur énoncé ne suffisait pas à comprendre les motifs de la condamnation. Le 16 novembre dernier, le Président de la cour d'assises, qui siège à Saint-Omer, avait donc décidé d'appliquer cette jurisprudence[9]. »

Béatrice Matis est acquittée mais l'avocat général fait appel[10].

Procès en appel[modifier | modifier le code]

Le procès en appel se tient du 23 au 27 janvier 2012 devant les assises du Nord, à Douai. Béatrice Matis, toujours défendue par Me Dupond-Moretti, est reconnue coupable du meurtre de Monique Lejeune et condamnée à 15 ans de prison[11].

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Bilger, « Encore Saint- Omer ! », in Justice au singulier, 26 novembre 2010, lire en ligne
  2. a et b « Coulogne : Verdict ce soir dans l'affaire du meurtre de Monique Lejeune » Article publié le 24 novembre 2010 dans La Voix du Nord
  3. « Procès de Béatrice Matis : on prend presque les mêmes, et on recommence » Article de Laurent Renault publié le 19 novembre 2010 dans La Voix du Nord
  4. a et b « Accusée d'un meurtre aux 58 coups de couteau, Béatrice Matis est acquittée » Article publié le 25 novembre 2010 dans La Voix du Nord
  5. « Coulogne : Verdict ce soir dans l'affaire du meurtre de Monique Lejeune », sur calais.maville.com, .
  6. « Affaire Monique Lejeune : le Jury applique une nouvelle jurisprudence de la CEDH et acquitte l'accusée » Publié le 25 novembre 2010 sur Documentissime
  7. Stéphane Durand-Souffland, « 58 coups de couteau dans une affaire de famille embrouillée », sur lefigaro.fr, .
  8. « On préfère un nouveau procès, même s'il faut tout remettre sur le tapis » Article publié le 26 novembre 2010 dans La Voix du Nord
  9. « Pour la première fois, des jurés ont motivé leur verdict » Article de Flore Galaud et Stéphane Durand-Souffland publié le 25 novembre 2010 dans Le Figaro
  10. Thierry Saint-Maxin, « Accusée du meurtre de Monique Lejeune, Béatrice Matis est acquittée », sur lavenirdelartois.fr, .
  11. « Béatrice Matis, acquittée en 2010, condamnée à quinze ans pour meurtre » Article de Laurent Renault publié le 28 janvier 2012 dans La Voix du Nord

Articles connexes[modifier | modifier le code]