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Affaire Alain Lamare

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Alain Lamare
Tueur
Image illustrative de l’article Affaire Alain Lamare
Information
Nom de naissance Alain Lamare
Naissance (68 ans)
Fruges (Pas-de-Calais)
Surnom Le « tueur de l'Oise »
Le « tueur fou de l'Oise »
Condamnation Aucune
Sentence Irresponsable de ses actes
Actions criminelles Assassinat, Tentatives d'assassinats, Vols
Victimes 1 + 5 tentatives
Période -
Pays France
Régions Picardie
Ville Chantilly
Arrestation

Alain Lamare, né le à Fruges (Pas-de-Calais) est un ancien gendarme français, connu du grand public sous le surnom de « tueur de l'Oise »[1] ou de « tueur fou de l'Oise »[2]. Auteur de plusieurs crimes de mai 1978 à avril 1979[2] dans le département de l'Oise, sa participation à l'enquête ralentit beaucoup celle-ci. Arrêté, il est reconnu pénalement irresponsable de ses actes et n'est pas jugé.

Jeunesse et motivations

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Alain Lamare est né le à Fruges (Pas-de-Calais).

Après ses débuts professionnels à Clermont, dans l'Oise, Lamare se montre très prompt à dégainer son arme, dans la recherche de flagrants délits au PSIG de Chantilly. Ses missions plus administratives auraient déclenché le souhait de se venger de la Gendarmerie[3].

Lamare éprouve des difficultés dans ses relations, notamment avec les femmes, ainsi que des penchants homosexuels refoulés[3]. Lamare possède un goût prononcé pour les armes à feu. Il s'adonne à la consommation excessive d'alcool[2].

Dans les années 1970, dans l'Oise, il règne une psychose à la suite de l'affaire Marcel Barbeault (le « tueur de l'ombre »)[2]. Les meurtres de sept femmes et d'un homme, ainsi que de trois tentatives de meurtre, commis entre 1969 et 1976 inquiètent beaucoup.

L'auteur de ces crimes, Marcel Barbeault est arrêté le . Les huit crimes, alors récents, de Barbeault, le « tueur de Nogent », le fascinent particulièrement[2].

L'affaire du « tueur de l'Oise »

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Le , une Peugeot 504 appartenant à l'épouse d'un gendarme est volée, puis abandonnée au lieu-dit du carrefour des Ripailles, dans la forêt de Chantilly. S'y trouve un plan pour le braquage de la poste de Pierrefonds[1]. Des indices (étuis de cartouches de carabine ou de fusil, cordelette, seringue hypodermique) mettent les forces de l'ordre sur la piste du grand banditisme[1], mais se révéleront plus tard sciemment laissés par le criminel[4].

Le , à Pont-Sainte-Maxence, le conducteur d'une Renault 12 grenat volée tente de tuer par balles une jeune fille de dix-sept ans, Karine Grospiron, à Pont-Sainte-Maxence. Elle se baisse à temps et parvient à échapper à la mort. Elle dépose alors plainte pour tentative d'assassinat[5]. L'équipe chargée de résoudre l'affaire ne fait aucun lien avec le vol de la Peugeot 504, du fait de la différence des faits[1].

Le , un gardien de la paix découvre une voiture volée et piégée, à Creil, dont l'explosion le blesse grièvement[5].

Les policiers reçoivent une lettre écrite dans un écriture régulière et ronde penchée sur la gauche. La carte grise de la R12 est jointe[6].

« Karine me connaît mais elle ne pourra jamais faire le rapprochement.

Une fille de 17 ans, qui déambule la nuit, est une cible que j’affectionne particulièrement. La prochaine fois je viserai le cœur. »

— Alain Lamare, sous le nom de « ? »

On retrouve sur la lettre les même empreintes digitales que sur la 504 de Pont-Sainte-Maxence. L'inspecteur Daniel Neveu trouve que le style ressemble à celui qui est habituellement employé dans un rapport de police et conclue que le tireur est probablement un gendarme[2].

Dès cet instant, disposant des empreintes du criminel et d’un nombre de suspects potentiel limité, l’enquête prend une grade avancée. Cela est sans compter que, au sein de la gendarmerie, il n’est pas envisageable que ces crimes aient pu être commis par un gendarme décrète le commandant de l’escadron. Il refuse qu’aucun contrôle ne soit effectué sur les gendarmes[6].

Lamare nargue les militaires en leur envoyant des lettres manuscrites revendiquant les faits[1]. Ses actes s'aggravent : deux nouvelles agressions de femmes (l'une blessée grièvement et l'autre, paralysée[1]) et, le , le braquage de la poste de Senarpont[1] ainsi qu'une nouvelle voiture volée et identiquement piégée, découverte deux jours plus tard.

Alain Lamare devient un meurtrier, dans la journée du , après avoir menacé dans une lettre : « la prochaine fois je viserai le cœur ». Il tue en bordure de l'hippodrome de Chantilly, de plusieurs balles d'un Beretta 9 mm court (probablement un Beretta modèle 1934, arme appréciée des collectionneurs et des militaires, fournie illégalement par un collègue du tueur[7]) une jeune auto-stoppeuse de dix-neuf ans, Yolande Raszewski[8].

Le , Lamare tire sur une nouvelle victime, Andrée, prise en stop à la sortie de Compiègne. Sortie du coma quelques jours après avoir échappé au tueur, elle en affine le portrait-robot. Son agresseur a échappé aux poursuites.

L'homme laisse à chaque fois des indices et des empreintes, et plusieurs portraits-robots sont dressés. Malgré tout, il continue d'échapper aux forces de l'ordre. Pourtant, dès les débuts de l'affaire, et à la réception de la première lettre, Jean Pineau, commandant de la compagnie de Clermont, avait émis l'hypothèse que le tueur appartienne aux forces de l'ordre, tant les premières lignes de la lettre ressemblaient à la rédaction d'un procès-verbal : le tueur y avait inscrit (dans l'ordre) la marque, le modèle, la couleur et l'immatriculation du véhicule volé. Un détail qui avait donc immédiatement intrigué Pineau lors de la lecture du courrier anonyme. Malgré tout, il garde ses réserves sur cette piste, car ses supérieurs lui font comprendre qu'il est inimaginable qu'un gendarme ou un policier se cache derrière ces crimes.

Volant la voiture d'un ancien ministre à Rambouillet le , tombant en panne sur l'autoroute, Lamare s'enfuit après avoir été en contact avec les CRS et avoir effacé ses empreintes dans le véhicule[4]. Il s'était fait passer pour le fils du ministre auprès de ces CRS qu'il a lui-même alertés et a volontairement laissé des traces permettant de le confondre, notamment dans le dernier véhicule volé, une Citroën CX abandonnée à Creil.

Le portrait-robot du criminel est diffusé le et commence à se préciser[6].

L'arrestation

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Le , les soupçons d'un inspecteur de la PJ de Creil, Daniel Neveu, enquêteur dans l'affaire de Marcel Barbeault, conjugués à ceux du maréchal des logis-chef Claude Morel, l'un des anciens supérieurs de Lamare, s'appuient sur des éléments probants, tels que l'analyse graphologique sur la base de rapprochements d'écritures entre les courriers anonymes et des procès-verbaux de Lamare, ou encore, le courrier manuscrit de demande d'admission dans la gendarmerie[9], avec le dernier portrait-robot. Pineau constate également que Lamare était systématiquement en repos ou en congé, hors du peloton, les jours des meurtres ou des vols de voitures[1].

Dans la nuit du 7 au , le capitaine Jean Pineau, commandant de la compagnie de gendarmerie de Clermont et l'adjudant Henri Cavalier, qui commande le PSIG (peloton de surveillance et d'intervention) de Chantilly, procèdent à l'arrestation du gendarme Lamare. Celui-ci, alors en opérations, est rappelé dans les locaux de la compagnie dans le cadre d'une enquête sur un vol commis par des gens du voyage. Ce prétexte était en fait inventé de toutes pièces par la brigade pour pouvoir tromper puis interpeller Lamare. De retour au PSIG et malgré son comportement nerveux, Lamare laisse dans son véhicule de patrouille son pistolet mitrailleur. Soupçonnant un piège, il tente toutefois de dégainer un second pistolet qu'il avait dissimulé sur lui, mais il est ceinturé par ses collègues.

Pour la gendarmerie, cette arrestation est un choc. L'hypothèse de la culpabilité d'un gendarme était évoquée dès le début des crimes, mais elle avait été écartée pour manque de preuves, mais aussi parce que la thèse semblait inconcevable pour les enquêteurs et leur hiérarchie.

Âgé de 22 ans en , Lamare servait au PSIG de Chantilly[1] et participait aux enquêtes menées contre le tueur de l'Oise (il qualifiait par ailleurs le meurtrier de « salaud de tueur »[2]). Les rapports indiquent d'ailleurs que lui ou ses coéquipiers étaient presque toujours les premiers sur les lieux des crimes. Il est plus tard confondu par ses empreintes digitales, relevées dans les véhicules volés, et finit par tout avouer en garde à vue. La perquisition de son appartement confirmera les faits[1] et viendra compléter les preuves.

Après son arrestation et ses aveux au juge d'instruction, il est placé en détention provisoire. Il restera cependant mutique quant à ses crimes[5]. Au total, il sera établi avec certitude qu'il a commis un assassinat et cinq tentatives d'assassinats[1], ainsi que quinze vols de voitures. Il est surnommé par la presse le « tueur de l'Oise ».

La nuit de l'arrestation de Lamare, où il est interrogé par le juge d'instruction Marie Brossy-Patin, un officier général lui ordonne de signer une lettre de démission « pour sauver l'honneur de l'institution ». Cet acte sera déclaré nul. Lamare perd ses droits antérieurs de gendarme d'active car, le , une décision ministérielle le radie de l'état de militaire par suite d'infirmités non imputables au service, coupant court à toute polémique sur la conservation d'un hypothétique état de gendarme, assorti du versement d'une solde[10].

Impact médiatique

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L'affaire du tueur de l'Oise, qui occupait déjà les médias, connaît alors un fort retentissement médiatique. Foule et journalistes se pressent le lendemain matin à Chantilly, boulevard Michel-Lefébure, lors de la perquisition de l'appartement de fonction de Lamare en présence de ce dernier.

L'affaire d'un gendarme meurtrier révolte et stupéfie.

Des voitures de presse prennent la suite des véhicules de gendarmerie, dans la confusion. Un accident de la route se produit, entraînant la mort d'un adolescent de seize ans, Gérard Bastien[11].

Irresponsable pénalement

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Après des avis divergents d'experts psychiatres, Alain Lamare est déclaré pénalement irresponsable de ses actes[1]. Les experts attestent qu'il est atteint d'une maladie mentale rare : l'héboïdophrénie[1], une forme de schizophrénie. La Gendarmerie n'avait donc pas détecté cette maladie, que ce soit lors de son recrutement, lors de sa formation ou durant ses années de service.

Le , le juge d'instruction du tribunal de Senlis officialise ce constat psychiatrique en rendant une ordonnance de non-lieu, confirmée en appel le . Lamare ne sera jamais jugé[1],[2]. En dépit de l'usage, pour perpétrer ses crimes, d'une arme personnelle, néanmoins fournie par un de ses collègues[12], le Conseil d'État confirme, le [13], une décision du tribunal administratif d'Amiens condamnant l'État français à verser des dommages-intérêts aux parents de Yolande Raszewski.

Lamare est interné en unité pour malades difficiles (« UMD ») au centre hospitalier spécialisé (CHS) de Sarreguemines (Moselle) jusqu'en 2011. Il rejoint ensuite un CHS de sa région natale, à Saint-Venant, dans une unité fermée d'un établissement public de santé mentale (EPSM) du Pas-de-Calais[14] : l'EPSM Val de Lys - Artois à Saint-Venant[15].

Dans les médias et au cinéma

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Filmographie

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Documentaires télévisés

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Émissions radiophoniques

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  • L'affaire Alain Lamare est l'un des récits de la pièce radiophonique Poker tournant de Jean Thibaudeau, en 1980[18].
  • « Le gendarme Lamare, un tueur insoupçonnable » le dans Hondelatte raconte de Christophe Hondelatte sur Europe 1[19].
  • « Alain Lamarre, le gendarme au-dessus de tout soupçon », diffusé le 12 novembre 2020 dans L'Heure du crime sur RTL.
  • "le tueur de l'Oise-un assassin au dessus de tout soupçon", affaires sensibles, Fabrice Drouelle, France Inter, 19 décembre 2017.

Articles de presse

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Notes et références

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  1. a b c d e f g h i j k l m n et o « Il y a 30 ans, l'étrange cas Alain Lamare », sur courrier-picard.fr, (consulté le ).
  2. a b c d e f g h i et j « Faites entrer l'accusé: saison 2004/2005 », sur programmes.france2.fr, France 2 (consulté le ).
  3. a et b « Guillaume Canet : « Lamare, un tueur non assoiffé de sang » », sur lecourrierplus.fr.
  4. a et b Michel 2009, p. 27-28.
  5. a b et c « Alain Lamare : sous le képi de gendarme se cachait un meurtrier », sur www.rtl.fr, (consulté le )
  6. a b et c « Alain Lamare », sur www.bluejean.fr (consulté le )
  7. Bruno Fuligni (dir.), Les Bourdes militaires, éditions Prisma, coll. « Folle histoire », , p. 83.
  8. Stefanovitch et Laroche 2001, p. 27.
  9. [vidéo] France 3, Alain Lamare - Les affaires criminelles qui ont marqué la Picardie sur YouTube, .
  10. Yvan Stefanovitch, Un assassin au-dessus de tout soupçon, Paris, Balland, (ISBN 978-2715804739), p334-336.
  11. « Vingt-cinq ans après, la mort de Gérard Bastien reste une énigme », Le Parisien,‎ (lire en ligne).
  12. Fuligni 2015, p. 83.
  13. Voir sur legifrance.gouv.fr.
  14. Stefanovitch 1984, p. 367.
  15. « Le tueur de l’Oise est interné dans le Béthunois », L'Avenir de l'Artois,‎ (lire en ligne).
  16. a et b « L'acteur Guillaume Canet dans la peau du tueur de l'Oise », sur courrier-picard.fr.
  17. « Guillaume Canet va tourner "L'ombre des froêts" dans le Nord-Pas-de-Calais », sur nord-pas-de-calais.france3.fr.
  18. Poker tournant, pièce écrite par Jean Thibaudeau et réalisée par Jacques Taroni. Diffusion originale sur France Culture en 1980.
  19. « INEDIT - Le gendarme Lamare, un tueur insoupçonnable - L'intégrale », sur Europe 1 (consulté le ).

Bibliographie

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  • Yvan Stefanovitch et Martine Laroche, Un assassin au-dessus de tout soupçon, Éditions J'ai lu, coll. « Crimes & enquêtes », , 310 p. (ISBN 978-2-277-07051-1).
  • Pascal Michel, 40 ans d'affaires criminelles. 1969-2009, , 208 p. (ISBN 978-1-4092-7263-2), p.27-31, (chapitre : « L'affaire Alain Lamare, un assassin au-dessus de tout soupçon »).

Articles connexes

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Lien externe

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