Administration transitoire afghane

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Gouvernement intérimaire afghan
État transitoire islamique d'Afghanistan (2002-2004)
République islamique d'Afghanistan (2004)
Description de l'image Flag of Afghanistan (2002-2004).svg.

Le paramètre en-tête est obligatoire.

Premier ministre Hamid Karzai
Formation
Fin
Durée 2 ans, 4 mois et 24 jours
Composition initiale
Partis politiques oui

L'Administration transitoire afghane est le nom du gouvernement provisoire mis en place en Afghanistan du au , date à laquelle il est remplacé par la République islamique d'Afghanistan, à la suite de la présidentielle de 2004 et de l'entrée en vigueur de l'ensemble des dispositions de la nouvelle constitution. Le pays porte alors le nom d'État islamique d'Afghanistan. Ce gouvernement provisoire fait suite à lAdministration intérimaire afghane, en place de 2001 à 2002.

Historique[modifier | modifier le code]

Le processus de désignation de l'administration provisoire[modifier | modifier le code]

Durant la campagne d'Afghanistan en automne 2001, les États-Unis, quelques alliés occidentaux et des chefs de guerre afghans, notamment de l'Alliance du Nord, chassent les talibans du pouvoir. La communauté internationale est ainsi intervenue, mais en appui de forces afghanes. Celles-ci sont fragmentées et peu imprégnées de notion d’unité nationale, mais elles se considèrent détentrices d’un pouvoir conquis et légitime. Toutefois, un accompagnement semblent nécessaires pour les aider à reconstruire un État, en dépassant leurs ethnies, leurs clans, leurs vallées[1].

Une conférence de quelques dirigeants afghans à Bonn, parrainée par l'ONU conduit à la nomination d'une Administration intérimaire afghane, sous la présidence de Hamid Karzai. Cette administration intérimaire est prévue pour durer six mois, avant d'être remplacée par une Administration transitoire. Le passage à cette deuxième étape nécessite la convocation d'une grande assemblée traditionnelle afghane, appelée Loya Jirga. Cette Loya Jirga d'urgence doit élire un nouveau chef de l’État et mettre en place une administration transitoire, qui, à son tour, exercera pendant une durée maximale de deux ans, jusqu'à ce qu'un «gouvernement pleinement représentatif» puisse être élu par des élections libres et équitables[2].

L'élection du président[modifier | modifier le code]

La chose la plus importante de la Loya Jirga avait à faire était de choisir un président pour l'Administration transitoire. Initialement, il y avait plusieurs candidats qui avaient déclaré concourir, notamment l'ancien président de l'Afghanistan et chef de l'Alliance du Nord, Burhanuddin Rabbani, et le président soutenu par les Américains de l'Administration intérimaire afghane, Hamid Karzai. Karzai est également soutenue par Abdullah Abdullah et Mohammed Fahim Khan, deux dirigeants importants de l'Alliance du Nord. Un troisième candidat possible est Mohammad Zaher Shah, l'ancien roi d'Afghanistan jusqu'en 1973. Il avait passé des années à vivre à Rome, mais était retourné en Afghanistan après la chute du régime des talibans. Ces différentes factions sont déjà représentées au sein de l'administration intérimaire[3].

Les représentants des États-Unis pressent l'ancien roi de se retirer. Le début de la Loya Jirga est retardé, a priori pour laisser du temps à cette négociation préalable[4],[5]. Finalement, l'ancien roi renonce. Hamid Karzai, qui est assis à côté de Zahir Shah lors de sa conférence de presse, le désigne comme «père de la nation» et le remercie[5]. Deux autres candidats émergent. Pour être candidat à la présidence, devant la Loya Jirga, un candidat doit présenter 150 signatures pour sa candidature. Massouda Jalal, une femme médecin travaillant avec le Programme alimentaire mondial, et Mahfouz Nedayee, peu connu, réunissent suffisamment de signatures et résistent aux pressions multiples. L'élection à la présidence de l'administration de transition a lieu au scrutin secret, le 13 juin 2002[6],[7].

Élections pour le Président de l'Administration transitoire, en 2002
Les différents candidats s'étant présentés devant la Loya Jirga Votes obtenus %
Hamid Karzai 1295 83
Massouda Jalal 171 11
Mahfouz Nedayee 89 6
Total 1555 100 %

La désignation du gouvernement[modifier | modifier le code]

Le 19 juin, le dernier jour de la Loya Jirga, Karzaï annonce à la Loya Jirga les noms des 14 ministres de l'administration transitoire afghane, dont trois vice-présidents. Il nomme également un président de la Cour suprême. Ce cabinet est approuvé très rapidement. « Acceptez-vous ce cabinet » demande Hamid Karzai à l’assemblée de la Loya Jirga. Des mains se lèvent et il conclut : « Tous ont accepté et j’en suis heureux ». Le procédé provoque une controverse, certains délégués déclarant qu'il n'y pas eu de vote approprié, que ce cabinet n'a pas été démocratiquement choisi, mais est le résultat de négociations politiques menées en parallèle. Les trois postes de vice-président sont donnés à des commandants de l'Alliance du Nord, Hamid Karzaï prend soin de faire en sorte qu'aucun de ces vice-présidents ne soient de la même origine ethnique. Un équilibre délicat est recherché entre l'ethnie du sud, lespachtounes qui ont souvent eu un rôle dominant dans l'histoire afghane y compris sous le régime des talibans, et les ethnies du nord, tadjiks, ouzbeks, hazaras[8],[9].

Le fait d'attribuer des postes majeurs à des seigneurs de guerre provinciaux est également critiqué. Hamid Karzai justifie ce choix par la volonté que le pouvoir de l'administration transitoire dépasse les limites de Kaboul. L'envoyé spécial du président américain George Bush indique de son côté : « Les factions armées font partie de la vie en Afghanistan. Leur inclusion n'est pas nécessairement négative. Elle indique leur souhait de résoudre les problèmes politiquement et reflète leur désir de participer au processus. »[8],[9]. Mais personne n'a oublié les querelles entre les chefs moudjahidins vainqueurs des russes, à Kaboul entre 1992 et 1996, querelles qui ont facilité la prise de pouvoir des talibans à l'époque. « Les chefs qui ont détruit Kaboul sont tous assis au premier rang », remarque ainsi un délégué de Kaboul au sein de la Loya Jirga. Les équilibrages politiques se poursuivent jusque fin juin, se traduisant par une augmentation du nombre de ministres[8],[9]. Une Force internationale d'assistance et de sécurité (ISAF), prévue par les accords de Bonn, s'installe dans Kaboul en décembre 2002, accompagnant la mise en place de ce gouvernement[7].

Ministres de l'administration afghane transitoire[10]
Fonction Nom Ethnie remarques
Président Hamid Karzai Pachtoune
Vice-président et
ministre afghan de la Défense
Mohammed Fahim Tadjik Titulaire dans l'administration temporaire
Vice-président Karim Khalili Hazara Nouveau
Vice-président Hedayat Amin Arsala Pachtoune Nouveau (il était ministre des Finances)
Vice-président et
ministre des travaux publics
Abdul Qadir
Abdul Ali
Pachtounes
Nouveau (il était ministre des affaires urbaines) (assassiné le 6 juillet 2002)
Nouveau (nommé après le 6 juillet 2002).
Vice-président et
chef de la Cour constitutionnelle afghane
Nematullah Shahrani Ouzbek Nouveau
Conseiller spécial sur la sécurité et
ministre de l'Éducation
Yunus Qanooni Tadjik Titulaire sur l’Éducation
Ministre des affaires étrangères Abdullah Abdullah Tadjik Titulaire
Ministre des finances Ashraf Ghani Pachtoune Nouveau
Ministre de l'intérieur Taj Mohammed Wardak
Ali Ahmad Jalali
Pachtounes Nouveau
Nouveau (remplace Wardak en janvier 2003)
Ministre de la planification Mohammed Mohaqqeq Hazara Titulaire
Ministre de la communication Masoom Stanakzai Pachtoune Nouveau
Ministre des frontières Arif Nurzai Pachtoune Nouveau (il était ministre de la petite industrie)
Ministre des réfugiés Intayatullah Nazeri Tadjik Titulaire
Ministre des mines Juma Muhammad Muhammadi Pachtoune Nouveau
Ministre de l'industrie légère Mohammed Alim Razm Ouzbek titulaire
Ministre de la santé Sohaila Siddiqi Pachtoune Titulaire
Ministre du commerce Sayed Mustafa Kasemi Chiite Titulaire
Ministre de l'agriculture Sayed Hussain Anwari Hazara Titulaire
Ministre de la justice Abbas Karimi Ouzbek Titulaire
Ministre de l'information et de la culture Saeed Makhdoom Rahim Tadjik Titulaire
Ministre de la reconstruction Mohammed Fahim Farhang Pachtoune Titulaire
Ministre des affaires religieuses Mohammed Amin Naziryar Pachtoune Nouveau
Ministre des affaires urbaines Yusuf Pashtun
Gul Agha Sherzai
Pachtoune
Pachtoune
Nouveau
Nouveau (Sherzai entre en fonction le 16 août 2003)
Ministre de l'eau et de l'énergie Ahmed Shakar Karkar Ouzbek Titulaire
Ministre de l'irrigation et de l'environnement Ahmed Yusuf Nuristani Pachtoune Nouveau
Ministre des mutilés et des handicapés Abdullah Wardak Pachtoune Titulaire
Ministre de l'enseignement supérieur Sharif Faez Tadjik Titulaire
Ministre du tourisme et de l'aviation civile Mir Wais Saddiq Tadjik Nouveau (il était ministre des affaires sociales et du travail)
Ministre des transports Said Mohammad Ali Jawid Chiite
Ministre du développement rural Hanif Asmar Pachtoune Nouveau
Ministre des affaires sociales et du travail Noor Mohammad Qarqin
Ministre des affaires féminines Habiba Sarabi Nouveau
Président de la Cour suprême Hadi Shinwari Pachtoune
Conseiller sur la sécurité Zalmay Rassoul
Conseiller pour les affaires féminines Mahbooba Hoquqmal
Gouverneur de la banque centrale Anwar ul-Haq Ahadi Pachtoune

Les premiers résultats de l'administration transitoire[modifier | modifier le code]

La Force internationale d'assistance et de sécurité (ISAF) passe sous commandement de l'OTAN[7].

Une paix relative s'installe dans le pays, bien que troublée par les attaques des talibans. Plus de deux millions de réfugiés afghans rentrent au pays. Des travaux d'agencement reprennent, la scolarisation en masse des enfants, garçons et filles, se remet en place[1].

Par contre, l'Armée nationale afghane (ANA) est à reconstruire complètement[1]. Elle doit être formée et rééquipée. Les deux premières brigades en sont présentées par le président Karzaï, le 15 mars 2003[7].

Certains seigneurs de la guerre régionaux détiennent toujours le pouvoir dans leurs fiefs. Spéculant sur cette période de transition, ils maintiennent, malgré les décrets de Hamid Karzai, des pouvoirs de police locaux et une collecte à leur avantage de revenus douaniers. La région de Hérat, notamment, devient un véritable État dans l’État sous l’emprise d’Ismail Khan. En août 2003, Hamid Karzai démet ce chef de guerre, Ismaïl Khan, de son poste de commandement militaire pour l'ouest du pays. De petits commandants de diverses milices, aux affiliations politiques vagues et instables, essayent également de se maintenir, au prix quelquefois d’affrontements entre eux[1].

La condition des femmes évolue difficilement. Elles sont victimes de l’héritage culturel patriarcal, des séquelles de l’extrémisme taliban et de l’arbitraire des décisions juridiques, s'appuyant, selon les juges, sur les normes de l’ancien code pénal ou sur celles de la charia[1].

Les talibans reconstruisent progressivement leurs forces et se livrent à des attentats. Les ministres de l'aviation civile puis des travaux publics sont assassinés à Kaboul, le 14 février 2002 et le 6 juillet 2002. Et le président Karzaï échappe lui-même à un attentat, le 5 septembre 2002 à Kandahar, l'ancien fief des talibans[7]..

Malgré ces difficultés et ces menaces, le processus prévu dans l'accord de Bonn se poursuit. Le 14 décembre 2003, s'ouvre une nouvelle Loya Jirga chargée de débattre de la future Constitution afghane. Le 4 janvier 2004, la Constitution de l'Afghanistan est adoptée[7].. Une élection présidentielle afghane se prépare, et se déroule effectivement le 9 octobre 2004, sous la surveillance d'un contingent supplémentaire américain. Cette élection présidentielle au suffrage démocratique et direct marque la fin de cette administration de transition et le début d'un régime basé sur la nouvelle constitution[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Note[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Goran 2003, p. 115-141.
  2. LM 2001, Le Monde.
  3. Perrin 2001, Libération.
  4. AFP et Reuters 2002, Libération.
  5. a et b Chipaux (1) 2002, Le Monde.
  6. LM, AFP et Reuters 2002, Le Monde.
  7. a b c d e et f LM 2004, Le Monde.
  8. a b et c Chipaux (2) 2002, Le Monde.
  9. a b et c Chipaux (3) 2002, Le Monde.
  10. Johnson 2006, Strategic Insights.
  11. Stroobants 2004, Le Monde.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Classement par date de parution.

  • Jean-Pierre Perrin, « Les factions afghanes au bord de l'accord à Bonn », Libération,‎ (lire en ligne).
  • Rédaction LM, « L'accord de Bonn prévoit un retour progressif à la démocratie », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  • AFP et Reuters, « L'ouverture de la «Loya Jirga» reportée à Kaboul », Libération,‎ (lire en ligne).
  • Françoise Chipaux (1), « L'ex-roi d'Afghanistan renonce à toute fonction », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  • Rédaction LM, AFP et Reuters, « L'Afghanistan se dote d'un nouveau chef d'Etat », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  • Françoise Chipaux (2), « La Loya Jirga afghane se retire et s'interroge sur la nouvelle administration transitoire », le Monde,‎ (lire en ligne).
  • Françoise Chipaux (3), « Les Afghans déçus et amers après la Loya Jirga », le Monde,‎ (lire en ligne).
  • Fejic Goran, « Enjeux de la construction d'un état de droit en Afghanistan. Stabilité ou justice ? L'ONU ou la coalition anti-taliban ? », Lignes, vol. 3, no 12,‎ , p. 115-141 (DOI 10.3917/lignes1.012.0115, lire en ligne).
  • Rédaction LM, « Deux années à la recherche d'institutions démocratiques pour sortir du régime taliban et de vingt-trois ans de conflits sanglants », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  • Jean-Pierre Stroobants, « Washington déploie 1 100 soldats de plus pour l'élection présidentielle en Afghanistan », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  • (en) Thomas H. Johnson, « The Prospects for Post-Conflict Afghanistan: A Call of the Sirens to the Country’s Troubled Past », Strategic Insights, vol. V, t. 2,‎ (lire en ligne).