Adieu paure Carnaval

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Adieu paure Carnaval (ou Adiéu paure Carneval ou Adieu paure Carnavas) est une chanson populaire connue dans toute l'Occitanie, d'après un air attribué à Pergolèse ou Antoine Albanèse, dont le timbre a également été repris pour servir de support à Que ne suis-je la fougère ? ou au générique de fin de l'émission Bonne nuit les petits. Ce chant clôture les célébrations du Carnaval avant le Carême et accompagne la crémation de Sa Majesté Carnaval.

Paroles[modifier | modifier le code]

La version, d'ailleurs incomplète, chantée lors du carnaval de Limoux, diffère de celle chantée pendant le carnaval de Nice. Celle du carnval de Marseille est celle dont le caractère piétiste et pénitent est le plus prononcé.

Version du Carnaval de Limoux[modifier | modifier le code]

Occitan (Languedocien méridional) Traduction française

Adieu paure, adieu paure,
Adieu paure Carnaval
Tu t'en vas e ieu demòri
Adieu paure Carnaval

Tu t'en vas e ieu demòri
Per manjar la sopa a l'alh
Per manjar la sopa a l'òli
Per manjar la sopa a l'alh
Adieu paure, adiu paure,
Adieu paure Carnaval

La joinessa fa la fèsta
Per saludar Carnaval
La Maria fa de còcas
Amb la farina de l'ostal

Lo buòu dança, l'ase canta
Lo moton ditz sa leiçon
La galina canta lo Credo
E lo gat ditz lo Pater

Adieu, pauvre, adieu pauvre,
Adieu pauvre Carnaval
Tu t'en vas et moi je reste
Adieu pauvre Carnaval
Tu t'en vas et moi je reste
Pour manger la soupe à l'ail
Pour manger la soupe à l'huile
Pour manger la soupe à l'ail
Adieu pauvre, adieu pauvre,
Adieu pauvre Carnaval

La jeunesse fait la fête
Pour saluer Carnaval
Marie fait des brioches
Avec la farine de la maison

Le bœuf danse, l'âne chante
Le mouton dit sa leçon
La poule chante le Credo
Et le chat dit le Pater

Version du Carnaval de Marseille[modifier | modifier le code]

Occitan (Provençal maritime) Traduction française

Adieu paure, adieu paure
Adieu paure Carnavas !
Tu te'n vas et ièu m'entorni,
Adieu paure Carnavas !

Adieu ta bèla joinessa
Vai ti sias pron divertit
As acabat tei richessas
Ara deves te'n repentir
S'es verai qu'as fach ripalhas
Qu'as dansat dins de palais
Vai ! Resta nu sus la palha
E plen de fen coma un ai

Adieu tu que ti chalavas
Que ti sias vist' adorar
Adieu lei sous qu'escampavas
Ara la roda a virat
Ti fau cambiar de regime
Et se vos pas lo subir
Per ti punir de tei crimes
Marrias ! anam ti chabir

Adieu vielh paire dei vicis
Lo carema es arribat
Es lo jorn de la justicia
Adieu tu cu vas crebar
Tot lo pople ti saluda
Eu se'n torna et tu te'n vas
Ta darriera oro es venguda
Adieu paure Carnavas !

Adieu pauvre, adieu pauvre
Adieu pauvre Carnaval !
Tu t'en vas, et je m'en retourne
Adieu pauvre Carnaval !

Adieu ta belle jeunesse
Tu t'es assez amusé
Tu as épuisé tes richesses
Maintenant tu dois te repentir
S'il est vrai que tu as fait ripailles
Que tu as dansé dans des palais
Va ! Reste nu sur la paille
Plein de foin comme un âne

Adieu toi qui t'es régalé
Qui t'es vu adoré
Adieu l'argent que tu as gaspillé
Maintenant la roue a tourné
Il te faut changer de régime
Et si tu ne veux pas le subir
Pour te punir de tes crimes
Vaurien ! nous allons te liquider

Adieu vieux père des vices
Le carême est arrivé
C'est le jour de la justice
Adieu toi qui va crever
Tout le peuple te salue
Il s'en retourne et tu t'en vas
Ta dernière heure est venue
Adieu pauvre Carnaval !

Version du Carnaval de Nice[modifier | modifier le code]

Occitan (Niçois) Traduction française

 Adiéu paure, adiéu paure,
Adiéu paure Carneval.
E tu t’en vas, e ièu m’en vèni,
A si reveire l’an que vèn.

Chirichipi, chièu, chièu, chièu...
'Scoute-mi, coumpaire Jacou,
Chirichipi, chièu, chièu, chièu...
'Scoute-mi cenque ti dièu !

Carnevale, lou bouòn Toni
Si laissa tratà de gus.
Lou counouisse, l’antifoni,
Escouta bèn e pi fa bus.

E toui lu joù, la sièu frema
Noun fà rèn que de rougnà.
Lou sièu noum es « la Carèma »
E lou sieu mourr’ès reguignà.

Li farèn ’na camisola
D’un moucèu de vielh lançòu,
A cada pounch una raiola,
Au mitan un gran rous d’où.

Amusa-vous, gauda-la vous
Et siguès toujoù countènt.
Luèn dòu tabus en anas vous,
Noun vous faguès de sanc bulhent

Adieu pauvre, Adieu pauvre,

Adieu pauvre Carnaval.

Et tu t'en vas, et moi je m'en viens

Au revoir l'an prochain.


Chirichipi, chièu, chièu, chièu...

Ecoute-moi, compère Jacques,

Chirichipi, chièu, chièu, chièu...

Ecoute ce que je te dis !


Carnaval, le bon Toni

Se laisse traiter de gus.

Il la connaît, la vieillerie,

Il écoute bien et puis fait semblant.


Et tous les jours, sa femme

Ne fait rien que de rougner.

Son nom est la "Carèma"

Et son visage est renfrogné.


Nous lui ferons une camisole

D'un morceau de vieux drap,

A chaque point un noeud,

Au milieu un grand jaune d'oeuf.


Amusez-vous,

Reprises du timbre[modifier | modifier le code]

Un cantique de Carême qui se répand en France[modifier | modifier le code]

Le timbre de l'Adieu paure Carnaval, attribué à Pergolèse ou Antoine Albanès est repris dès le XVIIe siècle pour un cantique du Carême sur un texte de François de Salignac de La Mothe-Fénelon, archevêque de Cambrai, de l’Académie française qui compose Au sang qu’un Dieu va répandre[1].

Une parodie libertaire au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Le timbre se retrouve aussi dans une parodie libertaire. Les Tendres Souhaits (ou Les Souhaits) est un poème de Charles-Henri Ribouté (1708-1740), mis en musique au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Une diffusion religieuse universelle[modifier | modifier le code]

Ce timbre garde néanmoins une dimension religieuse fortement liée au Carême, à la conversion des pénitents et à la méditation de la Passion. Le timbre sera repris dès 1850 dans les églises luthériennes d'Allemagne, notamment à Paderborn pour l'hymne Oh mein Jesu, ich muss sterben qui sera repris en Irlande par le poème « Stricken, smitten, and afflicted » du pasteur Thomas Kelly composé en 1804 pour son recueil Hymns on Various Passages of Scripture.[2] et copié depuis de façon inonterrompue dans les hymnaires évangéliques.[3]

Une redécouverte populaire[modifier | modifier le code]

A partir de 1959, Henri Carol, maître de chapelle à la Cathédrale de Monaco, compose une nouvelle harmonie toujours sur le même timbre pour le Adieu paure carneval du Carnaval de Nice.

En 2005, Jordi Savall a enregistré des « Variations » (CD Du temps et de l’instant, 2005), en reprenant le l’indication de gwerz bretonne intitulé O soñjal en hon pec’hejoù, reprenant encore une fois le même timbre.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Henri de Villiers, « Amédée Gastoué / Henri de Villiers – Au sang qu’un Dieu va répandre », sur Liturgia, (consulté le 29 mars 2021)
  2. (en-US) « Stricken, smitten, and afflicted », sur Hymnology Archive (consulté le 29 mars 2021)
  3. (en) « Stricken, Smitten and Afflicted », sur Hymnary.org (consulté le 29 mars 2021)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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